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PRÉFACE DE LA DEUXIEME EDITION

L’accueil bienveillant et empressé que le public médical a bien voulu faire à mon mémoire sur « VEmploi des caustiques en chirurgie et spécialement dans le traitement des ulcères, des caries et des affections cancéreuses », m’engage à en publier une nouvelle édition.

Parmi les nombreux témoignages d’approbation et d’encouragement que j’ai reçus, je citerai l’appréciation du docteur E. Bertherand, LÜrecteur du Journal de médecine et de pharmacie de l’Algérie, parce qu’elle fait bien ressortir l’action spéciale des caustiques sur les néoplasmes cancéreux, action plus sûre, plus profonde, plus antiseptique et par consécjuent plus efficace contre la récidive, malheureusement trop fréfjuente à la suite des opérations par le raclage et par l’instrument tranchant.

Des caustiques dans le traitement du cancer et de certaines affections chirurgicales, par le docteur J. Félix, chirurgien de l’hospice Ste-Gertrude, à Bruxelles. — Paris, Carré, éditeur, 58, rue St-André-des-Arts. In-18 d(} 100 p.

La pensée qui a inspiré la conduite chirurgicale de 1 auteur est celle-ci : « Avant d’opérer une tumeur quelconque, il faut bien voir si elle est avantageusement opérable pour celui qui la porte; et en second lieu, l’observation clinique et l’expérience doivent décider du

procédé qui convient le mieux ù chaque cas déterminé. » Certes le couteau, la scie sont indiqués quand on a affaire à une résection, une ovariotomie, etc.; mais quand le néoplasme a des racines et des prolongements impossibles à poursuivre ou qui se dérobent à l’œil du praticien, le caustique n’est-il pas plus efficace, plus sûr, d’une action plus profonde que le grattage, le raclage, etc. ? Et n’en voyons-nous pas des exemples (juotidiens chez nos indigènes de l’Algérie, qui manient le 1er rouge avec des succès incontestables, malgré le |)eu de connaissances anatomiques de leurs toubibes? Lisez le Traité de chirurgie d'Abdulcasis, ce célèbre chirurgien musulman du xi° siècle, et vous serez émerveillé du parti qu’il savait tirer de la cautérisation ignée.

M. le docteur Félix établit un diagnostic sévère entre les tumeurs bénignes et les tumeurs malignes : pour ces dernières, il préconise la méthode des caustiques chimiques comme la plus simple, la plus sûre et la plus efficace contre les récidives. 11 donne la formule du caustique qui lui a paru toujours le plus avantageux; il décrit les modes de préparation, d’application. Suit une savante étude sur l’étiologie du cancer, et il termine par la statistique de ses succès, qu’il appuie d’une vingtaine d’observations détaillées et discutées.

Excellent livre clinique dont nous recommandons la méditation à nos confrères algériens.

D'' E. Bertherand.

(Extrait du- Journal de médecine et de pharmacie de V Algérie^ n° 8, août 1888.)

En médecine, comme en toutes choses, il est des préjugés qui se transmettent à travers les âges et les géné-

rations; il est de ces traditions, de ces aphorismes que tout le monde admet sans en avoir guère scruté la valeur et la réalité. Que n’a-t-on pas écrit sur l’incurabilité et l’hérédité du cancer et de la tuberculose? Que de fois n’invoque-t-on pas ta diathèse préexistante, fatate, et dont on n’a pu encore donner nue exacte et intetligibte définilion, pour expliquer des choses, qu’il vaudrait mieux veconnâitve inexplicabtes dans l’état actuel de la science, et que les découvertes récentes de la microbiologie, dues à l’initiative de Pasteur, nous font apparaître sous un jour tout nouveau et dans leur simple lucidité?

