‹ Des causes des migrations des divers animaux et particulièrement des oiseaux et des poissonsChapitre 88 sur 117 · TAC AE LOC EDS | CREME RE CEE · texte numérisé non relu

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IL. des rivières, aussi bien que ceux des mers, rue ils vous diront tous qu'il y a plusieurs espèces Apoies. d'anguilles, aussi distinctes par leurs mœurs que par leurs caractères extérieurs. Mais relativement au nombre de ces espèces ces pêcheurs ne s'accordent pas entre eux. Les uns en admettent jusqu’à quatre; ce sont ceux des rivières, tandis que les pêcheurs des mers n'en reconnaissent que trois. Sans rien décider à cetégard, nous adopterons pourtant les idées des derniers, ayant observé par nousmême les époques des passages des anguilles qui vivent aux bords des côtes du midi de la France. Avant d'entrer dans les détails relatifs à ces époques, nous ferons cunuaître les idées des pêcheurs des rivières sur ces poissons.

Ils en reconnaissent quatre sortes. La première ou la plus commune est nommée par eux vergniaux ; la seconde ou l’anguille à long bec se distingue par un museau trèscomprimé et fort pointu; la troisième ou l'anguille plat-bec (grigeel des Anglaïs) a au contraire un museau tres-aplati et très-obtus

|et enfin des yeux fort petits; la quatrième se reconnaît facilement à la brièveté de son museau en comparaison de la longueur du corps. Les yeux de cette espèce sont également remarquables par leur grandeur. Les pêcheurs des eaux douces donnent le nom d’anguille pimpernaux à celles qui offrent ces caractères.

Les pêcheurs des côtes de la Méditerranée ne distinguent que trois espèces d'anguilles. Ils désignent celle qui atteint la plus grande grosseur sous le nom de pougaou. Cette anguille se tient le plus constamment dans les étangs salés à l'exception cependant de l'automne jusqu’à la fin de l'hiver, saison où ellese rend à la mer pour y déposer son frai. A partir du mois d'octobre jusqu’au mois de février, ces grosses anguilles ne quittent plus la mer. Elles y demeurent constamment ; du moins on n'en a jamais pris dansles filets tendus pour

saisir les différentes espèces de poissons qui de |

la mer arrivent dans les étangs salés. Les jeu— nes anguilles provenues du frai déposé dans la mer par les anguilles de l'année précédente arrivent donc dans les étangs à la fin du mois de mars. Elles sont alors si petites, qu'elles dépassent de peu les dimensions des vermicelles.

On les voit entrelacées les unes avec les autres formant des cordes extrêmement longues, souvent roulées en spirale;elles ressemblent assez pour lors à des pelotons de laine. Elles grossissent rapidement dans les étangs ; elles s'y nourrissent de petits mollusques, d'insectes, puis de petits poissons, et

jenfin même d'autres anguilles. Cet appât sert

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ORDRES

Apodes.

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même à les attirer vers les hameçons. Ces anguilles, dont les migrations paraïssent constantes, acquièrent souvent des dimensions fort considérables. On en pêche parfois d'assez grosses qui pèsent de douze à quinze livres. Leur chair, d’une grande délicatesse, les fait rechercher des gourmets, surtout lorsque leur poids s'élève jusqu’à cinq ou six kilogrammes.

La seconde espèce, nommée anguille fine, vit habituellement dans les étangs salés, et va déposer son frai dans la mer à peu près comme l'espèce précédente. Elle diffère du pougaou en ce sens qu’elle n’acquiert pas des dimensions aussi considérables.

Cette espèce remonte le plus ordinairement dans les fleuves et les rivières, poussant fort loin ses excursions. Il en arrive du moins jusqu'au lac de Genève, à la vérité en trèspetit nombre. La perte du Rhône leur oppose un obstacle qu'elles ne peuvent franchir qu'avec beaucoup de difficulté; aussi ne paraissent-elles daus le lac que lorsque les eaux recouvrent ce gouffre.

