‹ Des cérémonies du Sacre ou recherches hist. s.l. moeursChapitre 15 sur 36 · LEVER DU ROI. — PRATIQUE SINGULIÈRE · texte numérisé non relu

LEVER DU ROI. — PRATIQUE SINGULIÈRE

Lb jour du sacre , toutes choses étant préparées dans réglise pour la solennité , deux prélats * , précédés du grand-maître des cérémonies , sont députés pour aller chercher 1^ roi : ils s^avancent processionnellement assistés des chanoines du chapitre, de trois enfans de chœur portant des cierges allumés et un bénitier, du chantre et des souschantres 9 et accompagnés de la musique qui occupe le milieu des deux files. La procession arrive dans cet ordre à la chambre du roi, où elle s^arrête extérieurement. Là, le chantre frappe avec son bâton à la porte qui est toujours fermée. Le grand chambellan , sans ouvrir, dit : que demanr cfez-wou^ .'^ Févêque de Laon répond: le rou Le grand chambellan réplique : /eroze/or/. Le chantre frappe de nouveau, et le prélat demande une

* Ce sont toujours les éyéques de Laon et de Beauvais. — Voj. ci-après chap. Couronnement,

LEVER DU Rdl. iSy

seconde fois le roi j à quoi le grand chambellan répond encore : le roi dort} mais à la troisième fois, la même demande étant suivie dépareille réponse,

révêque de Laon ajoute : Nous demandons N.

que Dieu nous a donné pour roi : alors, les portes de la chambre s^ouvrent, et les députés, admis à remplir leur mission, s^avancent vers le roi qui est couché sur un lit de parade, vêtu dWe longue camisole cramoisie , garnie de galons d^or sur toutes les coiilures *.

Cette pratique est une des plus remarquables par la singularité des détails ^ et les formes mystérieuses dont elle est environnée. On ne Ta sans doute pas imaginée sans dessein et oomme un jeu futile. Peut-être ti^ est-elle plus aujourd'hui, et depuis long- temps, qu'une vaine formalité : mais eHe a dû signifier quelque chose; elle renferme un sens caché que nous voudrions pénétrer : voyons ce qu'on a pu en dire ou penser.

0 faut, d'abord, se rappeler que la solennité du sacre analogue , sous beaucoup de rapports , aux formes de l'ancienne chevalerie , est ordinairement suivie, et a quelquefois été précédée dje la réception des chevaliers d'ordres royaux. N'oublions pas non plus que le roi , après avoir été décoré lui-* même , par l'archevêque ofiBciant au sacre , ' du grand collier et de la croix de l'ordre à conférer,

* yoj. le Cérémonial.

reçoit ensuite les princes et les seigneurs désignés pour être faits chevaliers du même ordre.

La chevalerie était une institution non moins pieuse que guerrière. Quoique parée des formes de la galanterie la plus exquise et la plus recherchée, la religion, Phonneur et la morale en avaient tracé les premiers devoirs, et le culte de la beauté sY trouvait subordonné à la pratique de ces vertus. Les candidats ou novices s^ préparaient autrefois par un grand recueillement et divers actes de dévotion, tels que la confession, la prière, le jeAile et les veilles. Les rois eux-mêmes ne se crurent pas toujours dispensés de ces religieuses formalités, dont la principale consistait à passer la nuit en oraison dans Téglise S et la piété les y ramenait lorsqu^un usage moins sévère semblait les en affranchir*. Comme chefs et souverains grands-maitres destinés à servir d'exemple, ils les observaient avec plus ou moins de rigueur quelques jours avant leur sacre , pour se préparer dignement à la double solennité de Fonction et de la chevalerie.

< « Et à la nuit (précédant le sacre ) assez tost le roi doit » Tenir à la dicte église pour faire son oroison y et veiller » illecque en orgison une pièce s'il velt » ( Ordre recueilli sous le régne de saint Louis , dans Godef. , t. i ^ p. a6.)

* Suivant Nangis ( Théâtre d'honneur et de chevalerie \ les fils de rois étaient seuls exempts , en temps de paix , des préliminaires de la chevalerie.

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SHl faut en croire une vieille tradition"'rapportée par Hincmar ^ Clovis , interrompant son sommeil au milieu de la nuit , se rendit à Téglise , la veille de son baptême, pour y prier le Dieu de Clotilde, et, désormais, celui du vainqueur de Tolbiac. Là, un rayon d^une lumière surnaturelle, auquel succéda une odeur qui embauma le sanctuaire, suspendit miracifleusement sa méditation , et lui fit connaître que sa prière, était agréable à Dieu \

Ainsi Fexemple de Clovis, outre les lois de la chevalerie, qui n^ sont peut-être pas étrangères, serait devenu le principe d^une obligation dont nos monarques auraient perpétué le souvenir par des œuvres semblables.

Revenons au lever du roi.

L'auteur de FHistoire des inaugurations dit quHl arrivait souvent que sa majesté reposait bien réellement, lorsque les députés se présentaient pour lui offrir leur hommage , et inviter le nouveau monarque à se rendre à Féglise pour se faire sacrer et recevoir Tordre '.De-là, selon cet écrivain, la cérémonie du lever, et cette réponse trois fois répétée : le roi dort. Les austérités réelles pratiquées par nos anciens rois sembleraient donner quelque poids à son opinion. Charles VI passa en prières

* Hinc. in Sur,

' Dom Bévj, HisL des Inaugurations , p. 619.

i60 CEREMONIES DU SACRE.

touté*la nuit qui précéda le jour de son sacre * . Henri IV jeûna trois jours ' ; et quoique ces exemples]n^aient pas été exactement suivis', nos princes ont toujours donné quelques heures à la prière la veille de leur sacre, avant de s^approchel* du tribunal de la pénitence. Mais on se persuaderait difficilement que ces exercices de piété aient jamais pu les fatiguer %u point . de prolonger leur sommeil dans une circonstance aussi extraordinaire.

D^ailleurs, dom Bévy ne rapporte pas les faits avec exactitude. Anciennement, dit Thistorien, les députés demandaient ou était le noui^eau roi que Dieu leur aidait donné pour les goui^emer. Le grand chambellan, ou, à son défaut, un autre officier , répondait quil était céans. Les députés demandaient ce qu^il faisait, et, sur la réponse: i7r^/?a^^, ceux-ci répliquaient : Eifeillez^le afin que nous le saluions et faisions la réi^érence.*\)n instant

• « Ef ce samedy ouït le roi ses vespres en l'église Notre - » Dame de Rheims y et veilla en Téglise ( ainsi qu'usage en » eff ) la greigneur partie de la nuit, et tous les enfants qui 9 chevaliers vouloient estre avecques lui. (Froissart , t. 2 ,

• Godef. , Sacre de Henri IV.

' Henri IIl passa la journée de son sacre à sa toilette et à celle de la reine , de manière qu'on ne put dire la messe que ie soir , et qu'on n'eut pas le temps de chanter le Te Deum, ( Jour, de l'EstoiU, t. 1 , p. 179» n. 69, édit. de 17440

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a^rès, le chambellan ouvrait la porte, en disant: le •iroi eM éveillé *•

X>om Bevy place ces détails dans la description du Jl^acre de Henri II , et il cite Godefroy .