Les admirables recherches de Pasteur sur les fermentations, les altérations du vin, de la bière, sur les maladies des vers à soie, sur le charbon, le choléra, la rage, etc., ne nous montrent-elles pas la part active, le rôle important des microorganismes dans les mutations ((ue subissent les milieux organiques, inanimés ou vivants? (Voir lievue de médecine, 1880. Du voie des microbes dans ta genèse des matadies, d’après Pasteur, par le docteur Talamon.)

A. Gauthier, Ponchet, Ethard ne nous ont-üs pas montré le rôle des substances alcaloïdiques, des teucomaïnes qui se forment normalement dans l’organisme, existant dans les urines, dans les muscles normaux, dans le pancréas, dans la rate, etc., et qui ne seraient que des produits de l’activité des cellules, des produits de déchet, tout comme l’urée, l’acide carboni(jue, etc.?

Pour A. Gauthier, ces teuconiaines se produisent dans l’organisme parce qu’une partie des tissus vit à la façon des ferments anaérobies ou putrides, qui eux fabriquent les ptomaines proprement dites.

Ces substances alcaloKli(jues plus ou moins toxi({ues, et continuellement fabriquées par nos éléments anatomiques, sont oxydées, détruites, brûlées dans le torrent

circulatoire; les leucomaïnes ne deviennent dangereuses pour Torganisme que lorsqu’elles sont fabriquées en quantité anormale, ou insuffisamment éliminées; leur accumulation déterminerait alors des auto-intoxications. On peut admettre avec Pouchet que, dans ces conditions, le terrain organique devient plus favorable au développement d’un parasite à l’envahissement duquel il eût résisté antérieurement. {Revue de médecine^ 1887. — Académie de médecine de Paris, 1886.)

Il résulte, à notre avis, de ces importantes découvertes :

1" Que des ferments et des fermentations diverses se produisent dans les organismes vivants, par des causes internes et externes ;

^2" Que la fabrication plus ou moins grande, l’élimination plus ou moins complète ou rapide des produits toxiques et de fermentation organique augmentent ou diminuent la résistance de l’organisme vivant, et favorisent ou défavorisent la pullulation des microorganismes pathogènes ;

3” Que ces divers phénomènes, ces conditions spéciales peuvent se produire aussi bien dans tout l’organisme, que dans certaines parties de cet organisme; que très souvent môme une partie, un organe de l’étre vivant est atteint d’abord, et que l’intoxication pathogénique générale se fait ensuite et progressivement pour aboutir à la cachexie et à la mort.

Ces faits étant pertinemment établis, que reste-t-il de la diathèse préexistaute et de l'hérédité fatale qu’on invoque à tout propos, et qui tendent à conclure à l’inutilité absolue de Part médical, autant qu’à l’irresponsabilité humaine?

Le docteur Bouchard définit ainsi la diathèse : « Un trouble permanent qui prépare, provoque ou entretient des

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maladies differentes comme siège, évolution et processus. »

Mais les troubles de l’économie vivante sont soumis à des influences multiples, variées, imprévues, variables à l’infini d’après les dispositions organiques et psy- , chiques de l’individu, d’après sa sensibilité plus ou moins grande aux infiuences, aux milieux extérieurs; d’après son immunité plus ou moins grande, originelle ou acquise contre les causes morbides et les agents pathogènes qui assaillent sans cesse son existence. Dans ces conditions, la diathèse préexistante est-elle encore admissible? La prédisposition naturelle, héréditaire, fatale à contracter telle ou telle maladie est-elle encore soutenable, quand cette [»rédisposition peut changer à chaque instant d’après les mille et un facteurs différents qui, sans cesse, amènent dans l’économie vivante d’innombrables modifications?

La diathèse préexistante est-elle encore admissible, pour n’importe quelle maladie, quand il est démontré que des causes internes et externes changent à l’infini les manifestations de la vie des tissus et des organes du corps humain; quand l’air, la lumière, l’électricité, le froid, la chaleur, l’eau, la pression atmosphérique, les aliments, les climats, les émotions, les commotions, les excitations de toute espèce, physiques et morales, déterminent brusquement ou lentement des troubles économiques divers qui font éclore dans l’organisme les maladies les plus variées, mêmes les affections parasitaires (1).

