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DES CAUSES DE L.A CHERTÉ ACTUELLE DE LA VIE

Angleterre, d'une revision des doctrines traditionnelles. L'observation des faits semble avoir modifié la disposition d'esprit qui faisait tenir pour suffisante l'explication monétaire des mouvements généraux des prix. On voit mettre aux places que réclame leur importance l'énorme accroissement de la demande, la diminution de la production de certaines marchandises, l'arrêt ou le fonctionnement défectueux des organismes de distribution des pro duits. Le facteur circulation est relégué au second plan, du moins pour le moment.

Voici, à titre d'exemple, le résumé des observations que présentait à ce sujet, dans une circulaire de mars 1918, une importante Trust Company y la Guaranty Trust de New- York :

Une nation en guerre est un acheteur pressant. Dès le début de la guerre actuelle, plusieurs de ces acheteurs pressants se sont présentés sur le marché des Etats-Unis. La demande est donc devenue plus intense. Les industriels qui avaient passé des contrats de fournitures de guerre, ayant besoin de développer leurs moyens de production, ont recherché le capital et la main-d'œuvre, leur offrant des prix majorés. De leur côté, les industriels qui ne travaillaient pas pour la guerre ont dû payer de plus hauts prix afin de retenir à leur service capitaux et maind'œuvre.

Pour certaines marchandises importantes, la production a diminué. Ainsi, le haut prix du coton est dû, en partie à ce que la récolte des États-Unis, qui avait atteint 16.900.000 balles en 1914, a été réduite pour les trois années suivantes à 12.000.000, à 12.500.000 et à 12.300.000 balles. La cherté du blé a été causée par le déficit des récoltes aux Etats-Unis et en Argentine. Il y avait bien en Australie un excédent de 180.000.000 boisseaux (63 1/2 millions de quintaux) ; mais les navires ont manqué pour transporter ce blé. Ce n'est pas le seul cas

où les prix ont monté parce que des marchandises qui existaient aux lieux de production, n'ont pu être apportées là où elles étaient instamment demandées. La désorganisation du commerce maritime, résultat de l'affectation des navires au transport des troupes en Europe en même temps que des destructions par sous-marins, l'insuffisance du rendement des chemins de fer, dont l'outillage n'a pas été développé de façon à faire face à des besoins que Ton n'a pas su prévoir, ont fortement contribué à la hausse générale des prix. Celle-ci résulte donc du seul jeu de la loi de l'offre et de la demande.

Sans doute, la circulation a grossi. Notamment, il est arrivé de l'étranger aux États-Unis de l'or pour 1 milliard de dollars- Mais l'augmentation de la circulation n'a pas été la cause de la hausse; elle en a été simplement l'adjuvant, elle l'a rendue possible en fournissant à une demande plus intense des moyens d'achat accrus. Pour un volume d'affaires très grossi, il fallait plus de monnaie. La monnaie supplémentaire a été l'instrument et non le moteur de la hausse.

Qu'il n'y ait pas surabondance dans la circulation, en particulier pour les billets de banque, c'est ce que pense, comme la Guaranty Trust, le Comité de la Réserve fédérale. Ce Comité {Fédéral Reserve Board) a été institué, on le sait, par la loi de 1913 sur la Réserve fédérale. C'est un organe de contrôle et de coordination, chargé d'interpréter la loi et de veiller à ce qu'elle soit appliquée selon son esprit par les douze banques régionales d'émission créées, conformément à ses prescriptions, sous le nom de banques de réserve fédérale.

D'après le Bulletin du Comité pour le mois d'octobre 1918, la circulation des billets émis dans les conditions prévues par la loi de 1913 — billets de la réserve fédérale et billets des banques de réserve fédérale — était passée de 263 millions de dollars à 2.113 millions de

dollars (1), du I er février 1917 au 1 er septembre 1918. Cette augmentation de 1.850 millions de dollars pouvait autoriser l'hypothèse que la hausse générale des prix était due à une émission exagérée de billets. Elle a été envisagée aux Etats-Unis. Le Comité s'attache à dissiper l'impression que donne la vue des seuls chiffres relatifs aux billets de la réserve fédérale et aux billets des banques de réserve. Si ces billets ont augmenté de 1.850 millions, la circulation des monnaies d'or, des certificats d'or, des monnaies d'argent et de bronze, des autres billets de banque ou d'Etat a diminué de 1.114 millions. L'augmentation nette de la circulation ne dépasse donc pas 736 millions de dollars. De cette somme, il faut déduire plus de 50 millions de billets de la réserve fédérale exportés à Cuba, au Canada, au Mexique. Compte tenu des moyens additionnels d'échange rendus nécessaires par l'augmentation de la population et par le développement général de l'industrie et du commerce, des besoins particuliers que les transactions relatives aux récoltes créent au mois de septembre, besoins grossis en 1918 par la cherté des produits agricoles, il n'y a pas eu inflation de la circulation (2).

Mais, de l'avis du Comité, une autre inflation s'est produite, celle des crédits de banque. Le total des comptes de dépôts s'est accru, pour l'ensemble des banques et des trust companies, de 2.146 millions de dollars, de juin 1917 à juin 1918 (3), et, depuis lors, il a grandi. La progression est due, pour une bonne part, aux ouvertures de crédits consenties par les banques à leurs clients dési-

(1) Chiffre au 7 février 1919 : 2.585.480.000 dollars, dont 131 .315.000 dollars en billets de banques de réserve et 2.454.165.000 dollars en billets de la réserve fédérale.

