‹ Des causes du rireChapitre 1 sur 2 · PARIS AUGUSTE DURAND, LIBRAIRE-ËDITEUR · texte numérisé non relu

PARIS AUGUSTE DURAND, LIBRAIRE-ËDITEUR

RCE nE8 GRàS-MBBOHIIB, S

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SOMMAIRE

Distinction du rire extérieur et du sentiment du risible. — Cas où ils existent Fun sans l'autre. — Distinction du rire et du sourire. — Pourquoi^ de tous les animaux, Thomme est le seul qui rie.

Histoire et critique ^ théories du risible :

Antiquité : Aristote, Gicéron, Quintilien.

Espagne : Vives, '

Italie : J.-C. Scaliger.

. Angleterre : Hobbes, Hogarth, Addison^ Dugald-Stewart, Gérard^ lord Katnet, Beattie^ PIrie.

Allemagne : Leilmitz, Lessing, Mendelssohn, Sulzer, Eberhard, Eschemburg, Riedel, Mdœrs^ Kant^ Schelliog, Schlegel^ Ast^ Soiger, Weisse, Arnold Ruge, St. Scfaûtze, Flœgel, Jean«Ptul, Hegel, Yischer^ Zeisîng, Garrière,Schopenliauer.

France : Descartes, Batteux, Pduunet de Sivry, Marmontel, Paffe, Alfr. Michiels, Ch. Lévêque.

SOMMAIRE

Théorie de l'auteur : cause extérieure du rire ; Tobjet risible. •«- Cause intérieure du rire : le sentiment du risible. — Le rly» lascif.

Cause du plaisir dans le rir^^ — De Testhétique : pourquoi Mtte science est peu avancée. — Théorie du plaisir : son hiitoire (Aristote, Lévesque de Pouilly, Sulzer, William HamUton) ; son exposition. — Sensations et sentiments. —7 Application de cette théorie générale au sentiment particulier d^ Hsible.i

Suite de Tétude du plaisir dans le sentiment du risible ; autres explications qui en ont été proposées. — Semation et plaisir qui accompagnent le rire extérieur. — Systtoe de Torgueil. — Rapports du risible avec le laid, le spirituel et le sublime.

Causes qui modifient le degrédu plaisir dans le rire : nouveauté, contraste, harmonie 00 désaccord, association des idées. ^ Pourquoi cetimes personnes rient plus souvent que d'autres. Pourquoi les objets risibles ne font pas toujours rire; pour- ^ptt^rtains objets ne font rire qu'après un certain temps. Pourquoi les mêmes objets ne font pas rire tout le monde au même degré.

SOMMAIRE

Synonymes du mot risible: PlaUant^ drôle, grotesque. — Essais de division du risible : division de Tantiquité; étude de fragments de grammairiens grecs qui renferment un essai de classification. ^ Divisions modernes. — Divisions de Fauteur à des points de vue différents. —Division priMpale du risible en trois espèces :

I. Risible involontaire résultant des circonstances : quiproquo, méprises. Le risible chez les animaux et dans les objets inanimés.

IL Risible involontaire résultant de Timperfection de nos facultés. — La sottise et la naïveté. — Le ridicule. — La risée, dérision ou moquerie.

IIL Risible volontaire ou plaisanterie. — Du sérieux. — Les grimaces.— Raillerie; satire et persiflage. —Facétie et esprits facétieux; la Laune des Allemands; Tenjouement. — Modes de la plaisanterie : Tironie; ironie socratique; ironie romantique; espèces de l'ironie ; le burlesque et la parodie. — L^équivoque ; le calembour. — V humour des Anglais : histoire de ce mot ; espèces de Thumour ; sa valeur, son rôle dans les littératures modernes.

Du risible dans les arts. — De la comédie ; poèmes héroI*oomiques; différence du risible et du comique; confusion mo* deme des deux termes ; différence du talent de la plaisanterie et du talent dramatique. — Caricature. — Des œuvres

IV somufRE.

d'art qui se proposent uniquement pour but de faire rirez- Arts qui ne comportent pas le risible; la musique comique. Valeur iQorale du rire ; de Taffeûtation du sérieux. — Abus de la plaisanterie : bouffonnerie. — Utilité et importance de la bonne plaisanterie.

DES

Le rire est un fait extérieur qui correspond à Un ëtat particulier de l'âme, à une modification de la sensibilité. Quoique ces deux phénomènes s'accompagnent généralement l'un l'autre, et que le fait intérieur emprunte au fait physiologique les dîffôrenteè dénominations qu'on peut lui attacher, il n'y a pas cependant entre eux une correspondance si étroite et si nécessaire qu'ils ne puissent exister indépendamment l'un de l'autre. H peut arriver exceptionnellement que nous riions sans éprouver le sentiment du risible, et nous pouvons très-bien éprouver intérieurement ce sentiment, sans l'exprimer au dehors par son signe ordinaire. Ces mêmes organes, qui sont le

CAVSBf DU BIBR.

plus souvent mis en jeu par une cause subjective, par une influence de Tàme sar notre organisme, peuvent également se mettre en mouvement sous une influence physique et par suite d'un ébranlement accidentel. Le bàiUem^uît ii'e$t pas iseuS^ment le^ si^^ ^e Tènaul : il exprime encore la faim et la fatigue. Le soupir nous échappe non-seulement dans la tristesse, mais dans tous tés états dé maladie ou de faiblesse qui gênent, dans leur exercice, nos organes de respiration. N'y a-t-il pas, dans certaines plantes , un principe volatil qui tire de nos yeux des larmes aussi abondantes que la plus âmère douleur? Des causes différentes, les unes physiques, les autres morales, se ^eppontrent im^ un seul et même effet. Le rire px- ^rieur a son point 4e départ dans un.ix^uvomentdii diaphrjigme; or ce mouvement peut êtw le résultat d'ei^citotîons purement physiques : onl'acdïservédws certains cas d'asphy^pe etd'bystérie; si l'on eq croitl^ anciens^ l'ingestion de certains «ucs, la piqûre dç certains insectes auraient produit le Qxéo^ effet* Lq9 d'être le signe d'un sentiment ag^^le, le rw djSr yieftt ftloys un véritable ijpurment. Lecb^towiljaaac»^ ^ certaines partie^ 4u ^vps 8'i^;îcampa,g^e d'ii^ riyp plus çi^ anpios vicient (l). ipfippoçrate ^vait .déj|& oif

{i) n ohatpuillêz la membrane pitoitaire» vcuit aUez étemoei^;

DB» GA&SE» m BiRC. 3 ^

s^rvé H'^el'il â^ été^bùûttûé par le témoignage de pludieurs naédeeîns, que «eeitsines bl^sures du dia* I^u»^e $!âC60mpkilgïfeeât d'un tire èonTulsif et dou^ l0iife»x« Novis àTons rencontré dans Thés une ob* s^rwtîdE singulière : ((Toutes les fois qu'après une iMguo «fcslHktt^i^e Je me mets à rûïïnget^ je ne puis» à la pin»imèffe;et à la âeeonde bouchée, m'empécber de rifie : souft riD^pféssîon dei aHments, le diaphragme cootracté se dilate (2)« > C'est à la pSiysicdogie qu^il appartient d'«xpliquer de pareils faits, et nous n'avons* pas à. nous en occuper dayanteg^dilns une étude qui a exclusivemenf le rire int^ieur pour objet. : Mais il en est d'autres, également extérieurs^ sui^ lesqmis noue devons attirer plus particulièremetit TatiMtionv parce qu'ils sont de nature à introduire de l«i«oicifuâon dans cette même ét^de.

cfaatimltlcGi rarriérê^boudiB ou ta luette, vous fefet Tomkt; fmU-. tTOD' légèrement riotérieur du conduit auriculaire externe, ou ; donne lieu à la contractidn forcée des luuscles du visage, on fait giiniacer. ta tftillatîon des lèvres sur leurs bords vermeils aura !ei mlmAxéAeltatf^e'est iH>ur Fordâfiatre leohatonillemeat de la plante' des pieds, des hypocondres et deS' côtés de la poitrine, de la partie antérieure du cou, des aisselles, etc^ , qui provoque le rire. » i^9é l^eJ^ T^Mité fnédico-pàitos&^^ rire, iSilu)

{i^D^s. Épidémies, XiynYlh--^ a. V\Uke,L%l,77.

