acte ait été commis par le mari ou la femme, que la
jurisprudence puisse faire rentrer dans la liste des injures graves, malgré tout le développement qu’elle Jui a donné, il peut exister parfois entre les époux une telle indifférence, une telle aversion, que les contraindre à vivre côte à côte serait aller manifestement contre tout sentiment d'humanité ; il en sera encore de même lorsque les époux, qui, tous deux, désirent se quitter, se refuseront à divulguer, par pitié ou par pudeur, les motifs qui les poussent à divorcer.
D'accord pour recouvrer leur liberté, ces époux iront vainement supplier les juges. La loi inexorable sera là ! ni excès, ni injures, ni sévices ne peuvent être invoqués par eux, ils doivent rester unis et voilà désormais ces conjoints, rivés ensemble pour l’éternité, condamnés à chercher dans des amours illégimes le bonheur qu’une autre union aurait pu faire refleurir, ou bien, si, pour fléchir le tribunal, ils se soumettent aux exigences de la loi, ils se verront contraints d'organiser une comédie, devant laquelle les juges, volontairement ou non, seront obligés de s’incliner ! Pourquoi donc les forcer à donner aux magistrats le rôle de dupes, pourquoi leur imposer l'obligation de jouer une comédie qui ne trompe personne, pourquoi, en un mot,ne pas admettre le divorce dans le cas principalement où il devrait être accepté, c’est-à-dire dans le cas où les deux conjoints sont d’avis de se séparer ?
Mais ce n’est pas tout! La loi de 1884 ne reconnaît pas certaines causes de divorce, que de nombreuses législations admettent et que la justice conseillerait de ne pas ignorer. Le conjoint d’un fou, d'un absent, d’un syphilitique doit rester enfermé dans les liens du mariage. Nous ne pouvons que rendre hommage aux êtres qui, sacrifiant leur vie et toutes les joies terrestres, n'hésitent pas par pitié, par devoir consenti, par scrupules religieux ou scrules moraux, à veiller les cauchemars sinistres d’un fou, à attendre en priant le retour de l’absent, à demeurer chaste malgré les jouissances promises, à soigner avec courage les plaies d'un syphilitique. Honorons ces êtres dignes d’une admiration sans bornes, mais, au moins, permettons leur de s'évader le jour où leur cœur se soulèvera, où leur énergie défaillera ! Respectons-les, mais ne leur faisons pas un crime de leur dévouement et ne les forçons pas à continuer leur sacrifice malgré eux ! (A imposer les vertus qui ne relèvent que de la volonté et de la conscience, prenons garde ; nous finirions par les rendre odieuses» (1).
Des réformes dans la loi de 1884 s'imposent donc el il est certain que les causes de divorce actuelles sont insuflisantes. Mais faut-il, poussant la théorie à fond, étendre presque indéfiniment la liste des cau-