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par couples isolés certaines espèces ne sont pas moins admirables. L’ombre commun (salmo thymallus Linn.) voyage constamment de cette manière ; la femelle suit à peu de distance le màle, qui lui fraye la marche; comme ce dernier, elle ne s'arrête que lorsqu'ils jugent avoir découvert un endroit favorable à leur reproduction.
La régularité de ces migrations est surtout digne de l’attention des observateurs lorsque les passages des poissons ont lieu, par suite d’un concours commun, à des époques périodiques ; le plus souvent ces époques précèdent le temps de la fécondation et de la ponte de leurs œufs. Il n’en est pas de même des excursions accidentelles auxquelles se livrent ces animaux ou de leurs retours vers les eaux salées ; du moins on ne voit rien de semblable, lorsque les eaux douces rendent à la mer les poissons qu’elles avaient attirés quelques instants dans leur sein.
Ces passages accidentels ne semblent pas dirigés par une seule volonté comme les excursions que l'instinct fixe et détermine d’une maniére aussi constante que régulière; par suite des causes que nous avons déjà fait connaitre, les poissons, mème les espèces émigrantes, poussent rarement leurs voyages aussi loin que les oiseaux. En effet ceux-ci parcourent toutes les parties du globe, tandis que peu de pois-
sons des mers d'Europe arrivent jusqu’en Amérique.
Parmi les espèces des contrées méridionales de la France qui étendent leurs migrations jusque dans le nouveau monde , on ne peut guère citer que le dactyloptère commun (frigla volitans Linn.).Ge poisson vit à la fois dans l'Océan et la Méditerranée; äl s’avance non-seulement jusqu'en Amérique, mais même jusque dans les mers du Nord. On assure qu’on le rencontre jusqu’au delà de Terre-Neuve. Cette eirconstance ne tient pas à l’étendue de ses pectorales surnuméraires, qui lui permettent de se soutenir quelques instants dans les airs. Ce mode de progression est si imparfait, que les dactyloptères nes’en:servent que quelques moments pour éviter les poursuites des bonites et des daurades. Lorsqu'ils échappent à leurs ennemis, d’autres dangers les attendent dans les airs ; ils sont pour lors forcés de plonger de nouveau dans leur humide élément, où ils retrouvent les êtres qui les en avaient chassés.
Par suite de ces guerres continuelles, dont Îles mers sont aussi bien le théâtre que les continents, les espèces dont la fécondité est souvent étonnante , surtout celle des habitants des eaux, sont maintenues, malgré cette cause puissante, dans un état d'équilibre réellement merveilleux. Cette fixité dans la proportion et le nombre des êtres actuels-est due probablement à ces combats qui mettent des bornes à
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leur propagation ; sans ces luttes incessantes, la création serait infinie.
Quoïque les poissons paraissent étendre leurs migrations moins loin que les oiseaux voyageurs, certaïines espèces les exécutent cependant avec une vitesse très-grande et longtemps prolongée. Les navigateurs remarquent souvent que leurs vaisseaux, quoiqu'à pleine voile, sont suivis par les mêmes individus à travers des parages bien différents.
Cette vitesse n’est pas uniquement propre aux poissons marins, elle est aussi le partage de ceux qui vivent dans les eaux douces. On sait avec quelle rapidité certains de ces animaux parcourent les fleuves d'un cours très-étendu et dont le lit est même embarrassé d’un grand nombre d'obstacles. Au milieu des espèces que l’on pourrait citer, le saumon est fameux sous le rapport de la vélocité de ses mouvements et de la longueur du temps pendant lequel il peut les continuer.
Si donc les poissons ne font pas des voyages aussi longs que les oiseaux, ce n’est point leur défaut d’activité, ou la faiblesse de leur puissance motrice qui les y contraint , ni les obstacles qui s'opposent à leur marche. Ces animaux ne sont pas du moins arrêtés, comme les mammifères, par des forêts impénétrables, des déserts brûlants , ni des montagnes élevées. D’un autre côté , ils trouvent dans presque toutes les mers
une nourriture abondante et une température à peu près égale. Aucun obstacle puissant ne s'oppose à leurs voyages, d'autant qu'ils sont plongés dans un liquide dont la mobilité leur résiste à peine, et qui s'ouvre, pour ainsi dire, à leur approche. Mais les oiseaux ont bien d’autres avantages ; maitres de l'océan aérien, ils le parcourent dans tous les sens et à toutes les hauteurs. L’élément dans lequel ils sont plongés leur offre encore moins de résistance que le liquide dans lequel nagent les animaux marins.