CJ^st une erreur : il n'y a rien de semblable dans le cérei»onial observé sous Henri IL Gôdefroy est cité à faux ^ et le coujpable, chose assez rare, est un bénédictin.

ie ne doate pas que la pratique dont il s'agit ne

soit fort ancienne, et beaucoup plus ancienne que

Texamen des formulaires ne le ferait supposer.

Mais il ne s'ensuit pas qu'on puisse faire dire à

^ un formulaire ce qu'il ne dit point.

C'est dans l'ordre du sacre de Charles IX qu'il est parlé, pour la première fois, de la cérémonie où l'on suppose que le roi dort. C'est là que se trouve tout ce que l'historien cité attribue au sacre de Henri II, et il n'en est plus question ensuite que sous Louis XIII , circonstance qui rendrait moins extraordinaire le silence des premiers formulaires. Le recueil de ces monmnens, depiiis Loùis^le Jeune jusqu^à Charles IX, ne fait aucune mention du sommeil supposé; mais il y est dit que les évêques, etc. , doivent aller quérir processionnellement le roi, « regem sedentem et quasi jacentem super than lamum decentef dmatum, et cum addicti prin- I» cipis praesentiani applicaverint, dicat laudunensis

* HUt, âês Inaug., ioe. ctV.

l6^ CÊRlÊMeNIES DU SACRE.

» episcopus hanc orationem : Sempiterne Deus.. / M quifamulumtuum,etc... \

Il y a tout lieu de penser que cette particultrité du coucher se rattache par quelqu^endroit \ux cérémonies de Tancienne chevalerie. On a vu que les gentilshommes qui se préparaient à recevoir l'ordre de chevalerie, consacraient, la veille dé leur réception et même la nuit, à la prière et à divers actes de dévotion. Le lendemain ^ la règle voulait qu^ils prissent un bain pour se purifier. Au sortir du bain , le candidat allait se placer sur un lit pour y recevoir ses visites d^horineur *. Deux seigneurs venaient ensuite l'aider à se lever et à

^ Ordo ad inungendum et coronandum regçmi».,. i^orriffé et mis par écrit en i365 > du commandement du roi Charles y. — Godef. , t. 1 , p. 3 1 , d'après le Recueil de Jean Seldens. ** « Cliest drois à chevalier nouvel | • Puis Ta fait en un baing entrer.

» Sire ( Saladin ) tout ensement devez « Issir sans nule viloanie ,

• Et estre plein de courtoisie ,

• Baigner devez en honesté, etc.

• Après si l'a du baing osté ^

• Si le coucha en un bel lit

• Qui était fait par grant délit, etc. » (jOrdenede Chevalerie, poëme attribué à Hue de Tabarie, contemporain de saint Louis ', p. 116, édit. de Barbazan.)

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s'^habiller; après quoi il se rendait à l'église poùir accomplir la cérémonie de la réception.

Voilà bien Pidée mère de ce qui s^observe au lever du roi , le jour de son sacre. La mission des évéques de Laon et de Beauvais nous rappelle bien c^le des deux seigneurs chargés de présider au lever du novice chevalier.

Mais ceci n^explique pas encore la circonstance la plus singulière , celle du prétendu sommeU de S.' M.

Tâchons donc d^arriver par d^autres voies à Fintelligence de cette singularité.

Suivant plusieurs auteurs, le repos fictif du monarque au moment qui précède sa conduite à Féglise, signifierait que le royaume est vacant, et que le prince appelé à gouverner ne peut encore fafere aucun acte valide émané du trône.

Dom Bévy condamne assez légèrement cette opinion; mais comme il ne prend pas la peine de la discuter , il la rejette , et ne la détruit pas : sans doute elle n^aurait aucun fondement solide dans IWdre de choses actuel : elle ne saurait se concilier avec notre droit public; elle est entièrement hors d^ nos sentimens et de nos principes : mais si Ton se reporte à son origine , on n^ trouve plus rien d^étrange , et Ton conçoit alors la possibilité de Texpliquer.

La cérémonie du lever du roi remonte aux siècles où le sacre était réputé nécessaire pour con*-

l64 CEREMONIES DU SACRE.

£erer Pautorité et la puissance souveraine, pour constituer ou confimier le droit de régner. Cela n^a jamais été vrai . en principe , quant au mérite de Tacte religieux; mais les' ançiennios- coutumes et les constitutions du royaume ^ sous la seconde race, en firent, à Pégarddu pacte* politique, un point de doctrine qui ne paraissait pas soufi|*ir alors de légitimes contradictions •.*-!>.

Nous avons déjà reconnu qu<e l^sag&^ coucher était établi sous le règne de Charles V. Si nous considérons eni&uite que .le formulaire rédigé par Tordre de ce prince .nVst quW recueil de dispositions plus anciennies., revoies et corrigées, comme le titre Tannonce ', nous ne répugnerons point à penser qu^il oVfait que consacrer, pfir rapport à la cérémonie du coucher, ce quj .sMtâit pratiqué antérieurement , et nous hésiterons d^autant moins que nous n^avons aucune preuve du contraire.

Ainsi donc, ce repos, ce défaut d^action.,, cette inertie de Pauguste candidat aurait signifié symboliquement Tintervalle qui séparait le décès du feu roi, de la proclamation nominale de son successeur , dont le règne , répute commencer à Tin»-

' Voj. Consentement du. peitfile^, ^t F Introduction.

* Le manuscrit original d'où Seldens a tiré ce formulaire portait en tête : « Le Livre du Sacre des Rojs de France est » à nous Cbarles V de nostre nom , Roj de France , et le 9 fism es corriger y ordeiner , escrier et istorier ranMCCCLXV. »

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tant du sacre, ne pouvait, d^^après cette idée, se lier sans interruption au règne du défunt.

Dire que cette opinion ne pourrait se concilier avec la maxime que le roi de France ne meurt pus y que le mort saisit le vif, même au ventre de sa mère, ce ne serait ni la réfuter ni Taffaiblir. La succession au trône s^opère incontestablement par une substitution immédiate et spontanée de Théritier légitime au monarque défunt , sans qu'ail soit b^MOin dW acte solennel d'institution : a Primo^ » genitus Franciœ dicitur Rex ante coronatio^ n nem *. » A Dieu ne plaise que je veuille ébranler ce principe sacré, Fun des plus solides fondemens. de Tordre politique ; mais deux choses sont à observer ^ la première, c'est que la maxime le roi ne meurt pas ne s-^est établie et nVst passée en force de droit écrit , que depuis Charles VI , et cDnsé— quemmeni depuis une époque postérieure à rin»ftitution de la pratique dont nous recherchons Torigine; la seconde, cVst que les maximes cèdent aux faits, et qu'on peut concevoir des faits qui ,. sans détruire celle-ci, en aient pourtant rendu le sens vain et l'application difficile ou douteuse.

