‹ Des caustiques dans le traitement du cancerChapitre 13 sur 23 · MORT · texte numérisé non relu

MORT

En septembre 1881 je fus apjielé en consultation par M. le docteur Ketelbant, médecin de àl""' 1)..., rentière, rue Piers à Bruxelles.

M""' D... est née en 1806; elle a mis au monde plusieurs enfants qu’elle a nourris et n’a jamais fait de maladie grave. D’une constitution lymphatico-sanguine, elle porte allègrement ses 75 ans.

Voici les renseignements donnés par la malade et (jui nous paraissent d’une grande importance au point de vue de l’étiologie :

Au mois d’avril 1881, Jouant avec un de ses petits enfants qu’elle tenait sur les genoux, l’enfant lui donna un violent coup de tête sur le sein droit, M'"® D... en ressentit une vive douleur mais n’y tit pas grande atten-

tion, elle s’aperçut d’une tache bleue (ecchymose) de la grandeur d’une pièce de cinq francs qui disparut au bout de quelque temps, mais il resta une grosseur à la partie supérieure du sein, cette tumeur augmenta insensiblement de volume et des douleurs lancinantes se manifestèrent de plus en plus.

C’est alors que M"’*’ D... se décida à consulter son médecin, M. Ketelbant, qui prescrivit des résolutifs sans aucun succès. La tumeur se développant déplus en plus, M. le docteur Ketelbant me fit demander en consultation. Nous constatâmes une tumeur bosselée, dure en certains endroits, molle et fluctuante en d’autres, elle est mobile et a envahi tout le sein droit.

Diagnostic : cancer du sein sur le point de s’ulcérer.

Pronostic : très grave, vu :

1" L’âge avancé du sujet, 75 ans;

2^’ La rapidité du développement qui a envahi lout le sein en moins de six mois ;

3" La nature maligne (cancer encéphaloïde) très sujet â récidive ;

4*^ Le tempérament lymphatique du sujet;

5" Des renseignements de famille qui nous apprennent qu’une sœur est aussi morte de cancer.

Malgré ces considérations, nous décidons que l’opération doit être pratiquée au plus tôt, parce que la tumeur est près de s’ulcérer et que nous devons redouter les hémorragies, la résorption de l’ichor cancéreux et la cachexie qui, dans ces cas, amène la mort è bref délai.

Ifopération par le caustique est surtout indiquée ici parce qu’elle est hémostatique, antiseptique et sans danger.

L’analyse des urines, faite par M. Denayer, donne le résultat suivant :

Densité, 1,020, réaction acide.

Désidu sec, 40 grammes (coetF. 2).

Urée, 16,009 grammes.

Acide urique, 0,6ü8 »

Chlorures, 7,599 »

Cette analyse, suivant la théorie du docteur Kommelaere, devrait nous autoriser à porter un diagnostic favorable, puisque nous nous trouvions devant une tumeur bénigne, alors que les signes cliniques nous donnaient la certitude d’une tumeur maligne et d’un pronostic peu favorable.

Le 30 septembre 1881 nous procédons à l’opération parle caustique; neuf applications suttisent pour détruire totalement le sein; le 20 octobre l’escharre se détache; réunion de la plaie par des bandelettes au collodion, pansements simples tous les jours; guérison le 21 novembre 1881.

La santé de l’opérée fut excelente jusqu’en 1884; en janvier, la récidive se produisit, mais M""® D... tint la chose cachée jusqu’à ce que l'ulcération accomj)agnée d’hémorragie considérable se manifesta le 2 mars

Le docteur Ketelbant me rapjxlla en consultation et nous constatâmes une tumeur ulcérée d’où s’écoulait du sang ichoreux et fétide en grande quantité.

Le teint de la maladt; n’est |)oint jaune ))aille, comme dans la cachexie, mais jaïuie bronzé, ce (jui dénote des phénomènes de résorptum septujue i\y\o h; docteur bougard a si bien décrits dans son livr(‘ : Elude sur le eaneer. La malade tousse, rauscultation ri'véh' les sieiies de bronchite chronicpie, et une alfeclion organi(juedu co'ur avec insutlisance de la valvule mitrale et dilatation du ventricule.

L’analyse des urines donne :

Urée, 16 grammes 68.

Chlorure, 6.66.

Malgré l’état désespéré de la malade, nous recourons à la cautérisation par le caustique, dans le but d’arrêter l’hémorragie et de combattre les accidents septiques.

