‹ Des causes du rireChapitre 2 sur 2 · Z» DES ÇÂ^ES W RIEE · texte numérisé non relu

Z» DES ÇÂ^ES W RIEE

a;ijpp>osaat notre nûMnière de voir. Mais cette attribu- ^pn de nos pensées h aptxui «st un &it pweni^t ima^W*e créé par Jean'-Paul, uniquement pow tes l^psoins de sa cause. Notre eq>rit ne procède pas aîn^, et le phénomène du rire peut très^Wen être expliqué S£ms oettQ substitution. JSntia non svfit crmnéa prçeter neeessitatem. Cette théorie a ^ïicare Tincouyé^* nient de déplacer le risible ; de l'attribuer à l'entenr dément lui-même, en tant qu'il est le çujet 4'une Surdité ; tandis qu'il m trpuye réeUei)(ient àjsm l^ {^ extérieur, en tant qa'il éveille à la fois dans r^rit la conception de deux rapports contraires. Ce b^ pe^t âtre le résultat d'une absurdité, mais il peut aypir aus^ d'autres causes/ {^a cause reste dyi3tincte de %QU 0ÏÏ4f e| c'est cet effet «ejirf qui est véritablement

rpWe*

£4 dçr^ier di^s idéali^s originaux de l'AUei^ag^, Sltipppnhauer , ^consacré un chapitre assez long de s^^ pri]9<fipi^ QuyragQ, /« M0nde ^omidéré éomm vn^çf^fé ef cçmm^ représentation (1), à Texpositipp 4']p^ théprie particulière d\\ risible^ C^ théorie est ixrtiipçment wie à son système général de philosophie e)t ne p^ut #e soutenir sans lui. Shnpenhauw renv^r^ 1q rapport 4(3 subordination des deux grands pouvoii'ç

(1) 2™« édition, Leipzig, 1859, 1. 1, § 13; t. II, ch. vuï.

0E8 CàSSSS W RIBB. W

ée rame : les tEacultés de connaiflsa&se et Ja iràlûBté; eVast k vdoisté qui «ngMdre Fâctiii^de Visà^liigeùoe .eâe-fltéine ; le monde^ dépoiâlé de 8a réalité, n'est {dus xpx^na phénomène de la volonté, une de ses manifestations. ISiopeidiauer malmène Fichte, Hégd et ScheOing, qu'il qualifie de chaiiatans, et iie ciMiser^e de respect ^e pour Kant, ce père conmiun des idéaUsmes les plus coniradictoires. Le mondie ^érieur n'ayant pour hii aucune réalité, il ne peut fflacer le risiUe que dans les phénomènes de Teq^ ; <î'«st un désaccord «ntre ses dîlËêr^tes facullés, mUtt la conmaissanGe abstraie et la oosmaîssance IntinÉiTe ; entre une notion abstraite (Begriff) et les objets {intuitions) qui sont pensés sous elles; ces objets sont dffîérents, et cependant une seule Botàoa ies asdïrasse ; une faculté affirme Fidentité de ce qu'une autre faculté {H*ésente comme différent. Tdie est, d'sqpiès Shopenhauer, la cause du rire. Mais, dans >o^te théorie ccmmie dans celle <te Jean^Paul, il y a supposition d'un fait imaginsâre, «t, comme nous le verrons phis loin, le phénom^ie du rire ^s'expUqoe teès-bien sans qu'il soit nécessaire d'introduire des oonkvdictbns dans les fonctions mêmes de f-esprit hmnain. Cette erreur de âhopenhauer s^'accompagne de deux «utres erreurs : la première est que le rire estl'espression d'un jugement, non d'un sentiment:

40 DES CAUSES IHJ RiRt:.

c'est, dit^il, l'expression de la découverte, ètpar conséquent rafflrmation, de ce désaccord entice nôsfeèuftés. Mais lin pareil jugement, si nous avions à le formuler, serait singulièrçiiient sérieux; difficile à formuler, parce qu'il exigerait une grande force de réflexion, il ne serait à la portée que de quelques pMosopheâ, capables de saisir les rapports de nos facultés. Mais n'y a-t-il que les philosophes qui rient? — La seconde erreur est que nous éprouvons du pkdsir dans lé rire, à cause de la joie que nous inspire l'humiliation de la raison, le spectacle de cette maltresse souveraine, importune et infatigable, ôonvaincue d'inexactitude. «Dans tout conflit qui éclaté inopmément entré la pensée et la réalité, c'est cette dernière qui l'emporte indubitablement; car elle n'est pas exposée à l'erreur, ne dépend d'aucun témoignage qui lui soit étranger, et se défend elle-même, La pensée est en désaccord avec elle, parce qu'avec ses notions abstraites, elle fae peut descendre jusqu'à la variété sans fin et jusqu^àux nuances de la réalité. La connaissance intuitive, inséparable de la nature animale , est le mode fondamental de connaissance, elle fournit tout ce qui donne satisfaction inamédiate à notre volonté, elle n'exige aucun effort> La pensée, au contraire, n'est que la seconde faculté de connaissance ; son exercice suppose continuellement un effort, souvent même un effort

DBS GAUSSA DU ftmB. 41

'Considérable ; il y a de ses tiôtions qui, pleines de nos craiûtes et de nos regrets, s'opposent à la satisfaction immédiate de nos désirs. Il n'est donc pas étoùnsàit que le triomphe des sens sur cette faculté nous remplisse de joie. » Cela supposerait que nous aimons certaines de nos facultés, que nous considérons les autres comme des ennemies, que nous les regardons lutter l'une contre l'autre, et nous intéressons au succès de celles que nous préférons. Nos facullés deviennent des^êtres distincts, et l'unité de notre âme se trouve détruite. Le spectacle d'une pareille discordance serait plutôt de nature à nous attrister qu'à nous réjouir. On peut en dire autant d'une explication aoalogue que Stephan SchUtze, dans un Essai de théorie du comique^ a essayé de donner de ce même plaisir : « Le comique est une perception ou une représentation qui éveille le sentiment vague que la nature se joue de l'homme, quand celui-ci croit agir en toute liberté ; son indépendance restreinte est alors tournée en dérision par rapport à nne liberté supérieure; le rire exprime la joie que cause cette découverte. » *

Cependant, les définitions de Jean-Paul et de Shopenhauer renferment un nouvel élément véritable du risible , et leurs théories sont réellement plus près de la vérité que celles que nous avons examinées avant

42 Jm CAUSES W RUŒ.

dfea; car elles oirt constaté ce lût, qu6 Tobjet ristt^ egtaudare q^m ee qu'il fntralt, «tqu'ily a«iiQOttb»lé .eati^ son apparence tt sa réalité. Mais dleâ oiïttMO»^ rompu ee qu'il j a d'exact daasr eette dét^nÛBatk», eu y ajoutant des hypothèses mal fondées. D^ailleuiB ce earàctère du nsihle, cette apparenee en âésaacaid a;¥ec la réalité, arait d^ été rdevé, dans lecousséu dix-huitième ^ècle, f^ur d'axiti^ penseurs distingués; ^ c'est pi^éeisément pour combler les lacunes et résouche les difficultés qui se rencontraient encore dans les théories de ces derniers, que Jean-Paul et Sho^ penhauer ont élaboré leurs ingénieuses erreurs. Âififii Lessing avait défini le risible un contraste dont les deux termes paraissent se confondre (1), c'est-è-dire la difierence rédle de ce qui pcuralt identique. Mais, â l'on ne va pias plus loin, et fà Ton n'ajoute pas en^ ^re un autre caract^e à cette opposition entre l'appwmiee etia réalité^ œ n'a pas encore un objet qui aoit de nabzre ii nous £aire rire, mais un objet quiei^ de nature à nou& induire en erreur. Kant, en défim&saAt le saitiment du risible c(»nme <( la résolutimi sotuiaine (ïune attente en rien, d nous donne à entendre que l'objet, aju^ès nous avoir trompés » nous fouimi les moyens de reconj^ttre notre erreur; il dé- Ci) Laocom, :xxiu.

Dfe;S CAUSES DU BIBE; 4d

mi k procédé du rire consme une décej^km ou une iUasion détrmte. F^ous hokls attendoDS à troi»rer oer«teône /qualité dans xm objet, M nous décourrrooslout à emp qHe eette <pialUé nV est pas. Il faut, par ^^oa-séquent^ que Y(ji>]eA paraisse êjbie, et rédlement xie soit pas, le sujet de cette qualités Mais, si oda suffi* sidt pour BOUS faire rire, nous ririons toutes les £ois que nous Aurions oommis une erreur «t que imhis Tiendrions & la âéeouTrir, toutes les fois cpiè nous éprouverions ime déception et que nous ne trourerfaMos pas dans UBB personne ou dans une chose ce que mms^ nnus attendions à y venconteer. Il eirt •cependant évi-^ deot que de pendilles décriions , Idn 4e nous être agréaUes<etde nous {àk*e rire, nous font éprouver, le plus souvent, un sentiment pénible et une contrariété d'autant jkm dve, que nous comptions damntage sur rexistence de^cette cpialité îllusoûre.

La définition la plus, eiucte de toutes celles qui ont été proposées jusqu'à présent est cdle de Suker, pM^ losq^ distingué de l'école de Wolf, le môme qui,' comme nous le verrons plus loin , a fait revivre , le pn^nier, au dk-huitième siècle, la véritable théork du plaisir et de la peine; il fait consister le mM^ dans deux choses contradictoires, qui se présentent comme également vraies à l'esprit; il suppose, par conséquent, dans l'objet, une double apparence, l'une

fousse, Tauire conforme à la réalite, et la présentation simultanée de l'une et de l'autre. « Le rire vient, ditil, de l'embarras qu'éprouve l'esprit à choisir entre les deux (1). » Mais ici encore il y a une inexactitude qui provient, comme = toutes les autres d'ailleurs, d'uneanalyse défectueuse de ce qui se passe en nous lorsque nous rions. L'embarras, pour l'esprit, de choisir entre deux alternatives, est toujours accompagné d'un sentûnent pénible et non de plaisir. H arriverait en outre que toute difficulté à résoudre deviendrait une cause de rire. Voit-on un tribunal éclater délire^ quand les avocats des.deux parties ont si bien réussi à (Ascurcir la vérité que les juges ne peuvent discerner ce qui est et ce qui n'est pas? Cyrus devrait nous paraître bien risible, puisque nous ne pouvons savoir s'il est mort, comme l'affirme Xénophon, d'une fin ; naturelle et entre les bras de ses enfants, ou s'il fut tué ,. comme le raconte Hérodote, par la reine Thomyris. Et nous devrions éclater de rire, quand, dégustant un vin d'un goût quelque peu équivoque, nous ne pouvons décider quel est le crû d'où il provient? L'esprit serait, dans le rire, un nouvel Ane de Buridan. Sulzer va jusqu'à expliquer par ce prin-

(i) Théorie universelle des beaux-arts (1771). Arl. du ridible.

cipe le rire qui accompagne le chatouillement corpoï^l : a Nous rions alors ; ditrii; parde que nous ne . saiFcms pas si ce que nous sentons est du plaisir, ou de la douleur. » Mais nous allons montrer tout à Theure qu'en face d'un objet risible, nous nous abandonnons entièrement à Fimpressian qu'il produit sur noua, sans que nous nous préoccupions de déterminer en éùcune façon laquelle de ses deux apparences est coiiforme à la réalité-

c( Le plaisant, dit Marmontel dans YEncyclopédie^ est Teffet {pour la causé) de la surprise que nou3 cause un contraste frappant , singulier et nouveau aperçu entre deux objets ou entre un objet et l'idée hétéroclite quil fait naître. C'est une rencontre imprévue qui, par des rapports inexplicables^ excite en nous la douce convulsion du rire. Ce vers ,

Oui, mon frère, je suis un noéchant, un coupable I

est plaisant, par l'opposition de la vérité que dit Tartuffe avec l'effet qu'elle produit, et par la singularité piquante de ce contraste. » — Un contraste entre robjet et Vidée hétéroclite qu'il fait naître^ voilà une définition du risible presque aussi avancée que les dernières de celles que nous avons examinées. Mais d'où vient que cette prejàosition se rencontre

4€ BtS CMSES W fOM,.

imVM êiam ttotre ttttéràturey el chez un aotetnr ; fen tersé que MmmJiyieldandle» études p&ychddgtques? Ce fait aurait lieu de mq^radre, si F<m m sa-. imt qn€ eet auteiiTy dans 9esiÉiémm6fde Huérmiupé, Élit à chaqae page d^ emprunts à Suteer^ 4à mène que MiUm, -dons son Bktiamiaire des àeauX'-ayts^iifB. fait, à peu près, que^ mettre en oïd?e alphabétique te idées de F^9théticien aUemand. Mankwmtel paœatt, d'ailleurs, ne pas reconnaître lui-méine toute btpoi^ tée de la déânitkm qu'il ^oprunte : car il FassDcie à une autre déinilion qui appartient à ude tiiéorie toute afférente, à celle du simple contraste entre deux ol^ets, qui était alors, en France^, la plus gêné'* ralement adc^e ; plus loin, il tombe même dans le langage tague d'un auteur qui n'a pas de tbé(»ie précise.

Nous pouvons présenter, maintenant, la véritable définition du risible.

Quoique le sentiment du risible soit tout à la fois plus fréquent, plus vif et plus frappant dans son ex* pression que ceux du beau et du sublime, sofa éùide

a ^ jusqu'à forései^t pekttTément négligé®. Qa ^mA généralement borné à donner de son objet des défimtions yagues et imparfaites. Quant au sentiment luimtoie, on a à peijie songé à en essayer l'analyse. lie but que nous nous sommes proposé dans ce Irsh wil est de déterminer sa imture ^ec préci^n, et de le distinguer de nos autres sentiments de plai^r. G^te étiibde se diy^ naturellement en trois parties bien distinctes ; ear k sentiment peut être considéré soit (Qomme effets soit es lui-mâme, soit ccnx^ne cause*. La première doit déterminer quels sont tes objets qui causent ce senlin^nt ; c'est celle qui a été, jusqu'à présent, le phis complètement et le plus heu* reusement cultivée. La seconde analyse le phéno* mène intérieur lui-même, et expose ce qui se passe dasis notre âme quand elle prouve ce sentiment. Enfin la demièm partie de cette étude considère le senliment^ ciunme cause de plaisir, et fait conn£â<Ë^ par queUe raison le risible nens est agréable. S'est pour avoir toç^ né^igé 1^ d^x dermères parties âe ceMe analyse (pi'^oa n'a pu fture aboutir la prensère elleHQûiême à des résultats définitifs et complet» ; quant à. cette, négligence, il faut en chercher la cause dan& l'état, de la philosophie ; la tlrëorie générale dm plaiair et de la peine^ qui est la coidition de toute théorie particuKère du rire, n'est encore, dans la psy-

chologie, qu'une acquisition toute nouvelle et peu répandue.

Le risible peut être -considéré comme la cause objective, indirecte ou extérieure du rire ; le sentimeDit qu'il éveille en peut être considéré comme.la cause subjective, immédiate et intérieure. Le risible peut être défini : tout objet à l'égard duquel l'esprit se trouve, forcé d'affirmer et de nier en même temps la jnême chose ; c'est, en d'autres termes, ce qui détermine notre entendement à former simultanément deux riapports contradictoires. Pour faire comprendre aette définition, nous devons analyser le phénomène subjectif qui se passe en nous lorsque nous rencon*trons quelque chose de risible.

Prenons les exemples les plus simples : Un homme distrait veut sortir d'un salon où il laisse nombreuse conapagnie ; il se croit à la porte de la rue, et s'écrie : (( Le cordon, s'il vous plaît ! » Nous éclatons de rire; que s'est-il passé en nous ? Au moment où ce cri vient frsçper nos oreilles, nous ne pensions peut-être ni à cet homme,^ ni à la porte du salon, ni au concierge de la maison : il, nous surprend et nous fait venir immédiatement la pensée que cet homme parle au concierge ; mais cette pensée ne fait qye passer comme un éclair dans notre esprit : car dans le même moment notre attention se porte sur celui qui a fait en-

DES CAUSES t>0 RIREJ H^

tendre ce cri, et nous reconnaissons qu'il se trouve' dans k salon, et que, par conséquent, ce n'est pàs^au concierge qu'il a pu s'adresser. Nous affirmons .une> ^cse, et, immédiatement, nous sommes conduits à là nier; en un instant nous sommes déterminés par le même objet à former un jugement et à le détruit ; deux rapports différents se succèdent dans notre énvta[iâement , et le second est le renversement du jprei mier. Cette anal^e est applicable à tous les cas demre qui peuvent se présenter.

