‹ Des causes des migrations des divers animaux et particulièrement des oiseaux et des poissonsChapitre 116 sur 117 · LA CARTE DU GLOBE TERRESTRE · texte numérisé non relu

LA CARTE DU GLOBE TERRESTRE

Sur laquelle ont été tracées les routes suivies par plusieurs espèces d'oiseaux et de poissons dans leurs migrations.

OISEAUX

On a tracé sur la carte la route suivie par plusieurs espèces d'oiseaux et de poissons dans leurs migrations, à l’aide de lignes ponctuées ou marquées d’astérisques. On a également indiqué, par le nomde l’espéce, le point d’oùelle part pour se rendre à sa destination. De cette manière on peut saisir à quel point les routes parcourues par les espèces émigrantes sont étendues, et combien les voyages auxquels elles se livrent habituellement sont considérables. En jetant les yeux sur cette carte, on sera frappé de l’extrême différence que présente l'hémisphère boréal, en comparaison de l’austral, relativement au nombre des lignes destinées

a donner une idée des migrations. Cette différence

est probablement, dans le fait, moins considérable qu'elle le parait; elle tient uniquement au petit nombre d’observations que nous possédons sur les voyages que font les espèces européennes en Amérique, ainsi que sur ceux que paraissent exécuter les races du nouveau monde dans l’hémisphère boréal.

Nous avons cité dans cet ouvrage quelques faits relatifs aux courses auxquelles se livrent certaines espèces d'oiseaux d'Amérique qui nous arrivent parfois dans le midi de la France. Faute d'observations suffisantes, nous n'oserions assurer que ces excursions , qui paraissent accidentelles, vu leur peu de fréquence, ne fussent pas cependant tout aussi périodiques que celles qu'exécutent les espèces dont nous avons tracé la marche.

A raison de cette circonstance, nous avons choisi comme exemple des migrations, les principales espèces de l’Europe qui sont connues pour ainsi dire partout, à raison de l'étendue des voyages qu’elles exécutent avec une constance et une régularité remarquables. Nous avons dû nous borner à indiquer onze espèces, dont quatre suivent le même chemin et se livrent aux mêmes excursions. Le nombre des lignes à été ainsi réduit à neuf. De cette manière, on peut saisir avec plus de facilité les courses que les espèces émigrantes exécutent en Europe, contrée où elles sont bien plus connues que partout ailleurs. Le

nombre neuf paraît encore trop considérable, lorsqu'on porte particulièrement son attention sur l’Europe; car dans tout le reste du monde il est extrêmement restreint.

Notre carte présente sous ce rapport un intérêt particulier ; elle fait saisir à l'œil combien peu nos connaissances sont avancées sur la route que suivent les oiseaux et les poissons émigrants, une fois qu'ils sont sortis des pays les plus civilisés et des mers les plus fréquentées. Il faut espérer qu’en présence de cette lacune les observateurs éclairés qui habitent soit l’Asie, soit l’Afrique, soit l’Amérique, soit enfin la Nouvelle-Hollande, voudront bien s’occuper de cette partie de l’histoire des animaux. Leurs recherches nous feront mieux connaitre un des phénoménes les plus réguliers et les plus curieux de la nature. Probablement aussi l'étude de ce phénoméne entrera dans les instructions que l’académie des sciences donnera désormais aux navigateurs qui entreprennent de grands voyages et surtout des voyages de circomnavigation. Plus que personne, les navigateurs sont en mesure de faire à cet égard des observations intéressantes, si leur attention est appelée sur ce beau sujet.

1° Hirondelle de fenêtre (hirundo urbica). Une ligne composée de traits et de points intermédiaires indique la route que suit cet oiseau. Cette

espèce parait partir du Portugal où elle se divise en deux colonnes. La première ou la septentrionale se dirige vers les iles Britanniques, traverse la mer du Nord, arrive en Norwése, en Laponie, et parcourt la plus grande partie de la Russie et de la Turquie d'Europe; elle se Joint ensuite à la seconde colonne, pour venir avec elle à son point de départ.

La seconde division de l’hirondelle de fenêtre ou la méridionale traverse toute la partie du sud du Portugal, de l'Espagne, de la France, d’où elle envoie ses tribus en Allemagne, en Suëde, ainsi que dans tout le nord de l’Europe. Une partie de ces tribus serend également dans la Turquie d'Europe, et les individus qui y arrivent se joignent avec les autres hirondelles qui y sont arrivées par la Russie. Elles regagnent ensemble les contrées du Portugal, que les unes et les autres avaient quittées.

