Des causes morales et physiques des maladies mentales et de quelques autres affections nerveuses, telles que l'hystérie, la nymphomanie et le satyriasis
Mon but, dans cet ouvrage , est de démontrer que la folie est une affection idiopathique du cerveau, et quelle tient à faction de causes directes et immédiates sur cet organe. Je cherche à prouver, par des applications de la physiologie, que f encéphale est soumis aux lois qui régissent l’économie , qu’il n’y fait point d’exception, que ses fonctions, comme celles des autres parties, sont dérangées par les lésions de l’organisation, et que ses maladies sont d’autant plus fortes et plus nombreuses, que les danses d’excitation auxquelles il est exposé sont elles-mêmes plus vives et plus multipliées; ou, pour tenir un langage plus physiologique encore , que ses maladies sont en rapport direct avec les applications désordonnées ou l’exercice trop violent ou trop long-temps soutenu des fonctions qui lui sont départies.
Pour arriver à connaître le siège de la folie,
vil] INTRODUCTION.
je soumets à l’examen de mes lecteurs, dans un chapitre particulier , la force des preuves que je puise dans la manifestation des symptômes caractéristiques de cette affection.
Un dernier chapitre, relatif aux inductions à tirer de l’ouverture des cadavres des aliénés, consolidera mes opinions sur ce sujet. J’y combattrai celles de mes devanciers sur la non-existence des lésions cérébrales chez cette classe de malades, et je serai peut-être assez heureux pour démontrer qu’il ne peut y avoir de folie sans altérations organiques palpables de l’encéphale ou de ses membranes , et que, depuis l’époque où nous avons possédé plus de connaissances anatomiques sur le cerveau, des altérations inaperçues de nos prédécesseurs ont frappé tous nos sens. Je dirai, , avec MM. Magendie, Serres et Falret, que, mal- I gré toutes ces découvertes , nos moyens d’in- I vestigation ne sont point encore assez perfecdonnés, que la structure intime de cet organe ne nous est point encore assez dévoilée, pour affirmer que, dans une circonstance donnée, il n’y a point d’altération; que l’analogie l’a fait
WTRODtrCTrOîi.
déjà supposer, et que si, dans certains cas, très rares aujourd’hui, on nV peut constater aucun changement, il rentre encore ici dans la loi commune aux autres organes, qui ne laissent pas toujours après la mort des traces évidentes de l’affection dont ils ont été incontestablement le siège pendant la vie.
Cette partie de la médecine mentale est aujourd’hui l’objet d’une attention générale. Avec les médecins que je viens de nommer, je ne puis laisser échapper l’occasion de citer comme ayant égaledéjà beaucoup de titres à l’estime de leurs confrères sous le rapport des travaux qu’ils ont publiés sur les fonctions ou sur les maladies de l’encéphale, MM. Lallemand, Martinet, Parent, Rostan, Rochoux,Coindet, Sutton, Bouillaud *, Pinel fils, Bayle"et Calmeil ® ; tous ces hommes distin-
‘ Traité clinique et physiologique de Vencéphalite, ou inflammation du cerveau et de ses suites, telles que le ramollissement, le squirrhe, le cancer, les tubercules, etc. In-8°, Paris, 1825.
=* Be la 'paralysie^considérée chez les aliénés , recherches faites aux hospices de la Salpêti'ière et de Charenton, dans le service et sous les yeux de M. Royer- Collard et EsquiroL Paris, 1826, m-8°.
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gués ont suivi l’impulsion donnée par MM. Pinel, Esquirol, Louyer-Villermay, Gall et Spurzheim.
Je cherche à prouver aussi que les causes physiques , telles que la suppression des règles , les suites de couches, le temps critique, qui ont été regardées par nos prédécesseurs comme les plus puissantes pour produire l’aliénation , n’occasionent pas cette maladie. J’espère démontrer que dans toutes ces circonstances on a pris l’effet pour la cause, et que le trouble qui se mani- I feste dans les fonctions de l’utérus est consécutif à une affection morale.
