ANNEXES
ANNEXE No i
EXTRAIT DE LA DÉPOSITION DE M. THIERS DANS UENQUÊTE SUR LES ÉVÉNEMENTS DU 4 SEPTEMBRE
€ Lorsque, pour s'excuser, l'empereur Napoléon III, prétend que c'est la France qui l'a entraîné à la guerre, soit qu'il se trompe ou qu'on le trompe, il n'est pas dans la vérité. Si, en effet, il n'a pas voulu la guerre et qu'à son corps défendant, il ait cédé, c'est à son parti qu'il a cédé et non à la France. J'ai tout vu, et j'affirme, la main sur la conscience, que la France n'a pas voulu la guerre. Quelques hommes de cour, et je dois ajouter, pour être complètement vrai, quelques spéculateurs de bourse, très peu nombreux du reste, sentant que les fautes de 1866 pesaient sur les affaires, et croyant qu'une campagne de six semaines suffirait pour rendre l'élan aux spéculations dont ils vivaient, disaient : — « C'est un mauvais moment à passer, quelque cinquante mille < honiimes à sacrifier, après quoi l'horizon sera éclairci, et les € affaires reprendront. » — Mais c'étaient de rares exceptions, et je le répète, la France ne voulait pas la guerre. C'est un parti, aveuglé par son ambition et par son ignorance, qui seul l'a voulue, nous l'a donnée et nous a perdus.
< C'est dans la nuit qui suivit cette journée que notre sort fut décidé. Je n'ai jamais su ce qui s'est passé pendant cette nuit fatale. Deux ambassadeurs des grandes puissances, tous
deux hommes d'esprit et très dignes de foi, m*ont assuré que TEmpereur qu'ils avaient vu dans l'après-midi , leur avait dit, en parlant de la nouvelle du matin (l'abandon de la candidAtQie Holienzellom :) c C'est la paix; je le regrette» c car l'occasion était bonnet XKuds ^ tout prendre, la paix c est un parti plus sûr ; voua pooves regarder l'incident < comme terminé. >
c Les principaux ministres m'avaient tenu à peu près le même langage» et, malgré ces assurances» dans la nuit tout tourna brusquement à la guerre. Je crois que la cour et ses familiers firent un puissant effort, aidés des bonapartistes purs, qu'ils intimidèrent les ministres» et triomphèrent de leur faiblesse et de celle de l'Empereur, en se servant du prétexte d'un outrage fait à la France par le roi de Prusse.
c Tant que je vivrai, je me rappellerai cette terrible journée. Le Corps Législatif était réuni dès la matin, et on vint nous lire la déclaration de guerre fondée sur les motifs que je viens d'exposer. Je fus saisi, la Chambre le fui comme moi. On se regardait les uns les autres avec une sorte de stupeur. Les principaux membres de la gauche se groupant autour de moi, me demandèrent ce qu'il fallait faire. Craignant les mauvaises dispositions de la majorité à l'égard de la gauche, je dis à mes collègues : c Ne vous en mêlez pas et laissez-moi faire. » — Je voyais un orage prêt à fondre sur nos têtes. Mais j'aurais bravé la foudre, avec la certitude d'être écrasé» plutôt que d'assister impassible à la faute qui allait se commettre. Je me levai brusquement, je jaillis si je puis dire, de ma place et je pris la parole. Des cris furieux retentirent aussitôt. Cinquante énergumënes me montraient le poing, m'Injuriaient, disaient que je déshonorais» que je souillais mes cheveux blancs. Je ne cédai pas. De ma place, je courus à la tribune od je ne pus faire entendre que quelques paroles entrecoupées. Convaincu qu'on nous trompait, qu'il n'était pas possible que le roi de Prusse,
sentant la gravité de la position puisqu'il avait cédé sur le fond, eût voulu nous faire un outrage, je demandai la production des pièces sur lesquelles on se fondait pour se dire outragé. Jetais sûr que si nous gagnions vingt quatre heures» tout serait expliqué et la paix sauvée. On ne voulut rien entendre, rien accorder, sauf toutefois la réunion d'une commission, réunion de quelques instants où rien ne futéclairci. La séance recommença; avec la séance, le tumulte. Je fus insulté de toutes parts, et les députés des centres, si pacifiques les jours précédents, intimidés entraînés dans lemoment, s 'excusant de leur faiblesse de la veiUe, par leur violence d'aujourd'hui, votèrent cette guerre qui est la plus malheureuse certainement que la France ait entreprise, dans sa longue et orageuse carrière. »
Je cite cet extrait pour montrer comment un pays peut être entraîné à la guerre, malgré lui, par ses représentants et ses ministres.
ANNEXE No 2