2° Hirondelle des rivages (hirundo riparia). La route de cette espèce est indiquée par une ligne ponctuée. L’hirondelle des rivages parait partir de la Guinée ; elle se divise, dès le moment de son départ, comme l’espèce précédente; l’une de ses colonnes se dirige vers le nord, et l’autre suit au contraire une route tout opposée, c’est-à-dire, vers le sud.

Etudions d’abord la marche de la colonne méridionale, et nous examinerons plus tard celle de la colonne septentrionale. La première longe d’abord les

côtes de la Guinée supérieure, puis celles de la Guinée inférieure et du pays des Hottentots, sans presque pénétrer dans la colonie du Cap. Elle se dirige ensuite tout à fait vers le nord-est, longe les côtes du pays de Mozambique, de Zanguebar ; bientôt après, elle change tout à coup de direction, et prend sa route vers le nord-ouest. Elle contourne le lac Tchad, et le désert de Zahara , qu’elle a grand soin d’éviter , entre en Barbarie, traverse la Méditerranée, et arrive dans la Turquie d'Europe. Une fois qu’elle y est parvenue, elle étend ses excursions dans toute la Russie, parcourt la Finlande, la Laponie, et arrive en Suëde et en Norwége. Elle s’y joint avec les individus qui composent la colonne septentrionale, et va regagner avec eux les contrées d'où elle était partie.

La seconde colonne ou la septentrionale part du même point que la première ; mais elle suit une route totalement différente. Elle se dirige vers le nord, traverse la Sénégambie, côtoie les bords orientaux de l'Océan Atlantique, et parcourt successivement la Barbarie, le royaume de Maroc; après quoi elle franchit le détroit de Gibraltar. Elle porte ensuite ses tribus en Portugal, en Espagne, en France, traverse la Manche, se répand dans les iles Britanniques, toute l'Allemagne, le Danemark, la Suède et la Norwépge. Là elle se joint avec la colonne méridionale, et, après

y avoir séjourné plus ou moins longtemps, elle re-

tourne avec les individus qui en faisaient partie en Afrique.

3° L’hirondelle de cheminée (hirundo rustica) est l'espèce la plus voyageuse d’un genre où presque toutes celles qui le composent se livrent à de grandes migrations. En effet, cette, hirondelle se trouve dans la plupart des contrées du globe dont elle fait, pour ainsi dire, le tour. La marche qu'elle suit dans ses voyages est indiquée sur la carte par une simple lignenoire.

Elle part d'Afrique, du Gingiro, pays peu éloigné des côtes occidentales de la mer des Indes. Cette espèce quitte cette contrée en se divisant en deux colonnes; l’une gagne vers le sud, et l’autre au contraire prend sa route vers le nord.

La première, la méridionale ou l’africaine, gagne d’abord vers le sud, traverse toute la partie des côtes de l'Afrique qui s’étend depuis le Gingiro, jusqu’à la colonie du cap de Bonne-Espérance; elle parcourt ensuite le Zanguebar, le pays de Mozambique, la Cafrerie et, sans pénétrer dans la territoire du Cap, se détourne subitement vers le nord et parcourt de nouveau toute l’Afrique, en se tenant d’abord assez rapprochée des côtes occidentales de l'Océan Atlantique. Une fois qu’elle a dépassé la Guinée inférieure, elle s'éloigne de plus en plus des rivages de cette mer, passe en Nisritie, tourne autour du lac Tchad, dont

elle côtoie les bords orientaux, et contourne à l’ouest le désert de Zahara qu'elle évite autant que cela lui est possible; elle arrive ainsi en Barbarie. Elle traverse ensuite les Etats de Tunis et de Tripoli, et longe les côtes méridionales de la Méditerranée. C’est ainsi qu’elle prend dans ces contrées quelques moments de repos; après quoi, elle se met de nouveau en marche, franchit la Méditerranée, et arrive ainsi en Europe.

Là elle envoie de nombreuses lésions en France, en Espagne, en Portugal et dans les iles Britanniques, et jusqu’en Islande. Une autre division parcourt l'Italie, la Turquie d'Europe, l'Allemagne, le Danemark, la Suède, la Norwége, la Laponie, et parait même pousser parfois ses excursions Jusque dans le Groënland; c’est du reste dans les contrées du Nord que l’hirondelle de cheminée se joint avec les individus de la colonne septentrionale; ceux-ci y arrivent aprés avoir visité successivement la Nouvelle-Hollande et la totalité de l'Amérique.