La première application de caustique nous fait découvrir une poche s’étendant sur le muscle pectoral et jusqu’au bord droit du sternum ; le fond de cette vaste excavation est tapissé de bourgeons exubérants , blafards, semblables à de la chair de grenouille, et remplie de sang noir et fétide.

L’étendue de la surface cautérisée pour détruire complètement le néoplasme est de 17 centimètres sur 13 de largeur, soit 221 centimètres carrés de surface.

Aucun symptôme fébrile ne se manifeste, le pouls est i\ 80 le matin et à 84 le soir; la température ne dépasse pas 37"7 centigrades.

Dix applications de caustique sont faites du 6 mars au 14 mars 1884.

L’état général est excellent, l’appétit bon, les douleurs supportables et les nuits très satisfaisantes, malgré les 78 ans de l’opérée.

Le 22 mars l’escharre est tombée, la plaie est très saine et de bel aspect; le muscle pecioral est admirablement disséqué par le caustique.

Le 25 mars quelques bourgeons suspects apparaissent aux bords inférieur et supérieur de la plaie, nous réappliquons deux fois le caustique, le 26 et le 27 mars. Le 5 avril, l’escharre s’est détachée, la plaie est saine et bourgeonnante, l’état général est satisfaisant sous tous les rapports.

Le 15 avril, la plaie est cicatrisée dans la plus grande

partie de son étendue, mais la malade, à la suite d’un refroidissement contracté par imprudence, est prise de bronchite aiguë, avec lièvre et endocardite. Le pouls esté 90 et devient faible, irrégulier, intermittent. .

Le 22 avril, à 4 heures du matin, la malade succombe dans une syncope.

Cette observaTion nous semble des plus intéressantes, elle montre :

1“ L’innocuité du causti(|ue, même appliqué sur de très grandes surfaces et chez des sujets débilités par l’âge ou par des affections chroniques.

2" L’action hémostatique puissante et antiseptique du caustique qui peut être très utile en cas d’ulcères fétides, danthrax malins, de plaies avec hémorragie rebelle, etc.

3' La rapidité avec laquelle les plaies par le caustique se cicatrisent sans autres soins que les pansements simples.

4® L’absence absolue de réaction générale et de trouble dans l’économie et les fonctions du sujet.

O*' La possibilité de prolonger l’existence même dans des cas désespérés et inopérables par l’instrument tranchant.

XL TÜMKUU CAlUU.XOMATKUSK i»L' SKIN, ILChtllKK, OPKKATION

l'Au LK CAL'STiuuK, (;i:kius()l\ co.m i'lktk, 0|)érée par les docteurs A. et J. Fiq.ix (1).

iM. L..., maîti’esse d’étude dans un pensionnat du Brabant, est âgée de 50 ans, sa constitution est profondément altérée. En novembre 1881, elle s’aperçut d’une dureté au sein, tumeur du volume d’un o*uf de poule.

(1) Extrait des Annales de la Société de médecine de (hind, 1880.

Le médecin de l’établissement fut alors consulté et réserva son appréciation. Il conseilla bientôt de consulter un des plus éminents chirurgiens de TUniversité de Bruxelles.

31"® L... se présenta chez ce professeur, en décembre 1881, qui l’examina, lui conseilla de se fortifier et de revenir dans six semaines. Dans cet intervalle, sur la demande de la directrice de l’établissement, le médecin du pensionnat vint à Bruxelles et eut un entretien avec le professeur au sujet de la malade.

Tous deux furent d’accord sur le diagnostic (tumeur carcinomateuse du sein) et décidèrent de ne faire aucune opération, vu l’état de faiblesse de la demoiselle. Ils prescrivirent des pommades qui n’empéchèrent pas le développement progressif du néoplasme.

En mars 1882, la malade revint à Bruxelles se faire examiner par le professeur qui, cette fois, lui fit une ponction exploratrice (Von s écouta un liquide brun chocolat.

(Notre expérience nous a appris combien les ponctions exploratrices sont nuisibles en pareil cas et combien elles contribuent à donner lai coup de fouet au développement du néoplasme).

Il encouragea la malade et lui fit comprendre qu’elle devait se résigner à garder sa tumeur et ne pas compter sur les moyens chirurgicaux pour lui enlever avantageusement son mal.

La tumeur ayant considérablement augmenté depuis la première entrevue, il lui conseilla de porter un appareil suspensif.

