RADICALE
R..., née à Baronville. âgée de 50 ans, lingère rue
Beillard à Bruxelles, se heurte violemment le sein droit contre un meuble pendant l’hiver de 1880; douleurs vives qui ne s’apaisèrent qu’au bout de quelques jours. La sensibilité au toucher persiste pendant longtemps.
En septembre 1881, M"® B... s'aperçoit d’une glande dwré? dans le sein ; de temps en temps douleurs lancinantes s’irradiant jusque dans l’aisselle. L^iglande grossit et les douleurs augmentent, un médecin consulté prescrit des frictions avec de la pommade de ciguë; résultat négatif.
En mai 1882, M"® R... vient me consulter. La tumeur du sein est mobile, dure, bosselée et de la grosseur d’une grosse noix. Je fais pressentir à la malade la nécessité d’une opération, mais elle me prie de vouloir bien essayer d’abord d’autres moyens, puisqu’elle prétend qu’une de ses amies a été guérie par moi d’une tumeur semblable par des pommades en frictions. Je prescris les pommades iodurées et Fiodoforme à l’intérieur, à la dose de six centigrammes par jour.
L’expérience m’a appris que l’iodoforme, à petites doses prises pendant assez longtemps, est très bien supporté par les malades et amène souvent la résolution complète des tumeurs ganglionnaires bénignes.
Au bout d’un mois la tumeur avait diminué sensiblement, mais cette amélioration ne fut pas de longue durée. Une seconde tumeur dure parut à côté de la première dans le voisinage du mamelon; les douleurs lancinantes augmentèrent et je conseillai l’opération le plus tôt possible.
Malheureusement, à la suite d’un refroidissement, M"'* R... fut prise, au commencement de juin 1882, d’une hépatite aiguë et nous dûmes dihérer l’ablation du sein.
Le 29 juillet 1882, nous procédons à l’opération par
le caustique de la tumeur squirrheuse ayant une étendue de quatre centimètres environ, elle est allongée en forme de poire dont la grosse extrémité est la première tumeur résultant du coup et qui s’est réunie à la seconde, développée plus tard. 11 n’existe pas de glande dure dans l’aisselle. L’analyse des urines ne constate ni l’Iiypochlorurie ni l’hypoazoturie, urée 15 grammes par litre, chlorure 12 grammes.
Huit applications de caustique ont sutli pour détruire toute la tumeur.
La malade qui est très nerveuse et très impressionnable a parfaitement Supporté le caustique, l’état général a toujours été des plus'satisfaisants.
En coupant l’escharre tranche par tranche après les applications de caustique, nous avons pu nous assurer (|ue cette tumeur (jui semblait être dure, un vrai squirrhe, contenait des loges, des kystes renfermant dé la matière encéphaloïde ramollie. Les parois de ces kystes se prolongeaient avec le tissu dur ambiant par des travées de tissu fibreux qui aboutissaient à un autre kyste, (^es kystes, au nombre d’une douzaine, sont éparpillés dans le tissu de la glande mammaire dont ils ont pris la place dans la moitié supérieure du sein.
Il ne faut pas confondre ce (‘as avec la maladie kystique de la mamelle (maladie de Reclus) (jui, d’après les rcîcherches de Malassez, Rrissaud, de Besançon et de Lion sont de véritabhîs épithéiiomas ; il suliit de lire Iai clinique chirurgicale, publiée par le docteur Paul Reclus, dans Iaî revue de chirurgie, en octobre 1883; la thèse de M.Rrissé Saint-Mascary, l’analyse deM. A. Rroca dans La gazette hebdomadaire, et la communication faite par le docteur Paul Reclus dans le n« 10, du 3 avril 1887, du Bulletin médical de Paris, pour s’assurer de la
ditïérence de ces deux espèces de tumeurs qui présentent par les kystes et certains éléments histologiques, quelques analogies.
Le 6 août la dernière application de caustique a été faite, tout le sein est détruit, mais en forme d’excavation, de façon à diminuer l’étendue de la plaie et de faciliter la réunion après la chute de l’escharre.
Le 12 août l’escharre tombe et laisse à découvert une belle plaie profonde de 4 centimètres et d’une étendue de 12 centimètres sur 6.
Réunion au moyen de bandelettes au collodion afin d’obtenir une cicatrisation rapide et linéaire. Le mamelon nous paraissait très sain, nous l’avons ménagé et conservé afin de refaire en quelque sorte une mamelle, ce qui eut été ditficile, si pas impossible, par l’instrument tranchant.
L’opérée s’est levée chaque jour au moins six heures et sa santé s’est modifiée sous l’intluence du caustique, sa bronchite chronique accompagnée d’asthme rhumatismal a considérablement diminué; l’état général est très satisfaisant.
Le 15 août, 'la plaie réunie par les bandelettes au collodion a diminué des deux tiers, et le 7 décembre l’opérée, guérie radicalement, jouit d’une santé ravissante.
Depuis lors je suis resté le médecin de cette dame ; sa bronchite et son asthme rhumatismal reparaissent habituellement deux fois par an, mais avec moins d’intensité. Quant au sein il est guéri, sans la moindre trace de récidive; la cicatrice est linéaire, blanche et lisse.
J’ai revu l’opérée le 18 avril 1888, c’est-à-dire six ans après l’opération et elle n’a plus éprouvé le moindre symptôme de ce côté.
Une remarque importante dans eette opération c’est ;
1" L’innocuité absolue du caustique;
2" Son action bienfaisante sur l’état général de la malade et sur l’asthme et la bronchite dont elle souffrait;
3^ Le caustique nous montra qu’au lieu d’avoir i'i faire à un squirrhe, nous nous trouvions aux prises avec un cysto-sarcome encéphaloïde ;
4" Que l’opération pratiquée par le bistouri aurait été presque sûrement suivie de récidive, puisque en suivant les règles de l’art opératoire il eut été impossible d’enlever ou de détruire complètement les prolongements multiples qui s’étendaient même bien au-delà de la tumeur et qui réunissaient entre eux les nombreux kystes disséminés dans le néoplasme.
X. CANCER ENCÉPHALÜÏlUi: DU SEIN; ül'ÉRAIlON PAR LE CAUS- TIQUE EN 1881, RÉCIDIVE EN I8'4, SECONDE OPÉRATION;