‹ Des cérémonies du Sacre ou recherches hist. s.l. moeursChapitre 14 sur 36 · IV · texte numérisé non relu

IV

Quoique, selon toute apparence, il ne doive plus être question des barons de la sainte Ampoule, ce titre m'a paru assez singulier pour réveiller encore la curiosité du lecteur. J'en parlerai comme d'un fait qui appartient étroitement à l'histoire du sacré, et qui n'a été qu'imparfaitement expliqué *.

Le jour du sacre , vers cinq heures du matin , quatre Seigneurs sont députés par le roi à l'abbaye de Saint-Remi, pour faire apporter la sainte Ampoule. Ils jurent sur l'Evangile dé ne faire ni de

^ La Bibliotbèque française de Le Long n'indique sur ce sujet que deux écrits , Tun inséré au Mercure de juillet ijSs y Tautre compris dans les Variétés historiques , ou Recherches d'un savant ( c'est-à-dire , Recueil de pièces de divers auteurs ); 3 vol. in-ia. La plus considérable de ces deux pièces se compose à peine de deui feuillets, et la seconde n'est qu'une copie de l'autre ; ou, plutôt, c'est le même écrit imprimé avec des protocoles et dans des recueils différens.' Ob n'aurait donc pas dû les classer comme deux pièces différentes.

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souffrir qu^il soit fait aucun tort à cette précieuse relique, et d^exposer, s^il le faut, leur vie pour sa conservation'. Ils se constituent otages de la sainte Ampoule, déclarant quMls demeureront à Fabbaye jusqu^à son retour; mais ils obtiennent ensuite la permission d^accompagner la sainte Ampoule pour plus de sûreté. Cest le grand-priéur qui la porte suspendue à son cou , dans un reliquaire attaché à une chaîne dWgent. Il sVyance sous un dais porté par les quatre barons de la sainte Ampoule '•

L^auteur de la pièce reproduite dans les prétendues recherches dW savant, dit qu^en 178^, le& papiers publics annoncèrent la mort d^ Alexandre- César de Gauchoo, seigneur de Neuflise, baron de la sainte Ampoule, et que le public, qui ignorait cette qualité, fut fort embarrassé de deviner ce que c^était qa^un baron de la sainte Ampoule ^.

En effet, les anciens formulaires ne répandent aucun jour sur cette singulière baronie , et les variations qui se font remarquer dansFindication des litres ne sont rien moins que propres à éclaircir le fait. Soit quW ait confondu les otages avec les barons, soit que les barons aient été, autrefois.

* Voyez Leçer du Rai.

• Voj. le Cérémonial,

' Variétés historiques , ou Recherches d'un savant > t. 3 ^ p. 3i8. On trouve beaucoup de choses curieuses dans cette compilation.

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envoyés eux-mêmes comme otages, ceux qui ont écrit sur les cérémonies des sacres antérieurs à celui de Louis XIII, qualifient indifféremment d^otages ou de barons, les quatre seigneurs qui accompa-*gnent la sainte Ampoule. Ou reconnaît, dViUeurs, que le dais était porté par quatre religieux de Tab* baye de Saint-Remi, ce qui prouverait que les barons non employés à cet office remplissaient réellement la mission d^otages'. Mais, depuis Louis XIII, les otages sont clairement distingués des barons. Au sacre de ce prince, indépendam-" ment des quatre seigneiirs otages , le dais était porté par les seigneurs de Romaine, Godet et de Sainte* Catherine , barons de la sainte Ampoule. Le qua-* trième était remplacé par le bailli de Fabbaye, qui jouissait de ce privilège. Il en fut de niéme au sacre de Louis XVI*. Cependant, on ne peut douter que les anciens otages ne représentassent réellement les barons de la sainte Ampoule ; car ils en portaient les insignes et la bannière ou guidon de taffetas blanc , chargé des armes de France et de ceUes de leurs maisons. Depuis qu^on a fait concourir des otages particuliers avec les barons , les marques distinctives ont été changées. Ceux-ci ont retenu la croix de leur chevalerie; mais la bannière est aux armes des otages , et portée par

* M^rloty Théat. d'hon., p. 63o. — Le Cérém.fr., passim. » Procis-^erhaly p. 36.