Je dois dire ici, par anticipation, que l'on ne comprendrait point ma pensée, si l’on croyait que je veux affranchir le cerveau de l’influence des autres organes. Je ne peux prétendre à éta- ; blir leur insensibilité, en raison du consensus qui règne entre toutes les parties de l’organisme : chacun d’eux, considéré dans son état physiologique et pathologique, a ses rapports et ses influences : il peut donc entraîner secondairement le désordre dans les fonctions des organes qui ont avec lui les sympathies les plus étroites, ou
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qui, par des circonstances particulières, sont les plus prédisposés à un état morbide; consé-i\ quemment le cerveau peut être affecté de cette ^ ' manière. Mais dans la grande majorité des cas où les observateurs ont constaté sa lésion, ils ont confondu le délire aigu, symptomatique, avec l’aliénation mentale, ou la lésion primitive, idiopathique du cerveau.
Pour compléter tout ce qui est relatif au rôle que les auteurs ont fait jouer à l’appareil de la reproduction dans l’un ou l’autre sexe, nous avons cru devoir aussi parler de l’hystérie, de la | nymphomanie et du satyriasis. C’est au lecteur ^ à juger les idées générales que j’ai présentées sur ce sujet important et les observations particulières qui les fortifient.
Je termine l’ouvrage par des réflexions sur N 1 influence de l’hérédité et de certaines disposi- } tions natives trop fortement prononcées, et par quelques considérations sur le traitement.
Démontrer que l’aliénation est une affection idiopathique du cerveau, prouver par les secours de la physiologie que l’action des causes des
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maladies mentales est directe et immédiate sur cet organe , ou, en d’autres termes, que les causes de U la folie consistent dans les fonctions violentes ou trop long-temps soutenues des parties cérébrales; préciser encore le siège de cette affection dans l’encéphale ou ses membranes par l’énumération des symptômes et par l’ouverture des cadavres, et donner conséquemment aux considérations premières une force nouvelle, tel est le plan que je me suis particulièrement tracé dans l’ouvrage que j’ose aujourd’hui présenter au public.
Ce serait abuser d’un temps précieux, et ne pas connaître ses lecteurs, que de s’attacher à / / démontrer dans une introduction l’utilité de la physiologie du cerveau pour le sujet que je traite en ce livre. Je vais seulement, avant d’entrer en matière, combattre une opinion répandue parmi quelques médecins, et que dans l’état actuel de la science il importe de détruire.
Jusque dans ces derniers temps, l’ignorance où l’on était des fonctions du cerveau n’avait ;/ point fait considérer l’étude des causes morales de la folie comme un sujet purement médical :
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à juste titre, alors, il rentrait tout entier dans le domaine de la métaphysique , et se ressentait nécessairement de l’obscurité de cette science. Aujourd’hui que les travaux des physiologistes ont jeté un si grand jour sur ces matières, et que la noblesse et l’étendue des attributions du cerveau ont été rigoureusement analysées, aujourd%ui que cet organe est regardé sans contestation comme le siège, la condition matérielle des ^ facultés intellectuelles et des qualités morales ', |i
> Quand je dis que le cerveau est la condition matérielle des facultés intellectuelles et des qualités morales, je n’ai point à craindre le système des interprétations. Les muscles et les os sont la condition matérielle du mouvement, mais ne sont pas la faculté qui cause le mouvement : l’ensemble de l’organisation de l’œil est la condition matérielle de la vue, mais ce n’est pas la faculté de voir.
Je crois à la spiritualité et à l’immortalité de l’âme, mais tant qu’elle est renfermée dans le corps ses facultés ont besoin d’instruments corporels pour se manifester, et ses manifestations sont modifiées, diminuées , augmentées ou dérangées selon la disposition de ces instruments. Je peux dire aujourd’hui ce que Charron disait, il y a plus de deux cents ans, aux hommes de mauvaise foi qui doutaient de sa croyance.