Nous voyons un homtne très-petit se bnissei' pour passer sous une porte et nous rions. Nous l'avons, vu^ faire un mouvement que font seulement les personnes qui sont de haute stature, et nous ne pouvons iiousr empêcher' de penser, tout d'abord, que cet homme est ^?and ; mais en même temps notre attention se porté sur lui, et nous nous apercevons qu'il n'en est rienv.. Sa taille détruit le jugement que son geste nous avait suggéré i nous nions ce que nous avions affirmé, ei ait rapport qu'il avait saisi nX)tre enteiïdement subs-^ ikuef sùr4e-(5hamjp le rs^port précisément inversé. •

Nous entendons une -femme prononcer quelqûest farofes qui indiquent qu'elle croit plaire par sa: fii-^ |;ure, et nous nous disons : a Elle est dùtÉ0 bette &m jolie \ yi Nous regardons sop yi8age,^auquel^ sans ses parolésy nous n'a\irions fait peut-«êtrêfmcîinea*teiaf*r

CADSBS DU RIBE.

M Ma CAUSES BU RIRE.

tion. Hélas î nous n'éinrouvons, à cette vue, que k sentim^t pénible de la laideur, et nous éclatons dé rire. Car nous pensons en même temps que le même objet est beau et qu'il n'est pas beau, qu'il est had et qu'il n'est pas laid.

Ce double procédé de renteûdement est d'une rapidité extrême et qu'il est impossible de mesurer. Il n'est pas nécessaire que les deux rapports sômA explicitement formulés, ni qu'ils deviennent des eb^jets de notre réflexion. Le rire ne résidte pas delà connaissance que nous pouvons obtenir ensuite de la coi^trariété des deux jugements suggérés par un mè✠objet; il consiste dans le fait même d'être le sujet de ces deux jugements. Nous n'avons pas besoin de les comparer, il suffit qu'ils existent en nous. L'objet risible est le sujet commim de ces deux jugeoents, l'un affîrmatif, l'autre négatif du même prélat ou attribut. Il faut qu'il existe, par conséquent, à l'égard de cet objet, des circonstances qui nous déterminât à lui aUribner une qualité, et, en outr«, d'autres circonstances qui nous détermifient à lui refoser cette même qualité. Les premières sont les signes de l'existence, les secondes, les signes de htt BM[i««dstenee d'une même chose* -^ Les prémices Boéiquent la présence , les autres l'absenbe de la mÀine qualité dans l'objet risible. Le risible est» par

ms CÂiises DU BiRC. m

eoBséqueat, ce dont nous sommes déiendinés à affirmer et, en même temt>s, à nier une seule et même ehose^ et qui se présente à nous comme étant le tenne commun ée àewi rapports contradictoires*

Ce &it est tout à fait différent de ce qui se passe ei» nous, lorsque nous nous trompons et que nous reconnaissons ensuite notre erreur. Dans le cas d'erreur, lé jugement faux né nous est pas fourni peur l'objet lui-même : il a sa cause en nous, dans Timperfectioa de nos facultés. Dans le rire, au conù*aire, le faux rapport est fourni par Tobjet lui-même, et nos facultés seraient en défaut si elles ne le saisissaient p^. Dans la reconnaissance d'une erreur, le jugement wai . sttccMe aq jugement faux> 6q)rès un temps plus ou moins long; il en est séparé, le plus souirent, par dés raisonnements et différents actes de réflexion. Haut le rire, les deux jugements se présentent râmultànéowit k notre entendement; si nous cherohcmç à choisir entre les deux et à déterminer lequel est le yfftm^ c'est seulement après mok eu conscience de l'un ei de l'autre, c'est-ènlire quapd le fait même qui occasionne le rire a complètement cessé.

Nous rioo« toutes les fois qu'une phrase offre un doubla sens, parce qu'elle nous fait réaliser, dans ntire entendement, sa double signification; après fff oir penaé qu'elle affîrme un certain attribut d'un

ht DES CXmES DU RIRE.

sujet, nous nous ïq)ercevons qu'elle en affînne autre ehose. Nous rions lorsque quelqu'un bégaye, lorsqu'un étranger parle mal notre langue^ parce qu'ils nous font entendre suffisamment qu'ils veulent exprimer telle pensée, e^t que, néanmoins, ils n'emploient pas rigoureusement les signes qui servent à l'exprimer; ils ne disent pas ce qu'ils yeulent dire, et cependant ils le disent ; car c'est seulement lorsque nous avons, compris ce qu'ils veulent nous faire entendre que njous nous mettons à rire. Nous rions toutes les fois que nous voyons un individu se croire capable de faire une chose et ne pouvoir y réussir : quelqu'un veut sauter un fossé, et tombe dedans; ce qui fait rire ici, ce n'est pas le fait de tomber dans l'eau, c'est celui d'ayoir eu la prétention de franchir le fossé; nous sommes habitués, quand nous voyons un individu vouloir faire quelque chose, à le croire c^able de le foire; et il arrive, par conséquent , ici, que, dans le même moment, nous le jugeons capable et le voyons incapable de la même action. Nous rions quand une personne fait le contraire de ce qu'elle croit, veut ou paraît vouloir faire ; car les circonstances, c'est-àdire son intention réelle ou présumée, nous font juger qu'elle ne fait pas une chose, et que, cependant, ce que nous avons devant les yeux nous fait apercevoir qu'elle la fait. Il suffit, par conséquent, qu'une

i)ES CAUSES DU RlRÉ. 5S

personne semble vouloir nous cacher un objel , pour qqe nous nous mettions à rire quand nous le voyons. Personne ne rit en voyant à TOpéra les jambes d'une danseuse ; mais on éclate de rire, quand un coup de vent indiscret soulève légèrement, sur les boulevards, la robe delà première femme venue. Nousrions quand un homme se parle haut à lui-même, parce que ce qu'A dit nous fait penser qu'on ne l'entend pas, et que, cependant, nous l'entendons. Nous rions quand un radoteur répète toujoul^ la même chose, ou qu'un bavard prononce des paroles inutiles, parce que nous ne pouvons croire que l'on parle pour ne rien dire ou pour dire ce qu'on a déjà dit, et que, cependant, nous nous apercerons qu'il en est ainsi. La duperie est toujours risible, parce que l'homnie dupé croit et paraît toujours faire une chose, et qu'il fait réellement le contraire. Nous rions des grimaces et des gestes qui sont en contradiction avec les sentiments que d'^autres signes nous font présumer dans celui qui en est le sujet ; car, sur la foi du premier signe, noua affirmons que tel sentiment existe en lui ; sur la foi des seconds, nous affirmons que ce sentiment n'existe pas. Nous rions des absurdités , quand' elles sont évidentes et que, cependant, elles se présentent sous l'apparence de propositions raisonnables; nous ne rions pas, au contraire, quand nous ne découvrons ée

qu'elles out de &ux qu'après de longues réflexions, ou biea lorsque, uous défiant 4u JMgement de lapersonne à laquc^e nous avons affaire, nous nous tenons «ur nos gardes.

Le principe que nous venons de poser explique tous les «as de rire qui ne sont pas l'effet d'une excitation purement corporelle. On a remarqué que le rire accompagne souveùt la perception d'images ou de pensées obscènes, quoique les plaisirs de l'amour ne «oient nullement risibles par eux-mêmes. Mais il y a évidemment ici une confusion : ce n'est pas la matière qui fait rire, c'est la forme sous laquelle elle est présentée : l'amour est l'occasion d'une multitude de duperies, de déceptions, d'équivoques, de jeux de mots, de plaisanteries, et il est naturel qu'il devienne fréquemment, comme tout ce qui joue un rôle impôrtimt dans la vie, la cause indirecte du rire. Souvent aussi les idées erotiques n'éveillent que le sourire : cela n'arrive pas seulement lorsqu'elles sont agréables par elles-mêûies, mais aussi lorsqu'on les présente sous uïie forme spirituelle. Le distique de Tabourot :

PutidOlam scriptoris opus ne decq[)ioe; namque Si lasdva leges, iDgeoiosa leges.

n'est pas d'une application trop rare, et l'amour est

m& CAUSES DU RIRE.

une des matières sur lesquelles renjouemei^ trouve le plus à s'exercer.

Jusqu'à pjéseut, nous n'avons encore déterminé, ^ns le procédé du rire, que deux actes de l'entende* ment, deux actes qui se succèdent avec une grande rapidité, dont le second dépend du premier, et qui sont le renversement l'un de l'autre. Mais nous n'a^ vous pas atteint le but de notre analyse : car ce que nous cherchons n'est pas un phénomène de l'intelligence, c'est une modification de la sensibilité. Le sentiment du risible est, à la vérité, le sentiment qui acçrâipagne cette activité de nos facultés de connais* sance ; mais il est distinct de cette activité. La question peut donc se ramener à établir, avec précision, pourquoi ces actes de l'entendemait causent en nous im sentiment, et un sentiment de plaisir. Tel est, au fond, l'élément principal de toute théorie du rire : c'est, du moins, celui qui doit jeter le plus de lumière sur les différentes questions qui s'y rapportent.

Malheureusement, l'étude philosophique de la sen^ sibilité et de ses lois, qette science à laquelle le nom

.,6C . W»vCAtJS15S DURfllE.

i^e9fhétip4e étyrsit êjre ri^Qureusement réservé, est restée, jusqu'à présent, la branchela. moins cultivée tle la psychologie, et celle dont les analyses et les résultats sont le moins généralement connus. D semble que les penseurs modernes se soient astreints à ne parcourir de la philosophie que les régions les plus complètement explorées par les anciens, et c'est cette mgkig&ïGe qui a, plus que toute autre cause, favorisé A,l!égard de toutes les causes de plaisir, surtout de t5iBHesx[ui se trouvent dans les arts, et notamment à l'égard du beau et du sublime, l'élaboration de tant de vaioes spéculations. L'étude d'une partie delà -philosophie est la condition de l'étude de toutes les ^ùtrias i toutes se soutiennent et s'éclairent réciprojquemept. On ne laisse pas impunément des vides dans. une, voûte dont chaque pierre est également le «upport de tout le reste. En général, on aime mieux, -dans le monde littéraire moderne, augmenter sou érudition historixjue à l'égard de quelques départements relativement mieux connus de la science, qu'étendre :sa connaissance sur des parties nouvi^les, mais dont l'oubli laisse une dangereuse lacune dans notre étude \àB l'univers moral. Nous devons nous borner à exposer ici, aussi sommairement que possible, ce qui est •nécessaire pour faire comprendre l'analyse du sentiment particulier que nous étudions, et à indiquer lés

iniodfal^ sources où Foa .petit trouYer.um çxposi- .tion plus eomirflète dea loj> de.la sensibilité. Nausalions, par conséquent, faire, en quehpiesjnot», le ré- .«umé des dernières acquisitions et de Fétat actuel de l'estiiétique proprement dite.

La véritable théorie du plaisir n'a pas été entière- ,naent inconnue chez lea anciens : Aristote en a posé les bases (1 ) ; majis, quoique ses généralisations $Uf cette matière soient de la plus haute valeur, elles sont iur ^complètement développées et pour ainsi dire perdues 4ans l'ensemble de ses, œuvres philosophiques» Jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, les philosophes les plus distingués paraissent ne pas se douter de leur .existence : c'est seulement vers cette époque que l'on trouve quelques progrès et quelques développements nouvenux de cette partie de la psychologie. Nous citerons en première ligne Lévesque de PouiUy [Théorie ch$ sentiments agréables, Genève ^ 1743), Sulzer {Nouvelle théorie des plaisirs, dans les Mémoires de rAcc^

(1) Efhic, Nicom, livres V|I et X. Ces passageis rmfenneiit réelldmenl en germe Festhélique tout entière. « On fera peu de progrès vers une analyse correcte, soit des sentiments esthétiques^ soit mêQQe des se&tiineiits en général, tant que la doçtruie aristotéHc'enne du plaisir n'aura pas été convenablement appréciée par les psychologues. » ( John FeitcJi , memoir of DugaldStewart.—y, CoUpxt.fVorks ofo, Stewart. Edimbourg, 1856-68, t! X.)

h% DIS CAUSES DU âIRC.

demie de Berlin, ilM et 1752) et Rmahold {OEmrei diverses, léna, 1796, 1. 1,^ p, 271 ss.). Ce qui a été dit sur le plaisir par d'autres philosophes modernes, tels que Descartes, Léibnitz, Wolf , Meodelssolm, etc. , étant fondé sur un principe exclusif et défectueux, n'a été d^aucun profit pour la science. Eant lui-même, qui a rendu un si grand service à la philosophie en séparant définitivement les phénomène de lasensibilité de ceux de connsdssance, de désir et de volonté, et en en faisant une classe à part, n'a eui sur la nature de ces mêmes {diénomènes , que des vues étroites et incom* plètes. Au dix*-neuvième siècle, les heureux essais de Pouilly et de Sidzer ont été à leur tour négligés ou mal compris par les plus grands chefs d'école. C'est à William Hamilton qu'il était réservé de faire renaître, dans toute sa plénitude et avec l'importance qu'elle mérite, la. théorie d'Aristote (1); cet illustre penseur, dont l'immense érudition et la profonde sagacité viennent d'éclairer d'un jour nouveau toutes les parties de la philosophie, et dont les travaux auront pour résultat, si l'indifférence n'en détourne l'attention, de faire entrer la science dans une voie nouvelle , a admirablement exposé la théorie antique, et l'a con«- .

(i) V. ïievue d' Edimbourg j cet. 1832. — Discussions <m philosophyy 2e éd. (1853), p. 113 et 167, — Lectures on meiophysiesy 1859, eh. XLI à ch. XLVL

firméè par des développomen^ et par des appIîcatioDs nouvelles. Désormais on pourra et on devra même nq[)parter les lois particulières de chaque sentiment aux lois générales du plaisir et de la peine. Voici le principe et les éléments les plus essentiels de cette'' tbéorie :

La sensibilité est la capacité d'éprouver du plafeir ou de la peine : une modification de plaisir accompagne tout exercice spontané et libre de nos pouvoirs, elle en est le rdlet ; nous éprouvons, au contraire, de la peine toutes les fois que l'énergie d'une de nos facultés est contrainte ou empêchée de s'exercer. Ainsi l'honnne, en tant qu'il se sent exister et agir, qu'il a conscience de vivre, est le sujet du plaisir ou de la peine, ou plutôt des différentes espèces de plaisir ou de peine; et, comme il n'existe qu'en tant qu'il exOTce certains pouvoirs déterminés , c'est seulement par l'exercice de ces pouvoirs qu'il devient le sujet d'une sensation ou d'un sentiment : chaque pouvoir est, par lui'^méme, la faculté d'une énergie spéciale et, en même temps, la capacité d'un plaisir ou d'une peine qui lui sont propres et qui correspondent à cette énergie. Plus l'énergie est parfaite, plus le plaisir qui l'accompagne est grand ; plus elle est imparfaite^ plus elle est pénible. La perfection d'une énergie est double : 4* relativement au pouvoir dont elle est l'exercice ;

CO fUE» CA^ES DC RIKE.

ft^ relativemeat à l'objet auquel elle se rapporte. Là première relation fournit ce qu'on pourrait appeler sa condition subjective ; la dernière , ce qu'on peut ap^ peler sa condition objective.

Relativement k son pouvoir, l'énergie est parfaite quand elle équivaut à la somme complète d'énergie que ce pouvoir est capable d'exercer librement ou spontanément, et n'excède pas cette somme; elle est imparfaite : 1*" quand ce même pouvoir est empêché de produire toute la somme d'énergie qu'il est disposé à exercer; 2^ quand ce pouvoir est forcé de prodmre plus d'énergie qu'il n'est disposé à en exercer, La quantité d'énergie est de deux espèces : suivant qu'eHe s'exerce davantage en intensité ou en durée; c'est-à-» dire, dans le premier cas, à un plus haut degré ; dans le second cas, pendant mu temps plus long. Une énergie parfaite est, par conséquent, celle qui est exercée par un pouvoir au degré et pendant le temps qu'il est disposé à l'exercer sans y être contraint. , Relativement à l'objet,, c'est-à-dire à la cause qui détennine le pouvoir à agir, son énergie est parfaite, quand cet objet est de nature à lui fournir toutes les conditions d'une activité complète et spontanée; imparfaite, quand cet objet exige de lui une activité trop intenseou trop prolongée, ou quand il l'empêche de réaliser sa tendance à agir.

i»:s câi^es' w bire.: et

« Le pktisir, dit Arisiote, c'est Factivité de nos fa-- Cttltfe » exerçant sans entraves... Les sens ne s'exercent que ^r des obje^ sensijbks; ib ne s'exercent psurfaitement que sur ceux de leurs objets qui sont eux^mêmes^^ parfaits; cette énergie,.lapl.u§.parfaite,est en même temps la plus agréable. Chaque sens à son plaisir; il en egtde même de la pensée et del'imaginatiopa : leur activité la plus parfaite est la plus agréarr hte, et la plus parfaite est celle qui s'exerce sur l'objet qui leur convient le mieux* {Eth. Nie. 1. VII, c. xii ; l, X, c, IV.). »

Comme les modifications de la sensibilité ne sont pas des états primitifs, et qu'elles ne font qu'accompagner l'exercice de nos facultés, elles doivent être distinguées d'après les différents pouvoirs auxquels eUes appartiennent. Celles qui accompagnent l'exercice des pouvoirs sensitifs ou corporels de connaissance ou d'appétit ont reçu le nom de sensations. On donne 9 au contraire,)le nom de sentiments à celles qui aacompagneoit l'activité des plus hautes facultés de notre âme.