(2) « Et jPgo ad primam et alteram buccam, quam sumo a lôngar itaedta> non possum risum continere : vidélicet contracta prvmràla dikUntw dxdbèi. 9 (M ÂfUma, L III.) . ^

Certaines personnes ont l'habitude de rire à propos de tout et sans aucune raison; elles ne peuvent dire ou entendre dire la chose la plus simple sans échder de rire ; ce qui ferait à peine sourire un homme comme il faut imprime à tout leur organisme une violente agitation, et ils font à un trait d'esprit, souvent même au discours le plus sérieux, le même accueil qu'à une sottise. <c n semble, dit La Bruyère, que l'on ne puisse rire que des choses ridicules : l'on voit nésmmoins de certaines gens qui rient également des choses ridicules et de celles qui ne le sont pas. Si vous êtes sot et inconsidéré, et qu'il vous échappe devant eux quelque impertinence, ils rient de vous ; si vous êtes sage, et que vous ne disiez que des choses raisonnables, et du ton qu'il les faut dire, ils rient de mêriie.» Mais rire de tout équivaut à ne rire de rien ; comme le rire accompagne , chez ces personnes, les sentiments les plus différents, il cesse d'être chez elles le signe d'un sentiment particulier. Au fond, ce n'est qu'une sorte de tic dont on a contracté l'habitude : beaucoup de gens éprouvent de la gêne dans le monde, et s*y trouvent fortement embarrassés de leur propre personne ; ils sont obligés de recourir à mille subterfuges pour se donner une contenance : on les voit se ronger les ongles, se gratter la tête, s'enfoncer les doigts dans le nez, tousser à tout propos, chiffiHi-

t>£S CAUSfiâ DU RIRE. &

»Àei! leurs habite, toormenter les meubles^ brosser ou faire tourner leur chapeau. Il en est de même du rire dans un grand nombre de cas : ce sont de petites occupations, accidentelles d'abord, mais qui finissent par tourner si fortement en habitudes qu'elles détiennent nécessaires à notre bonheur , et que nous souffrons quand nous sommes empêchés de nous y livrer.

Nous avons souvent observé que, lorsque des personnes né coniprennent pas ce qu'on leur dit, et qu'elles ne savent qu*y répondre, elles se mettent à rire pour se tirer d'embarras et se donner l'air d'avoir compris. Quelquefois, lorsqu'on entend un trait spirituel, on éclate encore de rire, quoique ce trait ne soit nullement risible, mais uniquement pour faire mieux voir qu'on a été capable d'en saisir la finesse et parce qu'on s'imagine que le simple sourire, qui devrait alors pal'àître sur nos lèvres, ne serait pas suffisant pour produire cet effet. Dans ces derniers cas, le rire n*est plus une mauvaise habitude, il devient un calcul de la vanité. Nous aurons à parler, plus tard, d'un autre cas où le rire est encore un effet de la vo* lonté : quand* on s'aperçoit qu'on a commis quelque sottise, on se meta en rire tout le premier, quoiqu'au fond l'amour -propre soit fortement blessé; nous cherchons ainsi à persuader aux autres que notro er*

6 Dfi$ CAUSES DU RIBC

reur »'a point sa caàse dans use imperfeeUo& de nos facultés, ihais dans des circonstances qui noiis sont étrangères; que nous ne sommes pas resp©!»-

^bles d'une absurdité, mais que nous avons été trompés.

, Ces faits tiennent à ce que le rire corporel, quoique nous ne puissions le réprimer toutes les fois qtje nous le voudrions, est du moins soumis à notre volonté, en ce sens que nous pouvons le produire ou plutôt le feindre chaque fois que nous en avons besoin.

D'un autre côté, le sentiment du risible peut exister dans notre âme, et môme à un très-haut degré, sçins qu'aucun signe, aucun geste vienne le trahir h l'extérieur. Si, quelquefois, le rire qu'il produit va jusqu'aux convulsions; $i le trouble qu'il apporte alors dans l'organisme est tellement grand que l'on peut,

. réellement ou métaphoriquement, mourir de rire, il peut arriver aussi que des hommes, très-mattres de leurs mouvements extérieurs, ou d'un ten^rament particulier, renferment en eux-mêmes tout ce qu'ils peuvent ressentir. Il y en a qui, dans la plus grande douleur, ne verseront aucunelarme, ne laisseront même échapper aucune plainte qui en soit l'expression. On cite de même des hommes qui n'ont jamais ri de leur vie; les Grecs les désignaient par un nom psui^iculier: 4Y€X5t(7':oi. On raconte que Philippe III d'Espagne nfe

M56 CAUSES MJ lUEfi. f

r^ cpâ'ûi^iS^îs d^aâs sa vie, en fisant Ihn Qtiù^tt.^ LoM Ghesiérfiéld se vdatait de n'aToir jatoais nét^ p«iis le <ievelô{^einent complet de sa raison, et il en-* Ifàgeaîl soft fila à si^tî^e son exemple : «Je Toudra»^ hii ^crit-il, qu'on toud Vtt souvent sourire, ihais Qti'oii ne vous «ûtèndtt jamais rire de votre vie. Un rîpe fré^ ipient et bruyaioit est le caractère de là folié et des mauvaises manières ; à mon sens, rien n'«st moins K-^ béral et jdus mal élevé que de rire avec bruit. H si^t de la moindre réflexion pour réprimer le rire (f).ii^ Il s'agît non d'empêcher le sentiment du riéible, fixais de ne pas l'exprimer; on reconnaît ici Texagé^ n^ion raffinée d'une morale dé cour et de boudoir^ qui propose de substituer des manières convention-^ nelles aux mouvements les plus naturels. Il n'eu est pas moins vrai que le rire extérieur peut être complé* tement étouffé, et lé sentiment intérieur ne s'accompagne alors au dehors que de cette légère dilatation des muscles du visage, qui est le signe commun dé toutes les émotions agréables, et qui constitue le sourire. ' C'est pour n'avoir pas considéré tous ces faits comme des exceptions, qu'on a été conduit à confondre le rire avec le sourire, et à les considérer l'uir

(l) LeUera to hh son, 144 f 1 l/iô, ^ . >

t DES ÇAyS^ ou B1II1&.

et^rautre comme Teipression yague et géaérale ie, tûus nos seatimeats . de plaisir» de la gaie^ et de la joie. Par une erreur correspondante, on a fait disparaître le sentiment intérieur du risible au seiu de la joie et du plaisir, dont on ne le distinguait plus comme 'un mode particulier (i). Le rire ne se sépar rait plus du sourire que par le degré; on définissait l'un, une e^figération du sourire; l'autre, un rire mo* déré. Chacun de ces mouvements offre cependant de$ caractères bien différents.

