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Le terme s’applique aux tumeurs malignes

d’origine conjonctivi*, aussi bien qu’aux tumeurs épithéliales. Le terme carcinome est réservé spécialement aux tumeurs formées aux dépens des épithéliums glan-

dulaires et celui de cancroïde aux tumeurs formées aux dépens de l’épithélium qui revêt la peau ou les muqueuses dermo-papillaires. (Ziegler, Laboulbène, Augier, Van Ermengem.)

Donc le cancer est une affection spéciale des tissus conjonctif et épithélial.

2. Des combinaisons diverses dans le développement des tumeurs aux dépens des éléments conjonctifs et épithéliaux, il résulte des formes variées du cancer, d’après la prédominance palhogénique de l’un ou l’autre élément prénommé, et d’après l’anatomie et la fonction des organes auxquels ces tissus appartiennent : glandes diverses, salivaires, mammaires, palpébrales, muqueuses, foie, rate, pancréas, testicule, etc., etc.).

3. l^a nature du cancer est donc toujours la même dans sa constitution anatomo-pathologique, mais sa marche, sa malignité, son développement et sa généralisation plus ou moins rapides diffèrent suivant les organes qui sont affectés et suivant la constitution et le tempérament des individus atteints.

4. Des auteurs et des cliniciens admettent certaines analogies entre le cancer et la tuberculose. Les désordres et les lésions anatomo-pathologiques de la pneumonie cancéreuse au troisième degré ne ressemblent pas mal à la pneumonie tuberculeuse au troisième degré. Les symptômes et les syndromes sont à peu'près les mêmes; (|uant au bacille spécifique, rien n’est étudié ni résolu à ce sujet. Au point de vue clinique, le signe différentiel le plus caractéristique pour nous, c’est Vodeur spéciale ([u’exhalent les crachats cancéreux, et qui ne trompe jamais le médecin observateur. Nous pensons que le cancer est à l’age mûr, ce que la tuberculose est à la jeunesse; c’est-à-dire une affection parasitaire (microbienne) trouvant dans les dégénérés de l’age mûr un

terrain favorablede culture et dedéveloppeinent, comme la tuberculose trouve dans les dégénérés de la jeunesse son terrain de prédilection.

5. Le cancer est une affection contagieuse aussi bien que la tuberculose. L'hérédité pour le cancer, pas plus que pour la tuberculose, ne nous paraît pas la cause principale de sa propagation, meme dans les familles où l’on constate le cancer dans leur descendance; d’autres facteurs, d’après des faits observés (contage, régime, cohabitation), nous paraissent plus im})orlanls (1).

Les recherches histologiques du professeur Nepveu, sur la pathogénie du cancer {Marseille médical, 15 janvier 1892, p. 41) confirment notre manière de voir.

La cause pathogénique du cancer est, dit le docteur Nepveu, encore obscure : Le professeur Firket, deLiège, est du même avis; ni les cellules, ni les coccidies ne sont le caractère pathognomonique des tumeurs cancé-

(1) Zacutus lAisitaniis , médecin du xviie siècle, rapporte que trois garçons furent atteints de. cancer au sein pour avoir couché longtemps avec leur mère affectée du même mal Tulpius rap)porte l'observation d’un homme qui mourut de cancer aux gencives pour avoir sucé la mamelle cancéreuse de sa femme, dans l'intention de la gxiérir.

On vient de répéter les expériences déjà anciennes de Dupuytren et d’ A liber t cpii introduisaient, sans résultat, des fragments de tumeurs cancéreuses sous la peau, dans les muscles, dans l'estomac et l'abdomen des chie^is et cela pour établir ia non contagiosité du cancer.

Or ces expériences, dont les résxdtats ont été nxds, ne prouvent qu'une chose : c'est la noxr traxismissibilité du caxxcex- de l’homme aux animaux, rien de plus. Les expériences de l’inoculation de la syphilis aux animaux, faites par Klebs en 1878 et qui soxit restées saxis résultats, excepté pour le singe, px'ouveraient-elles que la syphilis n’est pas une maladie contagieuse 'f Encore faxit-il noter que les lésions comtotées à l’autopsie chez le singe ixxoculé [dépôts et nodules caséeux), appartiennent plutôt à la txibercu.lose qu'à la syphilis. Et parce qxie la variole, la x'ougeole, la scarlatine, etc. ne se tx'axxsmettexxt pas de l’homme aux anixnaux, exi sont-elles xxioins des maladies coxitagieuses.

