‹ Des causes des migrations des divers animaux et particulièrement des oiseaux et des poissonsChapitre 86 sur 117 · MIS · texte numérisé non relu

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de poisson frais. Le tableau des poissons pesés depuis 1823 jusqu’à 1839, c’est-à-dire pour dix-sept années, donne une moyenne de 1,720,882 kilogrammes par année. C’est là le produit annuel de la pêche qui se fait maintenant à Marseille. Ce résultat, plus considérable que ie premier, tient sans doute au grand accroissement que la population de cette ville . a pris ces dernières années. Il ne peut tenir à une augmentation dans les passages des poissons ; car ces animaux , comme tous les êtres vivants, se maintiennent dans un état d'équilibre et de stabilité qu'on ne leur voit pas dépasser.

L'accroissement du produit de la pêche, dans ces derniers temps, dépend donc du nombre des bâtiments et des marins qui s’y adonnent. Il ne prouve pas que le tribut de la mer ait augmenté, mais qu’on s'occupe avec plus d'activité à le rendre le plus considérable possible. La moyenne de 1,720,882 kilogrammes, calculée sur dix-sept années, est plus grande que celle des minima de la plupart des onze années, sur les dix-sept où elle s’est reproduite, à l'exception pourtant des années 1851 et 1836.

Nous désirerions faire connaître quelle est sur cette quantité celle qui se rapporte à telle ou telle espèce de poisson. Faute de cette donnée, on peut juger du nombre des thons et des sardines que l’on pêche à Marseille, en considérant que, quoique cette ville

ait environ 450,000 habitants, et que ces poissons y soient d’une consommation journaliére et habituelle , on en pêche néanmoins une si grande quantité qu’on est obligé d’en saler la moitié (1). Enfin 4,000 quintaux métriques de sardines v sont employés comme appat pour la pêche du palangre, ce qui donne un aperçu du nombre que l’on en pêche pour les usages ordinaires et les salaisons.

Avant de terminer ces observations générales, on nous permettra de porter encore l'attention sur la quantité de poisson que l’on pêche dans les environs de Marseille; on a pu s’en former une idée d’après le détail que nous avons donné du nombre que l’on en porte au marché de cette ville. Ce nombre prouve à quel point les côtes rapprochées de cette ville doivent être poissonneuses ; nous ajouterons qu’elles offrent également une grande variété dans les espèces qui les fréquentent.

Les pêcheurs provençaux divisent les poissons qui arrivent sur les côtes du département des Bouchesdu-Rhône, en six ordres principaux :

(1) Une certaine quantité du poisson porté sur les marchés publics à Marseille sert à la nourriture de la partie de la population de l'arrondissement de cette ville; or cette population est d’environ 180,000 habitants, ce qui annonce que la consommalion de cet ordre d'animaux doit être plus considérable que celle que nous avons supposée,

1° En per blanc ou poisson blanc. Sous ce nom ils comprennent généralement tous les poissons peu colorés, parmi lesquels viennent se ranger plusieurs spares et quelques espèces de la famille des persèques; on peut citer les athérines, les sphyrènes, dont une espèce assez commune dans la Méditerranée y est connue sous le nom de spet ou de brochet de mer, les muges ou mullet (mugil cephalus), le loup (perca labrax), les ombrines (sciæna cirrhosa) et l'aigle (sciæna aquila). On peut encore signaler les vives (érachinus draco); un spare nommé cailleti est aussi compris par les pêcheurs de Marseille dans ce qu'ils appellent pei blanc.

2° En pei rouge ou poisson rouge. Dans cette classe se rangent les mulles, particulièrement le rouget (mullus barbatus), le surmulet (mullus surmuletus) et le rouge (mullus ruber), Toutes ces espèces sont portées sur les marchés de Marseille toute l’année. On y comprend encore les trigles, surtout le srondin, connu en Provence sous le nom de cabote en raison de sa grosse tête (4rigla lyra Linn.), les malarmats (trigla cataphracta), les pirabèbes (érigla volitans) et enfin les spares à couleurs vives et rougeàtres.

3° En pei séran ou poisson sauvage. À cette classe se rapportent les poissons les plus voraces et les plus dangereux. Les squales ou les requins sont à la tête

de cette catégorie ; après eux on y comprend les raies et les murénes.

4° En pei de guangui ou poisson de guangui. Ici viennent se ranger toutes les espèces que l’on péche avec un filet désigné vulgairement sous le nom de guangui : tels sont les labres, les lutjans, les scorpènes et les holocentres.