Pour s'assurer de la régularité et de la constance des migrations des poissons, et de la stabilité qui règne chez les espèces sédentaires , on commence dans plusieurs ports du royaume à tenir note de la quantité en poids métrique qui est portée au marché. À cette donnée il faudrait ajouter celle des différentes espèces capturées. Forcé d'indiquer l’époque à laquelle telle ou telle espèce aurait été pêchée, on aurait par cela même des tables toutes faites des passages de ces animaux,
Faute de pouvoir tracer de pareils tableaux, dont les administrateurs des villes maritimes du Midi sentiront l'importance, et qu’ils s’empresseront probablement de dresser, nous nous bornerons à faire connaître la quantité en poids métrique du poisson frais recu à Marseille depuis 1823 jusqu’en 1840.
Cette quantité consommée dans cette ville ou consacrée à la salaison se compose de tout ce qui a été pesé sur le marché de cette ville. Elle comprend tout le tribut que la mer a donné chaque année à l’activité des pêcheurs.
La période de dix-sept ans qu'embrassent ces tableaux présente quelques variations dans le produit de la pêche. En thèse générale, elles se sont maintenues dans des minima et dans des naxima qu’elles ont plus ou moins conservés. Les maxima n'ont été atteints que pendant six années sur les dix-sept, tandis que onze années ont offert des minima qui dans cet intervalle ont éprouvé une diminution une seule fois, en 1832. L'année 1825 a présenté le plus grand des maxima qui ait eu lieu dans la pêche du poisson observée à Marseille. La quantité s’en est élevée à 2,856,750 kilogrammes. D'unautre côté, l’extrême minima de cette pêche a eu lieu en 1832, qui n'a produit que 926,570 kilogrammes. Ii y a donc eu entre ces deux extrêmes une différence de 1, 930,180 ; cette quantité a été supérieure à celle du produit des années où la pêche a donné les plus faibles résultats. Cette circonstance remarquable tient probablement à quelques accidents de localités qui n'ont pas été appréciés par les administrateurs auxquels nous devons ces données.
De 1826 à 1827, le chiffre est resté le même. En
1828, il y a eu décroissance jusqu'en 1832. De 1833 à 1837 inclusivement, la pêche a été progressive. L'année 1837 a été , après celle de 1825, l'époque à laquelle on a pesé le plus de poissons à Marseille. Le chiffre s’est élevé à 2,473,830 kilogrammes. Le choléra, qui à cette époque a affligé Marseille, ne paraît pas avoir nui à la multiplication des poissons, ni à leur abord dans ses parages. Ce fait est d'autant plus probable que le chiffre de cette pêche n'est pas audessous de celui qu’il aurait dû présenter. En effet, pendant cette cruelle maladie, les pécheurs se sont peu livrés à leurs travaux, indépendamment de ceux qui ont succombé à ce fléau.
Voici le tableau des dix-sept années d’observations que nous devons au zèle éclairé de M. Loubon, adjoint à la mairie de Marseille (1) :
En 1823, il a été pesé. 1,491,250 kilogr.
(1) Répertoire des travaux de la Société de statistique de Marseille, Lom. 1v, pag.. 212.
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Outre ces documents précieux et qui pourraient le devenir plus encore, M. Nesrel-Ferrand avait communiqué à la société de statistique de Marseille un tableau qui se rattachait aux années 1811 à 1814 inclusivement. Le recouvrement du droit de pesage n'ayant pas été effectué en 1815, et ce droit étant resté sans effet pendant les années suivantes jusque et y compris celle de 1822, des documents n’ont donc pas pu être obtenus pour ces années; ils sont cependant complets, sous le rapport des pesées , pour les années qui ont suivi celle de 1822 jusqu’en 1840 (1).
L’état des quatre années de 1811 à 1814 n’amène qu’à une quotité moyenne de 1,178,775 kilogrammes
(4) Répertoire des travaux de la Société de statistique de Marseille, tom.1", pag. 61 et 64,