Je ne m'attacherai pas à prouver qu'il a existé ou que les contemp(»rains ont admis des vacances sous les deux premières races. Ce sont des points de fait qu'on ne peut sérieusement contester. Ba-

' Papuui , de kmredê , L t.

i66 CÉRBMONIBS Dt5 SACRfi.

luzc cite un grand nombrci Pactes tirés des an-* ciens cartulaires, qui sont datés du règne de Jé-^ sus^Christ^ en attendant un roi : anno.... N. quod obiit rex^ Christo régnante (ou Domino) regem expectantem. Ces actes se rapportent aux temps qui ont précédé ou suivi de près le règne de Char^ les-le-Simple *. Il en est même qui supposent la vacance dti trône après le décèd de Raoul, prince réputé usurpateur , ce qui prouve que la vacance ne s^entendait pas seulement du règne de l'usurpation : Facta ista scriptura Vindicio IV idus cfecember anno 11^ quod obiit Badulfusrex^ C/iri.<to régnante^ regem expectante '. On lit ailleurs: r^gem sperante ab ipso largitore ( Domino )-

Si nous passons à Ats règnes moins anciens, mais antérieurs à Charles Vl , nous y trouvons encore les mêmes raisons de penser que Tidée d^une vacance nVtait pas en opposition avec la doctrine de ces temps. Il est hors de doute que , pendant les hm't premiers siècles de la monarchie , nos princes n^étaient reconnus et proclamés rois que

* « HaB€ numerandi ratio , taineil et si insolens vid(?atui'y

• rara non est, ^ invenitur in multis veteribus monumentis , » non solùm poat mortem Karoli simplicis , sed etiam multè

• antea. • — ^Baluz., Cap. Reg., t. 2 , append. actorum vet.. Col. fl535 et 1736. ) Baluze ajoute : que. ceUe manière de dater devient beaucoup plus fréquente depuis la mort de Charles-le-Simple .

* Chartulanum monast, Arulensis, ap. Balaz, , loc. ck^

du jour de leur sacre *. Jusque-là Tautoritis souveraine demeurait exclusivement aux grands ou au rëgent , dont le nom figurait dans les actes de souveraineté \ Le trône royal , proprement dit , était censé vacant parle défaut d^exercice du droit . de rhéritier légitime , qui ne faisait aucune fonction de roi, en tant que roi. Mézerai désigne Fintervalle qui s^est écoulé depuis la mort de Louisle-Hutîn, jusqu^à la proclamation de Philippe V^ sous la qualification de Régen^ sans roij cinq moi^ durant^. Le même historien, le président Hénault, et beaucoup d^autres * ne font poinf entrer dans Tordre numérique des rois dé la troisième race, Te prince Jean, fils posthume de Louis-le- Hutin , qui mourut huit jours après sa naissance ,. et ils donnent le titre de Jean P' au successeur de Philippe de Valois. L^enfant de Louis- le -Hutin.

' Voy. le Traité de la majorité de nos Roùj t. t-, passim.

' Les observations d« président Hénault sapi:</ë sujet sont positives et concluantes : « Dans la première et la seconde- » race , le roi n'était majeur qu'à as ans , et , pendant sa mi- »> Borité, tous les actes étaient scellés du sceau du régent. Cet » usagpe était £Dndé sur l'opinion que le -roi- n'était point roi » qu'il n'eut été sacré , et ce sacre était différé par le régent

» le plus long-temps qu'il pouvait, etc » (^Hén. , Réff^

de Charles V,^ — Voj. ci-aprésle cbap. Consent, du peuplé; Élections,

' Mézerai, Hist. de Fr, , t. », p. Sa^., édit. de Hol.

^ Voj. à ce sujet les Dàsertations de l'abbé des Tuileries ( Claude du Moulinet ).

l68 CEREMONIES DV SACRE.

nVtait donc pas réputé saisi du droit de régner , au ventre de sa mère , puisqu^on qualifie le gouvernement intermédiaire de Régence sans roi. D n^aurait donc pas même été saisi de ce droit en naissant, puisque, nonobstant une existence de plusieurs jour$ , il ne figure point au nombre de nos souverain^. La courte durée de sa vie n^a pu rien changer au principe de la substitution immé* diate et spontanée. Sx la maxime que le mort saisit le vif eût été vraie dès-lors , comme elle Test aujourd'hui , Pexistence d'un moment aurait- suflB pour constituer le roi , et le prince Jean a vécu sans recevoir cette institution. On n'objectera point qu'il a été proclamé dans ses funérailles ^ ; car ce serait convenir implicitement qu'il ne le fut pas de son vivant ; ce serait admettre une vacance au moins égale à la durée de sa vie. J'ajouterai que cette vacance s'est encore prolongée après sa mort, depuis la fin de novembre i3i6, jusqu'au 9 janvier suivant, époque où le sacre de Philippele-Long a décidé de fait ' la contestation élevée entre ce prince et le parti dp Jeanne, qui lui disputait If^ cpiaronne.

' Mézeraî , ubisuprà , p. 83a.

* Je dis défait, parce que la contestation , toute peu fondée qu'elle était de la part de Jeanne , n'a été régulièrement écidée dans le conseil des grands et des pairs , qu'un mois après le sacre de Philippe V.

Quelle qu^ait été au surplus Popinion ou le préjugé de nos pères sur ces sortes -dMuterrègnes, et leur manière de les qualifier 9 toujours est-il vrai que rhéritier du trône notait ordinairement sacré qu^à sa majorité, et qu^il ne faisait par lui-même, et en son nom, aucun acte de souveraineté. Jusque-là , le roi de France était censé sommeiller, pour ne se réveiller qu^à Finstant où il serait déclaré majeur, et recevrait l'onction sainte comme une sorte dUnvestiture du royaume ou de confirmation de son droit ; moxjutarus rex *. En un mot, le roi dormait y suivant Texpression de nos vieux chroniqueurs ; et de-là cette coutume de faire coucher le monarque au moment où il va commencer la cérémonie qui doit accomplir ses destinées; défigurer le repos de la minorité, avant Tacte que Ton considérait autrefois comme le rçveil ou Tapparition du souverain dans toute sa puissance. Delà cette formule de réponse trois fois répétée : le roi dort

Le mot dormir fait image. Il peignait bien la pensée de nos pères. On pourrait même dire que cVtait une expression consacrée par Tautorité des lois pour rendre Tidée d^un pouvoir, d^une faculté , d^un privilège vii^ant^ mais dont Texercice se trouvait temporairement suspendu. Par exemple , pour

' C'est ainsi que le roi non sacrer se qualifiait dans les an* ciens sermens. ( Voj. ci«^prè{^ Consent. 4a p^upf^^ )

définir et régler le cas où le seigneur et le vassal négligeaient ou Vabstenaient d'exercer, Pun envers Tautre, les facultés attachées à leurs conditions, la loi disait : « Quand le vassal dort^ le sei- » gneur veille ^ et tant que le "seigneur dort, le » vassal veille \ » 'Sur quoi un docte commentateur fait cette réflexion : « Nous rencontrons sou- » vent de ces adages dans nos coutumes. Ce sont H des restes précieux du premier âge de la France. » Nos aïeux , simples dans leurs mœurs , avaient H rhabitude de sVxprimer d^une manière concise » et senten lieuse, ^rgutè loquiy dit Caton, parlant » des anciens Gaulois *• >»

Les temps ont bien changé !

Ceci ne s^applique qu^aux formes du vieux langage. Nous en dirons autant du fond des choses par rapport au prétendu sommeil du roi mineur , maxime qui, d^abord juste et conforme à la coutume , est devenue préjugé et contraire aux principes , en changeant d^objet ou de face. L^opinion ramenée peu à peu à des idées plus saines , et déterminée sans retour par un grand acte de puissance , s'est enfin fixée sur le droit de nos princes. Charles V avait préparé cette révolution de doc-

* Dumoulin , T, des fiefs, art. XLni, p. 84 du texte conféré par M. Henrion de Peniej.

