‹ Des causes des migrations des divers animaux et particulièrement des oiseaux et des poissonsChapitre 24 sur 117 · NU · texte numérisé non relu

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dans les montagnes des Cévennes, est assez rare dans les environs dé Montpellier. On en a tué cependant un certain nombre depuis quelques années, presque toujours dans les mêmes lieux et à la même époque. C’est à peu près constamment du 15 au 50 mars qu’on les a rencontrés sur les bords du Vidourse, au lieu appelé vulgairement las Roquas. Cette localité serait-elle pour eux , comme un lieu de repos, une sorte de station ; car ces oiseaux se rendent des Alpes dans les Cévennes ou dans les Pyrénées. Peut - être est-ce un point où les males espèrent de rencontrer les femelles qui leur manquent. Ce qu’il y a de certain, c'est que jusqu'à présent tous les individus qui y ont été pris se sont rapportés à de jeunes males.

D'un autre côté, l’aigle Jean-le-blanc ( falco brachydactylus) passe en Provence en mars. C’est toujours vers le milieu de ce mois que cette espèce exécute ses voyages, qui durent environ de huit à dix jours. Ces oïseaux, remarquables par leur plumage, planent pour lors à des hauteurs prodigieuses. Les jeunes passent dans la première quinzaine d’avril; mais, après cette époque, on n'en voit plus, si ce n'est en septembre. Ils opèrent pour lors leur retour sans s'arrêter dans les contrées méridionales de la France. Il en est de même de l'oiseau Saint-Martin et du busard montagu, que l’on rencontre dans le

MU Midi en avril et vers la fin du mois d'octobre, mais seulement comme des oiseaux de passage.

L’émérillon (falco æsalon) arrive parmi nous vers le milieu du mois d'octobre, et demeure dans nos contrées pendant tout l'hiver, jusque vers la fin de mars. Il en est ainsi de la cresserelle, qui habite les contrées méridionales depuis le mois de septembre jusqu’au mois de mars ; cette espèce les quitte cependant dés que les premiers beaux jours du printemps ont fait sentir leur douce influence.

Le faucon à pieds rouges ( falco Kobez) arrive au contraire dans le Midi vers la fin de mai, c’est-à-dire à l’époque où les champs peuplés de grillons et d’insectes lui offrent en abondance une nourriture qu'il recherche avec avidité. Aussi peut-être est-ce faute de rencontrer cette nourriture qui lui convient que les passages de cette espèce ont si rarement lieu en automne. Quant à ceux des éperviers communs, ils sont moins réguliers. Ils commencent le plus ordinairement en septembre ou octobre et même parfois en novembre, selon la marche des saisons, L'époque de leur départ de nos contrées est d'autant plus retardée qu’ils y sont arrivés plus tard ; aussi les retrouve-t-on souvent en avril et même jusqu’en mai. Enfin le scops ou petit duc (strix scops Temm.) est également trés-commun pendant tout le mois de mat, arrivant dans le midi de la France, du 5 au 6 avril;

— quelques individus y nichent et séjournent jusqu à la fin de septembre.

Il est donc pour ces époques à peu près fixes des passages des oiseaux, comme pour tout ce qui tient aux habitudes des êtres, des conditions essentielles à leur manifestation. Ces conditions sont celles d’une organisation qui permette l’exécution prompte et facile des mouvements. Cependant la longueur des voyages que les animaux et particulièrement les o1seaux entreprennent n'est pas toujours en rapport avec la puissance du vol.

On s'étonne peu que les hirondelles et les marnets, dont les mouvements sont si vifs, et pour ainsi dire continuels, franchissent des distances immenses ; mais on est surpris de voir les cailles, qui, comme la plupart des gallinacés, sont de mauvais voiliers, traverser cependant la Méditerranée, pour passer du midi de la France, de l'Espagne ou de l'Italie, en Afrique. D'un autre côté, les grèbes, dont les ailes sont en quelque sorte avortées, font dans l’intérieur desterres, d’un lac à un autre, des voyages assez considérables. À la vérité, ceux-ci peuvent se reposer sur leur route, ce que ne peuvent faire les cailles, qui, dans leurs longues traversées, parcourent aussi bien l’Océan que les mers intérieures.