Le sourire est une expression commune à toutes les modifications agréables dç T&me ; il accompagne aussi bien les jouissances des sens a^e les sentiments du beau, de l'admiration, du ridicule, ou les satisfac-* lions de l'amour-propre et les joies pures de la vertu* Il ajoute de Ja grâce à une bonne action comme à l'a* mour; il nous heurte péniblement dans l'expression grossière de l'orgueil et de la vanité; Tour à tour pudique ou lascif, timide ou effronté, noble ou bas, naïf ou malin, bienveillant ou méchant, il est l'omepient ' de la candeur comme le masque du cynisme : il si^e étanellement sur les lèvres des anges et sur celles de Sat^n, en signe de ce contentement de soi-m^me que procurent également la paix de la conscience et le

(I ) V. les théories de J.-G. Scaliger, de Vives, de Descaries, etc , que aous ailoDS examiner plus loin*

0K& CAUSES mi Rmfi; 9

Ubte pouvoir de nuire»^^ C'esl ûa acte de la physiono^ Hiie, résidait princitHikiiieDt sur la Bouche, et dont les lèrres sont surtout Tinstniment.

Tout autre chose est le rire. De même que le san* glot^ le soupir et le bâillement, e'iest un phénomène des organes respiratoires^ vocaux, qui a son point dedépart dam; le diaphragme (i), et auqud viennent ecmcouru* le poumon, le larynx et les mniscles de la poitrine. Tandis que le sourire est muet, le rire est toujours accompagné d'un bruit particulier, qui est une modification de la voix* Tout d'abord les pou-^ mons se remplissent d'sdr par une aspiration ; puis ils le laissent échapper par une série de petites expirations» • .Souvent ce phénomène se re[»*oduit plusieurs fois> et un certain nombre d'aspirations se succèdent les unes auxau^es. Les bords de la glotte* se contractent, et son ouverture, rétrécie, ne laisse échapper l'air qu'a^ vec bruit. Cet accès est quelquefois si violent que la circulation en est troublée, et que le corps tout entier

' <i) Ce point de départ n*a pas élé, de tout temps^ placé dans le iDème oiigane ; Descartes, qui d'ailleurs confond le rire avec la joie en général, assigne dans ce phénomène^ les rôles principaux à la rate et au cœur; « La rate, dit-il, envoie deux sortes de sang vers le cœur : l'un fort épais et grossier^ qui cause h tristesse) l'autre fort fluide et suhtil,qui cause la joie.» <V.son traité des Passions^ 2me partie, art. 12û tt 126,) C'est cette théorie qui a donné naissance aux locutions populaires ; s'épanouir, se dé^ fiopilcr la rate.

entre cImks bue B^tatioft extraordmaire : e'est ^ti fita ro0 £e f^ifiie de rire ;: k res^^ratimi ésl mterçotm pue; il est impossible.de prononcer mae sente pasole^ Un mdlaiae ex^faordinairè se &it sentir danfirlesHaàbs, on dirait qu'ils voit é«àatery et lesiûainis s'y portent instinotAYemâit çommev pour lès sdut^ir. Le roi^ tt la sueur mont&n^ du mage; les veimsi» g^g»qfl0nt^ ks yeu:t se remplissent de larmesv non i»if l'ei^ d'une exdtâtioa' locale^ comme àms là douleur, lùaif par suite dé la gàie de la circulation, Gomme le seati^ timent dont le rire est le signe est un sentiment die plaisir, le ^ourïre^ qui aceoiBj)agne toutes les modifica-t tioué agréables de l'àmé, doit régner en même temps Éur lé visage ; il s'ajoute au rire sans se confondre avetS • iui^ et se combine avee le désordre qu'imprime à ia physionomie le troufate général de l'organisme; da sorte que^ sous chaque rire, noifê pouvons retrouver jun sourire.

•: Ces deux phénomènes, quoiqu'ils soient bien dis* tincts, et qu'ils aient chacun des oiçanes différents, «ont cependant confondus tous les jours dans le lant gage ordinaire. On dit que quelqu'un rit quand il ne fait que sourire, et cette confusion a pris naissance, tjomme n^us l'avons dit, dans cette erreur qui les refgîirde tous deux comme exprimant également la joie et les sentiments de plaisir en général, sans r^^t^rver

OEB CAUSES m ï^rm: ti

le riri3 à un sentiment dé pteiisîr jMartictfliër; En partant d'un pareil principe, "pïnsieurB théoriciens «è sent trouvés embarrassés pour expliquer^ par quelle raison les anteaux ne rient pas* Car, du mom^ où le rire estche«rhomttie lé mgne de la jbie et du plài-* sir, Tanaiogie doit nous conduire à attendi'e^le même phénomène des animaux , qui soirît également eapa-^ blés d'éprouter des sentitnènts de plaisir. Césthéorreiens n'ataient pas la ressource de dire que le rire est le signe non de toutes les modifiéatioUs agréables de notre âme, mais d'une modificaliôn spéciale, et que les animaux, quoique- capables d'éprouvei* eei^ tains plaisirs, sont néanmoins privés de celui qui cause le rire, et qui est particulier à l'homme. Ils ont été par conséquent forcés de chercher la cause de cette privation du rire dans une différ*ence organique de Içurs constitutions. «De tous les animaux, xiît Vi'* vès, l'homme est le seul qui rie, parce que seul il û un yisage qui puisse . exprimer le rire ; ehe^ tous hà îiîitres, les traits de la face restent constamment iitt^ mobiles. Ce n'est pas qu'ils ne soient portés, plus fortement même que rhoihme, à éprouver les sensations del'agréabk et du plaisir; ils produisent même certains signes qui ont la même force et la même valeur que le rire, par exemple des bonds pu certain^ cris désordonnés ; n^ais, comme leur visage he cha*ïge

\i ^& CAUSES DU rire:

point ccHmipe le BÔtre, on no dit pas qu'ils rient (1). >• Une pareille explication n'est pas admissible : les si* gnes dont parle Vives sont des équivalents non du rire, mais du sourire. Beaucoup d'animaux ont tous les organes nécessaires pour rire : ils ont un diaphragme, des poumK)n6, des organes respiratoires comme nous; et, s'ils n'en font pas le même usage, il faut en chercher la cause plus loin, dans des différences plus intinieç. Les animaux n'ont pas plus le rire intérieur que le rire extérieur; c'est un sentiment qui leur manque avec ceux du beau, du su-^ blime, du pittoresque, etc.

Mieux vaut de ris que de larmes écrire. Parce que rire est le propre de Thomme.

De toutes 1^ observations qui ont été fSaites sur le rire, c'est là celle qui'a été le plus souvent répétée, et cela tient peut-être à ce qu'elle a été faite par Arispd\B ÇDe part, anim.^ L III, c. xi). Le rire a pour condition des pouvoirs dont l'homme seul est doué;

(1) « iDier animantes omnes solus homo ridet, quoniam is solus habet vultum, quo risum testetur. Geteris autem faciès immoto habitu lorpet: non quin ali» ad sensum boni et voluptatis su» concitentur, impensius etiam quam homo, et edunt signa qusBdam, quœ risus vim et vicem obtinent, ut exultationes et voces^tiam in sno illo génère inconditas : sed quia vultum uti DM non militant, non âîcuntur ridere; » {De Animaux, lil.)

AËa CAUSES DU RIRE. lil

et c est de lui qû'ou doit dire ce (Jue Miltos a eu tbrt de dire du sourire :

... Smiles from reasoD flow, To brutes deoled (i}.