5° En pei de madrago ou poisson de madrague. Ce sont les espèces que l’on prend dans les madragues : ce sont les scombres, surtout les thons, les maquereaux, les caraux (caraux trachurus), et les clupées telles que les sardines et les anchois.

6° En pei de palangré ou de tartano, c’est-à-dire en poisson de palangre ou de tartane. On comprend ici toutes les espèces de trigles ou de spares péchées avec le filet nommé palangre, sorte d’ustensile on d’engin dont sont pourvus les bateaux pêcheurs nommés tartanes.

Dans cette classification, les pêcheurs ont eu plus d’égard aux procédés qu'ils suivent pour prendre les poissons et à leurs nuances qu’à des considérations propres à faire saisir la diversité de leurs espèces. Ce genre de distribution rend la statistique des époques où paraissent telles ou telles espèces plus difficile à établir, puisque l'administration n’enregistre les poissons apportés au marché que d’après les désignations que nous venons de rappeler.

Quelques administrateurs comprennent cependant l'intérêt scientifique que pourraient présenter ces tableaux statistiques s'ils étaient établis sur d’autres bases. En attendant que cette rectification soit opérée, voici quelques observations que nous devons à l’obligeance de M. Loubon, administrateur de Marseille ; leur importance est trop facile à saisir pour insister plus longtemps à cet égard.

La lamproie (petromyzon maximus), en provencal lamproue , est le seul poisson du genre des petromyzon qui fréquente les côtes de la Provence. Il y est rare; on ne l’y voit guère que pendant le mois de mars.

Les poissons abdominaux suivants se trouvent pendant toute l’année sur les côtes des Bouches -du- Rhône. Telle est la raie oxyrhynque, nommée en provencal pissoué, c’est-à-dire pisseuse ; elle porteavecelle une odeur particulière d'urine, et est assez commune. On y confond le plus ordinairement deux espèces : la plus grande est la raia batis de Linné, ou raja oxyrhyncus major de Rondelet, et la seconde la raia oxyrhyÿncus de Rondelet, ou la raie désignée vulgairement sous le nom de lentillat. L’une et l’autre sont aussi connues à Marseille sous le nom de bec pointu qu'il ne faut pas confondre avec la raie museau pointu.

La raie miralet, désignée en Provence sous le nom de miraiglet(raia miraletus), c’est-à-dire petit miroir,

est aussi commune que la raie chardon (raia fullonica) nommée vulgairement cardaire, ce qui veut dire cardeuse ; la raie ronce (raia rubus), appelée en patois provencal clavelado , ou clouée, à raison de ce qu'elle est armée sur le dos et le long de la queue de gros aiguillons que l’on a comparés à des clous en fer ; la raie museau pointu (raia acuta) se trouve également avec les autres espèces pendant ‘toute l’année.

Il en est de même de la raie aigle (raia aquila ou mylobatis aquila); celle-ci appelée vulgairement rato pennado, ce qui veut dire chauve-souris, est aussi désignée sous le nom de mounino ou de singe. La première de ces dénominations est assez justifiée par une queue beaucoup plus longue que la tête et le corps tout ensemble; la queue de ces poissons est arrondie, terminée par un fil délié; leurs nageoires sont semblables à des ailes analogues à celles de la chauve-souris. Quant au nom de mounino, il leur a été donné en raison de la ressemblance que la tête de ces poissons offre avec celle des singes; cette espèce assez rare l’est moins que la raie mosaique appelée en provencal miraiglet : on la pêche principalement en mai et en juin. Quant à la raie pastenague (érygon pastinaca), désignée sous le nom de pastenargue et de courge, elle fréquente les côtes de la Provence en juillet; il en est de même de la raie

giorna (raia cephaloptera), connue à Marseille sous le nom de clavelado fero ou raie sauvage.

Le nom de clavelado peut être considéré comme le mot générique qui en Provence désigne toutes les espèces de raie; on les distingue ensuite par des épithètes particulières. 11 est toutefois deux espèces de ce genre, la raie ronce et la raie bouclée (raia clasata), auxquelles on donne plus spécialement le nom de clavelado sans épithète. Quant à la torpille (r&ia torpedo) que l’on nomme en patois provençal enoulino, on la pêche principalement pendant les mois de juin et de juillet. On en prend une autre espèce dans le mois de février que l’on nomme erdowmiglone, ce qui veut dire exdommagee.