Aussi voyons-nous souvent sur les rivages de la

Méditerranée un grand nombre de ces oiseaux, qui

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y sont rejetés par le roulis des flots. Leurs cadavres ne témoignent que trop le malheureux sort de ces animaux, dont le vol n’a pas été assez puissant ni assez soutenu pour les faire arriver sur laterre ferme. Arrêtés et culbutés dans les eaux par la violence du vent ou des tempêtes, la nage n’a pas pu des empécher de subir leur triste sort.

Le voyage des caïlles, dont les‘ailes sont si courtes et le vol si lourd, à travers l’immensité des mers, est un phénomène des plüs remarquables. On peut en dire autant de celui qu’exécutent tant de petits oiseaux qui quittent l’hiver les régions du Nord ;pour aller plus au midi, en traversant la vaste étendue de l'Océan. On ne peut pas douter que ces chétifs habitants des airs n’exécutent de fort longs voyages, puisqu'il est assez fréquent de les saisir au milieu de leurs courses, et avant qu'ils soient parvenus au terme de leurs excursions.

Les uns et les autres le peuvent, parce que leur instinct les porte à attendre des semaines-entières le vent propre à favoriser leurs migrations. Dés que.ce vent souffle, ils en profitent de suite, et prennent néanmoins quelques instants de repos dans les iles, qui.se trouvent sur leur ‘passage. Aussi prend-on. des :milliers de ces'oiseaux dans les iles Joniennes et sur les côtes de l'Asie, au moment de leurs passages. Cette

circonstance peut expliquer tout naturellement, ainsi

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que l’observe M. Brehm , comment les Hébreux purent rencontrer, dans le désert, des troupes considérables de eailles. D'autres oiseaux, dont la puissance du vol parait encore au-dessous de celle que possèdent les cailles, ne se livrent pas moins à de longues migrations. Les poules d’eau, les rois des cailles, les rales d’eau et une foule d’autres espèces en sont des exemples assez connus, pour qu'il ne soit pas nécessaire d’insister plus longtemps à cet égard. Ces animaux usent pour lors de tous les moyens pour remplir une condition aussi essentielle à leur existence. Les uns font une partie du chemin à pied ou à la nage ; lorsque cet exercice a diminué leur embonpoint, ils exécutent la fin de leur voyage en fendant les vastes plaines de l’air ; ils cherchent de préférence les lieux des mers du sein desquelles s'élèvent des iles ou des récifs, afin de pouvoir y prendre quelque repos.

D'un autre côté, lorsque les oiseaux jugent que leur embonpoint les rendrait trop lourds pour s'élever dans les airs, ils ne quittent pas les lieux où ils se trouvent, surtout s'ils habitent des iles, n’osant pas se hasarder à traverser les mers à la nage. Quelques autres espèces, telles que le grand pingouin du Nord, qui ne peut guêre voler, les plongeons et plusieurs oiseaux analogues, n’abandonnent au contraire les régions septentrionales qu'ils habitent ordinairement,

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qu'en voguant sur la surface des flots. Ainsi les uns et les autres semblent calculer, avec un instinct en quelque sorte merveilleux, les difficultés de leurs entreprises, et ils en triomphent toujours avec un égal bonheur.

Malgré leurs ailes courtes et leur faible puissance de vol, les cailles n’exécutent pas moins de fort longues migrations. Labillardière, dans son voyage à la recherche de Lapérouse, assure en avoir vu à la baie des Tempètes dans le continent de la Nouvelle- Hollande (1). D'un autre côté, ces oiseaux paraissent se rencontrer dans la Chine, où l’on en fait usage pour se tenir chaud, en les portant tout vivants dans les mains (2). Il n’est pas rare de rencontrer au milieu des mers des cailles si fatisuées , qu’elles se laissent tomber sur les bâtiments, et se laissent prendre avec facilité. Souvent des coups de vent violents les forcent à s’abattre dans la mer. Il en périt beaucoup de cette manière, au dire de tous les navigateurs.

Quels motifs puissants portent ces animaux, dont le vol est si lourd, et les forces en apparence si faibles, à entreprendre d’aussi longs voyages, et à les exécuter en troupes extrêmement nombreuses ? Elles

(1) Tom. 1", pag. 177.

(2) Voy. Osborn Iler, 190.

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