‹ Des Causes de Divorce et de Leur ExtensionChapitre 8 sur 98 · NIQUE · texte numérisé non relu

NIQUE

ne saurions trop le répéter, est un mal, mais un mal nécessaire en l’état de nos mœurs, au milieu d’une société où le parfajt n’existe pas.

Toutefois le législateur de 1884 a voulu respecter la liberté de conscience : il n’a pas voulu forcer les catholiques, dont l'union aurait été malheureuse, à recourir à un remède que leur religion leur interdisait. En conséquence, il a maintenu la séparation de corps, qui donne aux chrétiens, respectueux de leurs croyances, le pouvoir de ne pas sacrifier leur foi et leurs sentiments religieux pour s'évader d’un esclavage insupportable. Désormais, tous les citoyens peuvent trouver un refuge contre les mauvais traitements, les injures, les vexations que leur conjoint leur fait subir : séparation, si leur conscience leur interdit le divorce ; divorce, s'ils sont libérés de toute considération religieuse et s’ils veulent recouvrer une liberté et une indépendance absolues.

Et nous ne pouvons que répéter ici, pour terminer, les paroles de Bavoux (1), prononcées à la Chambre en 1834. Bavoux, faisant l'apologie du divorce et en même temps celle de Napoléon, s’écriait : « Cet homme, doué éminemment du génie d’organisation sociale, replaça la religion sur les autels, la morale publique sur ses véritables bases et s’appli-

1. Bavoux, député du Jura, plus tard représentant de Paris à l’Assemblée constituante. Discours prononcé à la Chambre le 28 janvier 1834.

Le

LA

qua surtout à renouer les liens brisés dans les familles. Regarda-t-il le divoree comme un élément de désordre ou comme blessant la morale ? Il y vit un moyen de paix domestique, en assignant un terme aux guerres intestines : il le vit en harmonie avec nos institutions, avec la nature de l’homme, avec sa sociabilité comme avec ses faiblesses ; il évita soigneusement de heurter la France dans une posses-, sion à laquelle il remarqua sans peine qu'elle était fortement attachée ; il le jugea comme Montesquieu d’une grande utilité politique. »

Boichut 5

Page 1