* Comm. de M. Hwr. de Pens. sur iV-

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trines * ; Charles VI la consomma. Uëdit du mois d'avril i4o3, portant qu'après le décès de ce prince, son fils, mineur ou non, sera réputé roi de France , et le royaume gouverné par lui et en son nom , devint le fondement de notre maxime le roi de France ne meurt pcLs *. Dès-lors , on ne s'est plus

' Voj. redit du mois d'août 1874 , qui Eie la majorité des rois à i4 ans.

^ L^dît d'avril i4o3 prouve évidemment, ou que le principe qu'il établit était de création nouvelle , ou qu'il avait été sujet à contestation et plus ou moins méconnu jusqu'à Charles yi; car, dans toute autre supposition , la loi portée serait sans objet.

Voici les principales dispositions de cet acte , l'un des élémens les plus remarquables de nos anciennes constitutions.

jChàeles , par la gr^ce de Dieu , etc.

Considérant que si tost qu'il plaît à Dieu envoyer sur terre au roi, qui est pour le temps hoir masle premier nez, droit de nature , le baille héritier du dit royaume ; et si tost que son père est allé de vie à trépassement , supposé que le dit premier soit moindre d'ans, en quelque minorité qu'il soit , il est et doit être réputé pour roi , et doit être le dit royamne gouverné par lui , et en son nom par les plus prouchains de son sang , et par les saiges hommes de son conseil , etc.... Avons ordonné et décerné , ordonnons et décernons de nostrè certaine science , pleine puissance et autorité royale^ que nostre dit aisné fils qui est à présent , ou celui qui le sera pour le temps , en quelque petit aage qu'il soit ou puisse être , soit après nous , incontinent , sans aucune dilation , appelé roi de Foince, succède à nostre royaume , soit couronné roi le plus-tôt que faire se pourra , et use de tous droits de roi , sans ce

imaginé que le roi dormait , parce qu^il notait pas couronné ou majeur. Le fond a disparu ^ mais les formes sont restées : c^est que, protégées par Tempire de la coutume , elles appartenaient dérailleurs à un ordre de choses sacré , objet d^une antique vénération et d'aune sorte de culte héréditaire ; c^est que Tévénement a pu quelquefois les justiGer jusqu^à un certain point, et rendre plus tolérable le maintien de ces ancienlieis pratiques.

Ainsi , diaprés Fédit de i4o3, à la mort du prin'ce régnant, les lettres-spatentes et-les ^rréts des cours souveraines devaient étretrendus.aunom de Théritier du défunt v quelque fût soil-ftge^ et n'*eût-il reçu le jour qu^à Tinstant du décès de son prédécesseur'.Mais on conçoit des circonstances où cet héritier n^a pu être ni désigné, ni même connu,,

que aucuD autre tant ackproucHaîn dénostresangfentrepreigne lo bail, négeoce ou'gouvérneiDent'denostre dit ^ojaumci et sans ce qu*il piiii»tél»e.donné.'à nôtre dit aisné fils , en son droit qui lui est deii par droit 'de nati\ra^ aucun empêchement, soubs ombre de régence 6ii gouvernement 'i^e notre dit royaume, ne autrement .pour qiiekpie raison que ce soit ou puist être. (^Édit de Chai:tes yi , tiré du Trésor des Chartres , aum. 19 , et rapporté dans Iqs preuV^ du Traité de la majorité d^f Rois éeFr.^t: t, p. 3o5;)

* « Quand , Sire, vous ne seriez Igé que d'un }oar', tous 9 seriez majeur , quant k la justice , C6mme si avfez trente 9 ans , puisqu'elle est administrée par la puissance que Dieu » vous en a donnée, et en votre nom. • (^Lettre du Pariemêni à Ckmrles IX, de l'an i56a. )

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immédiatement après le décès du monarque, et c^esl C5e qui est arrivé toutes les fois qu'Hun roi est décédé sans enfans mâles , laissant la reine enceinte et PEtat incertain sur le sexe du posthume. Tel est le ca& où s^est trouvé le royaume à la mort de Charles-le-Bel , qui, ne laissant Tespoir June postérité masculine que dans la grossesse de la reine Jeanne, avait donné la régence à Phîlîppe-de-V»* lois'. Je dirai plus, il n'^est pas sans exemple qu'en pareille conjoncture on ait ignoré jusqu'à la grossesse de la reine , au moins pendant un certain temps ,'' qu'on ne peut supposer si court qu'il ne fasse vacance; et que le roi, bien coexistant réeV^ hmentj soit au ventre, soit dans le prince le plus voisin du trône, n'ait eu cependant qu'une existence hypothétique ou douteuse dans celui que désignaient les apparences ou l'opinion conjecturale de la nation. Je ne citerai qu'un fait de cette espèce, et je le puiserai dans un temps postérieur à la proclamation du principe qui a repoussé ei détrait toute idée de vacance légale.

On sait que Louis XII mourut sans postérité

* Cbarles-le-Bel dit aux grands qae , dans le cas où la reine accoueberait d'un fils , il ne d(yntait pas qu'on ne s'eiâpreksât de le reconnaitre pour roi ; que si elle mettait au monde une fille , ce serait aux grands barons à adjuger la couronne à qui il appartiendrait \ qu'en ATTEKDAirr, iLdéelarait Pbilippe-db- Valois régent du royaume.

masculine, quoiqu^il eût eu plusieurs femiiies. Marie d^ Angleterre , sa veuve , qu^il avait épousée en troisièmes noces, n^avait que dix-huit ans. La passion violente du roi pour cette . princesse et Fardeur que lui avait inspirée le désir de donner au trône un héritier de son sang, étaient généralement regardés comme la cause de sa perte ; ce qui a fait dire de lui qu^il sVtait sacrifié pour son peuple comme le Pélican pour ses petits. Il y avait donc lieu d'^espérer un prince posthume, fruit d^une union de quelques mois« Au défaut de cet héritier , la couronne devait passer dans la ligne collatérale ; et cVtait François P', alors duc d'Angouléme, dauphin ' , qui se présentait au premier rang. Mais les bienséances ne permettaient pas que son droit fût vérifié et reconnu immédiatement après le décès de Louis XII. On prévoit ce qui arriva. Il était d'usage' qu'à la mort des rois, les reines de France demeurassent six semaines au lit, dans une chambre tendue en noir, qu'éclairait un grand nombre de bougies. Marie d'Angleterre , pour se conformer à cette coutume, s'enferma avec lAesdames de Nevers et d'Aumont, dont elle

* Ou plutôt f comte d'Angoulème ; car le comté de ce nom ne fut érigé en ducbé-pairie que la première année du règne de François I«'. C'est Gujard de Berville qui a relevé Verrcur où les historiens sont tombés k ce sujet. ( Hist. de Bayard, p. 4o4. )

recevait les consolations. Ce ne fut qu^environ tpiinze jours après les premières douleurs, que le duc d^Angouléme osa lui demander s^il pouvait prendre le litre de roi, et si elle notait point enceinte ; à quoi la princesse répondit qu^îl le pouvait, qu^elle ne connaissait pas d^autre roi que lui '.

