‹ Des causes conditionnelles et productrices des idées, ou, De l'enchainementChapitre 4 sur 19 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

vérité de se faire jour ou de triompher de Terreur, en ôtant tout moyen de comparaison entre des opinions contraires, dont les unes (suivant Fesprit du temps) sont traitées en enfants gâtés, tandis que les autres, quand on daigne en faire mention, soit dans des écrits, soit dans des leçons orales, sont toujours présentées sous le jour le plus défavorable : autant Ton était injuste envers Descartes au dix-huitième siède, autant on l'est maintenant à Fégard de Locke et du sensualisme.

Si Fédectisme consiste à n'adopter dans son entier aucun système existant à l'exclusion de tous autres systèmes connus, mais à prendre dans chacun d'eux ce qu*il contient de vrai, et à rejeter ce qu'il a de faux ou d'erroné , il n'est peut-être pas un philosophe aujourd'hui qui ne soit éclect^ue, ou qui ne voulût Fôtre , à commencer par ceux-là mêmes qui déclament contre cette manière de philosopher.

Mais comme ce qui parait vrai à Fun n'est pas toujours vrai pour Fautre ; comme ce qui est raisonnable pour celui-ci peut s^fnbla* ridicule ou absurde à celui-là : il s'ensuit que, si diacun se composait un système profère avec les éléments qu'U aurait pris ailleurs ou trmivés en lui-^même , nous aurions autant de systèmes divers, tous m^s de vrai et de faux , qu'il y a de philosophes; ce qui ne strait peut-être pas sans mcan" vénient.

Mais, d'un autre côté, comment trouver de la justice et de la raiscHi dans nos spiritualistes modernes, qui, en prêchant l'éclectisme , crient anathème contre ceux qui n'admettent pas au moins leurs dogmes fondamentaux , si tant est qu'ils en aient de communs ; sans parier des récompenses promises ou des menaces faites à leurs disciples , suivant qu'ils serviront ou qu'ils abandonneront leur cause. Ne ressemMent-ils pas à

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ces hérésiarques qui professent la liberté d^examen , et damnent ceux qui, usant de cette liberté , par suite d'un examen approfondi, cessent de partager leur sentiment sur tel ou tel point?

On comprendra facilement partout ce qui précède, que je n'ai point cherché, et que je désapprouve ceux qui cherctent à faire des systèmes, soit qu'ils embrassent ou repoussent l'éclectisme , soit qu'ils puisent à des sources étrangères ou ne tirent rien que de leur propre fonds. Un système vrai, s'il en est de tels , ne peut être que le résultat de l'observation et du raiscmnement, et doit en sortir conmie de Im-méme; autrement , U a toujours quelque chose de forcé, de hasardé, do contraire à l'expérience , et qui n'aurait pas manqué d'arrêter l'inventeur dans ses spéculations, si celui-ci avait été plus clairvoyant ou de meilleure foi. Il n'en est pas de même quand on n'admet que des principes certains, des faits bien constatés, sans faire aucun effort pour les lier entre eux.

C'est ainsi , qu'en ce qui concerne les attributs et les phénomènes de l'âme, un système fort simple (si même on peut lui donner ce* nom) découle naturellement des discussions dans lesquelles je suis entré et 4es principes que j'ai établis, par occasion, relativement aux facultés de l'esprit. J'ai, en quelque sorte, à cet égard, le flambeau de la raison et celui de Texpérience à la main, suivi une ligne intermédiaire entre deux autres qui me semblent également conduire à l'erreur. D'un côté, je rejette absolument la doctrine des idées innées, renouvelée de Platon et de Descartes par M. Cousin, et ne reconnais rien d'inné en nous, je veux dire dans la substance qui pense en nous , que les propriétés mêmes qui la constituent , et dans lesquelles toutes nos idées indistinctement exi&-

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tent en puissance : de Vautre côté, je nie, avec M. Cousin et beaucoup d'autres philosophes, que les idées ne soient que des sensations transformées, comme le prétendait CondiUac; je crois seulement , que Yaction des objets extérieurs et de leurs rapports sur l'entendement , par Tintermédiaire des sens, est la catise productrice de nos premières idées , qui deviennent à leur tour causes productrices de toutes les autres. Je n'admets pas non plus, que les propriétés de l'âme, tant actives que passives , intellectuelles et morales , ne soient toutes que différents modesr, ou de la sensibilité , comme il résulterait de plusieurs doctrines sensualistes , ou de la volonté, comme le soutient Maine de Biran, chef de la nouvelle école spiritualiste.

J'admire l'immense érudition , le style noble et élégant , l'éloquence entraînante des écrivains de nos jours, et tous les moyens oratoires qu'ils emploient, avec tant détalent, pour donner une apparence de vérité et un certain charme à leurs hypothèses ; et je trouverais admirables ces hypothèses ellesmêmes , si elles pouvaient détruire le matérialisme pratique du temps présent, et empêcher le mal que font certaines doctrines politiques, ou modifier ces doctrines dangereuses. Mais c'est ce que je n'ose espérer. Je croirais plutôt que les unes et les autres, ayant une même origine, découlant d*une source commune, l'ima^nation, existeront et périront ensemble. Certes , je suis loin d'approuver le sensualisme exagéré du dixhuitième siècle, et les théories matérialistes de cette époque , qui n'en sont d'ailleurs que des applications abusives , non des conséquences nécessaires, comme on l'a dit faussement. Mais la philosophie actuelle est-elle meilleure , est-elle plus saine ou plus vraie? Il me semble qu'en ce qui regarde la psychologie , et surtout Fidéologie , on n'a fait que passer d'un excès

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dans un autre , et que le juste milieu est encore à trouver , ou tout au moins à bien établir.

Sans songer à atteindre ce but, j*y suis peut-être arrivé, du moins en ce qui concerne Tenchainement des propriétés et des phénomènes de Fftme. De toute façon , mes principes, ou mes raisonnements, qui paraîtront extraordinaires, souvent par leur simplicité même, diffèrent pour la plupart de ceux des philosophes de tous les siècles. Qu'ils semblent vrais ou faux, qu'on les adopte ou qu'on les rejette, on pourra toujours , je Fe^re , en tirer quelque profit.

Si je n'ai pu rencontrer , j'ai du moins cherché de très^bonne foi la vérité , et avec une persévérance qui annonçait un vif désir de la connaître; c'est une justice que l'on m'a rendue. Je n'avais prnnt encore examiné la plupart des nouvelles doctrines, lorsque la Revue encyclopédique (qui m'en fit le reproche), après m' avoir blâmé d'admettre l'hypothèse surannée delà distinction réelle de l'âme et du corps , et quelques autres non moins vieillies (mais que j'ai étayées de preuves nou-velles), dit en terminant : « Ce que nous ne croyons pouvoir trop louer en M. G., c'est la bonne foi, la conscience rare qu'il met dans ses recherches philosophiques; c'est la persévérance avec laquelle il a persisté dans des travaux difficiles et peu encouragés par l'opinion publique... »

Dans un article fort bien fait, inséré à la même époque, au journal U Temps^ M. Ad. Gamier , l'un des professeurs de philosophie les plus distingués de la faculté de Paris, s'exprime ainsi relativement à la maniée dont j'ai expliqué l'origine et la génération de nos idées : « La prédilection , dit-il , que l'auteur professe pour la philosophie physique devait lui donner quelque tendance au sensualisme ; mais ses méditations, son érudition philosophique, et principalement ses travaux sur

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