La pjremière condition pour que nous riions es4 qu'un objet se présente à notre perception ou soit représenté par notre imagination. Mais œt acte de la perception ou de Timagination n'est pas encore celui que le rire accompagne ; ce sentiment accompagne

<9 DSS CAHSBS m Ruœ.

ractivhé de notre entendement qui trouve àB'eïercer d'une manière particulière sur Vobjet de cet acte de connaissance. Le contrasté qui existe entre les deux rapports dont nousaTons pm^lé n'est pas connue il est senti; nous necomparop3 pas^ p^ un acte de réflexion, ces deux rapports entre eux, pour affirmer ensuit© le^r npf irJtion ; Vesprit n'a pas le temps de se livrer d'abord à im pawil j^oeédé , et , s'il lui arrive de s'y livrer ensuite, c'est seukfiMBt lorsque le rire a cessé et que le calme qui lui succède lui pMOMl d'appliquer son attention sur le rapport, quelquefofe tfflkfle à saisir, que les deux rapports ont entre eux. Ce n*est pas la découverte d'une contradiction entre nos propres actes qui s^accompagne du sentiment du risible, quoique cette connaissance elle-même puisse nous procurer du plaisir, mais un plaisir d^une aufee espèce : la véritable cause du rire est dans le fait même de cette contradiction, dans le fait d'en être le sujet et d'en avoir conscience. « L'éruption du rire est trop brusque, dit avec raison Poinsinet de Sivry, pour que personne consente à en attribuer la cause tnxi procédés tardifs du jugement. » La connaissance li'un objet donne d'abord à notre entendement ime certaine impulsion, et stimule son activité dans une certaine direction ; mais immédiatement une impulsion contraire lui vient d'une autre qualité de eeméme

DES GAVSES IHJ RIRE. 63

objet, et imprime à cette actmté, ayec une assez forte seconsee, la direction contraire ; telle est la «érie de l^niHnènes que cause en nous la présence d'un obj^ risible, et Tensemble des modifications de la sensibi^ lité qui accompagnent ce procédé constitue le senti-' ment du rire. Une sorte de choc, l'excitation de Tenteiidement à un double exercice de son énergie rdatiyement à un seul objet, et de la variété dans eette double activité, tels sont les éléments de ce sentiment. Après ayoir saisi les deui rapports opposés^ Fentendement peut reTenir sur chacun d'eui alternatif i^ement; notre attention peut se reporta du |H*em)er au second, et de ce dernier au premier ; chaque . fois un nouveau choc se reproduit , mais toujours en devenant plus faible ; cela nous explique pourquoi, dans certains cas, le rire ne consiste pas dans un seul édat, mais nous agite pendant quelque temps, de telle sorte que l'organisme ne reprenne son équilibre que graduefiement. L'entendement peut alors être eemparé à un pendule qui , lancé d'un point, va frapper un autre pcnnt situé en face, revient sur sa pftpre rouie, et oscille quelques moments entre ko deui corps qui Tont successivement heurté. Cela n'arrive toutefois que dans le cas où chacun des deux rappcNTts est également de nature à fixer quelque 'temps notre attention; comno^ &a ne peut les saisir en

même tonps, on est obligé de les corisidérer to^r à tour et de les reprendre Tun après l'autre. L'enten-*" dément se balance de Tun àVautre^ jusqu'à ce qu'il se fatigue, ou que des objets nouveaux viennent s'ern^ parer de notre attention.

Ces deux jugemeiits opposés (pie nous formons à regard d'un seul et même objet constituent un pro^ cédé bien distinct de celui qui se passe eff nous lorsque nous formons successivement deux jugement»' diffâ^ntsà l'égard de deux objets différents. Dans ce cas, nous éprouvons aussi du plaisir ; mais ce plâfêir est le plus souvent très-faible, à moins que les rapports ne soient nouveaux et spirituels ; l'entendement û'a à exercer qu'un minimum d'énei^e ; une suc-' cession pure et simple de jugements ne change rien' â la suite ordinaire des opérations de notre âme^ et suffit tout au plus pour nous tirer de l'enûui qui résulte de Fimpossibilité de penser, fiante d'objet sûr lequel nous puissions exercer nos facultés. L'objef risible, au contraire, imprime à cette énergie une? intensité extraordinaire et exceptionnelle : il lui fournit l'occasion d'exercer sur un seul objet l'activilê qu'il ne peut dépenser ordinairement que pour plusieurs ; cette activité est, par conséquent, double* dans un temps donné; il ne s'agit plus d'un minimum, mais d'un maximum d'intensité. Ce rêdèublé^^

m& GâUS£S du BiRE. 65

ment d*éâergie est accompagné d'un double sent)tment agréable et^ par conséquent, d'une somme double de {ilaisirk Ce qui le rend encore plus vif^ c'est que les deux actes s'opèrent en sens inverse ; leur variété de direction reiid chacun d'eux plus sensible, et ce caractère se manifeste par une véritable secousse dans notre activité mentale- L'exactitude de cette analyse est prouvée par ce fait, que nous n'éprouvons pas le sentiment du risible, que nous ne rions pas, devant un objet qui cependant est de nature à fsdre rire, quand, par suite de la paresse de notre intelligence, ou à cause de toute autre eirèonstance, le second rapport ne se présente que plus tard à notre entendement ; si les deux sens d'un discours ambigu ne s'offrent pas en même temps à notre esprit, si l'un seulement nous frappe d'abord, et que nous n'arrivions à découvrir le second qu'après de longues réflexions, l'équivoque ne nous fait pas rire et nous fait éprouver un sentiment tout différent. Ce fait n'a pas échappé à la sagacité de Jean-Paul : « Ce n'est que l'influence irrésistible et la rapidité. de la perception qui nous entraînent et nous précipitât dans ce jeu trompeur. Quand, par exemple, dans les Comédiens i^mfageurs d'Hogarth, on rit de voir sécher des bas sur des nuages, la vue soudaine de la contradiction entre le moyen et le but détermine nécessairement en nous la croyance momentanée

GACSBS DU RIRE.

06 NS.CÀUSiS MJ RffiC.

qu'oui hename fait jouer à 4e vénfadafles wia^ ^ ^g«os de ploie, leirdle^iecordes à s^her. Pourle comédicai lui-même, ce fait de sécher sur rimâge massive 4'uii nuage n'a rien de ridicule, et il en est de mém&foiir Bous^ au bout d'un certain temps (1). ^ L^étraog^ qui UFoit ce tableau pense d'abord que le ^nuage legt ' buimde, mais immédiatement il s'aperçoit qu'il est sec, et il rit ; le comédien, au contraire, qui connaît .depuis longtemps son décor, ne peut songer un seul instant qu'il est humide, et il ne rit pas. . >

En sommé nous pouvons définir le sentiment«hi risible, le sentiment de plaisir qui accompagne «n nous reneige de l'entendement, s'eierçant avec use double intensité et dans deux directions op|iesées>à l'é^rd d'un seul objet. L'objet risible est, comme ikot» l'avons défini, celui qui est le terme commun de- deux rs^ports contraires dont l'un, ep s'offirmt à l'esprit, lui su^ra immédiatOQQent l'autre.

La Uiéorieque nous venons d'exposer se distingiaie de toutes celles qui ont été proposées jusqu'à, ce jour, ^n ce qu'elle est la seule qui rende complètement rakon de tcms les élém^ts et de tous les moineptsdu procédé du rire; elle ne se borne pas^ conune h

fï) Jectn-Paul'Fr. JHtkter. -*- Poétique ou intràductîon à

WSf QkWm BU RIRE^ 07

plup^prt^t à une ample défiwition du risible, c'est-à^. dire de la cause objective du rire, e\ .la défi^itioa qu'elle en donne, précisément parce qu'elle résulta. d'\me anidyse psychologique plu& wiçplètçi et phis exacte, pénètre plus profondément dans sa nature^ die explique le phénomène du rire sans avoir besoin de recourir à aucune hypothèse^ sans exiger l'ioven^ tipn de modes particuliers d'activité, sans créer des facultés ou des phénomènes imaginaires ; elle ne présent^ partout que l'application particulière de^ kâs générales déjà établies dans la science. Enfin eUf^ louroit la raison de tous les faits qui se rapportent^ directement, ou indirectement au rire, et la dernière partie de ce travail montrera combien eUe jette de lumière sur un grand nonabre de questioBs quiv j^$qu'à présent, fà«te d!un principe fermée et solide, i^*^t été qu'inapar&ltemant résolues.

Las auteurs qui n'ont pââ connu la théorie génémie^ du plakir et de la p^koie, à laquelle nous venons d^' rattacher notre théorie particulière du risible, ont dû, PQpr Qiipliqui^ le pl^sir qui accompagne le rire, ve-

68 DES a\USÉS DU RIRE.

courir à différentes hypothèses; et cette partie de l'étude du rire est celle qui a donné naissance aux erreurs les plus graves.

L'auteur de V Histoire de la littérature comique (1), Floegel, résout le plaisir que nous éprouvons en riant dans rinstinct de notre perfectionnement, dans le ftdt d'acquérir des idées nouvelles : c< L^ principaux éléments du rire sont, dit-il, le nouveau, l'inattendu, le surprenant, le rare, l'extraordinaire, l'étonnant. On peut apprendre dans tous les Compendia de littérature avec quelle puissance irrésistible toutes ces choses agissent suir l'âme de tout homme qui ne veut pas ensevelir son poids de cent dix livres daûs un suaire, mais qui observe avec étonnement les créatures de Dieu, pour apprendre d'elles quelque chose et polir sa raison au contact de celle des autres. » Mais, d'après ce principe, le plaisir du rire serait celui qui accompagnerait toutes nos perceptions, quelles qu'elles fussent ; et il serait difficile d'expliquer cette sorte d'éclat qui se manifeste dans le rire, et qui cependant n'accompagne pas la connaissance de tous les objets extraordinaires. Nous avons vu d'ailleurs que dans le rire nous n'apprenons pas grand'chose ; nous avons conscience de >deux. rapports contradictoires, sans nous mettre. ea

<<C) GésdtichtederkomUehen LUeraênr (178A), t. I, p^ 65.

WBi CAUSES DU. aiRÇ: 69

peine, de chercher. lequel des deux est le.yrai; et quand nous voulons démêler de quel côté est la vérité,: nops avons cessé de rire.

« Dans le rire, dit tout récemment Charles Lévéqu^, l'âme sort de sa gravité, dont la continuité est fatigante, et se repose, par cet abandon d'elle-même, des efforts que lui imposent le gouvernement de ses puissances et k discipline du devoir (1).» Singulier repos, que celui qui se trahit par un trouble et une agitation de tout l'organisme ! N'y a-t-il que les gens graves qui rient? N'y a-t-il que ceux qui se gouvernent avec une scrupuleuse attention? Mais le rire ne nous est jamais si agréable que lorsqu'il vient interrompre l'ennui; le repos fait-il plaisir après une inaction forcée?

Quelques théoriciens, et surtout des physiologues, ont rapporté à la sensation physique qui accompagne le rire extérieur tout le plaisir que nous cause le risible. Mais nous avons démontré que le rire physique pouvait ne pas exister, et que nous n'en éprouvions pas moins le rire intérieur, c'est-à-dire le sentiment du risible, qui est un sentiment de plaisir. Le rire, commue les autres actes de la physionomie, exprime des seQtiments, non des pensées; il suppose, par conséquent en nous une modification de la sensibihté, qui ne peut

(1) Là Science du BeoM^ 1861, t, I, p. 229.

^êlpc ^ife ée pkiisrr ou de peine. Note reiîonHài^oiià, ^'^aieurs^ <jûe l-agitation causée dans ForgOTiisine par le rire est agréable par elle-même, quoiqu'elle devienne ♦posittvetnent pénible lorsqu'elle se prolonge trop longtemps. Mais ce plaisir extérieur s' sgoute au plaisir intérieur sans se confondre avec lui : il y a tout à la fois sensation et sentiment. Ges deux phénomènes ne sont pas nêcessairetiient d'égale durée : le rire extérieiff ■peut se prolonger quand le rire intérieur a cessé, et l'oi^anisme troublé est quelque temps avant de reprendre son équilibre ; mais souvent aussi , c'est le contraire qui a lieu, et nous continuons à rire en nousmêmes après avoir réprimé tout mouvement extérieur. Mais le plaisir de la sensation s'exjdique par le même f principe que celui du sentiment, c'est-à-dire par la mise en jeu d'un certain quantnm d'activité physique et l'exercice de certains organes.

Mais la théorie qui a été la plus généralement répandue, et qui a' surtout été acceptée par 1^ auteurs qui foât consister le risible dans^ne imperfection morale, est cdle qui considère le plaisir que nous éprouvons dans le rire comme une satisfaction del'amourpropre ou de l'oj^eil. « La passion, dit Robbes, qui • excite à rire n'est autre chosei^u -une vaine gloirefeaidàe * sw la conception subite de quelque excellence qui se trouve ennousparjoppositè^ àji'iïrfîrsaitad^sautre^you

à\eB]k4jiierBaii$ avM& eue auir^foî^;*oar ^ark d9 s^n fdmpas^e&loi^u'eUes yi^Aoeojt tout d'ua t»)U|p dftitô' r:6$prity à moins qu'il n-y ^ii du déshaoueurattaclwi. n- Manoontel . Pomsipat 4e Si^nry, Ley»iûte>A4dis«ii (1), Lai^eaoïms^.oQt répété à peu près la même chose; Cette q^uioQ a été çouveat ^sombattue ^t ea partîeuUer pi^ Vol^ire; Huas les açguoieots eoiployés par ce denii^^ soat assez mal choisis : a J'avais ome aiis, dît-il, quand je luS) tout seul, pour la première fois, YAmpfnfryjon^ de Molière; je ris au point de tomber à la renverse^, était*ce par fierté? On n'est point fier quand on est: seul (2)* » Gomment Yokaire,art-il pu penser que bous * avions besoin de la présence d'autres persiKan^ pour éprouver de l'orgueil? Jean-Pa^, dans sa Poiiique{Z\i emploie avec raison, pour combattre la théorie d^ Hol>* bes, un allument précisément contraire, (c Personne n'a honte. d'avoir ri; or uâe élévation de soi*- même aussi manifeste que l'e^ge Hobbes serait tenue cachée par chacun. )> B ajoute : « Ce chatouillement que nousf éproiuvons en nous comparant aux autres devrait se présenter comme pl^ir comique dans chaque perce]^ tion d'une erreur ^rangère, et devenir d'autant plus; agrés^ qu'on se sentirait plus élevé; il arrive,, afu

(i) Spectateur anglais^ U I, dise XXXV.

(2) Dictionnaire philosophique^ arL Rire*

tS) Poétique ou introduction à Vesthéiîque, $ SO.

7a DBS CAUSES BU MBE.

cèntraire, souvent que Ton voit avec peine Tinfériorité d- autrui. Et quel sentiment particulier de supériorité serait i«i possible, puisque souveût l'objet dont nous rions se trouve relativement si b«ts et si peu en rapport (incommensurable) avec nous : comme, par exemple, Fàûe avec Philémon, ou l'attitude risible du corps dans le faux pas, ou les erreurs d'une mauvaise vue, etc.? Ceux qui rient sont de bonnes gens, et se mettent souvent sur un pied d'égalité avec ôeux dont ils rient. Ce sont tes enfants et les femmes qui rient le ph»; c'est la flère sufgsaïice qui rit le moins; l'arlequin qui se donne pour rien rit toujours , et le superbe musulman ne rit jamais. Enfin, auéuB rieur ne se fâche de voir rire les autres ; mais chacun prend eit bonne part que cent lîiiUe rient avec lui , et que par conséquent cent miUe amours-propres étrangers se mettent de niveau avec le sien ; ce qui serait cependant impossible, si Hobbes avait raison; car, de touteè les sociétés possibles, celle qui ne serait composée que d'hommes orgueilleux serait la plus insupportable, et tout à fait difTérente de la société libérale composée d'avares et de coupeurs de gorge, yf ' »

La cause de cette théorie erronée a été ime confusion. On a pris pour la cause générale de tout rire ce qui n'est qu'une des sources du risible, et l'on a cm que tout rire était ui^e risée ou une pioquerie. La

mo^plerie e^ le rire acécmipftgaé de désapprobetioii^ ou de mépris. Cette désapi»robation, qui peut être elle-même accompagnée de plaisir et d'un mouTement* d'orgueil, reste néanmoins distincte du sentiment du risible. Elle lui succède plutôt qu'elle ne coïncide' avec lui; elle suppose une certaine réflexion, qui n^est pas Tlécessaire pour le rire. La qualité de bien ou de mal qui se trouve dans un objet est jugée, et non sentie, tandis que le risible se sent avant d'être jugé. Le jugement de désapprobation est, il est vrai, acciMonpagné lui-même de plaisir, parce qu'il suppose l'exc»*cice de nos facultés de connaissance; mais ce plaisir, qui est tout à fait différent de celui du rire^ n'^st pas non plus celui de l'orgueil. Ge dernier est celui qui; accompagne toute satisfaction de no^e désir de supé-» riorité, c'est-à-dire de notre amour-propre: il peut arriver qu'un jugement de désapprobation^ cette satisfaction de l'amour-propre, et enfin le rire, soient' occasionnés par un seul et même objet. Mais le plus souvent il n'en est pas ainsi : il y a simplement rire, sans moquerie et sans mouvement d'orgueil, et c'est là ce qui a généralement lieu quand le risible natt des circonstances, delà plaisanterie ou de la naïveté. Dans les autres cas^ quoique l'objet soit digne de blâme, il arrive souvent que nous ne faisons même pas attention h cette dernière qualité ; le rire lui-même nous

m ^d^^ ; ^t, quand acms mm JlneUcms à «mu^ déârer la yal^ur n^cà^e ée l'objet, nous avon^ déjà fé wparavant.