La nation fut donc quelque temps incertaine sur le véritable héritier de la couronne. Il y. eut donc une sorte de vacance depuis la mort de Louis jusqu^à la déclaration authentique de sa veuve; car, bien que le duc d'Angoulême fût présumé roi au moment du décos, on ne saurait établir en droit- quUl le fût réellement, puisqu^il pouvait ne pai Tétre et ne Pavoir jamais été.

Je saisirai cette occasion de relever une erreur échappée à Robert de la Mark , ou à son éditeur , et qui n'a point été remarquée par ceux qui Tout copié. Cest lui qui nous apprend le fait que je viens de rapporter. Selon cet historien, François I" n'aurait interrogé la reine Marie que trois semaines ou un mois après le décès de Louis XII. Ce ne peut être qu'une inadvertence , et je crois qu'il faut réduire à quinze jours au plus le délai d'un mois , qui serait inexpliquable. Louis XII est mort

* Robert de la Marck , dit V Aventureux , sieur de Fleurantes. — Hùt. des choses mémorables advenues du régne de Louis XII et François /", publiée par l'abbé Lambert , sous le titre de Mémoires de Fleuranges , à la suite de du BeUai.

176 CËRENOISIES DU SACRE.

le premier janvier i5i4^ suivant rancieqne manière de compter les années ; et François P a été sacré le 25 du même mois. Or, il rfest pas possible que le duc d^Angouléme ait attendu qu'il eût été proclamé roi , pour demander a la reine s'il pouvait en prendre le titre.

Je terminerai ces réflexions par quelques rapprochemens qui pourront paraître hasardés, ou même bizarres, mais qui feront connaître jusqu'où nos pères ont porté l'esprit de singularité et d'imitation dans certaines pratiques.

On n'ignore pas qu'il. existait autrefois des corporations sous le titre de royaume et d'empire. Ce n'était pas assez d'un roi d'Yvetot, reconnu par l'histoire ' , il fallait encore se soumettre aux grotesques constitirtions d'un empire de Galilée^ , d'un royaume de laBazoche^ etc., etc Cette dernière corporation, présidée par. un roi, avait ses statuts, son code, sa juridiction. Elle rendait des arrêts dont on appelait aux cours souveraines. Ses lois étaient reconnues, autorisées, protégées^. Or, il y avait à Vienne en Dauphiné une espèce de

* Voy. la Dissertation de Tabbé Vertot sur U royaume d*YvetoL Mém. de l'Acad. des B.-Let.

' Yoy. , sur les statuts et Torigine de Tempire de Galilée y les Recherches d'un savant, t. 3 , part. !*«.

' Voy. Recueil des statuts , ordonnances , reigîemens , antiquités, prérogatives , etc, du royaume de la Bazoche , etc.. Paris, 1654, in-8*.

LEVER DU ROf. I77

'Confrérie des meuniers et des bouchers dont le roi était nommé par Tarchevêque. Les confrères, tous à cheval et bien armés, se réunissaient le i*' mai au palais archiépiscopal , et le n^onarque élu par le prélat marchait gravement , précédé de la cavalcade, vers THôtel-Dieu appelé Thôpital Saint-Louis. Le cortège étant arrivé à la porte , qui devait se trouver fermée , un des gardes de sa majesté meunière venait y heurter , et demandait saint Paul : quélqu''un de la maison répondait : il dit ses heures. Le garde frappait une seconde fois ; on répliquait : i7. monte à cheç^aL Au troisième coup, on ouvrait la porte en disant ; veeslecitout prestf et saint Paul affublé d^un froc d^hermite paraissait monté sur un palefroi. Le recteur de THôtel-Dieu le remettait lui-même entre les mains du roi, qui jurait sur les Ei^angiles de le conduire et ramener sain et sauf, et qui lui donnait, pour sa sûreté, deux de ses gardes-du-corps, dont il se rendait caution par un acte que son greffier délivrait au recteur *.

On croirait quUl est encore question des barons de la sainte Ampoule, députés parle prince , jurant sur rÉvangile , se constituant otages , et s^enga-

< Cette rubrique est tirée d'uA ancien Missel latin , manuscrit , dont VabLé d^Artigny a donné un extrait dans ses Mémoires d^hist, , de ait. et de Ut. , t. 4 y p* 3o8.

géant par un acte public à remettre le précieux dépôt qui leur était confié.

La ressemblance de ces jeux grossiers avec d^au gustes cérémonies nous scandalise sans nous sur** prendre. L^hisloire des divertissemens et des solennités du moyen âge, n'est, en effet , que Thistoire du scandale et de la profanation ; mais poursuivons.

On a pu trouver des rapports plus dignes de remarque entre la cérémonie du leç^eret celle de Vattollite portas du dimanche des Rameaux. Ici le prêtre frappe trois fois à la porte de Téglise avec la croix ; là le chantre frappe tr^is fois à la porte du roi aveci^on bâton. Les paroles sacramentelles diffèrent comme le sujet, mais les singularités du cérémonial sont exactement les mêmes. Autrefois , la distribution des palmes ou rameaux était suivie de Ponction des catéchumènes , d'où elle prit le nom de capitilaviam , parce qu'on y lavait la tête des candidats pour les préparer à recevoir l'huile sainte '. L'application des mêmes rites à la cérémonie du ieverne pourrait-elle pas s'expliquer par l'analogie de la *^ituation du monarque , à l'instant de son sacre, avec celle des anciens catéchumènes prêts à recevoir l'onction? Cette idée paraîtra toute natu-

' « Vulgus autem eum diem ( dies Palmanim) capitilavium » Yocant , quia tune moris est lavaodi capita infantîum qui m UDgendi sunt , ne observatione quadragesimas sordidata ad « unctionem accédant. • ( Isidor. , lih, 6 , Etym, , c. 18. )

relie , si Ton considère que le premier sacre fiit un véritable baptême.

Il est bon de savoir que Fhymne des rameaux , Gloria, laus et honor^ qui est suivie du répond attoU lue parias^ fui composée par un certain Théodulfe, abbé de Saint-Benoist, dans un cachot où il avait été jeté comme complice d^ne conjuration tramée contre Louis-le-Débonnaire. Un dimanche des Rameaux , au moment où le roi passait près des murs de la prison, Tabbé se mita la fenêtre, et chanta au travers des barreaux sa nouvelle hymne , dont Louis fut si satisfait quHl rendit la liberté à Fauteur , et Féleva au siège épiscopal d^Orléans *.

Ce fait rapporté par Baronius me conduit à un dernier exemple de pratiques analogues au cérémonial du lever.

^archevêque de Paris jouissait ai\cieunement du privilège de délivrer un prisonnier le dimanche des Rameaux ; et dans cette circonstance , comme dans les précédentes, on retrouve encore une porte fermée et deux fois refusée avant d^être ouverte. Après la bénédiction des palmes , le clergé de la capitale se rendait processionnellement sur la place du petit Châtelet. Là , monseigneur entrait dans une maison voisine pour y prendre ses habits pontificaux. Lorsqu^il avait rejoint le clergé, un chœur de chantres se détachait, péné-

* Baronius I AimaL Eccles.^ an 835.

l80 CÉRÉMONIES DU SACRE.

trait dans la prison , et , place à une fenêtre ouvrant sur la rue Saint-Jacques , il entonnait la première strophe de Thymne de Théodulfe, Gloria^ laus et honor^ à laquelle un second chœur repondait, dans la rue, par la strophe suivante. La procession sWançant ensuite sur le Petit-Pont, Tarchevêque frappait à la porte de la prison trois coups avec sa crosse, en disant, à chaque coup ^ attollùe portas. La première fois, il lui était répondu par un enfant de chœur; la seconde, par une; haute-contre; et la troisième fois, p^r une bassçriaille. La porte sevrant alors, monseigneur ::eritraiL dans la prison, et en ramenait un prisohtiier qui lui portait la queue de sa robe jusqu^à N!otre-ï>ame *.

