‹ Des causes des migrations des divers animaux et particulièrement des oiseaux et des poissonsChapitre 15 sur 117 · EUR. AE · texte numérisé non relu

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mues par des muscles forts et puissants , ont tous les moyens de parcourir de grandes distances et d’exécuter de longs voyages. Une autre circonstance de leur organisation leur en a donné le pouvoir. Elle dépend de la quantité d’air dont ils peuvent remplir l’intérieur de leurs trachées aussi bien que les oisceaux le font dans les cavités de leurs os et de leurs plumes. Ges dispositions ont été pour ces deux ordres d'animaux la cause de leur légèreté spécifique et celle de l’agilité et de l’activité de leurs mouvements. Elles n’ont pas peu favorisé la grandeur et l’étendue de leurs migrations.

La nature a évalement répandu ses faveurs sur les poissons, mais, par d’autres moyens, ainsi que nous l’avons déjà fait pressentir. Plongés dans un liquide d’une assez grande densité et dont les molécules sont d’une extrême mobilité, ces animaux ont recu la forme la plus favorable, pour fendre l’eau avec facilité ; d’un autre côté, leur queue, surtout chez les squales et la plupart des poissons osseux, principal organe de natation, leur sert aussi d’aviron et de gouvernail. Les nageoires des poissons , quoiqu’elles n'aient qu'un usage secondaire, servent néanmoins à caréner le corps et à maintenir le mouvement en avant dans une direction droite, malgré les impulsions obliques de la queue. Enfin, outre ces circonstances, toutes admirablement combinées pour la

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facilité et l’agilité des mouvements, la nature à évalement donné à certaines espèces une vessie aérienne dont la présence n’est pas sans quelque utilité pour le maintien de l’équilibre dans un milieu aussi mobile que l’eau.

D’aussi grands avantages n'ont pas été l'apanage des cétacés ou des mammifères marins.-D’abord ces animaux ne peuvent pas nager longtemps complétement plongés dans l’eau. Leur tête, ou du moins leurs narines, doivent s’élever souvent au-dessus de ce liquide pour respirer. Quoique cette circonstance paraisse sans influence sur leurs mouvements, elle en retarde toutefois l’activité. Si ces animaux, parmi lesquels on découvre les colosses de la nature vivante, meuvent cependant leurs lourdes masses au fond des eaux avec agilité, ils doivent cet avantage à l’air contenu dans leurs poumons, et à la quantité considérable de graisse dont ils sont enflés et comme rebondis.

Ces dispositions sont moins avantageuses que celles qui sont échues aux poissons; aussi les mammifères marins se livrent peu à des migrations périodiques et lointaines : du moins, leurs besoins ne les y engagent pas. Le plus généralement herbivores, ou faisant leur subsistance des myriades de zoophytes ou de petits mollusques qui peuplent le sein des mers,

les cétacés, même les plus grandes espèces, trouvent

partout de quoi substanter l’énorme volume de leur corps ; dés lors il n’est pas pour eux d’une nécessité indispensable de se transporter dans d’autres contrées que celles où ils ont fixé leur séjour.

ILest donc une condition essentielle et préalable aux migrations; cette condition est celle non-seulement de l’agilité et de la facilité des mouvements, mais encore de leur continuité. L’imperfection des organes de la locomotion est un obstacle invincible à de grands voyages, soit que leurs mouvements se manifestent par la nage ou par le vol, les plus rapides de ceux que peuvent exécuter les animaux. On conçoit pourquoi les oiseaux coureurs, qui ne volent pas, n’entreprennent pas plus de longues excursions que les mammifères qui, comme les chauves-souris, voltigent plutôt qu'ils ne volent. On comprend aussi pourquoi les reptiles n’en exécutent presque pas non plus, et pourquoi enfin les migrations des mammifères terrestres sont sirares. En effet, l’isatis (canis lagopus Gmelin) et le lemming (mus lemnus Linn.) se livrent à peu près seuls entre cet ordre d'animaux à des voyages qui, par leur régularité, rappellent les migrations des espèces dont l’organisation est disposée pour la facilité, l'étendue et la continuité des mouvements.

Les migrations des mammifères, qu’il ne faut pas confondre avec leurs déplacements accidentels, sont donc fort rares. Elles ont lieu du reste chez des espè-

ces de mœurs fort différentes. La premiére ou l’isatis est un carnassier, tandis que la seconde est un rongeur de la famille des rats. Enfin ,. d’après plusieurs naturalistes, et entre autres d’après Gmelin, les migrations de l’isatis seraient en quelque sorte sous la dépendance de celles des lemmings et du lepus tolai; ceux-ci les régleraient et les détermineraient jusqu’à un certain point.

Cependant les excursions de l’isatis paraissent être commandées par la nécessité ; elles semblènt du moins n'avoir lieu que par l'épuisement du gibier dans les localités qu’il habite. Aussi s’opérent - elles dans le solstice d'hiver, époque où le gibier est le moins abondant. Ces renards, d’un brun roussätre où grisätre pendant l’été, deviennent tout à fait blancs pendant l'hiver, Ils arrivent souvent jusqu'au 6% de latitude. On les voit rarement s’y arrêter ; ils n’y creusent pas de terriers, indice positif que leurs nouveaux établissements seront peu durables et peu fixes. Il arrive pourtant quelquefois qu'ils en pratiquent sur les hauteurs des lieux où ils doivent demeurer pendant deux ou même trois ans; car ils ne restent pas souvent moins de temps à revenir aux gites qu'ils avaient abandonnés. Malgré ses migrations fréquentes, l’isatis n'abandonne jamais entiérement les contrées qui l’ont vu naitre. Il reste toujours plusieurs individus de cette espèce dans leur patrie primitive.

Les migrations des lemmings, comme celles des isatis, ont lieu à des époques qui n’ont rien de fixe ni de déterminé. Seulement ces rongeurs, qui vivent en peuplades immenses dans les Alpes de la Laponie, où ils pratiquent des espèces de terriers, en sont chassés parfois, à ce qu'il paraît, à l'approche des hivers rigoureux. Leur instinct, analogue en cela à celui des oiseaux, leur fait présaser aussi bien les tempêtes qu’un abaissement considérable dans la température, et les avertit d’avance de l’arrivée des frimas. Cet instinct les guide même dans le choix des lieux où ils doivent se retirer. Ainsi à l’approche de l’hiver de 1742, fameux dans le cercle d’'Umeja (Russie) par ses rigueurs, et qui fut beaucoup plus doux dans celui de Luda, quoique cependant plus boréal, tous ces animaux quittèrent le premier de ces districts, mais aucun d’entre eux n’abandonna le second.

Les déplacements des lemmings eurent lieu à l'approche de l'hiver de 1742, du nord au sud. Il aurait été curieux de s'assurer si de pareilles excursions s'étaient également opérées dans des provinces plus méridionales encore, et par l'effet d’hivers risoureux. Si nous avions pu obtenir ces renseigne ments, qui nous manquent totalement, nous saurions si ces déplacements, qu'il ne faut pas confondre avec les migrations, ont été produits

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