‹ Des causes des migrations des divers animaux et particulièrement des oiseaux et des poissonsChapitre 16 sur 117 · ES A · texte numérisé non relu

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par la cause que nous leur avons attribuée. Nous aurions pu également savoir jusqu'où s’avancent vers le sud le lemming, l’isatis, le lièvre variable et la zibeline (mustela zibellina Pallas). D'un autre côté, il ne serait pas moins important de reconnaitre Jusqu’à quel point s'étendent vers le nord le loup, le renard commun et nos martes de France (mustela martes et foina Linn.). Ainsi nous serions certains si ces animaux n’éprouvent dans cet immense intervalle aucun changement essentiel dans leur organisation, et si leurs différences se bornent à quelques variations dans l’abondance et ia beauté de leur fourrure.

Quelle que soit la cause qui porte les lemmings à se transporter dans des pays nouveaux, ils dirigent ordinairement leurs grandes courses vers l'Océan et le golfe de Bothnie. Elles se font avec un merveilleux accord de toute la population d’une contrée. Formés en colonnes parallèles et serrées, aucun obstacle ne peut arrêter ni suspendre la marche de ces animaux. Ils vont toujours en ligne droite, et devant eux. Ea halte dure tout le jour, et les lieux où ils se sont arrêtés sont tout aussi dévastés que si le feu y avait passé. Des dangers sans cesse renaissants environnent constamment ces rats qui s’avancent en troupes innombrables vers l'Océan. Suivie par un grand nombre de carnassiers, l’armée des lemmings en est soi-

vent décimée, et à tel point qu’un assez grand nombre

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de ses soldats périt avant d’avoir atteint la mer, qu'ils ont l’habitude de côtoyer. On présume qu'il n’en retourne pas la centième partie lorsque ces animaux veulent revenir aux pays qui les avaient vus naitre.

Ces voyages lointains et si dangereux pour les individus qui s’y livrent ne sont pas cependant entrepris pour aller s’établir ailleurs; car, s’il en était ainsi, la race des lemmiuss se serait propagée à de fort grandes distances, ces animaux traversant les plus grands fleuves, même les bras de mer, et aucun obstacle n’étant assez puissant pour arrêter leur marche rapide. On ne voit pas le lemming des Alpes de la Scandinavie dans la Laponie russe; du moins l’espèce que l’on rencontre dans les régions voisines de la mer Blanche et de la mer Glaciale, jusqu’à l’Obi, parait être différente, ou tout au moins une variété distincte par ses proportions, qui sont d’un tiers plus petites. Cette variété émigre aussi, tantôt vers la Petzora, tantôt vers l’Obi; comme les autres, elle est suivie dans ses voyages par une foule de carnassiers dont elle redoute singulièrement les approches.

Un fait assez singulier, observé par M. Boiïé (1), donne aux migrations du lemming une particularité

(1) Tagenbuch gehelten auf Einer Reiser durch Norwegen.

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trés-remarquable. Cet animal paraït être constamment accompagné dans ses excursions par le hibou brachyote (strix brachyotos Veiïllot). Cet hôte dangereux s'établit en grand nombre au milieu de ces rats, dont il parait se repaitre tout à son aise. Aussi ne les abandonne-t-il jamais ; il voyage constamment avec eux, et s'arrête lorsque ses compagnons ou plutôt ses victimes se reposent.

Ce que nous venons d’observer relativement aux déplacements des lemmings semble indiquer qu’une trop grande multiplicité d’individus d’une même espèce dans un lieu donné peut en être la cause. Cette multiplicité entraine nécessairement une grande consommation de subsistance , et par cela même les animaux qui l’opérent doivent aller chercher ailleurs ce qu'ils ne trouvent plus dans le lieu de leur naissance.

Cette cause exerce probablement une grande influence sur les passages qui, sans régularité dans leurs époques, sont moins dirigés par un instinct particulier que par un besoin pressant à satisfaire. Tels sont ceux de l’isatis et surtout du lemming, dont la fécondité est tout au moins aussi grande que la voracité. Peut-être faut-il attribuer à une cause du même genre le déplacement de certains crustacés et de plusieurs espèces d'insectes, et particulièrement de certaines sauterelles. On est d'autant plus porté à

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le supposer , que les voyages de ces crillonf se font particulièrement remarquer par les ravages dont ils sont la suite. L’imagination a de la peine à se former une idée des ravages qu'ils occasionnent. On n'y ajouterait pas la moindre foi, s’ils n’avaient été attestés à toutes les époques par les témoignages les plus graves et les plus imposants.

Nous devons ajouter à ces faits ceux dont nous devons la connaissance à M. Martins, qui, dans l’expédition scientifique du Nord , a rencontré les lemmings depuis Bossecop (70° latit.) jusqu’à Muonioniska (67° 55 latit.) Ce naturaliste a consigné dans la Revue zoologique de juillet 1840 les observations qu'il a été à même de faire et de recueillir sur ces curieux animaux.

D’après Linné, les lemmings dévoreraient tout sur leur passage. Ils s’avancent toujours en ligne ‘droite ; ils traversent ainsi les fleuves et les lacs, percent les meules de foin, grimpent par-dessus les roseaux et se rejettent à l’eau de l’autre côté, pour reprendre leur ligne. Ces faits ont été confirmés par M. Martins ; seulement, d’après lui, ces rats voyageurs ne voyagent que la nuit et de bon matin.

Leurs armées se dirigent vers les bords de la mer du Nord et du golfe de Finlande; mais un centième de ces animaux voyageurs retourne à peine dans les

montagnes d’où ils sont partis. La plupart périssent

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