La seconde, l’américaine ou l’orientale, se dirige dès le moment de son départ vers le nord-est; elle franchit premièrement la mer Rouge, arrive en Arabie, tourne le golfe Persique et côtoie pendant quelque temps le rivage septentrional de la mer des Indes, ou particulièrement le golfe du Bengale. Elle traverse ensuite le Kaboul, l’Indoustan, l’Inde ulté-

rieure, franchit la mer de Chine, passe dans l’ile de Bornéo et les nombreuses îles de la Sonde, et arrive enfin dans la Nouvelle-Hollande qu’elle parcourt dans presque sa totalité.

Après y avoir pris quelque repos, elle se remet de nouveau en marche, se dirigeant assez constamment vers l’est. Elle passe ainsi successivement vers la Nouvelle-Guinée, les iles Salomon, la Nouvelle-Zélande, les iles de la Société, et les îles de l'Océan Austral. En suivant toujours la mème direction elle parvient enfin dans l’Amérique méridionale ; elle y entre par le royaume de la Plata auprès de Buénos-Ayres ; mais, une fois qu’elle v est arrivée, elle suitassez constamment la direction vers le nord. On la voit s’étendre ensuite dans le Brésil, côtoyer l'Océan Atlantique, puis la Guyane, la Colombie, et pénétrer dans l'Amérique septentrionale par l’isthme de Panama.

Une fois qu'elle est entrée dans cette partie de l'Amérique, elle côtoie la mer des Antilles, passe entre le golfe du Mexique et les rivages orientaux de la mer du Sud, et parcourt successivement le Mexique et la Louisiane. De là elle pousse ses excursions jusqu’à la terre de Labrador, arrive dans la Nouvelle-Galles, et se rapproche de plus en plus des côtes de l'Océan Boréal.

Ses tribus passent plus tard entre les grands lacs de l'Amérique septentrionale, pénètrent dans la Nouvelle-

Bretagne, l'Amérique russe, et, après avoir franchi l'Océan Glacial Arctique, elles se trouvent à l’extrémité de la pointe nord de l’Asie. Cette hirondelle parcourt ensuite le pays des Samoyèdes , la Sibérie, la Soungarie, et pénètre dans la Russie. De cet empire la colonne orientale de l’hirondelle de cheminée se dirige directement au nord, et se rend en Suëde, en Laponie et en Norwége, où elle se Joint avec lesautres individus qui sont arrivés par une tout autre voie.

Tels sont les voyages que ces oiseaux, dont la puissance du vol est extrêmement grande, exécutent dans leurs migrations. Il faut bien remarquer que tous les individus de cette espèce éminemment émigrante ne font pas constamment une aussi longue route dans le cours d’une année. Un grand nombre d’entre eux s'arrêtent à plusieurs reprises en chemin, et sont loin de faire des tournées aussi considérables que celles dont nous venons de donner une idée.

En effet, nous avons dépeint, pour chacun des oiseaux dont nous avons tracé l’histoire, le maximum de leurs excursions, sans prétendre par là que chaque espèce l’exécute en entier. Probablement il n’est aucun oiseau qui fasse le tour du globe dans le cours d’une année. Que l’on ne s’y méprenne donc pas, nous n'avons voulu indiquer ici que la plus grande étendue de leurs migrations ; mais nous n'avons pas prétendu fixer l'intervalle de temps que

les différentes espèces mettent à les exécuter. Ces observations s'appliquent non-seulement à l’hirondelie de cheminée, mais généralement aux différentes espèces d'oiseaux et de poissons.

4° Etourneaux (séurnus vulgaris), loriots (oriolus galbula). Nous avons indiqué la route que suivent ces passereaux par une ligne noire interrompue de distance en distance.

Ces deux oiseaux partent d'Afrique, et, pour plus de simplicité, nous supposerons qu'ils dérivent l’un et l’autre du même point ou du royaume de Tripoli. Ainsi tout ce que nous allons dire se rapportera aux étourneaux comme aux loriots. Ces passereaux se séparent, dès le moment même de leur départ, en deux colonnes principales ; l’une, ceile de droite ou l’asiatique, parcourt principalement cette partie du monde; l’autre, celle de gauche ou l’européenne, étend ses courses dans les régions tempérées de cette dernière contrée.