Au lieu d’invoquer la diathèse préexistante, la fatalité héréditaire pour légitimer l’incurabilité du mal et l’inutilité des remèdes, n’est-il pas plus rationnel d’étudier les agents pathogènes que la chimie et le microscope

(1) V . Essai sur l'hérédité et la sélection naturelle, par A. Weis~ mann, professeur à l' Université de Fribourg-en-lirisgau (Paris 1892).

découvrent chaque jour; de chercher à connaître les conditions de leur formation, de leur existence, de leur reproduction, de leur activité, de saisir les rapports que les microorganismes ont entre eux, car il n’y a plus à en douter à côté des causes de destruction, la nature a établi des agents de protection et de conservation et la phagocytose est aujourd’hui scientifiquement établie. {Roux, MetschnikofJ).

Si je me suis étendu si longuement sur cette importante question de la diathèse préexistante et de l’hérédité fatale, c’est parce que ces théories, combattues dans les derniers congrès scientifiques, conduisent le médecin à se croiser les bras quand il pourrait agir, et à jouer le rôle aussi inutileque bizarre lV enregistreur de maladies et de collectionneur d'observations et de diagnostics, s2ins que tous ces travaux, comme le disait autrefois le docteur Amédée Latour, profitent le moins du monde à l’humanité et à la science.

C’est à cause de ces fausses théories que nous avons toujours combattues, et que nous combattons de plus en plus avec ardeur, parce que nous voyons le nombre de nos partisans augmenter chaque jour, c’est à cause de ces théories que la plupart des chirurgiens dédaignent l’emploi des caustiques dans les affections cancéreuses, taxent cette méthode d'empirique et de rétrograde, parce que comme le cancer est, d'après eux, héréditaire et incurable, il ne faut opérer que pour contenter le patient et que puisque la récidive est la suite ordinaire des opérations, il faut employer le bistouri sous le chloroforme, afin de terminer brillamment et rapidement une opération qu’on sait inutile, puisque le mal se reproduira fatalement dans un délai fort peu éloigné !

Nous avons renoncé à l’instrument tranchant dans le traitement des cancers parce que nous étions affligé du

grand nombre de récidives. C est pour ce seul motif que nous sommes arrivé à force de temps, de patience et d’expérience à obtenir un caustique ayant toutes les qualités nécessaires à un caustique excellent, n’ayant aucun des défauts des autres caustiques chimiques employés depuis longtemps et à instituer une méthode d’application de ce caustique, qui nous donne les meilleurs résultats et des guérisons radicales.

j\ous terminons en affirmant qu’il faut bien se garder d'opérer les cancers, quels qu’ils soient, lorsque le mal s’est répandu par les vaisseaux sanguins ou les lymphatiques dans des régions où il n’est plus possible d’extirper tous les ganglions atteints. Ce diagnostic est souvent difficile, mais l’observation attentive d’un grand nombre de cas, l’étude clinique du développement et de la propagation des tumeurs cancéreuses, rendra le chirurgien expert et prudent. 11 n’oubliera jamais que cautériser ou amputer une tumeur cancéreuse, sans pouvoir extirper tous les ganglions périphéri(jues, ou sans détruiretoutes les parties atteintes du mal, c’est une grande faute parce que c’est précipiter le dénouement fatal, et exposer le patient à des souffrances plus grandes que si l’on n’avait pratiqué aucune opération. Notre caustique a l’avantage de faire découvrir les traces de dégénérescence cancéreuse, là où rien ne peut en décéler l'existence.

Nous résumons nos opinions sur le cancer et son traitement dans les propositions et thèses suivantes dont nous croyons avoir démontré la réalité au cours de notre ouvrage

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