‹ Des causes de la cherté actuelle de la vie rapports et observations présentés à l'Académie des Sciences Morales et PolitiquesChapitre 1 sur 27 · AUX ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE, EN ANGLETERRE ET EN FRANGE · texte numérisé non relu

AUX ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE, EN ANGLETERRE ET EN FRANGE

{Lecture faite par M. Auguste Arnauné dans la séance

du 15 mars 1919.)

La cherté persistante et croissante de la vie est depuis longtemps déjà un sujet de préoccupation domestique; elle devient une cause de souci public. On a cru d'abord suffisant, pour y obvier, d'attribuer des indemnités au personnel des administrations et des majorations d'appointements et de salaires aux employés et ouvriers des entreprises privées. Ce sont là de simples palliatifs. Limités dans leur application à une catégorie d'intéressés, ils sont, de plus, impuissants à faire cesser le mal et peuvent même contribuer à le prolonger. En effet, la rémunération plus forte allouée au travail relève le prix de revient des produits et, par conséquent, le prix auquel ils peuvent être offerts en vente. Elle est aussi une cause d'accroissement de la demande : à supposer que les nouveaux salaires ne fournissent pas aux personnes qui les reçoivent des moyens d'achat supérieurs à ceux dont elles disposaient précédemment, que les salaires réels d'aujourd'hui ne dépassent pas les salaires réels d'hier, leur augmen-

tation nominale fait illusion et incite à dépenser plus largement. L'action des causes préexistantes de cherté est ainsi renforcée doublement et l'équilibre de l'offre et de la demande tend à se réaliser sur des prix dont les niveaux successifs sont de plus en plus élevés. Le moindre inconvénient de cet enchérissement continu, inconvénient très grave en lui-même, est d'annuler, au moins pour partie et après un certain laps de temps, le bénéfice des améliorations de salaires accordées, de susciter de nouvelles et très naturelles réclamations et de menacer les budgets publics et privés de charges permanentes et grossissantes ; le pire est de rendre la production plus coûteuse, partant plus difficile, moins efficace, moins apte aussi à soutenir la concurrence des productions rivales sur le marché du monde, alors que le développement et l'expansion de la vie économique peuvent seuls procurer plus de bien-être à la population et permettre au pays de porter un fardeau qui, malgré la victoire, sera effroyablement lourd.

Il importe donc, si l'on veut trouver des remèdes et ne pas s'attarder aux expédients, de rechercher les origines du mal. On s'y est efforcé à l'étranger comme en France, car, à des degrés divers, tous les pays sont atteints. Un intérêt particulier s'attache aux discussions ouvertes sur ce sujet en Angleterre et aux Etats-Unis, à cause de la manière nouvelle dont y est envisagé un côté de la question qui nous touche directement et gravement.

Parmi les circonstances multiples qui peuvent déterminer les mouvements des prix, l'état de la circulation — de la circulation métallique aussi bien que de la fiduciaire — a toujours sollicité et captivé l'attention des économistes anglais et américains. La plupart se sont montrés

enclins à imputer toute hausse du niveau général des prix à une diminution du pouvoir d'achat de la monnaie, toute baisse générale des prix à une augmentation du pouvoir d'achat de la monnaie. C'est une tendance chez eux traditionnelle. Certaines observations de David Hume et d'Adam Smith, entendues dans un sens absolu, les y ont engagés; ils y ont été confirmés sans doute par les constatations de l'enquête de 1810 sur les conséquences du cours forcé des billets de la Banque d'Angleterre et par les conclusions du fameux Bullion Report auquel elle aboutit. Depuis lors, toutes les fois qu'est survenue une crise des prix, en hausse ou en baisse, la thèse de l'influence prépondérante, sinon exclusive, de la cause monétaire a eu, en Angleterre et aux Etats-Unis, des défenseurs de marque. Il y a quelque trente-cinq ans, lorsque les prix, au lieu de monter comme aujourd'hui, commençaient à subir la baisse qui devait aller en s'aggravant jusqu'aux dernières années du xrx e siècle, des économistes comme Goschen et Robert Giffen attribuaient la dépréciation des marchandises à renchérissement ou, suivant le terme anglais que l'on a transporté dans notre langue, à l'appréciation de l'or. Tout récemment, en 1913, un économiste américain, le professeur Irving Fisher, s'inspirant de la même théorie, préconisait un système de stabilisation mécanique des prix, consistant à augmenter la valeur légale des monnaies d'or au cas de hausse de l'ensemble des prix et à diminuer cette valeur légale au cas de baisse générale des prix. M. Irving Fisher reconnaît à l'autorité publique le droit et la puissance, jadis attribués par les légistes aux princes de l'ancien régime, de fixer à son gré la valeur des espèces métalliques. Il proposait que cette autorité en usât pour stabiliser les prix, supposant que ceux-ci sont sous la dépendance exclusive des variations de valeur de la monnaie.

La crise actuelle a été l'occasion, aux Etats-Unis et en

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