Complètement découragée 31"' L... ne voulut plus aucun médecin.

En octobre 1884, souffrant de l’estomac qui refusait toute nourriture, 31"® L... fit appeler le médecin de l’éta-

blissement qui lui parla de sa tumeur et demanda h la voir; elle avait atteint le volume à'ungros melon, sa surface était recouverte de taches noires, au point que le médecin et une institutrice présente à la visite ne purent cacher leur stupéfaction.

Le 16 novembre 1884, la tumeur s’ulcéra en divers endroits qui se réunirent bientôt pour ne plus former qu’un infect cloaque. Malgré les pansements antiseptiques, l’infection était intolérable. La faiblesse de la malade devint extrême; les pieds et les jambes s’œdématièrent; des accès de fièvre intermittente pernicieuse survinrent; la tumeur augmenta de jour en jour et les phénomènes les plus inquiétants se manifestèrent et semblèrent annoncer une fin prochaine.

I^e 8 septembre 188o le docteur Délétrez fut appelé auprès de la malade; l’odeur infecte dans la chambre était telle (|u’il fallait lutter d’énergie pour y résister. La tumeur ulcérée mesurait o6 centimètres dans sa plus grande circonférence, 35 centimètres dans le sens transversal et 36 centimètres dans le sens vertical ; son poids pouvait atteindre au moins trois kilogrammes.

A la partie externe, près du mamelon, se trouvait une ulcération entourée de bourgeons de très mauvais aspect; un liquide sanieux fétide, méhiv^é de détritus s’en écoulait, de gross(‘s veines vari(|ueuses sillonnaient le sein, les vaisseaux lymphatiques de la peau avoisinante se présentaient sous forme de stries rougeâtres.

Fait remarquable, aucun engorgement ganglionnaire dans l’aisselle ni dans aucune région voisine.

L’état de santé d(; la malade était on ne pcuit plus délabré ; tous les symptômes de la résorption putride, décrits par Bougard et qui n’est que l’empoisonnement par les ptomdiues eadavéruiues , étaient manifestes; marasme,

inappétence, vomissements incoercibles, teint jaune bronzé, haleine fétide, salive sanieuse, peau poisseuse, pouls faible 130; en un mot, l’économie ne pouvait guère résister longtemps à cette lutte ultime.

l.e lo septembre M. le docteur Délétrez me fit demander en consultation pour décider d’une opération que la malade réclamait à grands cris, préférant mourir au plus tôt que de vivre encore dans de si atroces conditions.

Le 16 septembre M. le docteur Délétrez et moi nous })ratif(uàmes l'opération de cette énorme tumeur, par une application de caustique, suivant une ligne convexe embrassant la moitié supérieure de la base de la tumeur, nous proposait d’atteindre par des cautérisations successives toute la base de la tumeur au moyen d’iin large sillon creusé.

Du 16 septembre au 11 octobre nous fîmes vingt-six applications de caustique, sans que la malade en souffrit beaucoup; au contraire l’appétit, les forces, le sommeil semblaient revenir progressivement et ù mesure que le caustique détruisait le néoplasme. Le i:14 octobre l’escharre tomba et laissa voir une plaie des plus saines mesurant plus de quarante centimètres de circonférence.

Dès ce jour le traitement consista en pansements à la charpie sèche. Le 14 décembre M‘'®'L... quittait la maison de santé de la rue des Cendres parfaitement guérie et dans un état de santé des plus satisfaisants.

Depuis M"® L... a repris ses leçons au pensionnat, nous l’avons revue en avril 1888, et elle jouit toujours de la meilleure santé, sans la moindre trace de récidive, au contraire, la cicatrice est blanche, lisse, souple et semble se rétrécir encore.

Cette observation établit que :

1“ Le caustique a pu être employé avec succès alors qu’un chirurgien des plus distingués des hôpitaux de Bruxelles renonçait à toute espèce d’opération, vu la gravité du diagnostic et du pronostic.

2^ Que le caustique, malgré l’étendue extraordinaire de son application, a réveillé plutôt l’énergie, l’activité vitale chez la patiente et a combattu victorieusement l’empoisonnement septique {Icucomaiqiie ou ptomaïqne) auquel elle était en proie.

3" Le rétablissement des fonctions digestives et de la nutrition.

4° La guérison inespérée se maintenant depuis trois ans avec une santé parfaite.

XIl. CANCER DU SEIN DROIT, ADHERENT AUX CÔTES.

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