Dé/loxis-nous de coxxclxire tx'op afflx'mativexnexxt quand il s'agit d'expériences faites daxis le labox'atoix'e ou sxir des espèces anhxiàles difféx'entes . iii les agents toxiqxies et mox'bigènes sont les xnémes, les terrains et la x'éceptivité des diverses espèces animales sont dissemblables.

reuses, puisqu’on les rencontre fréquemment ailleurs. Les Bactériens sont un fait secondaire; les psoraspermies sont encore problématiques; aussi le docteur Nepveu s’est-il attaché à étudier les altérations morphologiciues du sang, des capillaires, des lymphatiques et du tissu conjonctif dans la zone péripliériciue de tumeurs cancéreuses de la peau, de la verge ou du sein. Les capillaires sanguins subissent des altérations intéressantes : tuméfaction, karyokinèse et rupture des endothéliums; infiltrations épithéliales de la paroi des petits vaisseaux qui deviennent des centres de figures, de lobulation par des cellules nouvelles. Augmentation de nombre et karyokinèse des leucocytes du sang, avec destruction des globules rouges, comparable à ce qui se produit dans l’hémoglobinhémie paludique, diapédèse leucocytique et globulaire rouge en voie de destruction ; détritus globulaires, de granulations diverses de fins épithéliums, de cellules chargées de corps à fuchsine libres et isolés. Dans le tissu conjonctif se trouvent de nombreuses cellules à noyaux ou nucléoles séparés ; ces cellules sont voyageuses (Virchow a démontré que toute cellule peut être considérée comme un parasite). Il n’en faut pas plus pour prouver la contagiosité du cancer, qui s’étend comme le prouve le docteur Nepveu, de la tumeur à toute l’économie.

6. Les deux causes occasionnelles du cancer que l’observateur attentif rencontre dans presque tous les cas, sont : Le traumatisme et la diathèse urique si fréquente chez les anémiques et les dégénérés.

Ces deux causes ne sont, à proprement parler, qu’une seule et même cause : « le traumatisme ». En efiet,dans la diathèse urique, les cristaux d’acide urique, qui se présentent au microscope sous bien des formes différentes, occasionnent par leur séjour ou leur passage

dans les orgaïU'S et particulièrement dans les glandes, foie, rate, reins, etc., etc., des lésions traumati(iues, qui, quelque futiles qu’elles puissent être, sont nombreuses et préparent de vrais champs de culture pour les microorganismes. 11 en est de même de tous les îraumas : au col de l’utérus chez les femmes qui ont eu des accouchements laborieux, les déchirures et les éraillures produites par le forceps, par la dilatation forcée du col, par l’avortenient mécaniciue provoqué, même par le raclage utérin, sont les causes occasionnelles les plus fréquentes des affections cancéreuses. C’est encore au traumatisme qu’il faut attribuer la plupart des cancers du sein. Nous avons constaté frécjuemment des cancers (épilhélioma), produits aux lèvres chez riiomme par l’usage de la pipe courte qui, très souvent irrite les crevasses aux lèvres.

Nous avons pu observer, dans des cas de cancer de la lèvre inférieure chez des vieillards, que nous opérions ])diV le caustique^ les traces évidentes du traumatisme produit par une dent allongée et vacillante au centre de la tumeur épithéliale; il existait dans ces cas, un centre de tissu ramolli, en forme d’entonnoir, sur lequel la dent vacillante, souvent une canine ou une première molaire restée isolée, venait s’appuyer pendant la mas- Çcation ou même pendant la conversation.

Nous avons constaté souvent des cancers dans les muscles, survenus à la suite d’etforts, de chutes, de contusions violentes qui avaient amené des déchirures plus ou moins étendues du tissu musculaire.

. Nous citons le cas d’une femme de 55 ans, d’une constitution des plus robustes, n’ayant jamais été malade, n’ayant point de tuberculeux ni de cancéreux dans sa famille, ses parents étaient morts de vieillesse. A l’àge de trente ans étant montée sur une échelle, l’échelon

(le celle-ci se brisa et elle fit une chûte dans laquelle elle se blessa fortement au sein droit; cette contusion violente fut traitée par les moyens ordinaires, mais la personne ressentit toujours des douleurs assez vives et profondes à cette région. Le sein devint dur, une tumeur se développa progressivement et fut opérée vingt ans après la chute par le bistouri: récidive et repullulation encéplialoïde en quelques mois. La malade nous consulte, nous opérons par le caustique, et après avoir détruit tout le muscle pectoral jusqu’aux côtes, nous constatons ù la chute de l’eschare, une carie de côte, résultant d’une ancienne fracture; en introduisant le doigt dans la cavité thoracique, nous constatons une pleuropneumonie cancéreuse, qui emporta la malade six mois après l’opération.