C'est du reste au printemps, pendant la nuit et lorsque la lune est au-dessous de l'horizon, que les anguilles passent de Ja mer ou des étangs salés dans les lacs et les rivières. Elles y séjournent jusqu’à Ja fin d'octobre et quelquefois plus encore, pour ne rentrer dans la mer qu’au retour du printemps. Les soins de l'homme changent souvent totalement cet ordre. Des circonstances particulières, telles surtout que l'éloignement de la mer, le modifient également.

Leur agilité, leur force musculaire et la ténacité de leur vie leur font surmonter tous les obstacles et toutes les difficultés qu’elles éprouvent dans leurs longs voyages.

Elles marchent de préférence la nuit, peutêtre par suite d’un instinct de conservation; on le supposerait à les voir naviguer pour lors en troupes fort nombreuses, Quand le besoin de retourner à la mer se fait sentir chez ces poissons, c’est d’une manière si impérieuse, que rien ne peut les arrêter. On les voit pour lors s’accumuler et se presser autour des digues qu’on oppose à leur marche, sans qu’il y en ait une seule qui songe à rebrousser chemin, et à remonter aux lieux qu'elles viennent de quitter.

La troisième espèce est connue des pêcheurs des côtes du midi de la France sous le nom d’anguille commune ou de leschenat.

Elle paraît sédentaire et ne point voyager comme les précédentes. Elle se reproduit du moins dans les étangs salés qui bordent la Méditerranée, et se tient constamment dans les fonds vaseux, qu'elle ne quitte qu'aux mois de juin et de juillet, époque où l’on en

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fait une pêche abondante. Lorsque la sécheresse est grande, elles abandonnent parfois les étangs salés pour se rendre dans la mer.

Le plus souvent elles s’enfoncent dans la fange et la vase où elles demeurent enfouies ijusqu'à l’époque à laquelle les eaux sont revenues à leur niveau ordinaire.

Lorsque ces anguilles se déplacent par manque d’eau, elles font souvent les voyages qu’elles entreprennent en rampant sur les terres sèches à peu près comme les serpents.

Elles cherchent donc l’eau qui leur est essentielle, et passent ainsi des temps plus ou moins longs hors de leur élément ordinaire.

On est surpris du long intervalle pendant lequel les anguilles peuvent demeurer hors de l’eau sans périr ; mais la force de leur vitalité est si grande qu'on peut les dépouiller de leur peau, de leurs viscères, les couper même en morceaux sans que le tronçon de leur corps cesse de se mouvoir.

On conçoit facilement pourquoi l'on ne prend jamais dans les rivières des anguilles qui aient leurs œufs. Lorsque ces poissons veulent frayer, leur instinct les porte à se rendre dans le sein des mers, où ils s'enfoncent dans ses profondeurs afin d'y déposer leurs œufs. Quant au leschenat, cette espèce ne paraît pas voyager; elle se borne, au mowent du frai, à s'enterrer dans la vase, disparaissant à peu près tout à fait comme les lombrics, et cela au moment de la ponte.

Aussi les anguilles paraissent, à leurs premiers âges, habiter les eaux souterraines même les plus profondes.On peut citer comme une preuve de ce genre d'habitation les an— guilles de diverses grosseurs que M. Arago a montrées à l'académie des sciences de Paris le 12 octobre 1835, et qui avaient été prises dans un fleuve souterrain. D'autres anguilles ont été également rencontrées dans des puits artésiens qui avaient été creusés à Elheuf et poussés jusqu'à des profondeurs considérables,

Ces poissons out une vie si tenace, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, qu'ils peuvent sans périr rester pendant des temps assez longs tout à fait privés d’eau. Ils s'enfoncent pour lors dans la vase ou dans l'in térieur de la terre humide. La principale particularité de leur histoire et qui les caractérise d’une manière toute spéciale, tient à ce qu'elles ne frayent jamais dans les eaux douces, quoiqu'elles les fréquentent tout au— tant que les salées. Aussi Spallanzani, pas plus que les autres ichthyologistes, n'a pas pu observer des œufs ni des fœtus dans les an— guilles des eaux douces. Il est même fort dificile d'en apercevoir chez celles qui habitent les eaux salées, parce que lorsque ces poissons veulent frayer ils s'enfoucent dpns

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