« Aucuns ont pensé que l’ame raisonnable n’esloit point organique, ët n’auoit besoin pour faire ses fimctions d’au-
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loin d’envisager cette étude comme étrangère à la médecine, elle en doit paraître et en forme indubitablement une des parties les plus intéressantes. Le médecin donc qui choisit ce sujet pour son texte, et qui, comme dans toutes les autres branches de notre art, prenant l’observa-tion pour guide, scrute avec la plus sérieuse at-
cun instrument corporel , pensant par la bien prouuer l’immortalité de l’ame : mais sans entrer en vn labyrinthe de discours, l’expérience oculaire et ordinaire dément ceste opinion , et conuaincq du contraire : car l’on sçait que tous hommes n’entendent ny ne raisonnement de mesmes et esgalement, ains auec très-grande diuersité : et vn mesme homme aussi change, et en vn temps raisonne mieux qu’en vn autre, en vn aage, en vn estât et certaine.disposition qu’en vn autre, tel mieux en santé qu’en maladie, et tel autre mieux en maladie qu’en santé. Vn mesme en vn temps preuaudra en jugement, et sera foible en imagination, d’où peuuent venir toutes ces diuersittés et changemens sinon l’organe et instrument changeant d’estat? Et d’où vient que l’yurognerie , la morsure du chien enragé, vne heure ardente , vn coup en teste, vne fumée montant de l’estomach, et autres accidens feront culbutter et renuerseront entièrement , tout l’esprit intellectuel, et toute la sagesse de Grece, voire contraindront l’àme de desloger du corps ? Ces accidens purement corporels ne peuuent toucher ny ârriuer à ceste haute faculté spirituelle de l’ame raisonnable, mais seulement aux organes et instrumens ,
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tention les profondeurs de la pensée, et cherche à apprécier l’influence que peuvent avoir sur le bonheur et la raison de l’homme, l’éducation, les institutions politiques et religieuses , les mœurs, etc., ne doit pas craindre d’être mis au nombre de ces médecins métaphysiciens ou littérateurs dont l’imagination sut, il est vrai, donner
lesquels estant détraqués et desbauchés, l’ame ne peut bien et reglement agir, et estans par trop forcés et violentés est contraincte de s’absenter et s’en aller. Au reste se seruir d’instrument ne préjudicié point à l’immortalité, car Dieu s’en sert bien , et y accommode ses actions : et comme selon la diuersité de l’air, région et climat, Dieu produict hommes fort diuers en esprit et suffisance naturelle .... .... aussi l’esprit selon la diuersité des dispositions organiques , des instrumens corporels, raisonne mieux, ou moins. Or l’instrument de l’ame raisonnable , c’est le cerneau. » (Chabrox, De la Sagesse, liv. P', p. 88 et 89.)
Le passage que je viens de citer est aussi intéressant par la bonne foi de l’auteur et la force de ses raisonnements que par la connaissance exacte qu’il donne de l’état où se trouvait la science à son époque. Comment a-t-on pu, pendant près de deux siècles, ne tenir aucun compte d’observations si justes, si intéressantes, et qui pouvaient mener .si loin ! Au lieu de suivre cette bonne direction , n’est-il pas bien malheureux qu’on se soit jeté dans les subtilités de la métaphysique et dans tous les errements qu’elle entraîne avec elle!
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à leurs tableaux la couleur et la vie, mais dont l’esprit superficiel, le jugement peu solide ou les idées spéculatives ont presque annulé les productions.
Si cette page, qui fait connaître l’esprit dans lequel l’ouvrage que je présentées! écrit, ne détruit pas les préventions des personnes qui ont vivement senti combien le système des idéologues introduit dans l’étude des maladies mentales lui avait été préjudiciable, je n’ai plus rien à leur dire; des médecins qui n’ont point de parti pris reconnaîtront mieux le point opposé d’où je pars, et, me voyant marcher péniblement terre / à terre et m’arrêter partout où l’observation , ne me prête plus son appui, ils ne craindront peut-être pas de s’engager avec moi dans un sujet auquel se rattachent et d’où sortent des questions du plus haut intérêt.