‹ Des cérémonies du Sacre ou recherches hist. s.l. moeursChapitre 23 sur 36 · DU BAISER DS L^CCLÀMATION · texte numérisé non relu

DU BAISER DS L^CCLÀMATION

gnage de Falliance qu^ils tenaient de contracter entre eux. De même , si je ne m^abuse , le prince investi du pouvoir royal, selon les idées religieuses de ces temps , c'est-à-dire confirmé dans sa qualité de souverain par le ministre de Dieu sur la terre et les premiers organes de la nation , recevait le baiser de Tarchevêque et des pairs, comme la confirmation et le sceau de Falliance qui venait de s'établir entre la religion , le monarque et le peuple ^j^résenté par les grands.

Tout ceci nVst pourtant qu^une conjecture. Mais peut-être y trouvera-t-on plus de vraisemblance que dans le système de Tadoration. Du moins estil certain que le baiser de Pacclamation, prescrit par le formulaire de Louis VII , remonte à des temps fort éloignés de nous , et qu^il a été introduit dans le sacre sous Fempire de la coutume que je viens de rappeler.

4t4 CEREMONIES DU SACRE.

On remarque dan^la collecte de la consécration la prière suivante '..••:« Ut regale solium videU- )i cet Saxonum , Mbrgiorum , Nordanimbrorux )i sceptra non deserat; sed pristinae fidei pacistt que concordiâ eorum animos , te opitulanle y re- » formet etc. »

Cest-à-dîre :

(Faites, Seigneur, que le roi ) conserve ses

droits sur les royaumes des Saxons^ des Merciens et des Nordanimbres (ouNordcimbriens); et quUnspirant à ces peuples des sentimens de paix et de concorde, il change leurs cœurs, et les rappelle à la foi anciennement promise.

Quels peuples a-t-on voulu désigner dans cette prière? Ce fut long-temps une question. On a fait d^assez longues et assez inutiles dissertations pour

• Voy. h Cérém.

prouver qu^il s^agissait des pays soumis à la France vers la fin de la première race et par le chef de la seconde. Mais ceux qui ont soutenu cette opinion se sont vus forcés ' de rattacher Forigine de la formule aux temps de Charlemagne , et il est certain qu^elle n'existait point alors.

L'oraison delà consécration prononcée par Hincmar au sacre de Louis II ne fait mention d'aucun peuple étranger ou français. Dans le formulaire de Louis VII , qui est devenu la règle de tous le$ autres, il n'est question que des Français^ des Bourguignons et des Aquitainiens. Ce n'est que depuis Louis VIII qu'on a substitué à ces noms, ceux de SajponSy Merciens et Nordanimbres , etc.. Tous les bons auteurs conviennent qu'il faut entendre par-là le royaume de la Grande-Bretagne , où les Saxons s'établirent dans le cinquième siècle, et qui , entre autres peuplades , comptait parmi ses premiers habitans , les Merciens et Nordanimbres ou Nordcimbriens. Les Saxons occupèrent la partie qui comprend les comtés de Sussex, Surrey , Cornouailles,etc... Les Merciens habitaient les cantons méridionaux de Buckingham, Huntington, Northampton , Lincoln , Darby, Warwick, Glocester, Oxford, etc...., et les Nordcimbriens , la partie

* Entre autres, Hubert Meurier, livre des Sacrées Onctions. — Valadier , Paranése Rojrale , cité par Marlot , Théât, d'Aon. y p. 658.

Al 6 CÉRÉMONIES DU SACRE.

septentrionale où sont situées les provinces d^Yorck, de Lancastre et le Northumberland.

Le nom de ces peuples n'^exprime rien autre chose que Pidëe distributive d'Anglais.

La mention qui en est faite dans la collecte de la consécration a pour objet de reserver aux rois de France les droits quUls se soYit prétendus à la couronne d'Angleterre, du chef de Louis VIII, élu en 1216, souverain de la Grande-Bretagne, par les Etats de ce royaume, après la déposition de l'usurpateur Jean-Sans-Terre. Louis VIII ne jouit pas long-temps de cette couronne, quoiqu'il en ait conservé les attributs dans ses armes écartelées de celle de France et d'Angleterre. Jean-Sans-Terre et son fils Henri III ayant acheté l'assistance du pape Innocent III , ce pootife parvint à replacer Henri sur le trône de son père , dont la mort avait suivi de près la déposition. Louis, contraint de repasser en France , fut dès-lors , et de fait , dépossédé du trône de la Grande-Bretagne ; mais il ne cessa point, pour cela , de s'attribuer le même droit de souveraineté sur les Anglais; et, à son exemple, ses successeurs crurent devoir faire acte de conservation de ce droit au royaume d'Angleterre, dans la solennité religieuse qui était réputée mettre le sceau à leur puissance.