La colonne asiatique, ou l’orientale, se dirige d’abord à l’est, côtoie pendant quelque temps les côtes méridionales de la Méditerranée, puis, tournant brusquement vers le nord, quitte l'Afrique, traverse cette mer, arrive à l’ile de Chypre et puis dans la Turquie asiatique. S’avancant toujours vers le nord-est, elle passe entre la mer Noire et la mer Caspienne, se dirige beaucoup plus à lorient, et franchit le Cau-

case. Elle se divise pour lors en deux branches principales.

La première, ou la méridionale, va visiter la Soungarie, le Thibet, la Chine, la Mantchourie, la Mongolie, et, gagnant vers le nord-ouest, elle entre dans la Russie asiatique, arrive en Sibérie, où elle se joint avec la branche septentrionale dont elle s'était séparée.

La seconde, ou la septentrionale, se dirige vers le nord-est, séjourne quelque temps dans la Russie asiatique et se rend enfin en Sibérie , où elle se réunit avec la précédente pour aller, en se dirigeant vers l’ouest, se répandre dans tout le nord.

Ces deux branches ainsi réunies partent ensemble de la Sibérie, côtoient l'Océan Glacial Arctique, traversent les pays de Youkaghire et des Samoyèdes, et se rendent ainsi dans la Russie d'Europe. Elles abandonnent pour lors les rivages de l'Océan Arctique; après quoi on les voit se diviser en deux rameaux principaux.

Le premier, ou le septentrional, se dirige tout à fait au nord, passe entre le golfe de Bothnie et la mer Blanche, pénètreen Laponie, étend ses excursions successivement en Norwége, en Suède, en Danemark, et va se confondre dans les iles Britanniques aux individus qui y ont été envoyés par la colonne européenne.

Le second, ou l’occidental, quitte le premier ra-

meau au-dessous de Saint-Pétersbourg avant qu’il soit parvenu sur les bords du lac Onéga. Il se dirige d’abord vers le sud-ouest, longe le golfe de Finlande et les bords de la mer Baltique, et traverse une assez grande partie de la Russie. Il arrive à Kœnigsberg ; de là il va se distribuer dans la Prusse, la Pologne, l’Autriche et la Turquie d'Europe, et s’y réunir aux individus qui y sont venus avec la colonne européenne.

Quant à cette colonne européenne ou septentrionale, elle part comme l’asiatique d'Afrique et du royaume de Tripoli. Du moment de son départ, on la voit gagner à l’ouest, suivre les côtes de la régence d'Alger, et, bien avant d'arriver en Barbarie, elle traverse la Méditerranée, envoie quelques-unes de ses tribus dans les iles de la Méditerranée, d’abord aux iles Baléares, puis à la Corse, à la Sardaigne, et enfin en Sicile.

Continuant toujours sa route, elle met le pied en Italie, et bientôt elle se divise en deux rameaux principaux. Le premier, ou l’oriental, tourne l’Adriatique, et, arrivé à son extrémité septentrionale, il envoie ses tribus à l’est dans la Turquie d'Europe, l’Autriche, la Pologne, la Prusse et tout le nord de l’Europe : c’est le point où les individus de la colonne européenne se confondent avec ceux qui y ont été envoyés par la colonne asiatique.

Le second, ou l’occidental, aprés s’être dirigé à

l’ouest et avoir parcouru toute l'Italie, se partage

également en deux bandes, une méridionale, et une autre que, d'après la route qu'on lui voit suivre, nous nommerons la septentrionale.

Cette dernière se répand dans toute l'Allemagne et la Hollande ; après avoir traversé soit la mer du Nord, soit l'extrémité de la Manche, elle va porter ses individus dans les iles Britanniques. Par suite de l'humeur voyageuse de ces oiseaux, ils paraissent pousser leurs excursions jusqu'en Islande. Quant aux individus de ces deux espèces, qui se sont avancés jusqu'à l'extrémité nord de l'Allemagne, ils passent ensuite en Danemark, en Suède, en Norwége, et jusqu'en Laponie, où ils se réunissent à ceux qui y sont venus d'ailleurs.

La bande septentrionale qui, comme la précédente, avait parcouru l'Italie, se rend d'abord en Suisse, arrive ensuite en France, et de là va porter ses excursions jusqu'en Espagne et en Portugal. Elle traverse ensuite la Méditerranée, arrive en Afrique, et revient aux lieux d'où elle était partie.

