ADHÉRENCES DU FOETUS AU PLACENTA
Fœtus de 7 mois avec adhérence au placenta, par Robert
Lee.
Le fœtus dont la malconformation forme le sujet du présent mémoire a été envoyé par l’auteur, M. W. Highmore, de Lherborne. Sitôt reçu , on en a dessiné la tête et on a présenté le dessin à la Société avec la description détaillée.
Les vaisseaux du fœtus et le placenta ayant été injectés avec soin , on a divisé le cuir chevelu d’une oreille à l’autre, et on a trouvé la dure-mère immédiatement en contact avec la peau , tous les os de la voûte du crâne faisant défaut. Le péricrâne et la dure-mère, à la partie supérieure de la tête, étaient presque tout à fait occupés par un grand plexus d'artères et de veines dilatées, injectées comme un nævus. Le cerveau et ses membranes étaient sains. Le placenta était uni à la partie frontale par une bande large de trois quarts de pouce et longue de t pouce et demi, formée par l’amnios et le chorion , et dans laquelle les membranes du cerveau faisaient saillie à travers une ouverture large comme le bout du doigt. Quoique l’auteur assure qu’il est impossible de fixer à quelle époque s’est produite l’adhérence du placenta à la tête du fœtus, il croit cependant, comme chose probable, que le cordon ombilical et la bande en question se sont formés à peu près en même temps, et à une époque peu avancée de la vie embryonnaire , lorsque l’amnios et l’embryon étaient en
contact , et avant la fin de la cinquième semaine à partir de la conception.
Le mémoire se termine par une énumération des cas les plus remarquables, qui ont été rapportés, d’adhérences du placenta à la tête ou au corps du fœtus. ( Lond . med. gaz,, 1839, t. XXÏ1I, p. 794.)
J’ai trouvé dans Portai (Pratique des accouchements, p. 194, 1685) une observation d’adhérence du fœtus au placenta que je n’ai vue reproduite nulle part ; elle est fort courte, mais elle est accompagnée de deux planches bien faites, qui donnent de meilleurs éléments d’appréciation qu’une longue description. L’enfant appartient à la variété de monstres appelés par Geoffroy notencéphaliens ; il présentait du reste la torsion des membres inférieurs, si souvent notée dans ce genre de monstruosité; une bride, partant du pariétal droit et allant adhérer au placenta , est indiquée sur la planche comme formée par le chorion et l’amnios. Voici l’observation de Portai :
a Un vendredi 21e jour du mois de novembre 1671, une sage-femme m’ayant fait appeler pour la secourir dans un travail fâcheux dans la rue du Chêne , où étant arrivé je touchai la malade, et je sentis que l’enfant présentait la nuque du cou. Alors je graissai mes doigts de la main droite que j’introduisis doucement dans les parties de la malade, et je tournai l’enfant, que je tirai par les pieds, comme j’ai dit ailleurs. L’ayant tiré et délivré la malade, je considérai cet enfant, que je trouvai mort, dont voici la figure »
M. Costallat a présenté à l’Académie de Médecine (séance du 23 octobre 1832) un fœtus dont le placenta s’insérait sur la ligne médiane de sa face, depuis les fontanelles jusqu’à la voûte palatine; plusieurs brides, vestiges de membranes anciennement étendues, se voyaient répandues sur la tête, les bras et le corps; il existait un spina bifida au sacrum; la tête ne pouvait se courber sur sa tige vertébrale, et formait une ligne droite avec le cou.
L’absence de détails relatifs à l’accouchement ne permet pas d’affirmer qu’il y a eu dystocie.
Union du fœtus au placenta ; gibbosité. — Il existe dans Médico-chirurgical transactions (1818, p. 443) une observation de Breschet , qui ne me paraît pas avoir été traduite ou publiée en français et qui présente des particularités assez curieuses. L’auteur se contente de dire que le travail n’a duré que quelques heures ; il ne mentionne pas si une intervention manuelle a été nécessaire.
Dans ce cas, qui est survenu à la Maternité de Paris, l’enfant vécut quelques minutes. Le placenta était soudé à la paroi abdominale; de plus, la région lombaire présentait une déviation vertébrale, par suite de courbures de l’épine, dont l’auteur ne fait pas connaître le rayon.