(2) A. G. Miller, du Ferlerai Reserve Board. — Financial Chronicle, déc. 28, 1918, p. 2416.

(3) Chronicle, octob. 26, 1918, p. 1613.

reux de souscrire aux emprunts. Les crédits transférés à l'Etat par l'effet des souscriptions, ont été employés aux dépenses de guerre. S'ils avaient été affectés aux opérations ordinaires du commerce et de l'industrie, des biens nouveaux auraient été produits ; une offre supplémentaire correspondant aux nouveaux moyens d'achat mis à la disposition des commerçants et des industriels, aurait été créée. Mais les emprunts de guerre ne sont pas destinés à accroître la production. Les biens qu'ils permettent au gouvernement d'acquérir sont déjà produits, ou le seront, par d'autres moyens. Aucun accroissement de l'offre ne vient balancer la demande gouvernementale et en contrarier l'effet. L'équilibre étant rompu, la hausse des prix est forcée (1).

Tel est le thème de nombreux discours prononcés dans des réunions de banquiers par les membres du Fédéral Reserve Board, au cours dune campagne dans laquelle ils recommandaient, tout à la fois, l'économie dans les dépenses privées et ce qu'ils appelaient l'économie dans les crédits, c'est-à-dire la restriction des ouvertures de crédit aux seules affaires susceptibles de faire augmenter la production. On voit que le Fédéral Reserve Board ne considère pas l'inflation des crédits comme un facteur distinct, ayant une action propre sur les prix, mais comme un élément du jeu de l'offre et de la demande. Des moyens d'achat plus puissants peuvent être la condition nécessaire d'une demande plus intense, soit qu'ils la secondent soit même qu'ils la suscitent; mais, en définitive, c'est l'accroissement de la demande qui, l'offre demeurant stationnaire, agit sur les prix.^

' (1) A. G. Miller, du Fédéral Reserve Board. — Chronicle, nov. 29, 1917, p. 1845-47.

En Angleterre, il y a eu inflation tout à la fois de la circulation et des crédits.

De juin 1914 à juillet 1918, la circulation des billets de la Banque d'Angleterre avait augmenté de près de 27 millions de livres. Celle des monnaies d'or avait, supposet on, diminué de 80 millions. Mais il y avait en plus 258.912.000 livres sterling de currency notes, billets d'Etat émis par la Trésorerie. Toutes compensations faites, l'augmentation nette dépasse 200 millions sterling (en francs 5 milliards). C'est le chiffre que donne le rapport récemment publié d'une commission de la circulation et des changes étrangers, nommée en janvier 1918 et que préside lord CunlifTe, ancien gouverneur de la Banque d'Angleterre. Le pourcentage d'augmentation est de 113 %.

Les currency notes, billets de 1 £ et de 10 shillings, avaient été créés par une loi du 6 août 1914 en vue de remplacer, pour les ventes et achats courants, les souverains et demi-souverains que le public thésaurisait. Les banques les reçurent à ce moment, du Trésor, par l'entremise de la Banque d'Angleterre, à titre d'avances portant intérêt. Ces avances, qui, à la fin d'août 1914, avaient dépassé 10 millions de livres (10.111.650 liv. st.), étaient presque entièrement remboursées au 31 décembre suivant (restaient 769.000 liv. st.). Néanmoins les billets ne furent pas retirés, le rétablissement de la circulation des souverains n'ayant pas paru possible, eu égard au change défavorable qui les aurait fait exporter. A la fin de 1916, la circulation des currency notes avait augmenté; il y en avait pour plus de 150 millions sterling. Au 24 décembre 1918, on était arrivé à 324 1/2 millions sterling (8,187 1/2

millions de francs). C'est le chiffre le plus élevé qui ait été atteint jusqu'à présent. Réduite à 307 1/2 millions le 29 janvier 1919, la circulation est remontée à 318 millions sterling (près de 8 milliards de francs), le 5 mars, contre 500.000 livres seulement d'avances aux banques d'épargne. La majeure partie de là différence doit représenter les versements du Trésor à la Banque en contre-partie d'avances destinées au paiement des dépenses publiques (Ways and means advances).

De même que le volume de la circulation, et beaucoup plus, le volume des crédits en banque a grossi. D'après la statistique périodique des banques, les dépôts et comptes courants avaient augmenté à la fin de 1917, de 670 millions sterling. Le chiffre de 900 millions d'accroissement (22.500 millions de francs) aura été vraisemblablement atteint à la fin de 1918. Remarquons la nature des contreparties qui apparaissent dans le bilan des banques. Ce sont des augmentations d'escomptes, prêts et avances, consistant, dans une large mesure, en escomptes de bons du Trésor [Treasiiry bills), en souscriptions et en avances faites aux clients pour souscrire aux emprunts War loans) et aux obligations de guerre (War bonds), donc en prêts à l'État; ce sont sont aussi des augmentations d'encaisse sous forme de currency notes, encore des emprunts de l'Etat, ceux-ci faits à la circulation. La progression des crédits ne résulte donc pas du versement dans les banques de capitaux nouvellement formés. Elle ne manifeste pas un enrichissement du pays, mais un endettement plus grand de l'Etat, ou encore l'endettement des personnes qui ont emprunté pour prêter à l'Etat. Ce sont ces dettes qui ont donné naissance à des crédits. Voici comment. Les créanciers de l'Etat sont payés, en Angleterre, au moyen de chèques, tirés sur le compte du Trésor à la Banque d'Angleterre, que les bénéficiaires passent à l'ordre des banques dont ils sont les clients. Tout ce qui est

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