Ainsi s’accomplit et se termine la destinée de ces légers habitants des airs, qui, toujours en mouvement, sont bien plus que les autres animaux des voyageurs sur la terre. Du reste, quoique nous ayons compris dans le même ordre de migrations les étourneaux et les loriots, tout comme les corbeaux et les

corneilles, nous n’entendons pas dire par là que ces

oiseaux suivent toujours le même chemin, et encore moins qu’ils voyagent ensemble. Seulementnous avons voulu faire comprendre que ces différentes espèces tiennent à peu près la même route, et diffèrent peu les unes des autres, sous le rapport de la direction qu’elles donnent à leurs grandes excursions.

5° Cailles. Les voyages de cet oiseau sont indiqués par deux lignes noires accolées l’une à l’autre.

Les cailles (£etrao coturnix) arrivent en Europe venant de l'Afrique, partent d'Egypte, traversent la Méditerranée en parcourant lesiles, telles que Malte, la Sicile, l’ile de Caprée, la Sardaigne, la Corse, passent en Italie, et poussent leurs excursions jusqu’à l’ile de Candie. Celles qui prennent cette direction s’étendent en Asie, et visitent l'extrémité orientale de l’Europe.

Une autre colonne longe le littoral de la Méditerranée, côtoie le golfe Arabique, s'étend dans l’Arabie, passe entre le golfe Persique et la mer Caspienne, visite le Caboul et arrive dans le Thibet. Une fois qu’elle y est parvenue, elle se partage en deux divisions : l’une, celle de droite ou la méridionale, se dirige partie vers la Chine et partie vers l’Inde Ultérieure, puis vers les iles de la Sonde. Elle y reste peu, et traverse bientôt le Grand-Océan, côtoie les côtes de la partie septentrionale de la Nouvelle-Hollande, arrive dans la Nouvelle-Guinée, puis dans les iles Salomon,

parcourt en entier l'Océan Equinoxial, et enfin la mer du Sud. Elle pénètre ainsi dans l'Amérique méridionale par la terre des Patagons, et longe les côtes de cette contrée jusqu'au royaume de la Colombie. On ignore si cette division étend encore ses courses au delà de cette dernière contrée, ou si elle s’y arrête et y termine ses excursions vagabondes.

La seconde division, celle de gauche ou la septentrionale, suit jusqu’au Thibet la même route que la première ; mais, lorsqu'elle y est parvenue, elle tourne brusquement vers le nord, se dirige vers Turkestan, passe auprès de la mer d’Aral, traverse une partie de la Russie asiatique, la plus grande partie de la Russie d'Europe, et porte ses tribus jusqu’en Laponie, en Norwége et en Suède. Elle franchit ensuite la mer du Nord, étend ses excursions jusqu’en Islande, tandis que le plus grand nombre des individus qui composent cette seconde division va visiter les Hébrides, l'Irlande, l’Ecosse et l'Angleterre, pays qu'elle quitte ensuite pour revenir à son point de départ. |

Outre ces trois grandes colonnes, la première ou la méditerranéenne, la seconde ou l’orientale, qui d’abord unique se partage en deux et en constitue ainsi une nouvelle ou la septentrionale, il en existe une autre principale qui se divise également en deux branches ou rameaux,

D'après la direction que suit la quatriéme colonne, dès le moment de son départ, on peut la nommer l’occidentale. Elle se confond, en Barbarie, avec les caïlles qui arrivant d'Egypte ont suivi les bords méridionaux de la Méditerranée, toujours dans la direction de l’ouest. Elles suivent encore la même direction pendantquelquetemps ; mais une fois qu’elles sont arrivées à l’extrémité de la Barbarie, elles se divisent en deux rameaux principaux. L’un, que nous appellerons l’européen, parcourt le Portugal, l'Espagne, traverse l’Océan Atlantique et arrive dans les îles Britanniques où il paraît se confondre avec les caïlles qui y sont arrivées par l'Islande. Le second rameau, ou l’africain , côtoie les côtes occidentales de V'Afrique en se rapprochant des rivages de l’Océan Atlantique, traverse ainsi successivement la Sénégambie, la Guinée supérieure et inférieure, le pays des Macasses et des Hottentots, et arrive enfin au cap de Bonne-Espérance. Les cailles changent dès lors de direction, étendant leurs excursions vers le nord ; elles longent ainsi les côtes de l'Océan Austral et de la mer des Indes , parcourent la Cafrerie, la Mozambique, le Zanguebar, suivent la côte d’Ajan, font quelques excursions dans l’Abyssinie, et franchissent le golfe Arabique dans le point le plus étroit, c’est-àdire vers Moka, et pénètrent en Arabie.