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leurs seconds, quoique les guidons soient un des attributs caractéristiques des barons, qui les déposaient,-jadis, sur le tombeau de saint Rémi. Ce furent le vicomte de la Rochefoucault , le comte de Tallejrand, le comte de la Roche- Aymou et le marquis de Rochechouart qui , au sacre de Louis. XVI, figurèrent comme otages'*, accompagnant seulement la sainte Ampoule; et le dais était porté par les seigneurs de Souastre , de-Neuvizy • , de Bellestre et de Terrier , qualifiés , tous quatre , du titre de barxxns de la sainte Ampoule.

La question est de savoir quelle est Torigine de ce titre, et queUes prérogatives y étaient attachées.

On dit indifféremment chevaliers ou barons de la sainte Ampoule, et Ton se demande d^où vient cet ordre de chevalerie? Le«père Héliot neTadmet point comme tel dans son histoire ' , et c^est avec raison qu^il n^a pas, en cela, suivi le sentiment, de Favin, qui en £ait un ordre particulier,

^ La formalité des otages s'observait en plusieurs autres circonstances. Lorsque y dans les grandes calamités ^ on déplaçait là châsse de sainte Geneviève , pour la porter procession nellement àMotre-Dame, le prévit des marckands et quatre conseillers demeuraient en otages h Tabbaje , jusqu'au retour de la relique.

•^ Procés-verbal , p. 38;

' ffùt. des Ordres monastiques , religieux et militaires, t. 8^ e. 70, p. 438.

102 dfiRÉHONlES DU SACRfi.

ni du père Cériziers ' , qui reporte le principe de cette prétendue dievalerie au temps de Ûovis* . Les quatre barons de la sainte Ampoule ne sont pourtant pas des êtres de raison. Des gentilshom* mes ont été bien réellement qualifiés de ce. titre attaché à certaine possession, en vertu de privi-léges fort anciens. Ils remplissaient des fonctions particulières et portaient des marques distinctives de leur dignité. Leur costume consistait en un manteau de taifetas noir où figurait une croix anglée , émailléé dWgent , et chargée d'une jCOlombe tenant en son bec une phiole reçue par une main mouvante dans une nuée. Ils étaient^ en outre , décorés d'une médaille chargée d'une croix semblable, suspendue à un ruban noir moiré, et dont le revers offrait l'image de saint Aemi ^. Voilà ce qui a donné lieu k la qualification de chevalier. Mais cette décoration n'était que de circonstance. Elle appartenait exclusivement au cérémonial du sacre, et non à la personne du baron, qui, hors de-là , n'avait plus le droit de la porter *. Elle ne constituait point les insignes d'un ordre permanent,

* Les heureux cppimencemens de la France chrétienne sous V apôtre de nos rois ^ saint Rémi , par le père Cériziers.

■ Histoire de Navarre,

• Variétés histor, , ubi suprà»

' * Excepté la petite croix, que ces gentilshomnies oflt pu porter autrefois , hors.de la cérémonie du sacre ; mais cette fantaisie ne pouvait rien ajouter à sa valeur.

dARONlRS DB LA 6A1NT£ AMPOULE. i53

soumis à des statuts et possédant un titre d^institutioD. Le chevalier de la sainte Ampoule était un véritable personnage de représentation. La cérémonie terminée^il ne demeurait pas plus cheva-^ lier que le personnage de Mathieu ne demeurait apôtre, après la représentation du mystère de Dieu et Mathieu. En un mot la qualité de baron ou de chevalier de la sainte Atnpoule, consistait uniquement dans le privilège d^assister au sacre , comme on vient de le voir , et dans quelques autres prérogatives attachées à la même circonstance.