Avant d'exposer notre propre théorie du rire, nous devons faire cpnnaitre là substance de ce qui a été dit sur cette matière, et examiner les différentes défini* lions qui ont été proposées du risible. Nous aTong à nous occuper seulement des essais véritablement phi* losophiques dont il a été Fobjet, et non des considé^ rations plus vagues de la littérature ^ nous n'avons rien à faire avec des définitions comme ce}l&-ci : « Le risible est toujours une coaception drôle, inattendue, plaisante, gaie, etc. ; » {2} ni avec celles qui, à rhni-tation d'un grand nombre de dictionnaires, se contentent de présenter le risible comme la cause du rire, et le rire comme l'effet du risible. Ridiculi vtro mnt^ dit J.-C. Scidiger, qui aiunt risttm cieri a reri-

(1) «Les sourires, refusés à la brute* découlent de la ratson.»

(2) V, Riedel, Théorie des beaux-artSy 1767.

diç^da,;>boa mipi qumimHs quid sii ms ridU cxda (1). » , ,, V ,.

La pïBS œdemie dé&iition du risible ^sk e^e fH^Aristote en adonnée clans sçiPoeV/ytiç. On sait que le prince de la philosophie antique avait composé sur le rire un livre spécial, qui est complètement perdu, et qui aurait été probablement une de ses plus précieuses contributions à l'^thétique. Nous aurons à examiner, dans la dernière partie de ce travail, quelques fragments de grammairiens grecs, qui renferment mt m^Ae classification des différentes causes' du rh*e^ Jet qui psà^aîssent avoir été écrits d'après Aristote. Vont Ivày le risîl^le est une esçèce du laid ou deTineorrect 4 dfaXfQ'^ ) - « C'est, dit^il, une ffftt*^ ou une încorrec^-^ 4cta qui n'«st m douloureuse ni destructire ((îvw8uvot ^À «à <pôapirix4v) ; Icl^st, par exemple, un visage laid «tcfflitoiiriifr, Hiâfe gatis souffrance (2). » Cette défini- 4îoa a égaré tin grand nombre de penseurs qui Fantré^ liétëe syrla fod de son illustre auteur r elle est, en effet, 4rèahimp/irfoite, et détermine plutôt ce que le risible -niestpas.quBcequ'ilest. Elle est juste, en ce seni ^'elJjB fait coosister le risible dans quelque ckosfe d*m-^ /swwcct etde coûàaireàlarégularité et àla perfection, et 4ui'fQ ;mêm€i teo^g ne eause p^nt de douleur ; mais

^ (illXe imbtUitate ad Çardanum, WÇXVUy 6. (2) Poétique, ck y, . .

^t^ jOlîteëBer est purement négathe^ et la définitîoiv Irop lip^è, est «pplicrf^ à lia grafad* nambre d'objet» qmi ne sont ûuHeiîaeiit risîbleâ. L'éxeçaJ)le/ uiéiM ^*i^ri6tote met ce défaut en évidence : un visage laiS p'e^t î>a8 ri&ible par lûi-mâme; il ne le devient' que lorsqu'il forme con^fsistè àvëe la situation, ies pa^ rolès^ les actions ou Texpréssion de la piiysionomie de celui qui le porte ; un lioimne laid qui cherehe à pll^ire^ qui annouce par quel(|ue signe qu'il se c^oit lieau,, qui s'efforce, par exemple, de papend^ un sourire agréaH^» devient immédiatement- risihle; mais cond* dâre^ des traits eh dehoors de toutes ces eireon^Hj^'i^^ M ils ne vous feront éprouver que le sentiment {dus m ïBiûhi pénible de là laideur. La ^fforniM peiil tour è tour néus être indifiérèiite, nous étm désàgréà* lAe à voir, û6us inspirer de Ja piti^ otj ôousiTaire é^W de rire;, ^t la qtWiStioa est poépisément dé sa^ ;V0ir dans iqUed oas elle produit ce dernier effet. Uik ^Qmmie^ l^eaiicoiip d'espriË a ditiécemmeçti <t Qu^uji bossu rie de sa bosse ^ tout le monde l'oublie ; qu'il dfcmbliè^ ttotle mcgvie en rit (4). » Lesdiffonâîtésine ^ous Ibnt pais rire chez les autres àniinaux; et To^ ne rit pas non plus de toutes ces? erreurs dontiotiiv mâto tcwte bibliWhèqAe, des fautes dVrthographe ou

(•(,!)' ?w4w»i/^fP</flwf^r^^ \ucmhe;. :

16 DES CAUSES DjU B]iœ«

(JHmpré^ioa, si certaiaë ciroonstaàcè pafUcàlière iïé vient s'y ajouter; c'est cette circonstance qui les riend risibles, et qu'Aristote n'a pas déterminée. Sa défini-^ iiori ne contient pas le caractère spécifique de son objet, et par conséquent il n'est pas le seul auquel eÛé puisse convenir : ww 5o/«ûfe^/M/i9v

Toutefois cette définition est devenue plus déféc*^ tumlse encore sous la plume de. ceux qui ont Votdula rendre plus précbè. Cieéron et Quintilien font consister le risible, non dans l'irrégularité en général, tnaii dans une imperfection morale qui est l'objet, nc^û d'un blâme sérieux, mais d'une désapprobation légère (i); le rire devient lui-même un mouvement d'orgueil ott de mépris. La définition d'Aristote était trop large; celle-ci esta la fois trop large et tro^ étroite: trop large, car tous les vices, mèmeceux qui né «ont que légers, tous les travers, ne sont pas risibles; teop. étroite, car il y a beaucoup de choses risîWës qu'on ne peut rapporter à un défaut ou à une impeiv-

. (i) Locas et quasi regiù ridiculi torpitudine et d^rimtàte quidam contiDetur : haec enim rldentur vel sola vel maxime^ qwÉ notabt et de<»igDaDt turpitudinem aliquam dod turpiter. (Gi- ^^é^ti, de Orat.^ Il, 5S). î

. Risns oriuQtur aut ex corpore ejus, iù quém 4icimus; aiiti«x animo^ qui factis ab eo dictisque colligitur ; aut ex his, qu» sunt extra posita; iutra hsc enim est omnis vituperatio» quœ» si gravius posita sit, severaest; si levius, ridiciUu. iQuintiHenyyi^S.)

feetieti; Lés discours et les aciès ri^ibles qui viennent uniqiifâfaent de l'intention de plaisanter n'ont, le plus souvent, rien de répréhensible, et sont, au contraire, l'effet d'un jeu plus ou moins ingélaieux de l'imaginatioti et de l'esprit.. On peut, à la vérité, répondre à cette Objection que ces actes et ces discours ne sont pas risibles en eux-mêmes, mais ont seulement l'apparence du risible, et que la plaisanterie consiste précisément à contrefaire le travers ou la difformité : ut vel non stultus quasi stulte cum sale dicat aliquid [i). Mais cette réponse- n'est nullement applicable aux situations risibles qui naissent du hasard ou dp circonstances étrangères à ceux qui en sont les sujets. Le père de l'Arioste grondant son fils n'est nullement risible par lui-même ; mais il le devient pour nous dès que nous savons que ce fils étudie en ce moment même le caractère d'un père grondeur pour l'insérer dans;, une comédie : ce qui fait rire ici dans ce vieillard, ce »'est pas son travers même, mais une circonstance étrangère qui vient s'y ajouter.