Parmi les squales, le requin (squalus carcharias) est le plus commun sur les côtes de la Provence; cette espèce, désignée par /amia ou lami, a un nom peu en harmonie avec ses habitudes, sa voracité et l'effroi qu’il inspire. Un de ses compagnons habituels, le squale glauque (squalus glaucus), n'est pas moins redoutable, ni moins terrible, à raison de sa force et de sa grandeur : il atteint jusqu’à 5 mètres. Il est d’autant plus dangereux qu’il est orné des plus brillantes couleurs, parmi lesquelles domine le bleu verdâtre. Cette couleur, analogue à la nuance des eaux de la mer dans les temps calmes, empêche de le distinguer au milieu des vagues ; malheureusement pour les na-

geurs, ce squale est assez commun sur les côtes du midi de la France.

Lesquale long nez (squalus cornubicus)arrive aussi à une très-grande grosseur ; on en pêche dont le poids dépasse 300 kilogrammes ; il fréquente également les parages de la Méditerranée. Il en est de même du squale marteau ou perlon (sparus zygæna), désigné en Provence sous le nom de gat ou de chat. L'ange (squatina lævis), nommé pei-angi, porte aussi le même nom ; il s'approche principalement en été des côtes de la Provence.

Les squales roussettes, soit la srande espèce (squalus caricula Linn.), soit Ia petite roussette (squalus catulus), ainsi que les pantôufliers, les renards (squalus vulpes), lhumantin (squalus centrina) et la raie bouelée (raia clavata) sont des espèces fort rares sur nos côtes, ainsi que le poisson scie (pristis antiquorum), nommé en patois provençal serro.

Parmi les poissons jugulaires il n’y a qu’une seule espèce qui paraisse sur les marchés de la Provence; cette espèce, la lophie baudroie (lophius piscatorius), nommée en patois provençal baudroull, est assez commune sur les côtes de la Provence. Parmi les poissons thoracins, la baliste (balistes capriscus) est assez rare; elle paraît cependant deux fois par an sur les marchés de Marseille, en juin et septembre. La chimère arctique (cékimæra monstrosa), désignée en

provencal sous le nom de gat ou de chat, y est également peu abondante. Quant à l’esturgeon (accipenser sturio), on ne le prend guère qu’au printemps : cette circonstance et la bonté de sa chair le font singuliérement rechercher.

Parmi les poissons apodes, l’ostracion moucheté (ostracion oculatus Comm.) est peu commun sur les côtes de la Méditerranée, où il est tout à fait de passage accidentel ; il vit habituellement dans les mers des Indes orientales ; il n'arrive que rarement sur nos côtes avec l’ostracion trigone. On prend également une grande quantité de moles, poisson connu en Proveace sous le nom de muollo; c’est le cephalus vulgaris des auteurs systématiques ; il est désigné communément sous le nom de poisson lune et en latin sous celui de mola cephalus. Le syngnathe pipe et celui nommé vulgairement ser, serpent ou anguille de mer (syngnathus vulgaris), se trouvent au milieu des aloues qui abondent dans les plages du Midi. On rencontre aussi dans les moyennes profondeurs l'hippocampe (syngnathus hippocampus) et l'ophidion (ophidium barbatum) ou donzelle de la Méditerranée. Enfin le cycloptère lompe (cyclopterus lumpus) ainsi que le centrisque sumpit sont encore des espèces que l’on porte sur les marchés de Marseille; elles y sont rares.

Les poissons qui paraissent le plus souvent sur les

halles de Marseille sont : l’anguille (muræna anguilla), nommée en provençal anguiero ; ia murène myre, qui habite les grandes profondeurs, ainsi que la murène commune (muræna helena) ; le merlan ‘gadus merlangus) et le gade mustelle (gadus mustella) nommé en provencal mous!ello ; le merlus ordinaire (gadus merluccius), connu dans le département des Bouches-du-Rhône sous le nom de marlus. On peut signaler surtout parmi les clupées, la sardine (clupea sardina), nommée sardina en Provence, et l'anchois (engraulis vulgaris), poissons aussi bons qu'abondants.