Voici ^ au reste , ce qu'on trouve de plus vraisemblable sur cette institution.

Le règlement de Louis VU attribue aux barons du royame la faculté d'^accompagner la sainte Ampoule \ Mais Tattribution exclusive de ce privilège à quatre barons champenois, ne remonte .pas au-delà du roi Jean, successeur de Philippe-de- Valois. On en juge par un manuscrit conservé à 8aint-Remi%où il est dit que les seigneurs du lieu, assistant au sacre , doivent êtres défrayés aux dépens de Fabbé pendant leur séjour à Reims ^ comme vassaux de son abbaye. Le manuscrit n'explique pas, d'ailleurs, en quoi consistaient les fonctions de ces gentilsb^mes, dont il n'est plus

* Godcf. , t. 1 yp. a.

« Cité par Marlot , ThéAt. d'hon. y p. 633.

i54 CÉRÉMONIES DU 6AGRB.

parlé dans le rubricaire, ni dans les réglemens de plusieurs règnes postérieurs.

Il parait que les seigneuries en question étaient du domaine de Tabbaye de Saint-Remi; que Tinvestiture en fut accordée aux feudataires, à condition qu^ils assisteraient Tabbé suzerain dans la translation de la sainte Ampoule pour le sacre des rois, et à la charge, par Fabbé, de les défrayer. Cest des mains de celui-ci qu^ils recevaient la croix distinctiye de leur qualité , après avoir prêté serment et s'être prosternés en signe de foi et hommage *. On voit, en effet, que pour ajouter à la pompe de cette solennité, Tabbé de Saint-Remi n^ appelait pas seulement les seigneurs relevant de son abbaye, mais encore les officiers de la justice du ban, et une compagnie d'habitans du Chesne-le-Populeux, bourg en Rethélois, dépendant du même domaine ".

Suivant Fopinion commune, la qualité de baron de la sainte Ampoule et le droit de porter le dais , pour la translation de cette relique , sont des pré* rogatives inhérentes aux quatre baronies de Terrier, Belles tre, Neuvizy etSouastre; et les possesseurs de ces fiefs passent pour avoir toujours été désignés par les rois pour accompagner le grand-

' Acte du iaillide Saint-Remi, au Sacre de Louis XIII. — Marlot,lLv. IV.

* Voyez la Haquenée.

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prieur, sauf la représentation en cas d^absence. La règle de ce choix serait une nouvelle preuve que les baronies de la sainte Ampoule ne remontent pasjusqu^àLouis-le-Jeune; car le formulaire rédigé pour le sacre de Philippe- Auguste laisse au monarque la faculté de choisir parmi les plus puissans barons du royaume, et rien n^annonce que les seigneurs de Terrier, Bellestre, etc., obtinssent alors la préférence sur tous les autres.

Quoi quHl en soit, la création ultérieure d^otages particuliers ferait croire qu^on n^aurait eu en vue que d^augmenter le nombre des chevaliers de la sainte Ampoule , dont on a partagé, entre huit, les fonctions et les marques distiuctives qui nVtaient autrefois dévolues qu'à quatre. D en est résulté deux choses assez singulières : la première , que les véritables barons de la sainte Ampoule, ou ceux qu'on désigne sous ce titre , ne font plus ce qu'ils devraient d'après leur institution , puisqu'ils ont cessé d'être otages; la seconde, qu'ils font ce qu'ils ne devraient pas , en portant le dais , cet office ayant été attribué aux religieux de Saint-Remi par les anciens formulaires. « Débet abbas Sancti- JB Remigii déferre sacro sanctam Ampullam sub » cortice sericà, quatuor perticis à ^ua^uor ma- 1» nachis albis indutis subleifatd^. )>

* Ordo ad consecr. et coronand. reg. Ludov. VIÎI,

l56 CEREMONIES DU SACRE.

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