OBSERVATION IV
Homime de 35 ans, toussant depuis 1911 ct entrant dans le service de M. le Professeur Roque, le & avril 1913.
Premier erachats hémoptoïques en 1911. En 1913, à l'entrée, nouvelles hémoptysies très abondantes. Le 25 avril, à l'examen, à droite, matité sous les fausses côtes, pluie de ràles humides, en avant ; en arrière signes d'infiltration du 1/3 supérieur, pas dé signes de cavernes. À gauche, pas de signe clinique ou radioscopique de lésion.
Aussi un pneumothorax artificiel lui est-il proposé par M. le professeur Roque. On lui fait quatre injections d’azoté ; iux rayons X, à ce moment, image nette d'un pneumothorax incomplet dans la partie supérieure avec adhérences descendant jusqu'au tiers moyen. Au dessous, niveau lTiquidien mobile. Le malade sort sur un coup de tête et reste trois mois à mener une vie pénible.
11 rentre, ses lésions sont bilatérales avec signes d’'infiltration au sommet gauche et de cavernes à droite. C'est à ce moment, que son histoire devient paradoxale et que l'on est dans l'erreur. A la base droite, en effet, arrêt presque complet des vibrations, sonorité très faiblement diminuée, diminution sensible du murmure sans signes surajoulés. À l'écran, obscurité de la base droite sur quatre lravers de doigts avec obscurité plus marquée du sinus, et au-dessus zone claire, entourée d'une pénombre périphérique. Il était possible d’'interprêter cela comme le résidu de l’ancien pneumothorax, entouré d'adhérences et reposant sur une syimphyse partiell», qui avait succédé à l’épanchement.
Le malade demande des injections d'azote. Dans un but moral, on, y consent, on fait cinq insufflations de 400 ce. Il meurt de granulie.
A lautopsie. — Le poumon intéressé par le pneumothoïax présente des cavernes jusque dans le lobe inférieur. La symphyse n'était ancienne que dans le tisrs supérieur, elle était aussi serrée à la base. Mais au niveau du tiers moyen et de la partie supérieure du tiers inférieur, symphyse encore lâche, c'est là qu'avait dù se faire le premier pneumothorax.
Mais sur la ligne axillaire, se trouvait une zone d'adhéronces intimes, au niveau d’une vaste caverne du lobe inférieur, remarquablement asséchée, avec une surface interne analogue à celle des cavernes en voie de cicatrisation. Dans la paroi externe du parenchyme on voyait la trace cicatricielle des ponctions. C'est cette caverne qui avait été insufflée.
En résumé, dans la première phase le pneumothorax se fait à souhait. 11 survient un épanchement: Dans une deuxième phase la malade sort et mène une vie mouvementée. Dans une troisième on poursuit le pneumothorax et on entre dans une caverne, que l'on inssuffle comme s’il s'agissait d'un pneumothorax vrai.
On peut retenir de ceci : que la symphyse peut masquer les signes de la géode et qu'au point de vue radioscopique, la clarté d'une caverne, entourée de parenchyme infiltrée, simule les résidus dune insufflation abandonnée trois mois. Enfin, au point de vue thérapeutique, il est intéressant de noter l'assèchement de la caverne par l'azote.
Quelques mois auparavant, M. Renon rapportait à la Société de Médecine de Paris, un cas semblabel d'insufflation de caverne par l'azote.
On voit donc combien le diagnostic entre les géodes bacillaires de la base et le pneumothorax est difficile, surtout quand il s’agit de pneumothorax partiel et de grandes spé- Icngues. La radicscopie même ne suffira pas. Si l’on peut cependant faire la radiographie pulmonaire les signes donnés par cette photographie seront souvent plus probants que ceux fournis par le simple examen à l'écran. Nous arrivons à la seconde partie de notre diagnostic, ce sont des porteurs le cavernes qui n’ont que très peu ou pas de signes, ce sont Ce que nous appellerons des cavernes muettes de la base.