Peifsoaaé n'a approol^ plw près qm Jean-Paul de te witaj^le cause^du plaitsir dans le rire ; makil lalak^ese parafe yagues^nt au milieu d'uae sui^aboâiddBce^ lu^Eiwiaç^de n&ases imagixmHstlmdiversiiéd&jpen^ sée^ijui ses^ccèd&fit m noti^, penaée^d'autrui, le& nô-^ tresj^ ^t eettes que nou»^ prtt^ss h autrui : « Ventende^ mené s-eœisrcemr trois chaînes syllogi^ques.et fleurîea, ^y batawe çà et là en damarUi ^ raffînité <]u ri^iJ3le^ ^m l'esprit ; k charme du vague ; cette espèoe de chatouillement qui accompagne la trau^tion d'im lié^ I^sil^ purement apparent;, causé par l'absurdité d'aur trui (?) au plaisir de notre propre pensée: «C'est par là que le rire se rapproche du chatouiUement corporel qui, comme un double son folâtre ou comme un. double sens, s'éteint entre la douleur et le pkisir;> tels sont tous les plaisirs, ou plutôt les plaisirs et le* peines dont la somme constiUie, selon lui,lesentiaipfti du risible (1). Ce pJaisir devient un plaisir mixte: le lisible serais eomme le sublime, agréable et désagréable en même temps. Le témoignage de notas .

(1) Poétique ou introduction à Cesthétique^ S 30. — Cf. sa tMorie du ri«}>l6 (exposée fiviB baot. '^

tMmscmce itôus affirme le eontiwe, et d'eilleitrs îi ^m iaul pascherchèrplusieuFsprÎQ^ipes à ce cpn pent ^pe expliqué ipar un seul.

3>ïotre théorie nous met en état de s^arer avec pré-» vision le sentiment du risible de quelques autres sen*' ttments avee lesquete on lui tvovfffe ^énéraiexueiQit ^elque relation i de celui dn laid, dont on l'a quel* çuefois considéré comme une, espèce; de celui du apir rituel, dont en l'a conridéré comme le genre (Schopea* liguer) ; de celui du sublime, dont il a été souvent con* sid&^é comm.e le contraire (notamment par Jean-Paul et les esthéticiens des écoles de Schelling et d'Hegfi),

Leiientiment du laid est purement pénible, le rifiible est pur^mait agréable. Nmis éprouvons le sentiment du laid quand notre entendement ne peut s'empêcher de chercher un rapport ^l'unité entre les différentes parties d'un obj^, maïs que d'un autu^ oôté il se trouve tellement entravé dans eette retâierche, que son énergie atccombe dans son effort, ou qu'elle n'en vient à bout qu'imparfaitement, aprèp beaucoup de> temps et de fatigue ; nous ressentoas une peine, résultant de l'impossibilité d'exercer notrç activité. Nous éprouvons, au contraire, le seirtimwt du rifiible, toutes les fois qu'un objet détermine notre entendement à former un rapport, et à le détruire ii^ar médiatemeent en lui en substituant un autre; noinif

reeseatons un plaisir résultant de ractivité de Feateodement qui trouve à s'exercer doublement et dans des directions opposées sur un seul et même objet. Cet objet peut être tout à la fois laid et risible ; mais . ces deux qualités ne peuvent nous occuper en même temps ; les deux sentiments peuvent seulement se succéder, et la qualité plaisante d'un objet, en attirant sur lui notre attention, peut, après nous avoir fait rire, nous faire saisir sa laideur, qui, sans cela, nous aurait échappé. Le rire, loin d'être une des formes du sentiment du laid, est en opposition avec Ivà.

Le sentiment du spirituel est, au contraire, un sentiment de plaisir comme celui du risible ; de même que lui, il accompagne l'exercice de l'entendement. Nous l'éprouvons quand celui-ci découvre des rapports entre des objets qui paraissaient éloignés. Quand il y a de l'esprit dans un des rapports du risible, la plaisir que nous éprouvons à former ce rapport s'ajoute au plaisir du rire lui-même, et, des deux actes agréables de l'entendement, il en est- un qui devient plus agréable encore. Toutefois le spirituel reste distinct du risible, et par conséquent ne peut être une de ses espèces. On exagérait devant une dame l'esprit d'un homme assez borné : < Oh! oui, dit-elle, il doit en avoir beaucoup, car il n'en dépense guère. » Voilà

DfiS CAUSÉS DU RlAE. H

un trait k la fois plaisant et spirituel. Nous avons d'abord les deux rapports contraires : en nous disant que cet homme a- de l'esprit, on nous dit réellement qu'il n'en a pas ; et nous avons, en outre, une comparaison entre l'esprit et l'argent.

Le sentiment du sublime est réellement opposé au rire, en ce sens qu'il renferme quelque chose de pé* nible et qu'il n'est pas un sentiment purement agréable. Mais il n'est pas précisément son contraire; le contraire du rire est le sérieux, et le sérieux com-^ prend toutes les modifications de la sensibilité autres que le sentiment du risible : depuis ceux du beau et du sublime jusqu'aux plaisirs des ^éns.

Certaines causes, telles que la nouveauté, le contraste, l'harmonie, l'association des idées, peuvent augmenter ou diminuer l'énergie de nos facultés, et, par conséquent, modifier le degré du plaisir où de la peine qui lui correspondent. Cette loi générale de la sensibilité est applicable au sentiment psurticulier du risible. ' ' '

La nouveauté rend plus intense Ténergie de nôtre

.^QtaMfemeiit^ «t, par conséquent, plus vV le plukir ilu vire, de âeio. manières : à un point de vu^ Buhr jeetif ou il un poi«t de vne objectifs Au premiw poiiH de vue, un objet risible aous affecte davantage quand 'il trouve notre esprit inoccupé et le 'détermine è lasser de l'inactivité à l'activité : jm^m um plaisanterie n'est mieux accueillie de nous que lorsque l'eônui nous ronge; nos' facultés, privées pendant un c^tain ten^ d'ol)jet sur lequel elles puissent s'ex»^ c^r, se jettent ^tvec avidité sur celui qu'on leur pré^ sente et le saisissent comme une proie. L'objetf risible fait ^œcore une impression relativement vive was notre sensibilité Lorsqu'il trouve nolare esprit ^cupé d'objets tout différents, et qu'il le détermine, par conséquent, à changer de mode d'activité ; nos facultés s'exercent avec moins de vigueur en proportion de la durée du même exercice ; elles finissent, quand ce même exercice se prolonge, par se fatiguer et se refuser à agir ; c'est dans ces circonstances qu'une occiq)ation nouvelle.de l'esprit vient faire succéder à m sentiment pénible un sentiment de plaisir qui n'en parait que plus vif . D s'eu^t qu'une plaisanterie jqui vient frapper nos oreille^, quand nous venons de rire déjà d'un grand nombre d'autres objets, ou, en gé»éral, quand notre entendement est fatigué, nous est beaucoup moins agréable , que si elle se présentait

ntCABBK^VItlBSi im

îfiGliej on<trouirerait outcéB dai^ ù& dranie tSérisin ides traits qui pâssemienl {uresque inaperçus jtoi3 ^u(i taudeTilie ; ua ito^ grand nombre d'objets mibdee m a^ent les uns aux autres, H Fabus de la plaisaâterie ramène k sati^. Au point de Tue objectif^ lerisfl>le iMMis eau9e plus de plaisir quand il se présente À now pour la première fois ; quand, au contraire, nous le Gcmnaissons déjà, le second des d«ux rapports s'offre 4out d'abord à notre esprit, et nous négligeons^ entier nemênt le pxeiaQier, que iious savons n'être pas vrai ^ l'entendement lOverti ne se labse plus sur[aïendo&. Noos pouvons alors juger q»e Tobjet est mible; c'iestràfdire qu'il renferme les qualités néeçesûreB petur fiâre rii» «eux qui le -verront ou l'entendront pour la . première fois; mais nous Be s^^on« plus cet.effot sûr nous-jnémes. Cependant, qimnd le premiér.r£q>port est jàd mture à ccmnaander fortement notre attentieh^ j^ à^slimposer i^ nous malgré dous, môme lor^ue nous savdns qu!il e^ finix^ mms pourrons rira plu^eui&foîs du laciéme objet, msûs toujours moûis fprtemsnt.à chaque présentation nouvelle. La méme^diose arrm ^pmnd.ily a, entne les deux perceptioiifi, un inteê^ vaik aàSMSi QOQsidérabte pour .que^nous n'ayoos .plu$ qu'un soutenir vague de la première, ou que jseous l'ayons même complètement oubliée : rènt»[iâemeBi i^cmbe alors dans sa première erreur. Enfia noua

tO 1»:S CAUBES DU R^E.

rions encore, quoique l'objet risible ne soit pas nouveau pour nous, toutes les fois que nous n'avons pu déterminer lequel des deux rapports est lé vrai, net qu'ils continuent, par conséquent, à se présenter l'un et l'auU^ à notre esprit avec des titres égaux. Ce fait se produit à l'occasion des ambiguïtés les plus complètes.

Le contraste augmente non-seulement l'intensité réelle ou absolue du rire, mais aussi son intensité apparente ou relative. Quant à la première, le. risible produit beaucoup plus d'effet dans un objet qui ne paraissait pas de nature à le renfermer ; comme la plaisanterie, par exemple, dans la bouche d'un homme , sérieux. «In ridiculis est gratia major, quum captàre risum non videntur : nihil enim est his, quœ sicut salsa dicuntur, insulsius: quanquam autem gratis plurimum dictis severitas affert, fitque ridiculum id ipsum, quod, qui dicit, non ridet. » [Quintilien.) Non-seulement la plaisanterie, nous surprend alors davantage, mais le sérieux de notre interlocuteur nous fait tomber de meilleure foi dims l'illusion du double rapport. Si au contraire nous sommes pré* venus qu'un objet doit nous faire rire, l'entendement, averti qu'on va lui présenter deux rapports, dont l'un est faux et l'autre vrai, ne peut plus, pour peu jju'il y iasse attention, prendre pour vrai celui qu'il luie&t &-

DES CAUSES DU UlRE. 81

cile de reconnaître pour faux ; il voit, par cjonsécpient, tout d'abord le second rapport, et l'effet est complètement manqué. C'est pourquoi on blâme Pope d'avoir annoncé, au début de son poëme comique, la Botiele enlevée, qu'il va raconter une histoire plaisante ; et les livres ou les journaux qui ^\u\xi\i\Biii plaisants oxipour rf>6 ne remplissent pas toujoursleurs promesses. Quant à l'intensité apparente ou relative du rire, un objet risible produit plus d'effet sur n^ous quand il se présente après un objet, désagréable, ou sublime,-ou ennuyeux, avec lequel il forme contraste. C'est ce qui avait conduit les anciens à placer un drame satyrique, renfermant un grand nombre de traitis risibles, après leurs trilogies tragiques ; et c'est encore ce qui a conduit de grands poètes modernes à faire succéder aux scènes les plus sublimes de leurs drames des scènes risibles, où l'entendement, après la longue contrainte que le sublime lui a imposée, peut enfin s'exercer librement.

La relation d'harmonie ou de désaccord dans laquelle se trouve l'objet risible à l'égard d'autres objets qui fiaient en même temps notre attention, contribue encore à nous le rendre plus ou moins agréable. Qu'une plaisanterie nous trouve occupés d'une pensée ou d'une affection quelconque, il peut arriver deux choses : ou bien l'activité qui nous occupait a le

même caractère et la même tendance que le aouvel exercice de Tentendement qui vient s'y ajouter; tous deux se convicaneat, diacun s'accomplit sans aucun empêchement de la part de l'autre, et l'harmonie générale de l'état complexe qui en résulte ne se trouve p»5 troublée ; c'est ce qui arrive quand un trait risible se trouve dans une comédie ; bu bien la nouvelle activité vient troubler et déranger celle qui nous occupait, et ne peut s'accorder avec elle : chacune gêne l'autre et lui devient un obstacle. Le rire peut alors nous devenir positivement pénible. Quand nous nous trouvons, par exemple, absorbés dans la contemplation d'un objet beau ou sublime, il peut se faire que d'autres personnes, qui ne partagent pas notre sentiment, viennent détourner notre attention par des plaismiteries ; telle de ces plaisanteries, qui nous aurait fak rire avec le pius grand plaisir en toute autre circonstance, . nous choque alors désagréablement ; et, si nous ne pouvons nous empêcher de rire, nous éprmivons en même temps un sentiment pénible.

Enfin lés diverses associations d'idées peuvent modifier le plaisir que nous cause le risible. Un objet qui est de nature à nous faire rire peut, en nous suggérant la pensée d'autres objets, devenir pour nous une occasion de peine. Ainsi il nous est désagréable

d'entendre plaisanter, même sans moquerie, sur une

personne qui nous était chère et que nous ayons perdue; il nous est pénible de nous voir nous-^nêmes l'objet d'une plaisanterie qui est accompagnée de désapprobation ou de mépris, c'est^-dire d'une moquerie; et c'est ce qui nous empêche, le plus souvent, de rire des plaisanteries qui se font sur notre pr(^re compte ; les plaisanteries de X humour nous causent souYent un vague mélange de plaisir et de peine.

Indépendamment de ces causes générales, qui con* tribuent à modifier l'intensité du rire, il y en a d'autres qui empêdient l'objet risible de produire son effet, ou qui lui font produire un effet différent sur différents individus. Pour que l'objet nous fasse rire, la première condition est qu'il attire notre attention, et cette loi renferme la raison pour laquelle certains individus rient plus souvent et plus facilement que d'autres : les personnes qui ont une très-grande mobilité d'esprit, et qui le promènent rajndement sur toios les objets qui se présentent, doivent rencontrer des occasions de rire beaucoup plus souvent que les personnes qui ont l'habitude de considérer longtemps les mêmes objets, et qu'il est difficile d'arracher à leurs réflexions; celles-ci doivent laisser échapper un grand ncHnbrè d'objets risiUes, auxquds elles n'ont point le temps de prêter attention; les premières perdent, pour ainsi dire, leur activité en largeur, et ne

84 DES CAUSES DU filRE.

saisissent que les qualités les plus superficielles des choses ; or le risible est une de ces dernières. Les personnes graves et réfléchies exercent, au contraire, leur activité en profondeur, et n'abandonnent un objet que lorsqu'elles en ont épuisé l'analyse. Ce fait explique, en général, pourquoi les tempéraments et les caractères d'une extrême vivacité passent brusquement d'un sentiment à un autre, du rire aux pleurs et des pleurs au sourire:; pourquoi les jeunes gens rient plus souvent que les hommes d'un âge mûr, les femmesplus souvent que les hommes, et les sots plus souvent que les sages.

Mais il ne suffit pas que l'objet se présente à notre attention : il faut encore que nous apercevions en lui ce double rapport qui est la cause du rire : or plusieurs causes peuvent nous empêcher de le saisir. Un de^ deux rapports peut nous échapper, soit que nous ne découvrions pas un de ses termes, soit que notre entendement ne soit pas capable de le comprendre, soit qu'il exige, pour être saisi, certaines connaissances que nous ne possédons pas. Il peut arriver aussi qu'une qualité de l'objet, autre que celle qui pourrait le rendre risible , absorbe toute notre attention : le sentiment que nous éprouvons alors ne laisse plus de place à celui du risible. Ainsi une méprise dont les conséquences sont terribles ne peut nous faire

rire, et nous nous abandonnons tout entiers à la crainte et à la pitié que nous inspirent ses viôtimes : quand Mérope veut tuer son fils, qu'elle prend pour un étranger et pour le meurtrier de ce fils même, nous nous intéressons trop fortement à Égisthe , et nous avons trop présent à l'esprit qu'il n'est pas le meurtrier du fils de Mérope, pour que nous puissions , un seul instant , et sur la foi de cette dernière, le prendre pour <îe meurtrier. Le rapport vrai nous préoccupe trop pour que nous puissions accepter le rapport illusoire- Nous rions, au contraire, quand nous voyons le bonhomme Géronte prendre Crispin déguisé pour sa nièce, parce que, Crispin ne cdurant aucun danger et ne nous inspirant, d'ailleurs, aucun intérêt, nous nous laissons volontiers entraîner dans l'illusion qui résulte de son apparence de nièce et de sa réalité de valet.