Les côtes des Bouches-du-Rhône fournissent également un assez grand nombre de scombres, recherchés à cause de la délicatesse de leur chair. En premier lieu on peut citer le thon (scomber thymnus) ; le scombre de Commerson (cybium Commersonii Cuv.); le palamis (scomber palamys), désigné en Provence sous le nom de palamida ; le sarda (scomber mediterraneus de Rondelet) ou la bounitou des Provençaux, et enfin le maquereau (scomber scombrus).

Quant au pilote (centronotus ductor), qui se pêche en septembre, il est aussi rare que l’argentine ou argenté (argentina sphyræna). Il n’en est pas de même du rouget, nommé rougé en patois; ce dernier est aussi commun et aussi recherché que la sole (solea

vulgaris). H en est de même du loup et du muge; ce dernier est toutefois inférieur aux précédents sous le rapport de sa bonté et de la délicatesse de son goût. Lorsque le muge vit dans les étangs, il y contracte un mauvais goût, ce que ne font pas les autres poissons qui ne quittent Jamais le sein des mers.

La dorade, l’un des spares les plus communs et les plus élésants par les grâces de ses formes et la beauté de sa parure, acquiert un grand développement sur les côtes de Marseille : on en pêche qui pèsent jusqu’à 15 kilosrammes. Dans le jeune âge, cette espèce est connue en Provence, comme en Languedoc, sous le nom de soguëne.

Les autres espèces du genre spare de Linné ne sont ni moins communes ni moins estimées à raison de la bonté de leur chair. Parmi elles on peut citer le sparaïllon, nom commun sous lequel on désigne les sargus annulariset vulgaris, lesargue(sparus melanurus), loblade(sparus melanurus), le picarel commun (sparus smaris), la mendole (sparus mæna), le bogue (sparus boops)etla saupe(sparus salpa).Parmiles plus recherchées on peut signaler au premier rang le pagel (sparus erythrinus), poisson également remarquable par ses couleurs d’un rose vif et brillant. Le pagre ordinaire (sparus argenteus) est également un poisson assez estimé par la bonté de sa chair. Il n’en est pas de même de la saupe que nous avons déjà mentionnée :

quoïqu’elle se vende sur les marchés de Marseiile comme les autres espèces, elle y est moins prisée, son goût est peu agréable et sa chair peu délicate. On peut en dire également des canthères, dont l'espèce commune (cantharus vulgaris) n’est pas abondante sur les côtes de la Provence. Cependant le soût de ce poisson est préférable à celui de la saupe.

On peut enfin mentionner le poisson de Saint-Pierre ou le gal, que l’on prend à peu près toute l’année soit sur les côtes de la Provence, soit sur celles du Languedoc. Cette espèce, remarquable par la belle tache noire qu’elle à sur chaque flanc, est le zeus faber de Linné.

Un certain nombre de poissons se pêchent habituellement dans le Rhône ; sous ce rapport ils entrent pour quelque chose dans la consommation de la ville de Marseille. Au premier rang on peut signaler la truite (salmo trutta), la carpe (cyprinus carpio) et le barbeau (barbus vulgaris). Le goujon (gobio vulgaris), qui vit en troupes nombreuses dans les eaux douces, est encore une espèce que l'on apporte dans les marchés de Marseille. Mais, quant à la tanche, elle n'y parait presque jamais.

Telles sont les principales espèces de poissons que l’on pêche en assez grande quantité dans les environs de Marseille, et qui sont portées dans les marchés de cette ville. S’il en est de constamment sédentaires,

d’autres au contraire sont éminemment émigrantes. On peut citer parmi celles-ci, en premier lieu les centronotes, et surtout le pilote (centronotus ductor). Après le pilote nous mentionnerons les thons, les maquereaux, les sardines, les anchois, les dorades et les squales, particulièrement le requin.

Beaucoup d’autres poissons s’approchent et s’éloignent sans doute des côtes de la Provence à certaines époques de l'année; mais ils ne peuvent être rangés parmi ceux de ces animaux qui se livrent à de longues migrations. Cependant plusieurs espèces que l’on découvre sur les côtes de la Provence se rencontrent également dans toutes les mers de l'Europe. Celles-ci, qui nous fournissent des exemples d’habitations aussi diverses et aussi variées, doivent être comprises tout au moins parmi les races erratiques. Leurs passages ne paraissent pas avoir cette fixité et cette périodicité qui caractérisent les excursions des espèces émigrantes. On peut comprendre parmi ces dernières la raie bouclée et la raie aigle. Ces poissons sont fort communs sur les côtes des Bouches-du-Rhône malgré l’irrégularité de leurs passages.

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