Nous nous rappellerons,, ea&n, que Févêque d^Orléans, dont Théodulfe avait occupé le siège , jouissait aussi.de Finsigne prérogative de délivrer les criminels à son entrée çolennelle dans cette ville , le jour de sa prise de possession '. Tout ceci ne s^adresse qu^à la curiosité* J^ai rapporté des faits; je les crois exacts; on est libre d^en conclure ce quW voudra.

■ Cal, hist.,^. 172. L'iijmne G/oria /ai// se diantaît tôu*

jours dans un lieu élevé , d'après les anciennes tradiClbns de

rÉgHse. On donne pour raison de cet usage levers de la même

bjrone : Cœius in excelsis te laudat cœlicus ornais. (D. de

'Vert , Cér. de VÈgL , t. 1 , p. 92. )

• Voy. le chap. Diliyrance des prisonniers.

DE LA HÀQUENEE. i8i

rvi.

DE LA HAQUENEE.

Le grand-prieur de Saint-Remi, porteur de la sainte ampoule, arrive monté sur une haquenée blanche qui lui a été envoyée le matin par ordre du roi , et s^avance sous un dais de moire^ d^argent, accompagné des barons de la sainte ampoule \

Ce serait pour nous une chose fort singulière ^ sans doute , de voir un religieux arriver à cheval sous un dais ^ et se présenter en cet équipage aux portes du sanctuaire.

Mais il ne faut pas juger d'un usage ancien par ce que nous pratiquerions en pareille circonstance , si la règle n^existait pas.

La haquenée blanche envoyée au grand-prieur de Saint-Remi représente celle dont le chef de cette communauté se servait autrefois pour se rendre à IVglisC) comme d'une monture habituelle,

• Voy. k Cérém.

l8a CÉRÉMOIflBS DU SACRE.

et qui^n^était point exclue des grandes solennités, même pour les personnes de son ordre. Cétail alors une chose toute simple et toute naturelle.

Alors , Fusage des mules et des chevaux était commun à toutes les classes de la société. Il remplaçait celui des carrosses qu^on ne connaissait point. Le cheval paraissait préférable aux chars grossiers qui précédèrent les voitures suspendues , et que nos vieilles chroniques désignent sous le nom de basterne et de carpentum.

Cétait des espèces de chariots d'origine gauloise * , dont Fattelage se composait encore de bœufs sous les rois de la première race. Ces princes, dit Éginhard, se faisaient transporter sur des chars attelés de deux bœufs *. Il n'est donc pas étonnant que les mules et les chevaux de selle aient été préférés par la suite pour le voyage , la promenade et la représentation dans les fêtes publiques. Cet usage convenait d'ailleurs aux mœurs chevaleresques et à l'esprit militaire de la nation. Nos anciens romanciers ne nous entretiennent que de belles montées sur des palefrois. Les dames de la plus haute distinction s'étaient fait elles-mêmes

^ Montfaucon, Antiq, expLy t. TV, a« part., p. 191.

' « Quocumque eundum erat, carpcnto ibat , quod bobus » junctîs,ctbobuleo rustico more agente^trahebatur.» (Eginh., Vita Car.'Mag^

On a cependant élevé quelques doutes sur ce fait.

DB LA HAQUENÊ£. i83

une habitude de cette monture. Les princesses , loin de la dédaigner, y trouvaient un élément de luxe et de plaisirs. Un ancien manuscrit , cité par Bry de la Clergerie, nous apprend que Jean II, duc d^Alençon , grand amateur de beaux cheyaux, c( avait, pour récurie de madame Marie d^ Armagnac, » sa femme , vingt-^quatre haquenées toutes blan- 1» ches , accoustrées de harnais , comme il appar- » tenait, et ce sans les chevaux de litière et autres » qui servaient aux chariots '» »

Lorsque les Anglais évacuèrent le château de Belle-Perche, où madame de Bourbon était retenue prisonnière, ils firent monter la duchesse avec ses dames et demoiselles sur des palefrois qui avaient été préparés pour elles, et dont elles se trouvèrent fort bien *.

Souvent le même cheval portait le mari et la femme , le chevalier et sa dame y le prince et le courtisan. Il était même reçu que les . dames ne

* Histoire du Perche j p. a34*

* Froissarty yol. i, c. a8o. — BuUet, rappelant ce passage de Froissart, dit tout simplement : « La duchesse de Bourbon • et ses dames voyageaient à cheval. • ( Recherches sur les cartesj p. i45.) Cela n*est pas exact ; car il ne s'agit point ici d'une action libre et habituelle de la duchesse ; c'est une prisonnière que l'ennemi emmène comme il lui platt. Sans doute madame de Bourbon a pu vojager à cheval, selon la coutume de son temps ^ mais ce n'est pas ce que dit Froissart au lieu cité.

l84 CEREMONIES Dt SACRE.

montassent qu'en croupe. Leur écuyer ou varlet se mettait en selle, et Içur servait de point d^appui '. Ce qui choquerait aujourd'hui les bienséances était alors une règle de décence ; et Monstrelet remarque comme une chose extraordinaire, que la comtesse de Saint-Pol ait monté en selle pour rejoindre plus vite son mari qui était à toute extrémité '.

Dans les fêtes publiques , aux entrées de nos rois , les personnes les plus qualifiées , les princes et princesses, les reines mêmes paraissaient montés sur de» ^perbes palefrois ^. Les princesses avaient leur- haqu^née -ftivorite ou d^honneur, comme un gféhéral a, entre -autres coursiers, son cheval de parade ou de batàiïïe* Au convoi funèbre d'Anne de Bretagne , «marchait la haquetiée » d'honneur accoustrée comfmele cheval de croup- » pe, sauf <jue ledit cheval avait le coissin paré » pour poiitel» cri crouppe *.' » Les magistrats et

• Voj. Recherches historiques sûr les cartes à jouer, par BuUet , p. i48. — Et les Essaù sur Pdris, quartier de la Cité, Palais. Cet article de Sàtnt-Foix est bîeiitnafî^e !

■ « La comtesse et Wallêram arrivèrent trop tarS , nfotiobs-'

• tant que pour elles "plds haster venir , dicvaucKèrént e/h-* » jambées sur chevaux trotidns. Le pauvre cdmtc était'

* accouché malade dedans le chastel d'Yvris , ponrceque son* » médecin lui bailla un clistère trop fort. » ( Monstrelet, t. i^ c. i39, et non point i38. (Faute à corriger dans Bullet.)