H arrive que nous sommes avertis en voyant rire les autres, qu'un objet est risible; nous nous mettons alors à considérer l'objet, sans découvrir d'abord ce qu'ila de plaisant ; mais, tout à coup, les deux rapports se présentent enfin à notre esprit, et nous éclatons; Pour être im peu en retard, le rire n'en est pas moins vif. Dans nos leôtures, tel passage qui ne nous avait pas fjrit rire, quand il s'était offert à nous pour la pEiBmière fois, nç produit cet effet qu'à une. seconde lec-

ture. a Quidam non rident àd quse non attenderunt ; eadem, multo posttempore, quasi recordati, incipkmt ridere. Vehemens enim cogitatio, ut afiectum impedit, ita etiam risum. » (Vives).

L'un saisit plus yite les deux rapports, et, comme la dépense d'énergie est plus grande dans un temps donné, le choc des deux rapports est plus fort, et le sentiment de plaisir est plus vif. Les entendements paresseux ne saisissent, au contraire, le second rapport que longtemps après le premier ; ils ne dépensent que peu d'énergie à la fois, et le rire est faible. Souvent même on ne rit pas du tout, et il se produit seulement ce qui a lieu quand deux rapports différents se succèdent dans l'entendeûient, sanâ qu'il y ait entre eux aucun lien ; le choc ne se fait nullement sentir.

Le mot risible a, dtms notre langue, plusieurs synonymes dans lesquels il faut se garder de voir, comme on Ta fait plus d'une fois , des dénominations d'espèces particidières. Par suite de l'effet qu'il produit sur nous

et du seûtiment agréable qu'il nous procure, le risible a reçu le nom de plaisant. Primitivement, et d'après son étymologie, ce mot désignait tout ce qui est pour nous une cause de plaisir ; mais, depuis le siècle dçrnier, sa signification s'est singulièrement rétrécie, et il ne s'«q)plique guère aujourd'hui qu'à ce qui nous procure le plaisir du rire ; Marmontel , dans ses Éléments de littérature^ traitait déjà du plaisant^ comme étant rigoureusement synonyme de risible-

Gomme le risible est quelque chose d'irrégulier et d'exceptionnel, qui nous surprend quand nous nous y attendons le moins, il est naturel qu'on le désigne souvent par les mots qui éveillent l'idée de ces attributs ; on le qualifie d'étrange^ de singulier^ d'extraordinaire^ d'original^ de drôle. Chacun de ces mots a un sens plus large que celui de risible ; mais ils peuvent le remplacer, comme toute dénomination générique est applicable à l'espèce. Le mot drôle^ dont l'étymologie est moins certaine, et la valeur moins précise, a seul besoin de quelques explications : son origine paraît germanique, car nous retrouvons drollig dans la langue allemande> avec le $ens de plaisant et de risible. Quelle que soit son origine, rfrd/e parait, dans la langue française, éveiller surtout l'idée de singularité ; un drôle de corps est un homme

fait autrement- que les autres, et qui nous frappe par des manies ou des habitudes étranges ; un mauvais drôle se distingue par des travers et des vices encore plus bizarres que graves ; un petit drôle est un enfant espiègle et éveillé, dont l'imagination vive saisit déjà les tours les plus imprévus. Comme chez les femmes la singularité est généralement prise en mauvaise part, il est facile de s'expliquer le sens attaché à drôlesse. Cependant le mot drôle^ comme celui de plaisant^ tend de plus en plus à s'appliquer exclusivement à ce qui engendre le rire, et cela est surtout sensible dans les dérivés, drôlement^ drôlerie et drolatique.

On désigne encore le risible , mais seulement la laideur risible, par le terme grotesque. On appelait primitivement grotesques des peintures bizarres, représentant des animaux, des génies, des fleurs, employées par les Romains pour l'ornement de leurs grottes , et analogues aux arabesques de l'architecture orientale. On en a trouvé des restes dans la Villa d'Adrien à Tivoli, dans les bains de Titus et de livie à Rome, dans les ruines d'Herculanum et de Pompéi, et en d'autres lieux. Ici encore, ce sont les caractères de bizarrerie et d'irrégularité qui se présentent comme les plus saillants, et le mot a fiQi par désigner presque exclusivement l'étrangeté, et sur-

tout la laideur étrange dans les artsLde dessin d'abord, et ensuite dans la réalité. On connaît les gro^ tesques de Callot. Bandinelli exécutait un groupe de Laocoon qui devait, disait-il, surpasser celui de l'antiquité ; c'est , alors que le Titien dessina trois orangs-outangs entourés de s^ents dans la pose que le sculpteur avait choisie ; c'était une parodie grotesque. Victor Hugo a prétendu que, dans la poésie, la beauté avait besoin du grotesque pour repoussoir ; de là son Triboulet et son Quasimodo. Floegel a écrit ime histoire du grotesque (Liegnitz et Leipsick, 1788). Mais il s'en faut de beaucoup que le grotesque soit toujours risible. *

La plupart des divisions des causes du rire qui ont été proposées jusqu'à' présent sont moins de véritables divisions du risible que des classifications, faites à différents points de vue , des objets qui peuvent le renfermer.

Dans l'antiquité , on distinguait ordinah*ement le risible qui se trouve dans les choses et celui qui se se trouve dans les discours. Cette division est adoptée par Cicéron et par Quintilien ; mais, comme on la retrouve dans trois fragments grecs qui paraissent être des commentaires de passages perdus de la Poétique d'Aristote, on a été conduit à la rapporter au chef du péripatétisme.(VoyeziScAo/«aGrûpeami4rw^o/?Aawem,

éd. Bttbner, Payfis, 1835; Prolegomena^ VI, IX a çt X A.) Ces mêmes fragments renferment, en outre, une énumération très-imparfaite et très-incomplète des différentes formes que peut reyêtir chacune de ces deux espèces. Comme ils ne sont pas sans quelque importance à l'égard de la matière qui nous occupe, et qu'ils n'ont jamais été ni traduits ni commentés en français, nous allons en offrir une sorte de traduction large, en les combinant de manière à les compléter l'un par l'autre, et en y ajoutant quelques exemples modernes qui puissent les rendre plus clairs. « Le risible de la diction («iri T^ç Xéçsw;) Consiste : 1"* Dans l'ambiguïté ou équivoque (xaô' ôuLOJvufxiov); par exemple : Port^ qui signifie charge d'un bâtiment et abri pour les vaisseaux; — 2** Dans la tautologie (x«Tà cuvwvufxiav) ; par exemple : « J'accours et je viens » ; — 3® Dans la répétition des mêmes paroles (xax* à^oXeo/iav) ; par exemple , ce personnage de roman qui, pendant de longues années, chaque fois que sa porte crie, dit qu'il y fera mettre de l'huile ; — 4° Dans un surnom (xati TrafMwvujiUfliv); par exemple :

« Sganarelle est ub notn qa*on ne me dira plus^ « Et fou va m^appeler seigneur Cornélius ! ... »

— 5* Dans un diminutif (xoO' ÔTtoxopioffiia), par addition, exemple : Amourette pour amour; ou par suppres-

mS CAUSES DU lURE. 91

sioa; exemple : Margot pour M^frguerite (1 ) ; — 6* Dm» UD6 altération des mots (2); exemple :

Quand je vois les éU^ts des BabiJinmiras

Transférés des Serpents aux Nacédoniens. ..(Us Plaideurs) ;

— ^ 7* Dans une figure de grammaire (xati <r/7iiiLti ©wvî5 YiyvrfpLfvov) (3) ou une métaphore (sta-ri (xx^fiia toîç ôfAoyevfoi Y«Yvo|jievovV — Le risible des choses vient : 1* De la duperie {i'Kitvi); par exemple : Orgon ajoutant foi aux mensonges de Tartufe ; — 2° Du travestissement (6uo(toffiç) soit en ce qui est supérieur; par exemple : Crîspîn prenant la place de Géronte, dans le Légataire; soit en ce qui est inférieur; par exemple : Mercure sous la figure de Sosie, dans Amphitryon; — 3" De ce qui est impossible; exemple : Louis XIV demande à un de ses courtisans : « Quand accouchera

(i) Nous rapport(H18 iro^à 7rpoo6e9tv et irop' dl^tpsmv à {rjco)copt9(Aa

et non à ?rapo»w(*tav, de même que pU» loin, en nous confor* mant à un des fragments^ nous rapporterons <p6>vf et toI; 6{ao^W9i non à é^xxa'piv, mais à «xTif^a >iSs«>>(.

(2) Un des fragments porte imUorpiv, un autre â&cxXAr^, le troisième l^avaxxapv. Nous préférons é^AXXapiv. Cf. Aristote , Poef. XXII.

(3) Rappelons en passant que, chez les Grecs, le comman^^ ment, le souhait, la menace, Tinterrogaiion et les autres tours que nous appelons figures de pensées, étaient considérés, et non sans raison, comme des figures de grammaire ou de diction

(<iX,>î{ii.aTa T^ XeÇewç). Gf. AristOte, Poet. XIX.

votre femme?» Celui-ci, ne songeant qu'à parler respectueusement, répond : «Quand il plaira à Votre Majesté. /> — 4® De ce qui est possible, mais inconséquent; exemple : Le roi Stanislas se faisait lire Marie Alacoque par un valet de chambre : «Dieu lui apparut en singe, » dit le lecteur; — « En songe, » dit le roi ; — « En songe ou en singe, reprit le lecteur ; Dieu était bien le maître !» — S** De ce qui est inattendu : est-ce pour cette raison que le maître de l'Ane d'or se mit tant à rire quand il vit son âne manger son souper? — 61" De manières triviales et de ge'Stes grossiers (Ix tou xpîî<rôat <pop- Ti)c5 ôpx^^ei) ; — 7** Lorsque, pouvant prendre ce qu'il y a de meilleur, on choisit librement ce qu'il y a de pis ; — 8* Quand on pense sans suite et avec incohérence. » Cette classification des objets risibles est un essai d'énumération des différentes manières de suggérer à la fois à l'esprit deux rapports opposés ; mais cette énumération n'est ni complète, ni fondée sur aucun principe logique de classification ; la plupart de ses membres rentrent les uns dans les autres ; quelques-uns pourraient être ramenés à un genre. commun; enfin, il y a un grand nombre d'objets risibles qu'il est impossible de rapporter à aucun d'eux.

Un essai du même genre est celui qui consiste dans une énumération de tous les défauts possibles. Nous avons démontré que toutes les difformités, toutes les

irrégularités, tous les défauts pouvaient devenir risibles, mais ne Tétaient pas nécessairement. Par conséquent classer ces diverses imperfections, ce n'est pas faire ime division du risible, mais seulement une classification de ce qui peut devenir risible. (Voyez Alfred Michiels, Tableau des formes comiques^ dans l'édition des œuvres de Regnard publiée par Delahays, 1854.)

Floegel distingue le risible qui résulte de la simple juxtaposition de choses hétérogènes, et celui qui résulte de leur connexion. Cette distinction n'en est pas une : car les mêmes choses peuvent être tow à tour considérées comme des parties ou comme des touts, comme éléments d'une même concepticm générale, ou comme objets séparés. Les deux rapports doivent nous être suggérés soit par un seul objet, soit par un ensemble d'objets réels constituant un seul objet de connaissance; et par conséquent la distinction de Floegel vaut autant que s'il avait dit : c< Quand nous rions , notre imagination saisit une conception^ et cette conception embrasse tantôt un seul objet réel; tantôt on peut diviser son objet en plusieurs objets réels. » Mais en quoi cette distinction affecte-t-elle la nature ou le procédé du rire? Et, de l'autre côté, c'est là encore une division, non du risible, mais des objets qui le contiennent.

Notre théorie nous fournit de meilleurs principes de

94 DES CAUSES WJ RUtE.

division. Les choses risibles peuvent être classées soit à un point de vue subjectif, soit à un point de vue objeoiif. Au premier point de vue, on peut établir une distinction formelle, suivant que le rapport saisi et rejeté en même temps paa* l'entendement est affirmatif ou négatif; ou une distinction matérielle, suivant les différentes espèces de rapports que Tentendement peut affirmer ou nier, depuis la simple affirmation ou la simple négation de l'existence ou de notre connaissance d'un objet, jusqu'aux relations les plus complexes de substance et de qualité, de temps, d'espace, de cause et d'effet, de fin et de moyen, de tout et de partie, de convenance et d'incompatibilité, de naturel et d'artificiel, de grand et de petit, de bien et de mal, de désir et d'aversion, etc., etc. Ces rapports sont euxmêmes susceptibles d'être classés de différentes manières; ce n'est pas à nous à les disposer dans un ordre quelconque; cette entreprise appartient à différentes sciences et en général à la philosophie ; ses résultats seulement sont applicables au risible, comme à une forme que peuvent revêtir tous les rapports possibles- A un point de vue purement objectif, les choses risibles peuvent être classées d'après leurs <;auses. Cette division est celle qui offre le plus d'utilité et sur laquelle nous avons le plus à nous étendre. Le risiWfe est involontaire, ou bien c'est un effet de la volonté;

et, dans le premier c«tô, on le subdivise en risiWe, dont la cause nous est étrangère, et en risible dont la cause est en nous-mêmes. De là trois espèces distinctes : !*• le risible qui résulte des circonstances ; 2* celui qui naît de la faiblesse de nos facultés ; S"" celui qui a notre volonté pour cause.

L Quand, dans le TMeau parlant^ un tuteur vieux et jaloux, ayant découpé la tête de son portrait, y met la sienne à la place, et devient ainsi, sans qu'on s'en doute, témoin de tout ce qui se passe chez lui ; quand surtout les autres personnages de la pièce viennent lui parler comme on parle quelquefois aune image inanimée; ce qu'ils lui disent devient risible par suite de cette circonstance que l'image, qu'on a lieii de croire sourde , est notre tuteur en personne ; il entend et on lui parle comme s'il n'entendait pas. Nous disons ou faisons des choses risibles de ce genre, toutes les fois que nous sommes induits en erreur, non par notre faute et par un manque de jugement, mais par les circonstances au milieu desquelles nous nous trouvons : un fait s'est accompli, dont nous n'avons pu être informés ; ou bien un objet {)aralt être tout autre chose que ce qu'il est réellement; ou encore nous sommes conduits à attribuer à telle personne les actions d'une autre. La plupart des quiproquos, des malentendus, des méprises, cette source si féconde

des situations les plus risibles, appartienneut à ce genre. Mercurepris pour Sosie, lechevalierMénechme pris pour son frère ; Valère parlant à Harpagon de sa fille, tandis qu'Harpagon croit qu'on lui parle de sa cassette ; Grispin faisant son testament sous la figure du bonhomme Géronte, voilà autant de situations risibles qui excitent, au théâtre, des éclats de rire universels. Pour rire en pareil cas, il faut ne point partager l'erreur de celui qui nous fait rire, mais connaître au contraire les circonstances qu'il ignore. Quand celui-ci voit les autres rire de lui, il s'étonne et n'en comprend pas la cause ; il la cherche, et finira peutêtre parla découvrir; mais souvent aussi il s'imagine que nous lui prêtons une sottise et une absurdité, nouvelle erreur qui peut le rendre encore plus ridicule qu'il ne l'était auparavant. Quand, au contraire, on s'aperçoit de sa propre méprise, il arrive souvent qu'on en rie soi-même tout autant que les autres.

Ge n'est pas seulçment l'homme que le hasard ou les circonstances peuvent rendre le sujet de cette espèce de risible ; on le rencontre également chez les animaux et même dans les objets inanimés. Ge n'est pas en les induisant en erreur, mais en introduisant en eux les signes de qualités contradictoires, de telle sorte que l'animal ou l'objet paraisse être et en même temps ne soit pas le terme d'un même rapport.

DÏS CAUSES DU RHiE. »7

Ainsi nous rions toutes les fois que nous voyons des animaux imiter les gestes et les actions de Thomme ; car cela nous conduit à attribuer les caractères de rhumanité à des êtres qui lui sont étrangers. L'âne, le hibou, sont souvent risibles, parce que, sous dés formes ignobles, ils offrent un air grave et réflécUi qui semble propre à notre espèce; le singe devient plus drôle encore, quand on le revêt d'un habit qiii augmente sa ressemblance avec l'homme. Un geste, qui serait gracieux chez un être vivant, fait rire dans une marionnette ; car il nous détermine à penser dans le même instant que cette poupée a les qualités de l'homme, et en même temps n'est pas un homme, c'est-à-dire n'a pas réellement ces mêmes qualités. Le plaisir que nous procurent les animaux savants a en grande partie la même cause. Je me rappelle qu'ayant un jour entendu en plein hiver un violent coup de tonnerre, je partis d'un grand éclat de rire : l'habitude que j'avais d'associer les idées d'orage et d'été m'avait jeté un instant dans l'illusion que je me trouvais au ipilieu de cette dernière saison ; mais le froid que je ressentais m'avait immédiatement ramené à la pensée que je me trouvais réellement dans la saison précisément contraire.

IL Là faiblesse de nos faicultés est la seconde source de risible ; c'est ici que viennent se placer toutes

CAUSES DU RIBE.