Nous avons une traduction des prières du sacre où la collecte de la consécration n^est pas rendue

OftAISOM HISTORIQUE. 4^7

av€C une rigoureuse exactitude *. Le texte porte Nordcincimbrorum ou Nordanimbrorum ^ qu^oa a traduit par les peuples du Nord et les Cinibres. Le mot Cinibres est renferme dans l'idée générique dé peuples du Nordj parce que les Cimbres du'Jutlûnd , dont il est ici question, ont toujours été compris dans la cat^orie de-Ces peuples. La dernière .désignation fait donc pléonasme : c^est comme si l!ob disait les liliacees et les Us. Sans doute le mot latin NoKdancimhrorum n^aurait pas dVquîvalent dans, un seul nom français ; mais ma remarque porte stir k choix y et non sur le nombre des mots. H faudrait , les Normnnds et les Cimbres. Bien que le mot composé Normand si^mfie peuple du Nord, il ne rappelle, poumons, selon Pacception française, que la portiorvtfe ce peuple qui vint s^établir dans la Neustrie , et dont ïme partie passa dans la Grande-Bretagne avec Guillaume -le -Conquérant.

Ainsi les noms de Cimbres et de Normands signifieraient, suivant le senà historique du texte, les peuples qui habitaient TAngleterre dès le sixième sièclfe , et ceux qui s^ établirent par droit de con-

' Cérémonial du sacre des roù de France , aucpiel on a ajouté la traduction des Oraisons et prières ( par Allctz ). Paris j 1775 y in-8°. —Cette traduction n'existe pas dans le Grand Cérémonial de Godeiroj.

4l8, CÉRÉMONIES DU SACRE.

quête à la fin du onzième, quelle que soit d'^ailleurs l'origine de ces deux branches.

^expression (T ancienne fidélité ^ dont se sert le même traducteur, par rapport aux Anglais, ne rend pas non plus lesens^de pristinœ fidei ^ selon Finterpretation la plus conforme à Fhistoire.

Les peuples d'Angleterre ne $« sont jamais sohmis à la France de telle sorte que nos rois aient pu, dans aucun temps, invoquer Tancienne fidé* iîté delà Grande -Bretagne, comme un titre contre elle, n s'agit donc tïioins de la rappeler 2i0ib sentiment, qu'elle n'a jamais mis en pratique, qu'à iW bligation résultant du sern^ént d'obéissance et de fidélité que les Anglais prêtèrent à Louis VTII en le proclamant leur roi. .Les mots pristinafides ne peuvent donc être exaetenienj-rendus que par Tah^ cienne foi promise ou jurée. Cest ainsi que 3e les ai traduits.

Cette formule est devenue à peu près sans ob*jet , et l'on pourrait être surpris de la retrouver encore dans la collecte des derniers sacres. Elle n'a pourtant rien de {rfus étrange que le maintien des fleurs de lis dans les armés de la Grande-Bretagne, et les prétentions d'un prince de la maison de Hanovre à la succession de Charles-Je-Bel. En effet , le roi d'Angleterre renouvelle , clé son côté^ par rapport à la France , les mêmes réserves et protestations que le monarque français relativement à la Grande-Bretagne; cdtii-là agissant

comme successeur d^Édouard III ^ le premier des princes anglais qui se isoit paré du titre de roi de France Ml est vrai que ce titre convient tout aussi bien aux souverains de la Grande-Bretagne, que celui de protecteurs 'de TËglise , qu^ils retiennent encore^ malgré la réforme •.

' On sait que ce monarque prétendait suc/:éder à Cbaiv les ly, décédé sans postérité masculine, et qu'il prit effectivement le titre de roi de France y comme petit-fils y par sa mère , de PbiKppe-le-Bel. Voj* à ce sujet la Dissertation de

R Rit^aL Am8i,jij26.

' Ce cliapitre fut écrit avant ravénement au trône de Georges IV, qui règne actudlemeiit sur T Angleterre. Il parait

que ce prince a enfin renoncé au vain titre de roi de France , <et que les fleurs de lis ont été supprimées dans sa couronne.

U j a longtemps que cette suppression. aurait dû s'effectuer,

en vertu des traités et des renonciations volonttiires des rois

de la Grande-Bretagne.