5 Montfaucon, Mon, de la monarchie française*

♦ Cérém.fr,, Convoi d* Anne de Bretagne *

DE LA HAQUENEE. l85

leurs femmes , moins magnifiques, se contentaient de mules. . Saint-Foix semble citer , comme un fait particulier ) Tordre donné parle parlement, en i599, po^r la construction d^un montoir de pierre dans la cour du Palais *. Il aurait dû ajouter que les bancs ou bornes montoirs, destinés à faciliter Tusage du cheval et delà mule , s'étaient fort multipliés dans Paris, et surtout dans les quartiers voisins du Palais, pour la commodité des gens de robe. On y voyait un grand nombre de ces pierres taillées en forme de gradins et placées aux portes des anciens hôtels* On en trouve encore des vestiges dans la Cité.

Les prélats et les princes de ITEglise figuraient aussi à cheval, dans les grandes solennités, revêtus de leurs habits pontificaux. Au congrès d' Arras,en i435 , w quand le cardinal de Chypre fut » entré en la pdrte Saint-Michel , monsieur IM- » véque d^Arras lui présenta la croix à baiser^ » lequel osta son rouge chapel et baisa la croix ,

» luj' estant à cheçal. Le susdit cardinal et les

» autres seigneurs dessus nommés suivirent, es^ » tant à chenal, lesdites processions ". w

La montre des officiers du Châtelet de Paris était un reste de cet ancien usage. On appelait

* Essais hist. sur Parts. — Quartier du Palais. ' Journal de la paix d'Arras, diaprés les Mss. de Saint-- Waast , recueillis par dom de la Taverne, p.. i3.

l86 CÉRÉMONIES DU 8ACRB.

ainsi une cavalcade de gens de justice qui se réunissaient tous les ans le lendemain de la Trinité pour aller faire leurs visites en corps au chancelier , au premier président , au procureur général et au prévôt. On y voyait figurer , à cheval , en robes rouges ou noires, selon la qualité des personnes, les sergens,.les huissiers, douze commissaires , un avocat du roi , les lieutenans particuliers , le lieutenant civil et les grefl&ers du Châtelet, qui marchaient au bruit des timballes, des trompettes et des haut-bois , précédés d'un étendard avec tous les attributs de la justice. Cette cérémonie, qui se pratiquait encore dans le dernier siècle , avait une origine très-ancienne * et un but d'utilité réelle. Elle était suivie d'un examen plus ou moins sévère de la conduite et de la gestion des officiers du Châtelet pendant Tannée. On y jugeait les plaintes portées contre eux , et les coupables étaient réprimandés ou interdits.

La haquenée du sacre n'avait sans doute rien de plu3 étrange 'que des magistrats traversant tout Paris, à cheval, en robes longues et en bonnets fourrés. Pour bien juger de ces singularités, il faut se reporter au temps et à l'esprit de leur institution.

Ce n'est pas que les chars dont nous avons parlé fussent les seules voitures en usage avant l'inven-

■ p^ar. hist. ou recherches d'un saviint , t. III, p. 54-

DE LÀ HAQUENÉB. 187

tion des carrosses ; les dames se servaient aussi de litières. Froissart décrivant Fentrée d^Isabeau, épouse de Charles VI , dit que « toutes les dames et j» damoiselles avaient leurs litières si richement » parées que rien n^ faillait. La duchesse de » Tourafne n^en avait pour elle diflférer des autres, » ains estait sur un palefroy très-richement orné I) et chevauchait d^un le* et tout le pas *. )>

C'est dans un pareil équipage que, sous le règne suivant , la duchesse de Bourgogne fit son entrée dans la ville d'Arras : « La dicte princesse es- » toit richement vestue et ornée en une moult riche )) litière dorée dé fin or , laquelle litière portoient i> deux haquenées blanches , enharnaquées moult » richement de brides , selles, poictral , croupions, » tant dW et d'argent comme de soye. La dicte )> princesse avoit en sa compagnie plusieurs belles }) jeunes dames et damoiselles montées sur haque- » nées enharnaquées moult richement, icelles » dames et damoiselles vestues de verdes houpe- » landes, les manches faictes et orfrisées d'argent « moult richement ; et avec ce y avoit en sa » compagnie plusieurs dames et damoiselles en » charriots moult riches, peints tant d'or comme » d'argent, etc ". »

* Chroniques de Froissart, v. 4^ o. 2.

' Journal de la paix d'Arras, en t435, p. 36. C'est pendant ce congrès que , suivant le même Journal , au milieu d*unc

i88 CÉRÉMONIES DU SACRE.

Mais ces litières , ainsi que les chariots d^apparat, étaient réservées aux grandes princesses qui s^en servaient alternativement avec les chevaux et les mules, selon les circonstances. Quoique les chars n^eussent ni Pagrément ni la commodité de nos carrosses, on les regardait néanmoins comme des objets d^'un très-grand luxe , parcéque leur entretien était beaucoup plu^ dispendieux que celui d'une simple moirture. Tant il est vrai qu^on a toujours, apprécié leluxe.parleS' dépenses qu^il entraîne, et non point par la qualité- et la valeur réelle des choses qu^on. y. emploie.

Voilà pourquoi Pbilîppe-le-Bel , par son ordonnance de 1293, interdit Fttsage des chars aux bourgeoises que ce luxe avait gagnées. Dans le treizième siècle, cVtait se donner des airs de grand seigneur que de voyager ou de se promener dans une charrette attelée de deux mules ou deux bœufs. Mais ces modestes équipages et ces montures suffisaient au besoin, à la commodité, et même aux plaisirs de la cour et de la ville. On était si éloigné de désirer plus, que Pinvention des carrosses sem-

liorrible tempête qui causa de grandes inondations , « Le

» sixiesme jour d*aoust par espécial, cheut des pierres de

» diverses formes , les unes cornues , les autres plates, les au7 » très demj-rondes, de moult grande grosseur, et plus gran- » des que deux grosses febves , dont plusieurs disaient que » c*estait mauvais présage. » p* 49*

( p/rc/i' ^ ' \\'/\'i/(/ ^^ .

DB LÀ haquenÉe. i8g

blerait se rapporter beaucoup moins à un rafinement de mollesse ou de luxe , qu'à une nécessité particulière *. Le premier seigneur qui en usa fut, dit-on, Jean de Laval de Bois-Dauphin, dont Texcessive grosseur ne lui permettait pas de se tenir à cheval , et que cette infirmité mit dans le cas de rechercher un moyen de transport plus commode et plus doux '.

Quoi qu'il en soit, les carrosses passent généralement pour avoir été inventés sous François I®*". Maïs cette opinion cesse d'être exacte si l'on entend par carrosse une voiture suspendue, quelle qu'en puisse être la forme. Il existait avant François I®*", et dès le commencement du quinzième siècle, des chars qu'on appelait chariots hranlans^ ou chariots damerets , ou de dames , dont le corps était- vraisemblablement suspendu '. On en vit à la rentrée d'Isabeau à Paris en i4o5 : la reine Eléonore s'en servit aussi à son entrée à Marseille en i533. Le carrosse ne fut donc inventé que depuis cette dernière époque ^. De l'usage des chariots

' On voit même que le Parlement s'opposa de tout son pouvoir à rintroduclion de ce nouveau luxe. Il arrêta , en i563, que le roi Charles IX serait supplié de défendre les coclies par la ville.

■ Teîssier, Eloges des hommes illustres,

' Dissertation sur l'origine des Carrosses , imprimée à la suite de la Mjtbologie française.

