CHAPITRE IV DU DIVORCE EN FRANCE DEPUIS
Le divorce, entré dans la loi après une vive résistance, consenti seulement à condition d’être réduit à quelques cas et d’être entouré de nombreuses garanties, propres à empêcher les abus, n’a cessé de gagner du terrain. La loi de 1884 avait eu pour but, en réinstiluant le divorce, d'apporter un remède à des situations exceptionnelles et dignes d'intérêt. C'est ce qu’'indiquait M. de Marcère dans son rapport du 14 mars 1882 : « Les magistrats appliqueront la loi dans l'esprit où elle a été faite, et, loin de provoquer à la dissolution du mariage par des complaisances qui seraient un manquement à leurs devoirs, ils se montreront ce qu'ils doivent être, les défenseurs de la société et de la famille, et ne prononceront le divorce que dans les circonstances extrêmes, pour lesquelles le législateur aura réservé un recours, qui, à ses yeux, n’a rien de favorable. »
Ce n’est du reste que grâce aux affirmations répétées des partisans du divorce, que celui-ci ne serait exercé qu'avec une grande modération, que son rélablissement fut consenti par la majorité des députés. Mais, avec les années, le nombre des divorces augmenta bien vite. Les tribunaux, par suite de la lati-
tude qu’on leur avait laissée, les admirent de plus en plus facilement et les épithètes de sévices, excès, injures graves servirent à masquer tous les motifs que les époux voulaient cacher, sans que les juges fissent le moindre effort pour arrêter la multiplicité des désunions. D’un autre côté, les époux, encouragés par la bienveillance excessive de la jurisprudence, subissant beaucoup moins qu’autrefois l’influence des croyances religieuses, formulaient des demandes, qui, chaque jour, s’accroissaient. Sous la poussée de ces différentes causes, en l’espace de vingt années, le nombre des jugements de divorce était presque triplé.
Tous, aujourd’hui, quels que soient leur sexe, leur âge ou leur profession, donnent une préférence de plus en plus marquée du divorce sur la séparation de corps. Nous avons jugé nous-mêmes que le divorce élait supérieur à celle-ci, mais nous ne pouvons nous empêcher de constater avec tristesse la progression effrayante du divorce, qui n’a même pas l’excuse d’une diminution du nombre des séparations de corps, puisque ce nombre est resté sensiblement le même qu’en 1884. D’année en année, on peut suivre les progrès de cette institution, excellente en elle-même et nécessaire, si elle est savamment contrôlée, mauvaise et anti-sociale, si, par elle, le mariage diminue de valeur, perd de sa grandeur et de sa considération.
À peine de 4.000 en 1885, le nombre des divorces s’est accru avec une rapidité telle qu’en 1904 il s'élevait à 12.000 et que ce chiffre doit être encore dépassé à l'heure actuelle. Nous ne pouvons mieux faire, pour montrer l'augmentation constante des demandes de divorce et la facilité de plus en plus grande avec laquelle ces demandes sont accueillies, que de publier quelques tableaux dont les données sont empruntées au compte général de l’administralion de la justice civile et commerciale.