98 DES CAUSES DU RiltE.

l6S erreurs qui ont pour cause le manque de jugement ou Tabsurdité, l'ignorance, la bêtise, la niaiserie, la balourdise, la sottise et la naïveté elle-même. Au fond> ces deux demiens défauts renferment tous les autres; ils diffèrent seulement en ce que la sottise n'est pas excusable, tandis que la naïveté a son excuse dans rage, le sexe, les convenances de la société, certaines situations, etc. Ce qui est naïveté chez un enfont deviendrait sottise d^ns la bouche d'une personne âgée : deux enfants contemplaient un tableau repeé^ sentant Adam et Eve dans le costume des premiers jours de la création : c< Lequd des deiix est le oiari?» dit la petite fille à son frère. — <c Comment, répond celui-ci, veux-tu que je le devine? ils ne sont pas habillés. »

Le spectacle de la sottise humaineest, pour l'homme de bon sens, un perpétuel objet de risée ou de tristesse, souvent même de l'un et de l'autre en même temps :

Les sots sont ici-bas pour nos menus plaisirs,

mais aussi pour nous gêner dans toutes les circonstances de la vie. Ils corrompent la société par leurs préjugés, et sont encore moins nuisibles en refusapt leur estime à ce qui ept bien, qu'en déprisant

DES GAULES Dy RIRE. 9i>

comffte mautaiâes \e& acttons les plu? mdiffîre&tes. Us nous font rire en nous présentant comme yrai ce (JuenôusaperceTonsîmmédiiBttement être faux, comme faux ce que nous savons être vrai, en faisant conti^ nuellement le contraire de ce qu'ils croient faire, et en s'applaudissant de leurs absurdités, k La sottise est la gaucherie de l'esprit qui se pique d'adresse ; Tinéptie de l'esprit qui se pique d'habileté ; la maussaderîe de l'esprit qui prétend se donner des grâces ; la fausse finesse de l'esprit qui yeut être malin ; la loimieur de celui qui croit être léger; surtout la suffisance de ce^ lui qui fait le capable. C'est une assurance hardie, qui Ta de bévue en bévue avec une pleine sécurité; une vanité dédaigneuse, qui se croit supérieure en toutes choses, et dont les prétentions, toujours manquées et toujours intrépides, sont le contraste perpétuel d'un orgueil excessif et d'une excessive médiocrité (1). » C'est à cette classe d'objets risibles qu'appartiennent ceux auxquels on a réservé la dénomination de ridicules. Ce mot, qui originairement désignait tout ce qui fait rire, a été détourné, par un caprice de notre langue, d'un grand nombre dé ses applications. Il ne sert plus depuis longtemps à désigner une cause actuelle du rire, mais une mauvaise

(i) MarmoDtÊl, Éléments de HUéioture^ art. POdiant.

habitude, un travers ou un défaut résultant delà sottise ou de la faiblesse de nos facultés, et pouvant dévenir risible dans certaines circonstances. Le ridicule est moins l'objet du rire que celui du mépris ; et quand il lui arrive de faire rire, il n'excite pas le rire simple, mais celui qu'accompagne une désapprobation, c'està-dire la moquerie ou la risée. « Risible^ dit Roubaud (1), se prend en bonne et en mauvaise part, comme ridiculus chez les Latins, tandis que ridicule ne se prend qu'en mauvaise part, comme, chez les Latins, ridendu$.r> Ainsi ridicule n'est plus la traduction de ridiculusj et, dans un grand nombre de cas, l'un devient le contraire de l'autre. Rien ne peut justifier un abus aussi regrettable; mais il est de ceux qu'il est impossible de corriger, parce qu'ils sont devenus populaires. L'emploi de ce mot nous aiu*ait été trèÉ^ utile dansun travail où nous sommes obligé de répéter, presque à chaque ligne, ceux àe plaisantai de risible. Miaisla clarté en aurait souffert, et nous avons dû nous borner à nous en servir dans les cas où l'ambiguïté n'était pas possible. Pour qu'cm rie d'une absurdité, il faut qu'on -soit capable de l'apercevoir immédiatement et d'opposer au faux rapport qu'elle nous présente le apport wai qui lui correspond. Si nous par- Ci) Roiibaùd, Nouvéavœ Synonymes français {i7BS). "

tagions, au contraire, cette même erreur, un seul rapport se. présenterait à nous, et nous ne ririons pas. Quand l'absurdité est difficile à découvrir et exige, pour être aperçue, un certain effort de réflexion, il arrive que le second rapport ne se présente qu'après un temps assez long, et quand le premier est déjà loin de notre conscience; dans ce cas, le choc n'est pas sensible et nous ne rions pas davantage. Notre rire étant un effet de l'absurdité, il en devient le signe et équivaut par conséquent à la déclaration que celui qui parle ou agit a dit ou fait une sottise, en un mot^ à une désapprobation. On l'appelle alors rire moqueur, risée, dérision (cocAm/ww); l'orgueils'en trouve blessé, et le considère comme une injure; en général,, nous n'aimons pas que les autres rient de nous, quand nous n'avons pas eu l'intention de les faire rire ; aussi ce rire est-il celui que, dans le monde, on cherche le plus à étouffer et à renfenner en soi-même. Si nous rions de nos propres erreurs, quand nous n'en sommes pas responsables , nous ne rions jamais de celles qui résultent de notre sottise ; d'abord, parce que nous ne pouvons pas nous en apercevoir immédiatepaent, et, en outre, parce que la découverte d'une absurdité que nous avons pu commettre éveille en nous un des sentiments les plus pénibles que l'homme puijsse éprouver, celui d'être humilié à ses propres, yeu^^ :

ce sentiment, qui est de nature & nous absorber tout entiers, ne laisse pas de place à celui du rire. Quand il nous arrive de nous dérider en pareil cas, nôtre rire est purement artificiel et le résultat d'un calcul ; nous nous efforçons de donner le change aux autres et de leur persuader que notre erreur est le résultat, non de notre absurdité, mais d'une simple méprise ou d'un malentendu, que la cause n'en est pas en nous, mds hors de nous. Au fond, nous n'éprouvons aucune envie de rire, et le plaisir que nous exprimons {dus ou moins habilement par notre f)hysionomie , contraste avec le mécontentement dé nous-méme dont nous sommes intérieurement accablés.

III. Le rire étant agréable, il est naturel que nous nouseffbrcions, pournous amuser nousHnémes et pour amuser les autres, de le causer et chez nous et chez eux. La plaisanterie est le dësir de faire rire et l'acte qui est laconséquence de ce désir. Me est le contraire du sérieux.

Sérieux signifie : 1* ce qui ne cause pas le rire, soit objectivement (c'est-à-dire tout ce qui n'est pas risible^ le non-risible , le non-plaistot), soit subjeètiment (c'est-à-dire toute modification de la sensibilité que le rire n'accompagne pas ; les sentiments du beau, du sublime, du pittoresque, les plaisirs dessus, etc., sbnt smeux); 2** qui ne veut pas faire rire, qui nç

DES CAUSES DU Rm£> 103

plaisante pas. Parler, agir sérieusement,.est opposé à pader^ agir pour rire; 3* qui ne. rit p^. Une physionomie sérieuse, un air sérieux. Nous ne parlons pas de sens plus ou moins détournés ou figurés, dont il est fabule de rapporter Forigine à l'un de ceux que nous venons de mentionner. En somme, la théorie du sérieux est purement négative ; tout ce qui ne fait pas rire, tout ce qui n^est pas accompagné du rire est sérieux ; il n'y a pas précisément de sentiment du sérieia à oj^ser au sentiment du risible ; cette dénomination comprendrait toutes les autres modifications de la sensibilité dans leur opposition avec celle-ci.

Cette dernière espèce de risiWe n'est que l'imitation volontaire de& deux autres autres espèces; la plaisanterie cbnâste à feindre l'erreur, à simuler la méprise, la sottise ou la naïveté. Ut velnonsttdtus qiMsistulte dicat cUiquid (Cicéron, de Orat.). Eadem qtm^ si imprudentibus excidant^ stulta sunty si simulamus, oermsta eredmitur (Quintilien). Ëes mêmes choses qui, si dleë nous échappaient involontairement, seraient le «gned'un manque de jugement, peuvent, lorsqu'elles sont l'effet de la volonté, devenir la marque He beaucoup d'esprit. Ce n'est pas seulement par nos discours que nous plaisantons, mais aussi par. nos gestes ou par nos actions. Les grimaces sont les plaisanteries du visage : elles consistent à mettre l'expression de notre

physionomie^ncontradietion avec les sentiments qu'on doit nous supposer, ou à outrer l'expression da ces mêmes sentiments, ou à faire contracter à nos traits différents mouvements qui n'aient aucun sens; car il arriye alors dans le même instant qu'on perçoit un geste qui paraît signifia une chose et que l'on aperçoit que cette chose ou n'existe pas, ou existe soit d'une autre manière, soit à un degré différent, . Nous ne nous livrons guère à la plaisanterie, que lorsque nous présumons nos auditeurs ou no$ témoins en état de comprendre que nous ne sommes pas réellement ce que nous feignons d'être, et que nous les faisons rire volontairement* Il y a> par conséquent, dfes circonstances dans lesquelles^ et des personnes avec lesquelles, la plaisanterie est impossible. Souvent nous rions nous-mêmes de notre propre plaisanterie, au moment même où nous inventons ce double rapport, que nous devons ensuite présenter aux autres ; mais il arrive aussi que, pour produire plus d'effet, comme nous l'avons dit plus haut, nous renfermons nptre rire en nous-mêmes et conservons avec soin les apparences du sérieux. De même que nous sommes blessés qyand on rit de ce que nous faisons ou disons sérieusement, de même, nous sommes vivement contrariés quand on ne rit pas de nos plaisanteries. Nous n'avons pas atteint le but que nous nous étions proposé ; on ne rit pas

DES €AUSES DU RlfiË. 105

de DOS paroles, mais il peut arriver qu'on se moque de nous voir prendre pour plaisant ce qui ne l'est en aucune façon.

n ne faut pas mettre au nombre des plaisanteries les discours dans lesquels nous nous contentons de signaler, de rapporter et de décrire les erreurs risibles et les ridicules d'autrui. Car, dans ce cas, le risible n'est p^ en nous, mais dans autrui ; nos paroles ne sont pas risibles, mais présentent des choses risibles. Elles sont plaisantes en ce sens, qu'elles nous fournissent l'occasion de rire, mais ce rire a réellement pour cause ce que d'autres ont dit ou fait sérieusement et sans intention de faire rire. Quandl'erreur signalée ou rapportée n'est pas répréhensible, c'est-à-dire appartient à notre première espèce de risible, notre discours est simplement un récit plaisant; quand, au contraire, elle appartient au risible de la seconde espèce, c'est-àdire qu'elle est blâmable, nos paroles deviennent de l'injure ou de la satire : de l'injure, quand la personne qui est le sujet du ridicule se trouve présente, etcette injureplaisante est ce qu'on appelle raillerie ; de la satire, quand cette même personne est absente, et la satire plaisante est ce qu'on nomme persiflage. La satire est. un discours qui a pour but de rendre uij' ou plusieurs, individus haïssables ou méprisables. On peut l'introduire partout, et elle ne forme pas, à propre-

106 DES CAUSES DU iORE.

ment parler, un genre littéraire particulier. L'hi^rien, l'orateur, le critique, le poëte, peuvent être égstlement satiriques. On la retrouve dans la simple conversation, aussi bien que dans les œuvres d'art. Elle joue un grand rôle dans la vie, car la médisance et la calomnie elles-mêmes sont de véritables satires. Tantôt elle remplit une œuvre tout entière (satire proprement dite] ; tantôt on l'y jette en passant, et elle n'en forme alors qu'un détail isolé. Le plus souvent la satire est sérieuse : elle l'est surtout, quand elle inflige un blâme sévère, et qu'elle veut rendre sa victime odieuse. Mais quelquefois, quand elle ne s'attaque qu'à de légers tra^rs, qu'elle ne veut inspirer que du mépris pour la sottise, le ridicule devint dans ses mains une arme redoutable.

Revenons à la plaisanterie : ce mot avait autrefcûs cdui de facétie pour synonyme ; mais aujourd'hui c^;te dernière dénomination ne s'applique plus guère qu'aiix œuvres littéraires qui ont surt^it pour fin de faire rire. Quant à l'adjectiC facétieux^ û signifie fécond en plaisanteries, habile à faire rire, qui a l'habitude ou le talent de la plaisanterie : Aristophane» Pkute, Rabdais, Bonaventure Despéners, Molière , Regnard , Voltaire , Henri Heine, sont des auteurs facétieux; Ariequin est un personnage facétieux. « Ce mot di( plus que plaisant, il dit moins que bouf-

fo&(l); » on est plaisantuoe fois par hasard, par accident, par exception même ; on est facétieux par habitude, par toummre d'eqprit; et, d'un autre côté, Tes-; prit facétieux produit également toutes les espèces de plaisanteries, non-seulement celles qui ne sont que bouffonnes, mais aussi celles qui ont une application utile.

Nous n'avons pas, dans notre langue, de substantif dont le sens corre^nde exactement à celui de Tad* jeetif facétieux. C'est ici le lieu de dire quelques mots d'un substantif allemand qui a précisément ce sens, et qui a obtenu, dans les esthétiques, la valeiur d'un terme technique (2). Nous voulons parler de h Laune^ que certains auteurs regardent comme la même chose que V humour des Anglais (FloQgel); d'autres en font une espèce d'humour (Jean-Paul); il y en a enfin qui font de l'humour une espèce de Laune (Shopenhauer (3). Étymologiquement, le mot n'a rien à faire avce la lune {lurui)^ comme on le . repète ordinairement. Dans l'ancien allemand liuni signifie quelque chose d'accidentel, de fortuit, qui arrive parhasard (Voyez Schwenck, Woerterbuch der deutscken Spraché). Laune of&e un sens général et

(i) Roubaud. - ^ ,

(2) Foyez Jean Paul, Poétique, §S 28, 36, 37, 40, 4t.

(3) Die fTelt ah frUle und rorstellung, 1859, t II, p. iiO.

deux sens particuliers : I. ( Sensu lato.) Cette qualité de Tâme qui change suivant toutes les circonstances et les accidents de la vie. Disposition, humeur (bonne ou mauvaise). — II. Un caractère particulièrement changeant, qui s'abandonne à tous les mouvements de l'humeur, qui obéit à toutes les dispositions différentes qui se succèdent dans son âme. Caractère capricieux et fantasque. Dans ce sens, Laune, est réellement synonyme d'humour , en tant que, ce dernier mot signifie disposition changeante et goût <ie la variété. — III. Dans le sens le plus strict , Laune signifie une disposition à rire et à faire rire, l'habitude et le goût de la plaisanterie, s'exerçantsur les objets les plus différents, aussi bien sur ceux qui inspirent de la gaieté que sur ceux dont la vue ou la <;onnaissance sont de nature à attrister. A force de É^re et d'entendre des plaisanteries, on finit par acquérir une sagacité merveilleuse pour trouver, à l'égard de tout objet, ce qu'il faut dire ou faire pour le rendre risible. Faute de but extérieur, on va jus- <ju'à exercer sa Laune sur soi-même ; c'est ainsi que la bouffonnerie devient en môme temps le sujet et l'objet du rire. Aussi Jean-Paul a-t-il raison de dire que, dans la poésie lyrique, le comique est le plus souvent de la Laune. La verve plaisante de Rabelais et celle de Heine peuvent être citées parmi les meil-

DES CAUSES DU lilRE. 10»*

leuifs exemples de Laune. Nous pourrions nommer encore Béranger et nos meilleurs faiseurs de vaudevilles, n faut se garder de confondre la Laune avec nôtre enjouement , qui est moins une qualité de l'esprit qu'une qualité morale ; cette deiiiière est plutôt réceptive que productive ; elle nous fait aimer et rechercher les plaisanteries chez les autres et nous porte à rire plutôt qu'à faire rire.