4aO CÉR^MOMES DU SACRE.

Le roi va à rofirandc, précédé des hérauts d'armes, du grand-maître des cérémonies, et de quatre chevaliers du Saint-Esprit portant les offrandes. Elles consistent en un pain d'or , un pain d'argent, un GRA^D, VASE d'argent doré, ou buire remplie de viq, et une bourse de velours rouge brodée en or, contenant treize piècbs'd'or , aux Tuémes effigie , inscription et légendes que les médailles dis— tribuées au peuple pendaqt la cérémonie de l'intronisation. Les pairs accompagnent Sa Majesté; les ecclésiastiques tienn^t hk droite, et les laïques la gauche. •

Il ne faut voir dans le pain d'or et le pain d'argent qu'une offrande telle qu'il est d'usage d'en présenler à l'Eglise au moment de l'offertoire. Celleci n'a de singulier que la forme : elle rappelle la nature et la simplicité des offrandes des premiers chrétiens, qui se composaient de pain, de vin et

des prémices des fruits de la lefre *. Cest ce pain qui , d^abord consacré , servait à l^eucharistie dans la primitive Eglise, et qui, simplement béni depuis, donna lieu à Tusage du pain béni '.

Les cérémonies du sacre, étant* toutes plus ou moins, anciennes ont dû conserver, à beaucoup dVgards , le caractère des rites primitifs d^où elles sont dérivées. Cest ce dont nous avons déjà pu nous convaincre. L^offrande des pains d^ot et d^argent nous cb fournit une nouvelle preuve. L'or et Fargent ne sont ici comptés q t

ou la valeur réelle que Ton est , d ,

d'^usage d'^attacher à Tofifrande , t

payé par les fidèles à leur mère i

est si vrai qu'indépendamment des pièces d'or , le monarque n'bffrait, dans l'origine, qu'un. pain de

* Dans lesr premiers siècles de FËglise , c*eiit été une honte de eommunier d'un pain et d'nn vin cpi^on n'aurait pas en offerts soi-même. « Eruhescere débet homo idoneus , si de aliéna oblaiione communicaverit. • Saint August ,serm. 2t5. — Voy.^ sur ce qui se pratiqua depuis à Clunj , Dissertation sur Vhé^ mine devin, p. itg.

• Voj. le Trésor de l'Église catkoL, par Taillepied, p. 65. ' « L'offrande a été instituée pour témoigner qu'on est

» dans la cqmmunion du corps de Jésus -Christ et de l'Église.... » Cette cérémonie est de tradition apostolique. Les fidèles » offrirent d'abord du pain -, mais , dans la suite , ce pain a m été converti en argent pour servir à la subsistance du pas- » teur, etc • (^Rituel d'Alet y part. 2, p. 660. )

froment et une cruche de vin. « Rex auCem débet )) offerre panent unum , vinum in uréeo argenteo i )) tredecim bisantos aureosy et Regina similiter^. » On a converti depuis ce pain de froment , en pain d^argent, auquel on a, plus tard, ajoute un pain d^or, c''est-à-dîre masqué par un couvercle ou boite d^or.

Le vase qui contient le vin ne fut pas toujours^ comme dît Marlot , de naclés de parles , ni , selon d^autres , d'argent. Le choix de la mattère n'est pas déterminé par le cérémonial ; il ne dépend, que du goût et de la générosité 3ù monarque. Celui qui servit au sacre de Louis XVI était d'argent doré , d'un travail admirable , et pesait environ dix-sept marcs y compris le bassin '.

Quant aux pièces d'or > les formulaires n'expliquent pas les motifs de la préférence donnée au non^bre treize, qu'on n'a pu regarder, dans le temps, comme un nombre heureux ; et le silence de l'his^^ toire sur cette particularité a laissé le champ ouvert aux conjectures.

Le don des treize pièces d'or marquerait, selon Marlot , une sorte d'épousailles , et sigtiifierait que le prince s'unit plus étroitement à son peuple '.

• Formul, de Charles y y Godef. , p. 47 9 in-fol. — Journ. de Louis VIIL — Du Tillet y Recueil des rois deFr, , p. 197. " Procès-verbai du Sacre de Louis XVl , p. 5a. ' Théâtre d'honneur^ livre 4>P' €37.

> m lWfrande. 4^3

D^aûtrès se sont crus plus fondés, ou plus intéressés à soutenir que ^offrande de For est un aveu de Fobligation où sont les rois de maintenir TEgJise dans la possessiQp de. sçs biens et facultés temporels , suivant ces paroles du prophète : Erunt reges nutricUtui^ elmàmillis regum lactaberis. Mais, tout cela n^expliquerait p^s la particularité du nombre treize.