4 Voj. sur ce sujet , Bullet y ubi supra. ^^ Montfaueon y

igO CEREMONIES DU SACRE*

branlans à Tidée du carrosse , la transition . était facile ; il ne s^agissait que de modifier , pour plus dVlégance et de commodité , le corps suspendu : c^est ce qu^on fit sous François l^' , en donnant à ce corps la forme d^une caisse ou d^une espèce de cabinet carré, dont la reine eut les prémices, et dont rénorme Jean de Laval s^accommoda ensuite.

Le mot impériale y qui servit à désigner le dessus d^un carrosse, vient du nom aflfecté au couronnement du baldaquin de parade, chez les princes , les rois et les grands seigneurs. « Quand la » mode de paroître fastueusement en public fut » venue, et que les personnes de rang à avoir chez » eux le dais ou V impériale ^ eurent pris des car- » rosses jîls y mirent dessus celte couverture disn tinguée, au lieu du berceau qui couvrait les » autres voitures publiques ( le mot publiques » est ici de trop ). Il est croyable qu'il n^ eut >) d'abord que le roi et les princes de son sang » qui eurent leurs carroses à impériale, nom qu'on » donna à cette espèce de dais pour faire sentir }} par-là le pays d'où on le tenait, et ce qu'en s'en

u servant ou prétendait lui faire signifier Maïs

» bientôt le reste de la noblesse en mit aussi sur

Monum. de la monarchie Jr., t. V. — Recherches d'un savanty t. II, p. 81. — Moreau de Maulour , Observ, hist, et crit. sur quelques singularités de la ville de Paris, etc.

DB LA HAQUENEE. I^t

» les siens , cette couverture de forme nouvelle » lui paraissant preTerable à celle du berceau , n qui lui sembla trop campagnarde ; et le seul » ménagement que ces nobles gardèrent fut de » laisser les impériales de couleur pour les duh chesses, et de n'en avoir que de cuir *. )>

On conserva Tusage du cheval et de la mule long-temps après Finventîon des carrosses, qui étaient encore fort rares sous Henri IV". Don Pèdre de Tolède , ambassadeur extraordinaire d'Esyagne^ s'en servit pour se»- rendre à la cour de ce prince, et Sauvai prétend que c^était pour la première fois qu'ion voyait un ambassadeur en carrosse de gala '. Il est. certain que les femmes de la cour, même les reines , nVn usaient pas habituellement ; car nous lisons dans le manifeste d'Henri IV contre Marguerite de Valois , que cette princesse partit d'Agen en croupe derrière son favori , et que ses femmes , qui n'avaient pu trouver assez de chevaux de louage ou de poste à monter , la sumrent à la file ^ sans masques ni dei^antières '. Enfin la

* Beneton de Peyrîns, Dissertation sur les Tentes et Papillons de guerre, p. loa, in-ta.

■ Antiq, de Paris, t. II, p. 102.

* Voy. celte pièce dans Vannel, Galant, des rois de France^ t. II.

C'est le même écrit, sauf des dîflPérences de rédaction, qui a été publié en i663, sous le titre de Divorce satirique, et réimprimé, d'après les Mss. de la bibliothèque de Saint-Germain*

igtl CERÉMQNIfiS DU SACRE.

mère de Nicolas de Verdun, premier président sous Louis Xlir, faisait encore ses visites dans Paris, montée en croupe sur une mule, derrière le clerc de son mari *.

Cependant Fintroduction dans le cérémonial du sacre de la haquenée destinée à la translation de la sainte ampoule, n^a pas une origine des plus anciennes. Il y a lieu de penser que les prieurs de Saint-Remi , porteurs du baume sacré , se o^endirent àPéglise à pied jusque vers le milieu du quinzième siècle. Cest dans Tordre du couronnement de Louis XI qu^il est parlé , pour la première fois, de la monture de ce religieux. On prétend que la cour envoya un cheval à celui qui remplissait alors les fonctions de prieur , à cause de son extrême débilité. Elle ét^it telle, apparemment, quelle ne lui permit pas de mettre pied à terré , car le moine entra dans Féglise à cheval comme il était venu '. L^usage voulait que ce cheval fût blanc. Dom Bévy assure qu^il n^est fait aucune mention de la couleur avant le sacre de Charles IX '. U se

des*Prés , dans le tome IV du Journal de Henri III, édit de ijii* On a soupçonné d*AuLigné d'en être l'auteur, mais on a pu se tromper. J'examinerai cela en d'autres lieux.

> Ohenf. hisi, et crû. sur quelques singuî. de la ville de Paris,

■ Ju vénal des Ursins y Relation particulière du sacre de Louis XI.

' Hist. des inaugurations, p. 4i9 et 520.

DB LA HAQUKN££. fl qS

trompe : la couleur blanche de la haquenee est formellement spécifiée dans le cérémonial de Henri II *. Ce n^est pas la seule erreur où cet hîstCNrien soit tombé. Son livre contient des détails assez curieux, mais il ne faut pas trop compter sur son e:i^actitude.

Les habitans du Chesne-le-Populeux , bourg situé-à six lieues de Reims sur la route de Rethel, avaient anciennement le privilège d'accompagner la sainte ampoule sous les armes, et de faire la garde à la porte de Téglise métropolitaine , pour en ramener le prieur au couvent , où ils vivaient à discrétion pendant un temps fixé. Ce privilège était fondé, suivant eux, sur le service qu'ils avaient rendu en sauvant la sainte ampoule lors du pillage de Reims par les Anglais, et, selon d'autres, sur leur qualité de sujets de Pabbé de Saint-Remi,* qui les mandait de sa propre autorité pour l'accompagner *. Ils prétendaient en outre que la haquenee avec tous ses. harnais et ses omemensleur appartenait de droit; mai? Louis XV n'eut aucun égard à ces prétentions ^^ et Louis XVI,

* « Les gentilshommes ..... mepans avec eux une » haquenee blanche sur laquelle feut monté et rapporté le * grand prieur de la dicte abbaje.» (jCérém,fr,, Ordre du sacre âe tienri IL^ , ^.'.

* Cérém.fr,j p. 445 , in-f*. — Marlot, Histoire de Reims J

* Mercure d€ France ; liO'ftaA^Te 17^1.

194 CÉRKMONiES DU SACRE.

quelques jours avant son sacre , fit signifier à la dëputation du Chesne que la haquenëe serait conduite dans les écuries de Tabbaye pour demeura à la disposition du grand-prieur , ce qui fut exéjcuié suivant Tordre de S. M. *.

Au reste 9 il faut entendre par haquenée^non pas, diaprés le commun préjugé, une jument, dans un sens absolu , mais un cheval d^un naturel doux, facile à monter, et dont Tallure était Tam-* ble. La jument passait autrefois pour une n^onture ignoble , réservée aux vilains et aux chevaliers déloyaux. Le mot hcfcguenée parait dériver du celtique Hacnai , qui signifie cheval de monture '. Il serait donc plus régulier d^écrire hacquenée^ et non point haquenée , comme PAcadémie.

* Procès-verb. du sacre de Lauîs XVI ^ note, p. Ô7.

* JHcU celtique de Bul, — Recherches sur Us cartes à jouer, p. i46.

DES 8ERMENS ROYAUX. fQÔ

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