Une fois qu'elles y sont parvenues, elles longent

les côtes septentrionales de la mer des Indes, traversent le golfe Persique, entrent en Perse, suivent encore les rivages de la mer des Indes, parcourent l'Indoustan, et, tournant brusquement vers le nord-est, vont se confondre avec les cailles qui du Thibet se rendent dans la Nouvelle-Hollande et en Amérique.

Quelles que grandes que puissent paraitre les excursions de ces oiseaux dont le vol est cependant si lourd , elles sont probablement au-dessous de la réalité. En effet, les colonnes qui les composent se subdivisent à l'infini et se répandent dans un plus grand nombre de pays que ceux que nous avons indiqués ; car les cailles offrent cette particularité de voyager indifféremment du nord au midi comme du midi au nord.

6° Le corbeau et les corneilles (corvus corax et corone) sont aussi des espèces essentiellement émigrantes, et que l’on rencontre dans presque tous les points du globe. Leurs courses ont été indiquées sur notre carte par deux lignes noires, l’une pleine et l’autre interrompue ou ponctuée.

Ces oiseaux, comme les cailles, paraissent également partir d'Afrique et de Barbarie au delà du désert de Zahara, vers les côtes de l’Océan Atlantique. De ce point ils se divisent en deux colonnes : l’une se dirige vers le nord et l’autre vers le sud.

Celle-ci, l’africaine ou la méridionale, s'étend vers

le sud jusqu’à la pointe de l’Afrique, longe les côtes de cette contrée, traverse successivement la Nigritie, la Guinée supérieure et inférieure, le pays des Macasses et des Hottentots, et arrive enfin au cap de Bonne Espérance. Lorsqu'elle y est parvenue, la colonne africaine change de suite de direction, gagne d’abord vers le nord, puis, après avoir traversé le canal de Mozambique, elle se rend à Madagascar et dans les autres petites iles dont celle-ci est entourée. Cette colonne parait même pousser ses excursions jusqu'aux îles Seychelles, les Maldives et les Laquadives de la mer des Indes. De ces points, les oiseaux qui la composént reviennent de nouveau vers les rivages africains, s'étendent dans le Zanguebar, la Nubie, côtoient les rivages occidentaux du golfe Arabique ou de la mer Rouge, passent entre cette mer et la Méditerranée, etarriventainsi par l’isthme de Suez en Asie. Ces oiseaux traversent ensuite la Palestine, une partie de la Turquie asiatique, longent les côtes de la mer Noire et de la mer Caspienne, parcourent une grande partie de la Russie, de la Suède et de la Norwége, où ils vont se réunir avec leurs congénères qui y sont parvenus par l’Allemagne.

La seconde colonne, l’européenne ou la septentrionale, part comme la précédente du même point; mais, au lieu de se diriger vers le sud, elle suit une direction tout opposée , c’est-à-dire vers le nord. Elle

longé d’abord les côtes occidentales de l’Afrique, traverse le détroit de Gibraltar , passe en Portugal, en Espagne, puis en France, d’où elle se répand dans les îles Britanniques, l’Allemagne, la Suisse, l'Italie, la Turquie d'Europe; elle parcourt encore de nouveau l'Allemagne, mais seulement les Etats les plus septentrionaux de cette contrée. Elle gagne ensuite le nord, et va se réunir en Norwége avec la colonne africaine dont les excursions sont beaucoup plus étendues.

T° La chouette effraie (sérix flammea) est encore une espèce émigrante dont les voyages sont aussi des plus étendus. Les migrations de cette espèce ont été indiquées par une ligne noire en astérisque.

La chouette effraie , comme la caille, paraît partir d'Afrique et de la Nigritie. La première de ces colonnes longe d’abord le grand désert de Zahara , traverse l'Egypte, puis la Méditerranée, arriveen France, d’où elle se répand en Espagne, en Portugal, en Allemagne, en Suède et en Norwége. Ces oiseaux se joisnent, dans ces dernières contrées, à ceux qui, après avoir parcouru toute l'Amérique, arrivent dans l’hémisphère boréal par là Russie asiatique.