Un des modes les plus simples et les plus faciles de la plaisanterie, c'est l'ironie. On connaît l'usage que Socrate savait en faire, non-seulement en louant les autres, mais encore en se dénigrant lui*même ; il avait l'habitude d'amener ceux qui tiraient vanité de leur science à parler sur une matière quelconque; quand ils avaient fait étalage de leurs connaissances, il leur adressait des objections, en apparence pour s'instruire lui-même, mais eu réalité pour faire apercevoir à ses interlocuteurs les lacunes et les contradictions de leur savoir, et, 'par cette critique de la fausse philosophie, introduire en eux les germes de fe véritable. Dans les temps modernes, plusieurs théoriciens de l'école romantique ont prêté à l'ironie une très-grande importance dans la poésie : Solger, Tieck ^ Fr. Schlegel en ont fait un des éléments lés plus élevés de Finspiration artistique, le moment où l'artiste plane sur sa matière et s'en est rendu maître au

110 DES CAUSES DU fiIRE.

pcnat de jouer librement avec elle ; en un mot le damier perfectionnement du chef-d'œuvre. Jean-P^ul lui-même la considère comme le principe èd Fépopée comique. L'ironie des romantiques est devenue fameuse en Allemagne, où elle a été combattue par HegeL •

Ramenée à ëa véritable valeur, et considérée en elle-même, en dehors de ses applications à la poé^, Fironie est simplement, comme nous l'avons dit, un des modes de la plaisanterie : elle consiste dans l'affirmation volontaire du contraire de la vérité. Pour qu'elle so|t réellement l'ironie, il faut que nous sachions nous-mêmes que nous disons le contraire de ce qui est, car sans cela ce serait une absurdité, non une plaisanterie. D'un autre côtç, l'ironie ne fait rire que ceux qui connaissent la vérité relativement à l'objet auquel elle s'applique ; car c'est seulement dans Fesprit de ceux-là qu'elle peut éveiller le double rapport qui occasionne le rire ; il en résulte que tantôt Fironie produit son effet sur tout le monde^ sur celui qui la fait, sur celui qui en est Fobjet et sinr çei^ qui en sont témoins (spectateurs, auditeurs, pu lecteurs); tantôt, au contraire, elle n'est plaisante que pour son propre auteur : on se donne alors à soimême et à soi seul le plaisir de placer son prochain dans une situation ridicule. Souvent on éclate de rira

ISS CAUI^BS DU RIBE. lU

en exprimant soq ironie : mais les gens qui se possèdent et qui &mi maîtres de leurs mouvements gardent leur sérieux et ne rient qu'intérieurement ; cela est vrai, d'ailleurs, de toute plaisanterie, et nous pouvons aussi rappeler cette loi générale d*esthétique, qu'une proposition que nous ne découvrons qu'à l'aide de la réflexion ne produit pas nécessairement, sur notre propre sensibilité, le même effet que sur celle des personnes auxquelles nous la présentons toute faite. On a dit que l'ironie était le contraire de Y humour, que la première était le risible sous l'apparence du sérieux ; le second, le sérieux sous l'apparence du risible (Schopenhauer). Mais c'^t, une erreur : l'ironie est une espèce de plaisanterie ; V humour est une cause de plaisanterie et peut très-bien s'exprimer avec ironie. L'ironie peut avoir en particulier chacune des causes que la plaisanterie a en général (La2/n^, joie, humour, mépris, haine^ mélancolie, amertume). Elle peut être un moyen pour attirer l'attention sur quelque chose , ou n'être que purement bouffonne.

L'ironie est moqueuse, quand elle présente comme bon ce qui est mauvais :

Je le déclare donc, Quinault est un Virgile, Pradon comme un soleil dans nos ans a paru.

élogièiise, quand elle affirme mauvais ce qui est bien ; elle prend alors le nom d*astéïsme. Voyez le discours de la Mollesse dans /e Lw/rm ;

« Hélas! qu'est devenu ce temps» cet heureux temps. Où les rois s'honoraient du nom de fainéants I... Ce doux siècle n'est plus. Le ciel impitoyable A placé sur leur trône un (Nrince infatigable. l\ brave mes douceurs^ il est sourd à ma voix ; Tous' les jours il m'éveille au bruit de ses exploits... »

Elle présente comme grand ce qui est petit :

« De mon héros les illustres malheurs Peuvent aussi se promettre vos pleurs.

Sur sa vertu par le sort traversée^ Sur son voyage et ses longues erreurs On aurait pu faire une autre Odyssée^ Et par vingt chants endormh* les lecteurs... »

{Vert'Fert.)

n ne s'agit que d'un perroquet.

Comme petit ce qui est grand, et c'est ce qu'on appelle le burlesque : on en trouve de nombreux exemples dans les parodies, c'est-à-dire dans les œuvres d'art qui ont pour fin de rendre plaisant ce qu'une autre œuvre a présenté comme sérieux. Scarron veut tracer un portrait de Didon :

C'était une grosëe dotidon.

Grasse, vigoureuse et bien saine,

' '^ff peu camuse à l'Africaine, Mais agréable au dernier point...; ^

Comme possible ce qui est impossible ; c'est ce qui nous arrive quand nous adressons la parole à des objets inanimés ou aux animaux qui ne peuvent nous comprendre. Nous pouvons citer ici le dialogue dé Sosie avec sa lanterne. Le sarcasme tire souvent parti de cette forme de l'ironie; il commande ce qui ne peut être exécuté; c'est, par exemple, le reproche du Parthe, qui verse de l'or dans la bouche de Crassus; ou le mot de Thomyris, qui plonge dans un vase pleîti de sang la tête dé Cyrus.

Comme vrai ce qui est faux. C'est encore une formé dont la moquerie peut tirer parti : nous louons uri rival pour de belles actions qu'il n'a jamais accomplies; ou bien, ce qui est plus ingénieux encore, nous supposons ses sottises ou ses fautes en nousmèiûes , et le blâme que nous nous infligeons va retomber sur lijii ; c'est là ce que Ton nommé chleuasme. ^

L^ironiepeut être continue, comme celle de Socrate , ou momentanée , et ne consister qu'en une seule épithete : c

• Ohl ohî rhomme de biên^ vous tn^en Vouliez ^ddunèH. : .

' (TUrtûfé.)

«AU9B8 DU RIRE. 8

E31e s^applique aux ehostô sublimes comme aux objets les plus bas; on la retrouve également dans la tragédie et dans la comédie. Elle a généralement pour effet d'attirer l'attention sur son objet, quel qu'il soit ; d'empêcher qu'il ne passe inaperçu, et d'ajouter le rire à l'impression qu'il produit. . Une autre forme commune de la plaisanterie est l'équivoque, qui consiste à se servir de mots ou de gestes qui sont le signe commun de termes ou de rapports différents ; de telle sorte que, dans le même instant, nous paraissons aux autres personnes avoir dit ou fait une chose et en avoir dif ou fait une au- Jre. L'équivoque est beaucoup plus difficile que l'iropie; car il est beaucoup plus sÀsé ^e trouver le coiV; traire d'une proposition que de trouver le moyen d'exprimer celle-ci par des signes qui soient en même temps l'expression d'une autre proposition. Nous reconnaissons, toutefois, que l'ironie, l'équivoque et, pVi. général, toutes les plaisanteries, devlennejit également difficiles, quand il s'agit de les rendre spirituelles ou de leur donner une certaine portée. L'équivome qui'porte sur un seul mot cojastitue le cal^bour^ qui, le plus souvent, ne compte mêmQ pas avec Tor^ thographe et consiste uniquement dans l'identité des sons ; vm^» d'autres ^ois, l'équivoque s'étead «ur des propositions^ sur des phrases, sur des diseours en-

tlcît;;c'6st là le lainage ou lé style à double «ûtéote* Les gens de goût ne doiv^t poiat proscHre d'uinÉ ioanière absolue les xmlembcmrs : il peut y en mmi de très-spirituels, et on peut en tirer le même parti que des autres espèces de plaisanterie. Mais, indépendamment de q^ que ces équivoques peuvent valoir parleur formeou lair ap]^cation^ elles ont, par ellesmêmes, plus ou moins de valeur, suivant l'espèce à laquelle elles i^partiennent. On distingue, en effet : 1** celles qui présentent deux rapports également fm%; 4^é sont les plus mauvais des calembours et dej^ jeux d& mots; 2^ celles qui présentent un nqipoM faux et un rapport vrai ; 3^ enfin celles (pii présentent deux rapports également trais ; ces dernières sont les meilleures de toutes; et, comme Tentendement e^ déterminé, dsais ce cas^ à se balancer dç Tun des ntp* ports à l'autre, notre rire peut se prolonger pendant un Certain temps*

"' On asouv^ât^nsidérécomme une espèce distincte de plaisanterie te q«e les Âagkis appellent humour^ ft XMïus devins nous arrêter quelques moments siir ot oMt^ qiiela critique française a depuis longtea:ips acf cepté^ HMait^nt k val^r est loin, d'être dairemuà iélermioée. Smmw b sigùifié priontitaaeient /i^ çuidi^ ^t, 61} pairiii^iUer, li^ Mpieàtà Uqfàiti. an eoips des animaux. ii1ijpo1]ièsevl<H^n:^^li^9g^

ut im CÀiJSES DU RUIE.

quel'état^es âiffêrenf es humeurs 4e Torganianae était la cause des différents tempéraments' et caractères, a fait étendre le nom d'humours aux différentes dispo* ttkîoas dé Tàme.

As when some one peculiar quality Dolh 80 possess a man that ît doth draw Ali bis affeôts, his spirits and his powa^ Id t|ieir construclions ail to run one way, Thîs may be truly said to be a humour.

{Ben Jonson^ the man ont o/his hnmour,)

(On peutappeïer htmour ce fait qu'une seule qmr* lité particulière possède si bien un homme, qu'elle entraîné dans une seule direction tous ses sentiments^ ioix: esprit et ses facultés*) Indépendamment de cette iK^ception générale, le mot a été, danslasuke, spécia*» lement employé {stricto sensu) pour désigner deux choses différentes .

!• L'état d'une Ame qui a l'habitude de s'abî^i^ donner entièrement àson At/moi^r,' ou plutôt^oix; différents Aum£>ur^ ou aux dispositions naturelles qui ^ succèdent en elle; Y humofi& cède à tous les mou^ irem^its de la spontanéité. On appelle humoriste^ dans ce sens ^ un écrivain qui laisse son imagina'* tion se porter sur les objets les'plus tlifféren(è> ^aU^ du bas au sublime, du ^te au gai, et qui ^approch^ par conséquent, les choses les plus éloignées. Les hu->

SES GAiBcs BU ntm. w

{noristes produkent des œuvres pittoresques et pleines de Tariété; mais la beatrté n'est pas le but qu*ils- se proposent.

2" Ij^kumour par exceUeiïce, c'est-à-dire Xhum&ur exceptionnel et par lequel on se distingue des autres» \2kumouT gai, étant le plus ordinaire, n'attire pas l'attention et passe inaperçu . L'Aimw)«r triste est lé $euL qui se fasse remarquer; et, par conséquent, quand on observe qu'un homme a de ïhumowt^ c'est ordinairement de r Awmowr triste qu'on veut parler; dans les autres cas, on ajoute au nom une épithète quelconque. (Un fait correspondant s'est produit dans là langue française, où, « avoir de l'humeur » signifie « être de mauvaise humeur.») C'est dans ce sens que lé mot humour joue un si grand rôle dans les théories romantiques. Toutefois, dans ces théories mêmes, le terme n'est employé avec cette acception que pour désigner X humour triste ou la mélancolie, en tant qu'elle se réalise dans sa forme la plus élevée et la plus frappante, c'est-à-dire quand 1° elle existe d'une manière continue dans un individu et forme le fond de son caractère ; 2** qu'elle a pour cause la connaissance des facultés humaines, des imperfections des sociétés et des misères de la vie; 3^ et qu'elle s'exprime dans la forme qui commande' le plus l'attention, c'est-à-dire avec la plaisanterie, kn sommée, XhtfmouTy dans sçn

i^itô te jhi& strtei^ ejst une cause de plaisanterie. C'est bi iflélfiocoUè 4'ttue âme supérieure à qui il arrivé de plaisanter.

• . Te9»tteft)i8^ le tei'me n'est pas d'une appUcmtiiQn 9iU8si resti^einte thèz tous les auteurs : quelques-uns l'egaploient d^xïB des cas où il n'y: a aufmne^pteisante^ fjifii itu^un él^entri$ible» et où cette mâancoUe d^t çmi^ avons parfê s'exprime seulement ayee esprit; 9Însi,.cetta pensée de Byron :

filan^ Ujiou, pendulum between a smile and a lear (1)

est citée comme im trait d'humour. Il n'y a là rien de risîble. Il en est de même de la plupart des pensées d'Hamlet. Schlegel paraît même n'avoir considéré que cette forme de Yhumoury quand il le définit : «l'esprit dans le sentiment. » Il serait peut-être plus convenable d'appeler en général humour la mélancolie qu'inspirent le spectacle du monde et l'étude de l'homme, quelle que soit la forme sous laquelle elle se

présente à nous. On pourrait distinguer un humour .' ^ ■' - - • . , >.'

sérieux et un Awmowr plaisant; l'un et l'autre pourraient devenir spirituels; les meilleurs exemples à'hur mour purement sérieux seraient empruntés aux pen-

(1) « Hommè^ toi qui oscilles comme un pendule entre le souffre et les larmeBî » r ' ■■ ^

DES GAUSSS W RIM* Mt

seitrB qui ont le mieux .se&ti ocmihieii lœ ilônÂtes. ik. Fesfnrît. humain sosit étroites, et qui ont reçoniou qu* la consemmation de la sagesse humaine n'est qu'uoe ignofsnee satante. Cette mélancolie ne s*eiqprimfi; BuUe {^art a^ec plus d'éloquence que ebez les pècea de rÉgUse, Paseal et William Hamilton.

L'aiiiance de la mélaûcolie atec la .pfaubantesiia n'est étonnante que pour ceux qui consiâèfreiKl le; rire comme étant exclusiTement le signe de la joîe« Mais le rire est un plaisir purement intellectuel quL peut très-biien coexister avec une peine nu»rde« La mélancolie vient d'un désir de grandeur ou de per^ fectionnement que nous ne pouvons satisfenre ; le rire nait d'une surexcitation de l'activité de l'enten-^ dément.

Certains théoriciens se sont fortement Ijrompés en feissuQit consister le risible de \hmaour dans un oon* traste entre la mélancolie et la plaisanterie (Floegel^. Geschichte der komischen LitercUiir; — Shopenhau^^ Die Welt als WiUe und Vorsteliung^ etc.)* Le risi?ble est dans la plaisanterie elle-même, dont Xhumaiir est une cause et non un élément. Le rire de Vhu-i mpur n'est pas un rire spécial , et V humour peut disposer de toutes les espèces de plaisant^ies (iro^ nie, moquerie, jeux de mots, etc.).

Vhumotir est tellement rare ebns l'antiquité qu'on

ISO »ES CAUSES DU WS&.

» eu raison de le considérer cooune propre à.lapoé^ «e et à k philosophie modernes. Les anciens ne coafiaissaient.pas cette mélancolie qui lui donne: nais-< sance ; ils aimaient la vie et s'aimaient eux-mêmes plus que: nous, parce qu'ils vivaient dans des conditions plus faciles, qu'ils avaient une morale plus; rtônte, des institutions politiques plus pures, et plus naturelles, et peut-être parce que leur science n'avaitpas encore mesuré aussi exactement les bornes de*^ l'esprit humain.

La mélancolie de l'humom* peut inspirer de longues œuvres poétiques tout entières, et devenir même, comme la flamme jaillit du sombre charbon, l'âme qui vivifie toutes les productions d'un poëte. Elle peut inspirer, dans un drame ou un roman, la création de personnages qui n'ont rien de. mélancolique ; et Cendant leurs plaisanteries sont encore indirectement de l'humour; car, au fond, ce sont les plaisan*teriesdu pôëte, et c'est Vhttmour qui en est la première cause. Telles sont celles de Mercutio dans Roméo et Juliette, et celles de Saneho Pança dans Don Quiehotte.

V humour véritable et sincère ne peut être le partage, que d!une âme, élevée, capable de promener sur le double univers, physique et jspirituel, le coup dlœil du génie, ifais la foule a singé Vhumoun^ a répété ses

. .MS GAtJSES 1MJ IlmE. t2t

pSQfiées et ses plajfiaQteries, etles poètes, les plus.mé*^ diocies ont usurpé la dénomination d' humoristes :i Jeaa<Paul ne yart^il pas î déjà beaucoup trop- loin, quand il dit que tout ee qui est comique dans la poésie: romantique e^ideY humour ?i<iLe mot humoristique, est aujourd'hui, dsm la littératm*e allemaude, employé, communément dans le sens.de comique eût géi^éi^al. Gela vient de' la ten.dance déplorable qui nous porte à. donner aux choses^ un nom supérieur à celui qui leur convient, comme par qxemple celui d'une classe qui est. au-dessus d'elles. De n^me que chaque auberge s'intitule hôtel; chaque changeur^ banquier ; chaque manège ambulant. , cirque ;. le moindre concert, académie de musique ; toute bout^ tique de marchand, bureau ; tout, potier, sculpteur ;, de même le dernier farceur se fait appeler humoriste. • ., tt Grands mots et petites choses, » telle est la devise, du noble siècle où nous vivons. » [Schopenhauer, Die Welt aïs Wille und Vorstellung^ 18S9, tome II, p.lll.)

Vlîl.

On retrouve toutes ces espèces de risible dans le» diSerentfi arts d'imita'tion telles deviennent des élé-

t22 DES CAUSEES M BaUC.