— Un écuyer, âgé de 75 ans, n’ayant jamais été malade, mourut d’une tumeur encéplialoïde énorme du deltoïde à la suite d’une chute de cheval ; pas de cancéreux dans la famille.

— Une dame, âgée de 60 ans, se blessa au doigt médius en soignant des Heurs; une épine s’était implantée sous l’ongle, un épithélioma se développa et bientôt une tumeur ganglionnaire énorme envahit le creux de l’aisselle. Cette dame qui avait refusé l’amputation du doigt médius, mourut de cachexie cancéreuse. Jamais dans sa famille il n’y avait eu de cas de cancer. Nous avons observé beaucoup de cas semblables dans la clientèle où, mieux qu’à l’hôpital, on peut recueillir des renseignements positifs.

7. L’anémie, le lymphatisme et le nervosisme chronique sont les principales causes prédisposantes du cancer et de la tuberculose.

8. L’hypoazoturie et l’hypochlorurie constantes n’existent pas plus dans les tumeurs malignes, à leur début.

que dans les tumeurs bénignes, Elles ne se produisent que lorsque le développement des tumeurs a déterminé un état cachectique du sujet. Elles sont un des signes pathognomoniques de toutes les cachexies.

9. Le cancer n’est point le résultat de la viciation de la nutrition intime de l’individu qui en est atteint; mais le cancer produit la viciation de la nutrition générale qui amène la cachexie dont l’hypazoturie est un des signes caractéristiques.

10. La propagation des éléments cancéreux (sucs, cellules, microbes, spores, ptomaïnes ou toxines) dans l’organisme se fait par les vaisseaux sanguins et les lymphatiques. Dans l’encéphaloïde, l’infection générale se produit surtout par les veines.

11. La contagion du cancer ulcéré aux parties voisines saines (auto-inoculationj s’observe fréquemment dans le cancer primitif du col utérin et de la langue. Dans ces cas on constate très souvent que les muqueuses de la bouche et du vagin contaminées par les exsudais, deviennent cancéreuses.

12. J’ai observé deux cas de cancer du prépuce (épithélioma), contracté par des maris dont la femme était atteinte de cancer épithélial du col utérin.

13. Tenant compte de l’auto-infection et de la contagion du cancer; de sa propagation par les vaisseaux sanguins et lymphatiques, de la fréquence de sa récidive, dans la cicatrice opératoire surtout, après l’opération par l’instrument tranchant, je conclus que les tumeurs cancéreuses doivent être opérées le plus tôt possible et par la méthode des caustiques de préférence tout autre procédé, atin d’éviter V infection opératoire et la récidive.

14. Notre statistique et celle du docteur Bougard (voir p. 55) comparées à toutes les autres statistiques,

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prouvent la supériorité de l’opération par le caustique qui donne, sur 162 opérations de cancers du sein, une moyenne de 40 p. 100 de guérisons radicales, sans récidive aucune, cinq ans au moins après l^opération. — Sur 26 cas de cancers du sein, nous avons obtenu 17 cas de guérison définitive.

15. La preuve la plus convaincante de la supériorité de notre méthode, ce sont les guérisons radicales et définitives obtenues dans des cas de récidives d’épithéliomas de la lèvre, d’ulcères fongueux de la jambe et de la cuisse, d’épithélioma de la paupière, de cancers du sein, où tous les moyens (bistouri, raclages, caustiques de toutes sortes) avaient été employés inutilement et par des chirurgiens distingués.

Je crois utile de terminer cette préface en résumant trois observations des plus intéressantes, de tumeurs cancéreuses opérées par ma méthode.