La seconde colonne part, comme la première, de la Nigritie, se dirige vers la Sénégambie, traverse l'Océan Atlantique, et arrive par la Guyane dans l’Amérique méridionale. Elle parcourt ensuite le Brésil, par-

vient jusqu'à Buénos-Ayres, longe les côtes occidentales de cette partie de l'Amérique, passe successivement par les royaumes de la Plata, du Pérou, de la Colombie, et se rend enfin dans l'Amérique septentrionale après avoir franchi l’isthme de Panama. Une fois qu’elle y est parvenue, elle porte ses excursions dans tout le Mexique, la Louisiane, les Etats-Unis, contourne ensuite les grands lacs de cette partie du nouveau monde, arrive dans l’Amérique russe, franchitle détroit de Behring, et pénètre ainsi dans l’Asie septentrionale. Elle parcourt ensuite la Sibérie, la Manschourie, la Mongolie, la Rouskarie, la Chine, le Thibet, le Caboul, et, après avoir côtoyé les côtes occidentales du golfe Persique, elle entre en Arabie d’où elle passeentre la mer Noireet la mer Caspienne pour arriver en Russie. Elle se joint pour lors en Suède et en Norwége à l’autre colonne dont les courses ont été moins longues.

La chouette effraie, quoiqu'une esnèce nocturne, n’en est pas moins un des oiseaux dont les courses sont les plus longues ; car dans ses voyages elle fait en quelque sorte le tour du monde. L’habitude de ne voir bien distinctement que pendant la nuit, qui parait caractériser particulièrement les chouettes, est donc tout à fait indifférente à l'étendue et à la constance de leurs voyages. Il en est de même de leurs habitudes carnassières qui ne sont pas non plus un obstacle, ainsi

qu’on l’avait à tort supposé, à la longueur de leurs

excursions. La corneille et le corbeau en sont encore une preuve parmi les passereaux, ainsi que plusieurs autres espèces qui, comme la chouette, appartiennent aux oiseaux de proie. Les mœurs de certains mammifères, tels que le tigre, le loup et le renard, ne s’opposent point à leur grande dispersion ; elles paraissent même la favoriser ; car les animaux carnassiers trouvent partout de quoi satisfaire leurs appétits, aussi bien que les espèces herbivores dont la dispersion a singulièrement favorisé celle des premières.

8° Maquereaux (scomber scombrus). Les poissons se livrent à des migrations presque aussi étendues que celles qu’exécutent les oiseaux émigrants. Nous avons indiqué sur la carte celles des maquereaux par une ligne à nœuds.

Les maquereaux paraissent passer l'hiver dans les mers du Nord, principalement auprès de l'Océan Glacial Arctique, dans les environs. du Spitzherg où ils s’enfoncent dans la profondeur des eaux. Ils quittent ces froides régions vers le printemps, et se dirigent à cette époque sur les côtes de l'Islande ; ils descendent ensuite dans l'Océan Atlantique, et parviennent

ainsi sur les côtes de l'Irlande. Lorsque ces poissons sont arrivés vers le 50° degré de latitude, ils se divisent en deux colonnes.

L'une, ou la méridionale, longe la péninsule hispanique, passe le détroit de Gibraltar, arrive dans la Méditerranée d’où elle se répand sur les côtes de l’Espagne , du midi de la France, de l’Italie, ainsi que sur celles des iles qui s’y trouvent, comme les iles Baléares, la Corse, la Sardaigne et la Sicile, etc. Elle parvient ainsi dans l’Adriatique , et retourne après dans la Méditerranée, où les individus qui la composent vont se répandre sur les côtes de la Turquie et de l’ile de Candie. On ignore si cette espèce pénètre dans la mer Noire par le détroit des Dardanelles. Lorsqu'elle y est arrivée, elle revient sur ses pas et retourne dans les mers du Nord, ainsi que la seconde colonne : l’une et l’autre s’enfoncent alors dans les profondeurs de l'Océan Glacial Arctique. Cette première colonne de maquereaux est suivie dans ses excursions par les sardines , comme celles-ci par les thons. Cette dernière espèce est écalement accompagnée par les squales qui s’attachent à ses pas et en font leur pâture.