Hîents de la fietton^ cmntne ellea ami 4e& accideBt&de la Yie réelle. Nous devons faire observer ici qn'il t» faut ni confondre le comiqw avec le risiMe, ni ccm^ sidérer la comédie comme une œuvre qui ait pour&i principale de fah'e rire. On distingue dsms la poésie trois genres au double point de vue de sa forme et ée sa matière ; au point de vue de la matière^ nous avons r 1^ Les poëmes qui présentent de grandes choses, qui feignent de grandes aclionset de grands caractères; ses personnages noUs in^irent la terreur ou la pitié (genre tragique ou héroïque) ; 2* ceux qui feignent de petites a&tions, de petites choses, des caractères faibles ; se^ personnages nous inspirent le mépris ou la moquerie (genre comique) ; 3* ceux qui présentent des actions^ et des caractères ordinaires, de grandeur moyenne, et qui ne sont que la reproduction de ce qui se passe dans la vie ; ses personnages inspirent simplement la sympathie ou l'antipathie (genre réaliste, sérieux, etc). ' Ces trois genres s'appliquent également à chacune des trois subdivisions de la poésie au point de vue de sa forme (genres dramatique, épique, lyrique), à la peinture et à la sculpture. Soit dit en passant, l'expression « poëme héroï-comique » est une contradiction dans les termes; on devrait dire seulement «épopée comique.» Quoique la parodie et le burlesque ne se rencontrent pi^Bsque exiàasivem«At

sçxe dwa le genre eomiqiie» et que celui-ei fasse nra beaucoup pluj^ souteut que les deux autres, le risibl^ peut se trouyei^ dai^s |ous les trois^ Ou prend squ? ireut, mais à tort, la mot comique comme syuouymd dé i:îsit)le« I^ moi àe comédie et celui de tragédie doi» j^jii leur Qrigiue aux circoustapoes historiques qui o^t acfïompagné la uaissanoe des deux grands geûrei dramatiques^ et non aux caractères qui les distim g^Ut ou 9m éléments dont ils se composent (1) ; ta désignatioii de comique a été étendue dans la suite f^ux diffîrents poèmes qui, sous une f(»*m^ différente^ inettant en ceuvre la même matière <[ue le dratne c6v mique; il y a des épopées comiques^ la poésie ly-? rique a ses productions comiques. L'analogie rend légitime cette extension du terme^ m^s elle est im? puissante! à justifier son emploi pour désigner pror? prement ce qui cause le rire^ Beaucoui> de choses çisihles ne conyiennent pas à la comédie, et cdle^ ne r^erme pas nécessairement des choses qui fassent

(i) Comédie parait venir de xc^piv) (village) et «^^ (poêtne), |>arce que les. preimera essais de ce genre auraient été foilg dans les bourgs de TAttique, sur des chars de vendangeurs. — tragédie viendrait de Tpa-p; (bouc), parce que, dans les anciens cQiftcottrs de pièces de ce genre» aux fêles de Bacehûs, tm boi» aurait été 4e prix du vainqueur. Ces étymologies sont loin d'être certaines ; mais du moins ni Tun ni Tautre de ces deux termes lié parait èlre dérivé des conditions intérieures des deux poèmes^

m ws dOJSEs mrmitE.

tire. Si, par suite des cènditîona matérielles qui déooulent de sa nature et de salin, elle doit souvent ren- «entrer le rire sursa route et s'en servir comme d'uo instrument, elle ne se le propose pas pour but et peut à la rigueur se passer de lui. Si nous voulions donner des exemples, tes comédies où il ne se trouve pas xm seul mot pour rire ne font pas défaut sur le théâtre contemporain ; et, d'un autre côté, la poésie romand ti<jue nous ofire fréquemment, à tort ou à raison, des t^its ou des situations risibles au milieu d'un drame au d'une tragédie: les ohefs-d'œuvre de Shakspeare sont dans ce cas. Le comique est quelque chose de permanent, de continu, d'essentiel; il appartient à l'ensemMo d'une œuvre, à la totalité d'4in earaetère ; c'est une qualité constante plutôt qu'un acte. Le risible est au contraire quelque chose de mofiaentané, de passager^ d'accidentel; c'est la qualité di'une action particulière, d'un trait, d'une parole, dlun ! geste. Une pièce comique fait Tire à certains passages ; un caractère comique devient risible à certains moments. L'étude 4u comique appartient à la science de la poésie, de ses lois et de ses formes, en un mot à la poétique ; celle des causer du rire rentre dans la science de la sensibilité, c'est-à-dire dans l'esthétique. Le traité de Gailhava sur Yarfde la corné' «fie, et celui ckscaicse^ physigti^es et morales du rire^

iDEé CAUSEE M RI%. Jttù

parPoinsmet de Sivry, peuvent, quelque, impar£ai<« qu'ils soient l'un et l'autre, donner une idée asseï ciaete de cette dijBérence, Si les termes de risibUe^ de comique étaient convertibles, la ineilleure comédie serait celle qui ferait le plus rire; et l'on voit, aucon* traijr«,des pièces qui renferment un grsoid nombre â^ traits risiblesit n'être au fond que des comédies dé^ iestables. Aussi ne faut-il pas s'étonner qi^e àe& hotfitnes, tels que Voltaire, qui possèdent à un très*haut degré le talent de la plaisanterie, deviennent le» auteurs les plus ennuyeux, quand ils s'essayent sur la scène comique: le talent de la comédie est tout autre et se rapproche du talent poétique en génial : il a à combiner des. matériaux, caractères, événements, détails de style, pour en coùstituer r4inité d'une fictioa; les plaisanteries ne sont ici que d^ âéments secondaires; on peut mémié accorder aâ pôëte le droit de les emprunter, car son talent. n'^st pas de les invefnter, mads de savoir s'en.servir,ià propos* ;C'estpfiprce qu'ils ont méconnu cette distinction, qu'un grand nombre d'auteurs modernes, et en paiw ticûlier les critiques- de l'école romantique et les esthé* ticiens des écoles de Schelling et d'Jiegel, teoppréoo^ c^és d'introduire partout l'identité et d'établir un^ correspondance rigoureuse entre les formes de l'art et les modes de-la sensibilité^ ont, sous le titre duç^-

m MS CAUSES W BIRR.

miquêy traité de la nature et des appUcationd du rire; et associé deux théories inèompatibles% C'est eaicore la même erreur qui a conduit un esthéticien contem^ porain, célèbre en Allemagne (1), à trouT^r c&miquè i'excellente définition que Schiller a donnée du co^ mique. Cette confusion qui, dans le langage ordinaire; parait remonter jusqu'aux Romains, n'a été trems^ p«*téQ dans les théories que récemment ; chezles Grecfe mM^ni^H^'^ ^^«» aipaient deux significations bien âéleifBiûées; et Murm^mtel, dans V Encyclopédie^ dans ses Éléments de tittàre^iure^ eonsacre encDce 4eux articles distincts aux deux tli^Nri€8 du comique ©t àxi plaisant.

Si le genre comique nous présente quetqmfcà&dis traits risiblês à cha^e ligne, c'est qu'il emprunte Mt matériaux à la sottise humaine, cette source inépui-^ 8«ble d'absurdités et ce point de mire de toutes les lisèesi Dans les arts de dessin^ ce genre donne nais^ sance àla caricature; on rsq)pelle aussi chaire parc$ qu'elle exagère les défauts et les difformités ; elle nous inspire tantôt le mépris seul, tantôt l'alliance du mé* pris et du rire. Ainsi le rire n^est jamais dans l'art qu'un moyen et non une fin ; ce n'est qu'un plaisir se^ Mndaire et accidentel ^ è'ajoutç aux auU^s fluors

BES CAJmè BU lOIfE. ' 1 27

que Tart doit régulièrèmeat procurer. Cependant, comiûô il est agréable par lui-même, on voit souveiit des auteurs se préoccuper uniquement du soin de ràsisembler par un lien quelconque un certain nombre de traits risibles ; et Aristote lui-même a faTorisé cet -abus, en présentant le risible comme l'élément es^ "Sentiel de la comédie (1). Mais quand un lien rigou* reux et un intérêt unique font défaut à mie œuvre, elle devient fastidieuse pour les geps de goût. An fond, ce (pi'on a alors devant tsoi n'est pka^une em-yte, mais uBesoceessida d'^ae^res distinctes, plus ^m moins inq^âi&ilef ,diaeuiie amusante ou ennuyeuse ^T elkHEû^aa^^ eî raseep^le -d'être détachée des au- ^^s; le teneur peut à son gré prendre ou laisser le Une au milieu^ sans éprouver le besoin de connaître W quî précède ou ce qui suit ; le spectateur peut sortir sans attendre la fin de la pièce. Ce sont des parties sans tout, des détails san& ensemble. Au lieu d'une ^uvre grande et belle, on a une collection de petites ouvres incohérentes; au lieu d'un bel édifice, toute la -bimbeloterie d'une étagère- Mais ici encore il estîm- "possible de se soustraire à la loi que nous avons for* millée : dans chacun de ces détails, le rire reste Taf-*' -faire d'un moment^ et ne peut être qu'un des effet»

(f) /We/ijwtf, cb. V.

:I28 im tîAUSES DU BIRE.

^d'une actioa, qui, avwt d'être risible, doit être 636- .^posée,c'est-à^re Atoir un comiûéncement, lininilieu ^t une fin. .

Quant aux arts qui ne consistent pas dans une imi^- .tation on plutôt dans une fiction;, le risible ne pent -devenir un 4e leurs éléments. Jl peut y avoir une mur ^ique comique, c'est-à-dire une musique qui conr vienne, en tant qu'accompagnem^t, à la poésie ou À la fïanse comiques ; mais il n'y a pas de niUsique rir ^le. Ces arts ne nous font rire xjue lorsqu'il» viole»t ileprs propres lois, quand, par exemple, un, chanteur fait une note fausse ; le risible en ce cas n'est pas dans Ja musique elle-même,, mais dânç l'osage que nous en faisons^ ce n'est plus un effet de l'art, mais un ac*cident de la vie réelle*

Quelque vif que soit le sentimeoi du rire,- quoique le choc qu'il imprime à notre actiyijé nous; donnera un haut degré la conscience de Tivre, il est tellement facile et à la portée des âmes les plus vulgaires, qu'il n'ari^i d'élevé, rien de noble par lui-même, Différenl; en cela des sentiments du. beau, du sublime» du spirituel, de la vérité, moins vifs peut-être, mais-qui.exir gent pour condition un développement considémbl|B de nos plus hautes facultés^ ou me énergie )Vig<>u^ reuse dont beaucoup sont incapables, il se produit à la moindre occasion dans l'individu le plus ^grossier

DES CAUSES DU RIRE. t^

jeile plus mal doué. Ce tait, mal interprété, donne lieu à une erreur assez commune : on rencontre dans te .monde des gens persuadés qu'il y ya de leur dignité de ne pas s'abandonner au rire, et qui affectent uu imperturbaWe sérieux; le rire cependant ne prouve qu'une seule chose, c'est que nous avons rencontré un objet risible sur notre chemin. Il est bon peutr être de ne pas rechercher avec trop d'avidité les occasions d'éprouver ce sentiment; mais quand celles-ci se présentent, cette sorte de pruderie, qui nous porte il dissimuler ce qui se passe en nous, pourrait seulement donner à penser que nous sommes incapables de saisir les rapports que doit suggérer tel objet, ou que notre entendement est singulièrement paresseux. Nous produisons alors un effet précisément contraire à celui que nous voulions produire, et nous devenons ridicules nous-mêmes.

Toutefois, il en est autrement du fait de causer le rire chez les autres, et de leur procurer volontairement l'émotion du risible. Si l'on ne peut être responsable de ce que l'on entend, nous le sommes toujours de ce que nous disons ; dans le rire, nous sommes purement passifs, nousdevenons actifs dansla plaisanterie. Il nous reste à dire quelques mots de l'usage et des applications qu'on peut faire de la plaisanterie. Tantôt elle est à elle-même sa propre fin , tantôt elle n'est

uo DES Causes bu rire.

qu'un moyen d'attirer plu3 fortement l'attention sur im objet. Dans le premier cas, on plaisante pour plaisanter et uniquement pour causer le plaisir du rire ; t5*est ce qu'on appelle de la bouffonnerie '. les calembours les plus insipides, les grimaces les plus saugrenues, les gestes les plus inconvenants, tout lui est également bon : elle n'a rien à faire avec le goût ou avec la vérité ; consistant uûiquement dans la forme et dans la manière de présenter les choses, elle s'exerce sur les plus insignifiantes et occupe inutilement l'attention; elle est tout au plus un remède désespéré iîontre l'ennui. Faire rire uniquement dans le but de faire rire, c'est-à-dire faire le bouffon, est le signe d'un esprit désœuvré qui jperd grossièrement son temps ou qui cherche à le tuer, ou d'un esprit sans élévation, incapable de s'exercer sur des occupations plus hautes et plus difficiles. « Il n'est pas ordinaire, dit La Bruyère, que celui qui fait rire se fasse estimer. » Un homme d'esprit, de bon sens, d'instruction a, quand il est avec les autres, d'autres ressources en lui-même, pour les désennuyer, que de feindre la sottise. Il y a, à la vérité, des sociétés qu'il est difficile d'amuser autrement que par des calembours ou par ce qu'on appelle des bêtises et des niaiseries ; mais ce ne sont pas celles dont la fréquentation fait estimer, et que recherchent les esprits distingués.

J»;S CAUSES DU RIW. 134:

La plaisanterie a droit au contraire à recsevoir |^ meilleur accueil, toutes les fois qu'elle est spirituelle, ou qu'elle recouvre des vérités utiles, ou qu'dle 4 quelque chose de satirique, ou qu'elle devient (da^s les arts par exemple) un élément de la beauté (1) ; en un mot, toutes les fois qu'elle n'est pas à cfUe-môr^e sa propre un, qu'elle n'est qu'un moyen ou un ornpm^t. Elle sert alors à rendre un ob^eX plusfrappaftt, k s^ttirer siur lui notre attention, à le graver plus profpmdément da^s notre sfouvenir. C'est précisément parce qu'elle ne consiste que dans la forme, que la

>plaijsanterie peut s'appliquer aux matières les plus imr portantes et en faire des causes de plaisir. Employée pour faire ressortir le^ défauts de quelqu'un, elle devient une arme terrible; et les travers les plus légers, fixés daas notre mémoire par une plaisanterie, y demeurcAt inéffaç^les. La moquerie, c'e^-à-dire le rire ajouté à 1^ désapprobation, produit bien plus d'effet

.quç la désapprobation s^ule. Une plaisanterie jetée h propp§ 4ian$ une conv^rsatioQ, dans une di$cussioQ, dan^ UP livre i^rieux, dans xine œuvre poétique, ranime l'attention fatiguée, fait oublier la lassitude, rompt la monotonie et ramène vers la matière prinoir

(1) C'est ainsi que dans les drames de Sha|cspe^e, des calembours, déte8t«J[)les par eux-mêmes, deviennent d'excellents traits de caractère.

132 DES CAUSES DtJ BIRE.

pale les imaginations distraites. C'est dans ce but que Cicéron recommande aux orateurs de se servir dé temps en temps de la plaisanterie. Que de vérités utiles elle peut enseigner ou rappeler! C'est pour faire penser à la vanité de l'ambition et de l'orgueil, qu'Hamlet plaisante amèrement dans le cimetière t « Avec quelle insolence ce brutal fossoyeur traite ce qiii est peut-être la tête d'un ministre ! . ; Va mainteniànt, pauvre Yorick, te poser sur la toilette d'une de nos belles; dis-lui qu'elle a beau se mettre un pouce de^ fard, qu'il faut qu'elle en vienne à cette gracieuse métanâorphose ! Fais-la sourire à cette idée ! » Les plaisanteries de Molière, dans les Précieuses ridicules^ ont suffi pour corriger l'abus que, de son temps, on faisait du style métaphorique, et plus d'une fois le rire à battu en brèche les préjugés les plus nuisibles et les plus enracinés. Une plaisanterie bien ménagée rend vaines les difficultés qu'un sophiste s'efforce de nous opposer, et, en le rendant ridicule, lui fait perdre toute son autorité. Nos désirs eux-mêmes peuvent avoir intérêt à s'exprimer d'une façon plaisante ; les prières, les sollicitations sont souvent importunes; mais le moyen de rien refuser à celui dont la demande nous a fait rire et nous a tirés pour un moment de l'ennui ? Quoi de plus ingénieux que ce vers d'un pauvre diable au roi de France :

Ton image est partout^ excepté dans ma poche 1. . .

On a vu le rire désarmer la haine et la colère, et arracher à des juges la grâce d'un coupable. En un mot, la plaisanterie^ appliquée à un objet quelconque, a pour effet de rendre plus forte l'impression qu'il produit sur nous :

Ridiculum acri Fortins et melius magnas [^erumqne secat res»

(Horace, mL X, 1. 1.)

Mais , comme tout acte libre, elle est soumise aux lois de la morale ; elle est bonne ou elle est mauvaise. En général^ la plaisanterie n'a de valeur que dans la bouche des gens sérieux.

THE BORROWER WILL BE CHARGED AN OVERDUE FEE IFTHIS BOOK IS NOT RETURNED TO THE LIBRARY ON OR BEFORE THE LAST DATE STAMPED BELOW. NON-RECEIPT OF OVERDUE NOTICES DOES NOT EXEMPT THE BORROWER FROM OVERDUE FEES.

\D EN E rÏ

Page 1