Cette définition a été plus d'yne fois reproduite, avec tous ses défauts, dans la. littérature plMlosoj^ique (Hobbes, Leibnitz, Poinsinet de Sivry, Addison, etc.). Quoique, depuis le dix^septième siècle.

(i) Cicéron, de Orat^ II, 67.

CAUSES DU RIRB.

l'analyse du rire ait été poussée beaucoup plus.Ioin, on la retrouve encore presque Uttéralefnent dans plusieurs penseurs de notre siècle, qui paraissent ignorer les autres théories proposées parleurs devanciers et leurs contemporains : «Les causes durir^, ditDugald Stewffirt, sont proprement et naturellement ces légères imper* feetiotisdahs le caractère et les manières, qurne soulèvent point l'indignation morale et ne jettentpointrâme humaine dans cette mélancolie qu'inspire la dépravation (I). » Cet auteur, paraît, du reste avoir reconnu l'insuffisance de sa propre définition, et avoir vaguement senti que . le contraste doit jouer un certain rôle dans le rire; car il ajoute : « Il eçt vrai qu'en analysantavecplus desoin cette partie de notre constitution, peut-être tt*ouverait-on que ce ne sont pas seulement les défauts physiques ou intellectuels qui provoquent notre sentiment du risible, mais le contraste qui existe entre eux et quelque imperfection morale, qui manque les défauts de l'individu, ou le porte à essayer de les cacher aux autres, et que, par conséquent, le rire implique toujours, plus ou moins, un sentiment de désapïtt'ob^tion morale. Ce qui est certain, c'est que les imperfections physiques et intellectuelles ne nous par raîssënt jamais si ridicules que lorsqu'elles sontaccom^

(i) Philosophie des pouvoirs actifs et moraux, 1. II, ch. \h §3.

DES CAVSfô m RIfiS. 19

pagûéea d'AflectatioD, d'hypocrisie, de vanité, d*orgHiil, en d'une comj^èle désbannonie entre lès pré* tention®^ de Tindividu, l'éducation qu'il a reçue et la position âa&s laquelle sa naissance l'a placé. » DV près ces réfle:niNte> il ne faudrait pas seulement une imperfection pour produire le risible, il en f^dràit dëtox(l); et cette théorie niaus paraît encore moins apidicable que celle des âiQilêurs latins, aux cas dans lesquels on ne peut en trouveirHiême une seule.

Cette théorie convenait surtout aux philosophes qui considèrent le beau comme la forme d^bien , la beauté comme la manifestation de la vertu ^ la laideiif comme l'expression du mal. Pour eux, le âbMq devenait une diminution de la laideur, un mal léger ; et le rire restait toujours le signé d'une désapprobation, mais sans haine et sans gravité. C'est ainsi que le considère encore un représentant contemporain de cette doctrine : <( La laideur, dit-il, c'est là force agisswt de toute sa puissance, dé façon à réaliser un grave désoidre; le ridicule, c'est la force grande, moyenne ou petite, peu importe, agissant de façonà

(i) Lldée de cette double imperfection paraît avoir été wg^ gérée à Do^<i?Stewart par un passage d*fiogarUi : < Quai^ des excès incohérents ou incompatibles se trouvent en opposition, ils excitent le rire^ principalement si les formes manquent d'élégance. » [Analtfâe de la J^autéy ch. vi.)

enfredndre l'ordre légèrement, quoique sensiblement (1). » Légèrement correspond à F^vwSuvov x«l où ^ôapTweov d'Aristote.

Toutes ces définitions, indépendamment des inconyénients que nous avons déjà signalés, ont encore celui d'être moins des définitions du risible que la détermination de ses sources, ou plutôt d'une de ses sources. Comme nous le verrons plus loin, nos défauts ne sont pas risibles par eux-mêmes, ils peuvent seulement devenir la substance et la matière du risible ; mais il en est de même de certains actes de notre volonté qui sont très-dignes d'approbation, et aussi de certains actes dont nous n'avons nullement la responsabilité et qui ne peuvent être les objets de la moindre désapprobation. Quoi qu'il en soit , ces définitions étaient encore plus satisfaisantes que celles qui présentent comme le caractère essentiel du risible, ce qui n'est tout au plus qu'une des conditions de son effet. Comme on a observé que les choses risibles pous font rire davantage quand elles nous frappent d'une manière inattendue, on a cru pouvoir faire consister la cause du rire dans la nouveauté, l'imprévu, l'extraordinaire. » Catisa risus, dit J.-C. Sçaliger, est aliquid prœter morem communem, aut exspectationem, cojU

(i) Gh. Lévêque, la Science du BeaUy 1861.

1>ES CAUiSES DU RIRE. 21

senientias $apientum{i). » Vives, qui s'exprime à peu près de la même manière, se flatte d'être allé plus lèiii qu'Aristote dans l'analyse du ridicule; car • selon lui, si les imperfections morales causent le rire, c'est seulement parce qu'elles sont quelque chose d*anbrmal, d'extraordinaire etpar conséquent d'inattendu (2), Mais si ces objets ne nous font éclater de rire que parce qu'ils viennent nous frapper inopinément, poiirquoi la grâce, le pittoresque, la beauté né produisentils pas sur nous le même effet, quand Us se rencontrent là où nous ne les attendions pas? Et pourquoi ne rions-nous pas à chaque nouveau sentiment de plaisir? La nouveauté rend, il est vrai, le sentiment plus vif ; mais il en est à cet égard du ridicule comme du beau, du sublime, du laid, etc., qui produisent toujours sur nous une impression plus forte quand nous les apercevons pour la première fois ou qu'ils forment un contraste plus marqué avec les objets dont nous étions précédemment occupés. La nouveauté,

(i) De subiilitate ad Cardanum^ cccxvii, 6.

(2) «Risus de ketHia est, ant deîectafjoné nova. Insperata vero et subita plus afficiunt, citius commoVent risum, et mi^ rem. Delectatio fere ad risum faciendum sita est in deformitate quadam dictijaut facti...Ia quts omnibus placet insperatum illud; recta enim et consueta via pro^diéntia sine seinu iransmittimus, tanquam vet^a^ quia quodammodo prœvisa : deflexa autem et pravamo7eQt,qutanoadxSpectata. » (Vivès^ de Animd,li^TiiUL

22 DES CAIJSE9 DU IUR&.

l'inatteiidu, modiâentje degré du.risiblevmaisn'ea cQDstitaent paâ Tessence.

Cette théorie, que le rire n'est que le signe de toute joie que nous ressentons inopinément, a été combinée par Descartes avec la théorie antique de Fimperfection et avec un troisième principe, plus faux que tous les autres, qui exige pour condition du rire que l'objet risible soit malheureux. Le ridicule est, d'sq)rès lui, un petit mal aperçu inopinément dans une pei!sonne qu'on m pense être digne (1). Ce qui a entretenu aussi longtemps de pareilles erreurs, dont le langage ordinaire conserve encore les traces, c'est que le ridicule n'a été étudié qu'à un point de vue exclusif et superficiel; il n'a été observé qu'en lui-même et objectivement, et non dans ses relations subjectives et psychologiques : l'analyse du sentiment qu'il éveille pouvait seule éclai^ rer entièrement sa nature, et, connue on le verra dans

