RÉSUMÉ GÉNÉRAL
De pareils desseins animent l’être le plus parfait de la création. L'homme, qui connaît et juge le passé comme il pressent l’avenir, veut ajouter de nouvelles Jouissances à son existence. Comme l’oiseau qu'aucun besoin ne presse et ne tourmente, mais qu’un instinct impérieux entraine loin des lieux de sa naissance, l’homme émigre aussi. Emporté par des désirs vagues, semblables (autant que son intelligence peut être comparée à leur instinct) à ceux qui dirigent cette foule d'êtres qui se croisent dans tous les sens, dans la profondeur des eaux et les vastes plaines de l'air, il parcourt tous les climats, sans s’embarrasser des obstacles et des dangers qui l’environnent à chaque pas.
L'homme, cédant plutôt à son imagination qu'à des besoins physiques, trouve la terre encore trop petite pour satisfaire ses désirs nouveaux et toujours croissants. Du moins il n’est plus pour lui d'asile inexploré. La marque de ses pas, imprimée sur le sol
de toutes les régions, redit assez les passions qui l'agitent et le pressent.
Les voyages auxquels il se livre sans nécessité et souvent sans but déterminé ressemblent fort aux migrations lointaines, auxquelles s’adonnent aussi un grand nombre d'animaux. Aucun motif ne les y contraint, si ce n’est un instinct impérieux. Les voyages de l’un sont commandés par son intelligence, tout comme les longues excursions des autres par une puissance intérieure dépendant de l’organisation plus irrésistible que l’influence passagère des circonstances extérieures.
L'homme se déplace, comme certains animaux, pour se soustraire à l’effet de ces circonstances, et tempérer ce qu'elles ont de trop rigoureux. Pour éviter les chaleurs brülantes des contrées méridionales, il s'élève sur les hauteurs, souvent même il va chercher un asile au fond des forêts, ou dans des régions plus froides que celles qu’il abandonne. Il essaye ainsi tous les lieux où il espére trouver les conditions qu'il recherche; il ne s'arrête que lorsqu'il les a rencontrées. Il erre d’une contrée à une autre, à peu près comme les oiseaux légers qui parcourent différents climats, jusqu’au moment où ils trouvent une nourriture abondante et une température appropriée à leurs conditions d’existence.
Les uns et les autres sont dirigés par les mêmes
besoins et les mêmes désirs, influencés chez l’homme par l'intelligence, comme chez les animaux par l'instinct, qui est aussi un don de la nature.
Quelque singulière que puisse paraitre une pareille comparaison, elle n’est pas sans utilité pour saisir les différences qui existent entre les migrations et les passages accidentels auxquels se livrent tant d’espèces vivantes. Elle a du moins l’avantage de montrer que tout se tient et s’enchaine dans le monde matériel, auquel l’homme est lié par son organisation, aussi bien que l’ensemble des êtres sur lesquels il exerce son empire. Quoique le roi de la création, l’homme éprouve comme les animaux les besoins qui les pressent et les tourmentent; il a de plus à satisfaire son intelligence, dont l'influence est si grande sur son physique, outre qu’elle est pour lui une source continuelle de bonheur eu de chagrin.
La comparaison dont nous venons de faire comprendre les avantages est le complément en quelque sorte nécessaire de la question soulevée par la Société de Harlem. La manière dont nous l’avons résolue semble confirmée par les vues que nous venons d’exposer ; elles sont la conséquence et le résumé des faits que nous avons énumérés. Nous sommes donc arrivé aussi près du but qu’il est possible. On doit être satisfait, dans les sciences d’observation, lorsque, sans expliquer entiérement les faits, on en saisit la
portée, ainsi que les causes qui les provoquent et les déterminent. TA
Si nous n'avons pas résolu toutes les questions que soulève le phénomène des migrations, nous avons peut-être mieux fait concevoir que ceux qui nous ont précédé toute son importance dans l'ordre de la nature.
Puissent ces recherches, auxquelles l'académie de Harlem a donné sa sanction, mériter l’attention des savants qui n’ont pas été appelés à en être les juges, ni à se prononcer sur leur mérite et l'intérêt qu'elles peuvent présenter !