TUMEURS DES REINS
Les reins du fœtus peuvent devenir le foyer d’altérations dont je n’ai pas à examiner le mécanisme intime , mais qui ont pour but d’augmenter leur volume au point d’entraver la terminaison de l’accouchement.
C’est à ce point de vue que je m’occuperai de cette dégénérescence.
OEsterlin a donné dans le Journal de Siebold , en 1840, l’observation d’un accouchement rendu très-*
laborieux par le développement extraordinaire des reins. Ces organes avaient une telle dimension qu’après la sortie de la tête et de la poitrine, l’enfant s’est trouvé arrêté au passage par le volume du ventre ; ce n’est qu’après beaucoup d’efforts que le travail s’est terminé.
A Y autopsie, on trouva toute la cavité du ventre occupée par les deux reins, qui avaient refoulé en haut le foie et les autres viscères; les reins, dégénérés, présentaient un aspect vésiculeux.
Siebold, en 1854, en a fait connaître un cas semblable, qui se trouve traduit dans la Gazette hebdomadaire du 5 janvier 1855.
La tête de l’enfant avait franchi l’orifice vulvaire, mais le corps n’avançait pas. Après des tractions énergiques, on amena le fœtus, dont le corps n’était composé, pour ainsi dire, que de l’abdomen, qui mesurait 46 centimètres de circonférence. Il succomba presque en naissant.
A Y autopsie, on trouva deux énormes tumeurs constituées par les reins, qui laissaient entre leurs interstices passer quelques anses intestinales ; leur poids était de 1 kilogramme, leur surface présentait des espèces de circonvolutions; la vessie était vide.
Mansa, dans le Journal de Siebold (1836, p. 863), rapporte une observation de cette nature, dans laquelle les reins étaient tellement volumineux et opposaient un obstacle si énergique au travail,
qu’ après avoir arraché la tête et les bras, il fallut encore éventrer le fœtus.
Iloring ( Wurtemb . mecL Corresp. blalt ., B. VII, p. 26), appelé pour un cas semblable, trouva la mutilation fort avancée, puisque le chirurgien appelé avant lui avait enlevé inutilement la tête et la poitrine, et cependant insuffisante, car on ne pouvait extraire le corps. Horing enleva ce qui restait des côtes, et, par une dernière opération, fit l’extraction d’une masse énorme et informe, constituée par les reins; enfin il fit l’extraction de la seconde moitié de l’enfant.
MM. Gaillcton et Ollier, dans la Gazette médicale de Lyon (31 août 1853), donnent l’observation d’un cas de dystocie par la même cause.
L’enfant se présentait par le siège, les membres inférieurs se dégagèrent spontanément ; mais là s’arrêta le travail, et les tractions, progressivement croissantes, déterminèrent l'arrachement des membres. C’est dans cet état que la malade, qui habitait les environs de Lyon, fut placée sur une charrette et conduite à l’hôpital de cette ville. Pendant qu’on réfléchissait au diagnostic d’une fumeur volumineuse qui était la cause d’arrêt du travail et au moyen de l’extraire, la femme, prise de contractions énergiques, expulsa spontanément le fœtus.
Le ventre de l’enfant était occupé par deux tumeurs énormes , constituées par les reins, lisses, pâles, blanchâtres, peu résistantes au toucher, et mesurant 15 centimètres de hauteur, 10 de largeur
et 7 d’cpaisseur. Les éléments clu rein étaient plus ou moins modifiés , mais non dégénérés. Les organes urinaires, perméables dans tout leur trajet, aboutissaient à une vessie vide et normale.
Hypertrophie des reins . — LeDr Chevance a publié dans l'Union médicale (25 juillet 1857) le récit d’un accouchement qu’une hypertrophie des reins a rendu extrêmement laborieux. Lorsque M. Chevance fut appelé, la tête était déjà à peu près arrachée par des tractions impuissantes.... Ce praticien introduisit la main dans l’utérus ; il crut avoir affaire à un fœtus hydropique. Il pratiqua une ponction inutile dans l’abdomen , fit une version sans plus de succès , et ce n’est qu’après avoir ouvert le ventre du fœtus et enlevé des reins hypertrophiés pesant 1,000 grammes, qu’il put enfin terminer l’accouchement.