(1) «La dérision ou moquerie est une espèce de joie mêlée de haine, qui vient de ce qu'on aperçoit quelque petit mal en une personne qu'on en pense être digne : on a de la haine pour ce mal, on a de la joie de le voir en celui qui en est digne ; et lorsque cela survient in^inément^ la surprise de Tadmiration est cause qu'on if éclate de rire^ suivant ce qui a été dit ci-dessus de :ia nature du ris. Mais ce mal doit être petit; car, s'il esi gnmdt.on Jie peut croire que celui qui .l'a en soit digne, si ce a*est qu'on soit de fort mauvais naturel ou qu'on lui porte beauooiq^ de haine.» {Des Passionsi 5>n«^ partie, 9xt. 178.) -« Cl Syl-r vain Régis, Cours de philosophie, t. m, p. 357*

D£S CAUSES DU RIRH 2Z

la suite de eet aperçu historique, cette anaiyse a tou^ jours été ou entièrement négligée ou enti^rise sur de faux principes.

n faut descendre jusqu'au dix-huitième siècle pour trouTer un véritable procès dans l'étude du rire et de ses causes ; c'est seulement alors qu'on commence à sentir qu'il y a dans tout objet risible un ccmtraste^ qui est la véritable cause du rire. Plusieurs auteurs n'allèrent pas plus loin, et se contentèrent de définir le risible : a une réunion de choses qui ne se conviennent pas, un assortiment de choses qui ne sont pas faites pour aller ensemble, » en un mot, le manque d'harmonie. Telle est la définition de Batteùx (1) ; on la retrouve à peu de chose près, en Angleterre, chez Gérard (2), lord Kames (3), Beattie (i) ; en Allemagne, chezMendelssohn (S), Eschemburg (6), Eber-

(1) Les beaux-arts réduits à un seul principe^ i7/ii6.

(2) Alexandre Gérard, Essai sur le goût^ Londres, 1759, 8«, tradoit en français par Eidous, i766.

(3J Home (plus connu sous le nom de lord Kames), Éléments de critique, 1762.

(ù) Essais sur la poésie et la mttsique^ sur le riré^ etc., Edimbourg, 1776.

(5) Écrits philosophiques^ 2^ partie, p. 23: « Le risible est un contraste de perfections et d'imperfections. » Définition qui convient à la laideur.

(6) Essai d'une théorie et d'une littérature des beaux-arts^ 1783. Traduit en français par Storch, 1789. - F. § 38.

hard (1), Floegel (2), etc. L'exemple le plus souvent cité fut dès lors emprunté au début de Y Art poétique^ d'Horace :

Humano capiti cervicem pictor equinam ^

Jungere si velit, et varias inducere plumas, UDdiq[ue collaUs membris, ut turpiter atrum Desîuat in piscem mulier fonnosa superne^ Spectatum admissi risura teneatis amici !

Un pareil être serait évidemment un monstre. Mais, n'en déplaise à Horace et à ceux qui ont cité ces vers, ce monstre pourrait fort bien n'avoir rien de ridicule. Les sirènes, les centaures, les griffons, ks sphinx, etc., ont quelquefois une grande beauté, et, quand les arts les représentent avec correction et élégance, ils éveillent chez nous un tout autre sentiment que le rire. Si le simple contraste suffisait pourproduire ce sentiment, rien ne serait plus risible que l'aspect général de l'univers: a Le rapprochement des choses les plus dissemblables ne fait pas toujours rire : quels sont, en effet, les rapprochements de choseshétérogènes qui ne puissent se rencontrer sous le ciel de la nuit : taches nébuleuses, bonnets de nuit, voie lactée, lanternes d'écurie, veilleurs, voleurs, etc. ? Que dis-je ?

(i) Théorie des beaux-arts, Halle, 1783. F. p. 104. (2) Histoire de la littérature comique^ 1. 1, § 8.

Cfaaque seconde de runiTera n'est-elle pas rempUe du m^ange des choses les plus hautes et les phis basses^ et quand pourrait cesser le rire, à ce seul mélange suffisait pour le produire ? C^est pour cela que les contrastes de laconaparaison ne sont pas risibles par euxmêmes ; ils peuvent même souvent être très-sérieux, quand je diSj par exemple^ que, devant Dieu, le globe de la terre n'est qu^une pelotte de neige, ou que lu roue du temps est le rouet de l'éternité (1). » Des antithèses peuvent éveiller le sentiment du sublime : qui a jamais ri de ces paroles de Pascal : « L'homme est un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant? » Et qui a jamais vu une plaisanterie dans ce vers de Corneille :

Et, monté sur le fatte^ il aspire à descendre ?

Ainsi le contraste peut également se rencontrer dans le laid, le bizarre, le pittoresque, le sublime, être tan-

(i) Jean-Paul Fr. Richter, Poétique ou introduction à Cesthétique^ § 28. Une traduction française de cet excellent ouvrage, qu'on a proclamé en Allemagne V Abécédaire du romantisme^ et qui est peut-être l'étude la plus complète qui ait été faîte sur la poésie moderne^ est sur le point d'être publiée. Nous aurons plus d'une fois Toccaiiion de citer la, partie de ce livre. qui se rapporte au risible et qui contient, à la vérité, une théorie défectueuse, mus où fourmillent les observations les plus ingé* Bîeuses et les plu8<)rigiQale8.

2t Dfi$ CAUSEE BU RIRE.

tôt agréaUe et taatôt dés^éablê. Il n'est poL^it, par co&séqueût, le caractère spécifique du ri^le. Toutefois, comme il est certain que dans le rire nous avom conscience d'un contrasté^ les philosophes modernes qui se sont i)ccupés du rire se sont priac^>alein^t ^rcés de déterminer quelle est l'espèce particulière de contraste qui joue un si grand rôle dans le sentiment du risible. Ces philosophes peuvent être divisite en deux grandes classes^ suiyant qu'ils font consister le risible dans un contraste entre les éléments d'un objetj ou dans un contraste entre l'objet et quelque chose qui lui est étranger.

Parmi les premiers, nous citerons le célèbre philosophe, philologue et historiea Meiners ; il exige que l'union qui produit le contraste, soit au plus haut degré absurde et extraordinaire ou inattendue (1). Nous avons retrouvé la même définition dans un philosophe écossais contemporain, Pirie (2). Elle a le double défaut de ne pas être applicable à toutes les causes du rire et d'embrasser un grand nombre de choses qui ne sont pas risibles. Le risible qui est pu-

(ly Esquisse delà psychologie ^illZ.

(2) Causes of iaughter are incongniities, wfaeUier practvoat or vertml. To cause iaugbtei-, the incoQgruiiy of the fact or idea preseuled to us must not only imply 90tne dbuvius absurdity» but it must be of a very unexpected kind. {An iviquiry ùHo thè constitution of the human mind, Aberdeen, 1858, ch. xi¥.)

DfiS CAD6ES DU RlWl rt

rement un effet du hasard ou des cireonttaiïeèj^ «ekii qui se trouve chez les animaux ou même dans tes oIh jets inanimés, ne renferme pat hii^mème aucune ab^ surdité. D'un autre o6té, ce qui est absurde ne &it pâé toujours rire, ïnéme lorsque l'absurdité est évidente et qu'eUe nous frappe quand ntous nous y attendons le moins: il arrive^ au contraire, souvent que degraveserreursnoussontdésagréablesetnous causent une impres^ »k)n pénible. Un mémeobjetpeutétreàlafoisrisibleet absurde; mais ces deux qualités ne sont pas identiques.