1. M'"® II..., des environs de Gembloux, 39 ans, atteinte de tumeur cancéreuse, du volume d’un œuf de pigeon, a été opérée par une personne de Thelin-Grupont, au moyen d’un caustique. Récidive peu de temps après, non pas dans la cicatrice^ mais plus bas, au niveau du sein gauche. Un chirurgien, professeur à l’Université de Louvain, ampute le sein gauche, le 26 août 1888. L’opération a parfaitement réussi, la cicatrisation s’est faite complètement en quinze jours. L’opérée a été très malade du chloroforme pendant trois jours : vomissements, syncopes, crampes d’estomac, malaise, etc. En mars 1891 nouvelle récidive, dans la cicatrice, conseil d’une nouvelle ablation. Mais la patiente a été si malade du chloroforme; elle est si découragée des récidives qu’elle ne veut plus se soumettre à une opération sanglante. Elle a usé de mille

petits remèdes, mais en vain. Enfin, la tumeur prenant des proportions de plus en plus considérables et envahissant le muscle pectoral jusqu’à l’aisselle, cette dame vient me consulter et accepte l’opération par ma méthode.

Diagnostic. — Tumeur cancéreuse développée tout le long des points de suture et dans la cicatrice, noyaux durs sous-cutanés dissiminés dans toute la région mammaire, jusque près du creux axillaire.

L’analyse des urines, faite avec le plus grand soin par M. le docteur Dumont, donne, en huit jours, un minimum journalier de 14,561 grammes et un maximum de 27,091 grammes d'urée, et pour les chlorures un minimum journalier de 7,52 grammes et un maximum de 10,616 grammes.

Quatre applications de caustique suffirent pour détruire tout le néoplasme et ses prolongements; l’eschare se détache le septième jour après la dernière application de caustique et laisse à découvert une plaie de très bonne nature, aussi grande que toute la main. L’opération a été commencée le 12 octobre 1891, et en janvier 1892 la guérison et la cicatrisation étaient complètes. Nous avons revu l’opérée à la lin de février et il n’y a pas la moindre apparence de récidive. La santé générale est meilleure que jamais et à la maigreur et l’anémie ont succédé les signes de l’embonpoint.

II. M. I)..., propriétaire dans le Limbourg; âgé de 68ans, souffre depuis trois ans d’un épithélioma ulcéré, situé sous l’arcade sourcillière gauche; tous les traitements, raclages, cautérisations, pommades diverses ont échoué. L’épithélioma menace d’envahir la paupière supérieure jusqu’à la caroncule. Le 18 août 1890, je fais la première application de causticjue; cinq applications consécutives sont nécessaires, et à la chute de l’eschare,

je constate une plaie grande comme une pièce de un franc, le périoste est détruit et l’os complètement mis à nu. Par des pansements occlusifs et antiseptiques au moyen de l’aristol et du collodion, la cicatrisation complète s’est opérée; cicatrice blanche, presque imperceptible, (Très intéressante la reproduction concentrique du périoste).

Depuis lors, plus la moindre récidive et guérison complète.

III. T umeur épithéliale, ulcérée, datant de deux ans, survenue à la suite d’une chute, et située au niveau de la bosse frontale droite, chez un dame de 83 ans, habitant Ixelles. Cette tumeur est mobile, du volume d’une grosse noix, très douloureuse, saignante. Trois applications du causti(jue sutlisent pour la détruire complètement sans entamer le périoste qui n’est pas atteint, comme dans l’observation précédente. — Pansements occlusifs et antiseptiques, guérison radicale en un mois. L’opérée jouit de la meilleure santé et a supporté le caustique sans le moindre inconvénient. ‘La cicatrice est presque invisible.

Nous croyons inutile de multiplier ici nos observations. Nous avons revu depuis peu plusieurs de nos anciens opérés et nous sommes heureux d’avoir pu constater chez eux un parfait état de santé, la guérison complète sans cicatrice vicieuse et sans la moindre trace de récidive; on ne contestera pas non plus le diagnostic, puisque chez tous Vstïïeclion cancéreuse ou épithéliale avait été établie, avant nous, par plusieurs chirurgiens. Parmi ces opérés, nous citons comme guéris radicalement les sujets des observations publiées dans notre première édition :

Observation VU. — Ulcère cancéreux de la joue, opéré en 1881.

Observation VllI. — Ulcère (ulcus rodens) perforant de la face, opéré en 1873.

Observation IX. — Cancer du sein droit, opéré en

Observation XI. — Carcinome du sein, opéré en

Observation XIII. — Squirrhe du col utérin, opéré en 1874.

Observation XVIII. — Cicatrices vicieuses au cou, opérées en 1875 (non cancéreux).

Observation XIX. — Abcès fistuleux le long du rachis (non cancéreux), opérés en 1879.

Observation XXIV. — Cancer épithélial ulcéré (trois récidives), opéré en 1884.

Bruxelles, mars 1892.

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