Adhérence du fœtus au placenta. — Chaussier a présenté à l’examen des membres de la Société , dans la séance du 9 janvier 1817, un fœtus difforme, qui était à terme, Il avait donné des signes de vie;
ses membres abdominaux étaient renversés sur le dos, et les parois de l’abdomen étaient attachées directement au placenta. ( Bulletin de la Faculté, t. VI, p. 310.)
Adhérence du fœtus au placenta. — M. Lauray, médecin à Châtelleranlt, écrit à l’Académie pour lui faire part d’un fait singulier. Appelé auprès d’une femme en couches, il reconnaît bientôt que le fœtus présentait le bras ; il fait la version, et il amène un enfant dont le cuir chevelu était presque confondu avec le placenta : il n’avait, en effet, ni os frontal ni arcade sourcilière ; le reste de la face et même du corps présentait des difformités remarquables; néanmoins cet être vécut trente-deux heures, sans qu’il lût fait aucune tentative pour séparer le placenta du cuir chevelu. La grossesse se développa sans aucun accident. ( Revue médicale , 1821, t. II, p. 146.)
Adhérences des membranes de l’œuf au fœtus t observées
par le Dr J. Pies , de Mayence. — G (Gertrude), 20 ans,
délicate, se maria à 23 ans et eut quatre couches dans l’espace de six ans ; les trois premières furent régulières ; il n’en fut pas de même de la quatrième. La grossesse avait eu cela de particulier, que les mouvements du fœtus avaient été douloureux et plus fréquents quedecoutnme. Le 9 novembre, à sept heures du matin, les douleurs commencèrent. A onze heures, perle de sang; à quatre heures , écoulement des eaux , diminution de l’hémorrhagie. L’auteur est appelé à cinq heures. 11 trouve cette femme très-faible ; sueurs froides, pouls à peine sensible ; depuis la perte des eaux, les mouvements du fœtus avaient cessé. Une main se présente à l’orifice utérin ; l’accoucheur cherche à faire la version par les pieds, mais il ne peut y parvenir ; il s’aperçoit, en allant
à la recherche des pieds, que le cordon ne bat plus ; il re'ussit cependant à attirer les deux extrémités jusqu’à l’orifice utérin, mais il ne peut amener le fœtus. Il fait alors placer la femme sur les genoux et sur les coudes , et opère avec assez de facilité la version sur la tête. Le placenta sortit avec l'enfant, et l’auteur vit alors que l’arrière-faix adhérait au corps du fœtus. Celui-ci présentait plusieurs difformités : hémicéphalie, bec-de-lièvre avec fente du palais , spina bifida ; pieds bots ; ankylosé et courbure de l’un des coudes. Le cordon ombilical n’avait que 6 pouces de longueur. L’enfant était uni au placenta par des lambeaux de peau irréguliers, longs et larges , semblables aux enveloppes de l’œuf, et qui prenaient leur origine aux bords de l’arrière-faix. La plus grande bride avait environ 5 pouces de lougueur ; elle se continuait avec la peau du dos, au niveau de la première vertèbre dorsale ; la deuxième bride se détachait de la première, elle était un peu plus longue et se fixait au bras gauche ; la troisième était située sur la tête de l'enfant ; elle fut déchirée lors de l’extraction. L’accouchée se rétablit promptement. (Gazette médicale de Paris, 1851, p. 692.)
Dans les cas d’adhérence du fœtus aux annexes , la dystocie est moins évidente, on ne l’a pas notée dans tous les cas; mais il me suffira de rappeler que la brièveté du cordon est acceptée par tout le monde comme une cause très-active de dystocie , pour qu’on admette comme plus sérieuse encore la soudure du fœtus au placenta, car il faut nécessairement que le placenta se détache complètement plus ou moins longtemps avant l’expulsion du fœtus.
L’intervention consistera, si l’on reconnaît cette
anomalie, à faire l’extraction du fœtus aussi rapidement que possible après le décollement du placenta.
IXe CLASSE.
Dystocie par difformités dn fœtus.