Nous nous arrêterons plus loJigtemps sur tes d^ni^ tions de ces théoriciens qui placent te contrat entre Tobjet et quelque chose qui lui est ettérieur, car ces dé&ùtions se sont approchées beaucoup plus prè& de leur but. Elles ont, pour la plupart, introduit dans te risible uû élément subjectif que tes autres avatent ciMnplétement négligé. Nous rencontrons tout d'abord, cette opinion qui fait consister le risible dans une oppositicm entre ce qui se présente objeetivement à nos sens ou à notre imagination> et ce que nous concevons subjectivement comme devant être. Cette définition n'est au fond qu'une transformation de celle d'Aristote, et a seulement la prétention d'êti^ plus explicite et plus analytique : <k Le s^timent dont lé rire est la mmnfôst^on, dit M. Paie, Fauteur des

Considérations sw la sensibilitéyesXleplaiûTmonàentané que nous fait éprouver la perception d'un rapport d'opposition entre ce qui est et ce qui doit êU'e. Prenons pour premier exemple ces aberrations de- la nature que nous présente quelquefois la structure du coiçs humain. Une des plus remarquables, c'est assuré^ ment la déviation de la colonne vertébrale ; et plus cette déviation est prononcée, plus est grande la gaieté qu'elle excite (?). Pourquoi donc ne pouvons-nous regarder un bossu sans rire? N'est-ce pas parce que nous sommes frappés de l'opposition qui existe entre cette forme anomale et la forme régulière du corps chez tous les àu^es hommes? Il en sera de même d'un nez énorme, ou affectant une forme conique; d'un nez d'une proéminence démesurée; en un mot de toutes les anomalies que présente une disproportion outrée des membres ou des traits du visage. Avantd'aller plus loin , remarquons que l'opposition qui existe entre l'état accidentel et Tétat normal n'excite pas toujours le rire. Ainsi, un personnage de carnaval, habillé en malade, nous amusera beaucoup, parce que nous savons, du reste, que le malade se porte bien ; mais nous ne serons pas disposés à rire à la vue d'une difformité qui cause un mal réel à celui qui en est affecté. Pour que le sentiment dont le rire est l'exprèsskm puisse avoir accès dans notre âms et se manifei^

au dehors, il faut que Fâme soit dégagée de^ toute préoecupation pénible. La joie seule engendi^e le rire et«n est l'indispensable condition. Vientrelle à s'éioigner de nous, le rire s'enfuit avec elle. » Il est évident que ces lignes ne sont que le développement du passage d^Aristote que nous avons examiné plus haut. Gomme la connaissance des contraires est une, il est naturel que la vue d'une imperfection nous suggère ridée de la perfection, que le mal nous fasse penser au bien, le laid au beau. Mais ce principe est vrai de tous les défauts, de toutes les imperfections, et la définition moderne appelle les mêmes objections que odle du philosophe antique : quoi qu'en disent l'une et l'autre, les. bossus ne font pas toujours rire, même lorsqu'ils n'ont pas l'air de souffrir; et, ce qu'il s'agit de déterminer, ce sont les cas où ils produi^nt cet effet. D'un autre côté, on aurait pu reprocher encore à cette définition de ne trouve/ risible que ce qui forme contraste avec notre conception de la perfection humaine, et de ne pas embrasser, par conséquent, les causes du rire qut viennent du hasard et qui échap*^ peiârà notre tésponsabHité. '

Maîé plusieurs auteurs ont prévenu cette objectioi^ par une sorte d'élargissement de la perfection humaiïie ; «Cet idéal absolu de perfection embrasse, disent-ils, tous les aspects de notre nature et touis ses

rapports avec le monde extérieur. Cho$e étrange^ en vérité I L'homme, créatmre faible et malheureuse, est temi de poœéder les mérites les plus divers, de régler ses passions et son intelligence de manière que se^ facultés soient dans un perpétuel équilibre; bien mieux, il faut qu'il se maintienne en bonne harau>nie, d'une part avec ses semblables, de Fautre avec les puissances physiques et avec les objets qui l'entourât. S'il n'arrive pas à ce haut degré d'exceltemee, il en est immédiatement puni par k ridîeule (!)• » Comme exemples de ce manque d'harmo^* nie avec les puissances physiques et avec les objets extérieur^ l'auteur de cette théorie cite un amourei» arrêté en route pour faire la chaîne, et .arrivant trc^) lard à un rendez-vous, une démarche cupide arrêtés par une jixàs ou par une visite inattendue. Chose étrange, en vérité! Il faut singulièrement tenir à faire du rire un acte de désapprobation, un blàxie, une punition^ pour voir dans de pareils &it8 u& mainque d'excellence. ou de perfection, une irr^iin larité répréhensîble* JNCauraitrî! pas mieux valu dire, avec plus de simplicité et de précision : Le riâda est ce qui est contraire à ce que nous eozKievons

(1) Alfred Michiels^ Essai sur le talent de Regnard et sur k talent comique en général. ORuvres de Regnard, éd. Delà- Aay«, 1. 1, p. 3.

MS CAUSES DU RIRE. n

comme rharmonie absolue de toutes choses? Mais cette définition n^en a que plus encore le défaut d'être trop large : c'est toujours ceUe de l'imperfection, et non pas celle du risible.

C'est ici le lieu de signaler les principales défini^ tiODS qui ont été proposées par les esthéticiens des écoles de Schelling et d'Hegel. Ces définitions disent, au fond, les mômes choses que les précédentes; mais elles parlent une langue particulière, qu'il est donné aux seuls initiés de comprendre complètement. Elles supposent un système particulier .sur la nature de Yoliîei ou de la réalité^ et aussi sur la nature de la perfection absolue ou idéale. Nous n'avons pas à noifê occuper ici de ce système : pous ne considérons que les faits, sans nous livrer à aucune spéculation métaphysique siu* leur nature. Il nous suffira d'avertir que, dans la terminologie de pes écoles, l'objet, la réalité, ce qui est, s'appelle le fini; la perfection idéale, ou le beau, c'est l'absolu, c'est l'équilibre ou même l'idefitité du fini et de l'infini. Le comique, qu'elles conr fondent, comme nous le verrons plus loin, avec le ri^ stble,sera, par conséquent, tout ce qui est contraire àoetéquiUbre ou à cette identité, la négation de l'absolu ou le fini empiétant sur le domaine de l'infinie Laissons parler quelques-uns de ces théoriciens: a Le oomique est l'idée du beau qui s'égare dans les rel»-

tioM et les accidents de la vie ordinaire (Solger). C'est la laideur vaincue, la délivrance de Fabsolu captif' dans le fini, la beauté renaissant de sa propre négation (Weisse, Arnold Ruge). C'est l'idée sortie de sk sphère et confinée dans les limites de la réalité, de telle «orte que la réalité paraisse supérieure à l'idée (Vischer). C'est une réalité sans idées ou contraire aux idées (Carrière). C'est la négation de la vie infinie; c'est la subjectivité qui se met en contradiction avec elle-même et avec l'objet, et qui manifeste ainsi au plus haut degré ses facultés infinies de détermination et de libre arbitre (Schelling, Schlegel, Ast, He-' gel); Le comique est un rien sous la forme d'uh objet fini en contradiction avec lui-même et avec l'intuition, vivante en nous, de la perfection; en d'autres termes, avec ridée ou l'esprit absolu (Zeising). » Pour donner une idée des conséquences de théorie et de langage où peuvent entraîner de pareilles définitions, nous allons traduire ici, presque dans sa totalité, l'analyse que fait Zeising du phénomène dû rire luimême, n distingue trois moments dans le procédé du comique : V Moment de départ. Aperception d'un objet ou phénomène en contradiction avec notre intuition du parfait ou avec Fidéè. Cette aperception anéantit l'idée et la confine dans l'objet particulier .et fini qui se trouve devant elle. Il en résulte un état