L’autre colonne que, par opposition à la première, on pourrait appeler la septentrionale, entre dans la Manche, paraît en mai sur les côtes océaniques de la France, longe la partie méridionale et oc-

cidentale de l’Angleterre, de la Hollande, et passe le Sund ; elle fait ensuite le tour du Jutland, parcourt la mer Baltique, revient en suivant les côtes de la Suëde, de la Norwége, et s’enfonce de nouveau dans les mers du Nord, point d'où elle était partie comme la première division de cet ordre de poissons.

9 Æarengs (clupea harengus). Les harengs, aussi connus par la bonté de leur chair qu’à raison de leurs longs et grands voyages, ont été indiqués par une ligne ondulée et sinueuse.

Les harengs , comme les maquereaux , partent des mers du Nord, particuliérement de l’Océan Glacial Arctique. Ils se divisent, peu aprés leur point de départ, en deux colonnes principales.

La première se dirige vers l’occident, passe entre l'Islande et le Groënland, fait le tour de cette grande ile dont elle côtoie les côtes orientales, traverse la baie de Baffin, arrive ainsi devant la terre de Labrador, fait le tour de Terre-Neuve, et pousse peut-être ses excursions jusqu'aux Etats-Unis, d’où elle retourne vers les mers du Nord, dans les profondeurs desquelles elle s’enfonce.

La seconde colonne des harengs, ou la méridionale, se dirige vers le sud; mais, peu après son départ, elle se partage en deux divisions, probablement à raison du nombre des poissons qui la composent.

La première longe la Norwége; mais, arrivée de-

vant le Danemark, une partie en côtoie les côtes occidentales, et l’autre les côtes orientales. Cette premiére division pénètre ainsi dans la Baltique, et étend ses excursions à la fois dans les golfes de Finlande et de Bothnie, d’où ces poissons retournent dans les mers du Nord , que l’on peut considérer comme leur point de départ.

La seconde division , qui s'étend vers le sud-ouest, parcourt les côtes des îles Shetland et les Orcades. Une fois qu’elle a dépassé ces dernières îles, elle se partage encore en deux bandes.

La première, ou l’occidentale, gagne les îles Hébrides et pénètre dans l’Océan Atlantique. Une partie suit les côtes occidentales de l'Islande; elle fait en quelque sorte le tour de cette île, et va se réunir avec la seconde qui arrive dans la Manche par la Hollande et le Pas-de-Calais.

La dernière de ces bandes, ou l’orientale, longe les côtes orientales de l’Ecosse et de l’Angleterre, ainsi que le rivage occidental de la Hollande, et entre dans la Manche par le Pas-de-Calais.

Ces deux bandes séjournent plus ou moins longtemps dans la Manche; elles envoient constamment de leurs tribus, les unes dans les mers du Nord et les autres dans l’Océan Atlantique. Les premières suivent les côtes de l'Allemagne, font le tour du Danemark, parviennent par le Sund dans la mer Bal-

tique, qu’elles parcourent en entier, et étendent leurs excursions jusque dans les golfes de Bothnie et de Finlande. Les secondes de ces tribus longent les côtes océaniques de la France, ainsi que celles de l’'Espagne et du Portugal; mais elles ne paraissent pas franchir le détroit de Gibraltar, qui semble pour elles comme le terme de leur voyage. De ce point les harengs reviennent par la Manche dans la mer du Nord, pénètrent parfois dans la Baltique, et, s’y réunissant avec leurs congénères, on les voit souvent reprendre avec eux la route de l'Océan Glacial Arctique, où les uns et les autres vont s’enfoncer dans la profondeur des eaux.

Telle est l’histoire des migrations du hareng, dont le nombre est réellement prodigieux. Malgré les péches actives et les attaques continuelles des poissons voraces dont il est l’objet, il n’en envoie pas moins des millions d'individus depuis l'Océan Glacial Arctique jusqu’à l’Océan Atlantique. Il serait possible que, dans son humeur voyageuse, le hareng étendit ses excursions jusqu'a l'Océan Austral, parcourant ainsi l’immense étendue de l’Océan Atlantique. Faute d’observations précises, nous ignorons si ses colonnes dépassent le détroit de Gibraltar, et si, sans entrer dans la Méditerranée, elles longeraient les côtes océaniques occidentales de l'Afrique, pour , en définitive, aller porter leurs tribus dans l'Océan Austral.

Nous devons attendre de nouvelles recherches et des observations suivies avec soin pour pouvoir décider ce point de fait. Dans l’état actuel de nos connaissances, le détroit de Gibraltar parait pour cette espèce les colonnes d’Hercule.

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