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moyen âge ou même des temps modernes, il ne m'importe guère ; car je n*ai pas la mdndre prétention de passer pour philosophe.
Mon cqjnnion n'en est pas moins, que celui-là seul est digne d'un pareil titre, qui aime sincèrement etrecherdie consciencieusement la vérité, qui merise toute hypothèse sans fondement, quelque brillante qu'die soit, qui regarde comme incertain ou douteux tout ce qui n'est pas, ou constaté par l'observation, ou dànontré par le raisonnement, soit qu'il résulte ou non quelque système, entier ou partiel, des principes qu'il a pu recevoir ou établir avec ces précautions. Ainsi , selon moi, celui qui, ne s'appuyant que sur des conjectures probables , construit un système plus ou moins ingénieux et séduisant, mais qui ne soutient pas Fexamen, est un homme d'imagination ; ce n'est pas un philosophe (sous ce point de vue, bien entendu, ce qui n'empêche pas qu'il ne puisse l'être à d'autres égards) : celui qui présente une hypothèse comme vraie , parce que ses conséquences lui plaisent , et qui. ne fait connsdtre, ni les objections qu'on pourrait lui opposer, ni les observations favorables à l'hypothèse contraire , est un avocat qui emploie habilement sa rhétorique à défendre une bonne ou une mauvaise cause; ce n'est pas un philosophe : celui qui, par esprit de système, doute de tout, ou qui érige le doute même en système, est un extravagant ; ce n'est pas un philosophe : je ne dis rien de celui qui, les yeux fermés, reçoit, sans examen, tejle ou telle doctrine, sur la foi ou l'autorité d' autrui ; car il ne sera considéré comme phUosophe par personne. Du reste, que Ton appelle philosophes ceux qui érigent des systèmes à priori, bien qu'il soit certain que par là ils font plutôt reculer qu'avancer la science, ou même tous ceux qui s'occupent spécialement de l'étude de la philosophie , je ne
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m'y oppose point : je demanderai seulemaot que Ton distingiie panni eux les hommes, malheureusement fort rares, qui se trouvent dans les conditions nécessaires pour tirer de oette étude quelques vérités utiles, quelques {Nrincipes certains ; je veux dire ceux que la nature a faits eUe^méme philosoj^es, ou qui le sont pai* caractère ; ceut dont la raison domine toujours r imagination et ne se laisse point influencer parle sentiment; ceux dont Fesprit est doué d*une entière impartialité , oq d'une parfaite indifférence de jugement (qu'il ne faut pas confondre avec une indifférence de s^timent, défaut que Ton ne saurait trop déplorer).
Quant aux éclectiques, si Ton comprend sous cette dénomination les professeurs ou les écrivains qui n'appartiennent à aucune secte, à aucune coterie, je crains fort qu'en France le nombre n'en soit extrêmement limité, même parmi les jdii* losofdies qui nous recommandent le plus expressément l'édec* tisme : car ces philosophes, qui tous, je crois, sont idéalistes ou rationalistes, chacun à sa manière, ne laissent pas de chercher à faire des prosélytes, en fulminant une espèce d'interdit sur tous ceux qui ne sont pas de leur parti, je veux dire, sur les sensualisteô de toutes les nuances, et en témoignant une hypocrite indignation touchant les prétendues conséquences qui décolleraient, suivant eux , chl sensualisme même le plus raisonnable. Des journaux et des revues, qui, d'après leurs tilres, sembleraient devoir accueillir toutes les opinions, se font un mérite, un devoir (dans leur intérêt et dans celui des maîtres auxquels ils se dévouent) de regarder comme non avenues celles de ces opinions qui ne cc»icordent pas, plus ou moins, avec les idées dominantes. C'est en effet le meilleur moyen de les discréditer et de réduire leurs auteurs au silence. Ce misérable esprit de coterie, qui règne partout, empêche la