momentané d'étonnement.et de trouble. 2'' Moment de trauisition. Le sujet reconnaît que l'objet qui se donne pour quelque chose est en contradiction avec le sujet et avec lui-même, et, par conséquent, n'est absolument rien. 3® Moment.de terminaison. « En avonsnous fini avec le comique? Non. Nous ne sommes qu'au mUieu. Le troisième moment doit découler naturellement, nécessairement, du second; il doit s'en élancer comme la plante de sa racine, conformément à des lois étemelles. Mais , objectera-t-on , comment estrce possible? Le second moment du comique, son principe spécifique et son point central, ne s'estril pas fait reconnaître pour rien? Que peut-il sortir du rien, cette racine vermoulue? Cette objection serait sérieuse, si l'antique maxime : « Il ne vieAt rien de rien, » était réellement fondée. Mais il n'en est pas ainsi : lorsque le Dieu suprême vient au rien^ il se produit un monde; et quand son image, l'homme, rencontre le rien, il se produit un rire. L'univers est le rire de Dieu, et le rire est l'univers de celui qui rit. Celui qui rit s'élève jusqu'à Dieu; il devient créateur en petit d'une création gaie, destructeur du rien, coi^tradicteur de la contradiction. Il était assez modeste pour s'enfopcer daas le centre de l'objet comique, et se reconnaître lui-même pour un rien ; mais à peine s'y trouve-t-il qpi'il sent que ce n'est rien : il

/ems^que que rien u'est rien^ que nm est un couteau de Liohtenberg (1), sans manche et sans kme^ l'ïibsolueeoatraâicttoa qui se déUniit à l'instant même où elle se pose ; il reooacisdt que rien ne peut être saHs étr& tout; que^ pour le rien^iine limite est aussi peu eoncevable que pour inconditionnel, Finfini, ra|)Solu6 C'est alors que l'idée du rien avorte chez lui dans le sentiment du tout^ de la liberté illimitée^ de la subjâctiwté qui se sent comme perfection.. Dans eiavec m seatiuiefît de la. perfection subjective^ il s'élance hprs du point mathématique, de ce point central de l'objet coffliquey et. ce saut, c'est le rire,, la joyeuse élévation du sujet au-dessus du néant de l'objet imparfait, et, comme tel> le troisième et dernier moment du procé^àé Gomîqij^ i^)^ » Tel est le langage qpe la philosophe hégélienBie ar mis à la mode^ et qui cherche à s'introduire che2 nous,, eû> se mitigeant par mesure ixmàr tpisey non-seulement dians la philosophie, mais dans la &éolûgie^ la.politique, te di?oit, la critique littéraire, et jusqjne ians la médecine et les sciences mathémàti^ ques. Ml talem avertiÊe casumf Celte importation natJhBureuse ne peut servir qu'à nous inspirer une inju^ défiance à l'égard do l'Allemagne; dont le gèm

(1) Un des plus célèbres satiriques de l'Allemagne.

(2) Zeising, Aeslhetische Forschungén, IHSS^ pp. 283 et suivantes.

est loÎH de s'absoi^bet tout entier, eomme le ^nsè wat ^aa^ti^dupubUc, datis d& pareilles rêveries*. Smisleô dehors spécieux d'un procédé déductif, ée& théories ï^ésentent, à chaiïue ligne, de nouvelles pétîtionë de principe. Zeisïnj^ trome risibles toutes les dêflnMotts dtiri^ble, là sienne exceptée. Mki^ j'avoue, pour mi part, que rassîmilàtion du rire è la iéréation du nioiMe fia^ paraît une des pi^oductions fes plus bai*oqûes que Fé^rithnmain ait jamais enfantées.

Jean-Paul , dans sa poétique ôû^ irttrodtéètion à l^mhéUque^ a cdùsacré à une fliéorie du risflrte t!«oÎ8 chapitrée qu'il met lùiniiéhié^ au n<imbre des f^ importants de son ouvrage. C'est, en effet, Uûe des contributions les plus intéressantes qui ment été fakes à Fêtude jiu rire. Cet auteur définit d'abord le risîble, rînfinimenl petâ; ; mais il parait avoir été conduk à se servir de ées expressions par le désir de^ se rapprocha dëS philosophes de réC(^ de Sehelliig, & laquelle Si Msait> profession d?appaa1enir, ou bien par le défeir d'cçpoiser lé risible au sublime : le sublime atyant êbk défini nnfiniment grand, lérisiMe, présumé Soû contraire!, devait être Vinfiniment pefô. Mais, au fond, Hnflmnient petit n'est pas moins sublkne que l'inÔ* nîment grand;, car c*^est à l'infinité même, et non à la gratideur ou ai la petitesse, qu'appartient la sublimité* Et, ffun atrtre côté, ce n'est pas lé subliriie, c'eirt ïe

sérieux qui est le contraire du risible. Quoi qu'il en ^it, Jean-Paul n'insiste pas sur cette première définition, et il serait difficile d'en retrouver les traces dans J -analyse du rire qu'il entreprend ensuite. Cette théorie peut se résumer aiusi : Le risible, c'est l'absurdité, c'est-à-dire la négation de l'entendement, ou Tentendement/en tant qu'il viole ses propres lois. Cette absurdité doit être exprimée de manière à devenir saisissable par les sens. 11 n'est pas nécessaire que cette absurdité soit réelle : il suffit qu'elle soit apparente. Elle ne résulte pas précisément d'une contradiction entre les pensées d'un individu et l'acte de son entendement, mais d'une contradiction entre cet acte et les pensées que nous attribuons à cet individu. Il y a, par conséquent, trois éléments dans le risible : 1® les pensées que nous attribuons à autrui ; 2* l'acte de son entendement en contradiction avec ces pensées ; 3** l'action extérieure qui lui correspond. On y trouve également une triple contradiction, ou plutôt c'est la même contradiction qui peut être considérée à trois points de vue différents : ^^ dans Tacticm extérieure elle-même, en tant qu'elle est absurde ( contraste sensible) ; 2' entre les pensées attribuées et l'acte de l'entendement ( contraste subjectif) ; 3® entre ces mêmes pensées et l'action extérieure (contraste objectif) . « Quand Sancho, pendant

toute une nuit, se tient en équilibre au-dessus d*un fossé peu profond, t)arce qu'il suppose qu'un abhne s'ouvre devant lui , la peine qu'il se donne est , relativement à la supposition qu'il fait, tout à fait raisonnable; il serait même véritablement et complètement insensé s'il s'exposait à se rompre les os. Pourquoi cependant rions -nous? C'est ici le point capital : nous attribuons à son action notre propre jugement et notre, manière de voir, et c'est par la contradiction qui en résulte que nous engendrons l'absurdité infinie. Notre imagination ne peut être déterminée à faire cette substitution, que si l'erreur est susceptible d'être saisie par les sens.. Notre propre illusion, qui nous fait rapporter à l'action d'autrui une conception incompatible avec elle, en fait précisément te minimum d'entendement, cette négation sensible de l'entendement dont nous rions (t). » Jean-Paul paraît avoir Surtout senfi le défaut ^^es théories qui font consister le risîble dans une simple absurdité, et avoir voulu échapper au reproche qu'on leur fait, de ne pas s'appliquer aux situations risibles qui naissent des circonstances. D'après lui, nous rions non d'une absurdité réelle, mais de l'absurdité hypotfiétiqpie que nous prêtons à un individu,' en lui

(1 ) Poétique ou introduction à Vesthéiique, § 2S.

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