Des écrivains du dernier siècle ' , s^appujant d'un passage de Favin • suivi par Marlot ' , ont prétendu en rattacher Porigine aux temps les plus reculés de la monarchie. D'après un usage emprunté des Belges et pratiqué sous la première race , l'offrande d'un sou et d'un denier , ainsi quç le don de l'anneau et de la bourse , faisaient partie des rites propres à la célébration du mariage.

L'art. XII, t. 36 de la loi Ripuaire, réglait la division, du sou à douze deniers / ; d'où il suit qu'un sou, plus un denier, formaient ensemble le nombre treize.

* Entre antres , Fauteur de La Dissertation sar une médaille de Pharamond, dont il a déjà été question. (Morizot, avocat). Voy. avLssi le Sacre royal, tom. i, p. 166.

* Hist. de Navarre j p. loaa et loSg. ' Théâtre tP honneur , ubi suprà.

4 « Quod si cum argento solvere contigerit , pro solido duo- • deciuB denariosy aicut antiquitùs est constitutum. » — - Lex,^ Ripuar,

On a pensé que ce rite avait été introduit dans le sacre ; que les treize piè(îes d^or actuelles représentaient le sou et le denier, soUdo et denario unoy offerts, suivant Frédégaire, ^u mariage de C!otilde * ; et Ton a cru pouvoir en inférer que le nombre treize, dérivé des coutumes Belges, était une conséquence de la loi Ripuaire.

L'explication est ingénieuse ; mais jY vois une difficulté ; c'est qu'elle ne pourrait être réputée exacte et reçue avec confiance que dans Fliypothèse ou Tapplicalion , soit effective , soit représentative du nombre treize, àToffrande du sacre, remonterait aux temps où la coutume et la loi qui le consacraient étaient en pleine vigueur chez les Français; et cette supposition ne serait pas admissible.

Le code des Ripuaires parait avoir été rédigé ou

' « Per solidum et denariam UToris duccndae forma, qua/cî

• per coemptionem , veteribus Francis usata. » ( Ba/ux. , ad formuU Blgnon , t. a , col. 9R0.) « Legali offerenlcs solido et

» dcoario , ifl moserat Francorum , eam partibus Chlodovci » sponsam. » ( Fredeg. de Nuptiîs Chlodovei et Chtotildîs^ ) CcUe pratique tirait son origine de la coutume commune à plusieurs peuples 9 d'après laquelle Tépoux achetait , ou élait ce&sé acheter sa femme et en payer le prix. « Imaginarîa liarc » coemptîo vetuiistiinœ observantias specîes , quâ uxores » emi , non opud Germanos tantùm , sed apud' plc3(rasque

• gentes inos erat.» Par exemple , les Saxons , les Bourguignons j etc. . ( Baltiz.y uhi suprà ).

DB L^OFPRANBE. 4^5

recueilli du temps du rot Thierri. Du moins serait-îl certain, selon Baluze * , quMl a été fixé sous Dagobert , et que, depuis lors, il demeura tel quM nous est parvenu.X)hservons,d^ailIeurs, que la fixalion de la valeur du sou à douze dçnicrs est beaucoup plus ancienne : « Sicui antiquUîis est consii- » tufum , » dit le lexle même des Ripuaires "•

Or, rien n^annonceque le sacre des rois de cette première race , dont les fgrmes nous sont incoanues , admit le rite du nombre treize , et les sacres postérieurs prouveraient au contraire qu^il n'en fut. point question sous les premiers rois carliens , cQmnte on le verra bientôt. «

Ce rite n'aurait donc pas été- expliqué.

Je crois en trouver la raison dans la nature même et les circonstances de la cérémonie. Cest Tofifrande du monarque, mais du monarque assisté de ses douze pairs , ou, selon le langage et Tesprit anciens, de ses douze compagnons, qu'il associe en quelque sorte à sa gloire, à sa puissance^, à sa fortune, et symboliquement à tous les actes confirmatifs de son pouvoir et de son droit. Ainsi les pairs au-

• • Quamvifl Dagobertus non sît primus auctor istarum le-

» gum , sed TbcodoriciLs tamcn consulliùs vîsum est

» cas illi ( Dagobert ) trîbucre quàm Tbcodorico. • ( Àt^is de Baiuz. sur les lois des Rip, , des Allem. et des Bavar. , t. ♦ ,

p. ne.)

* Voyez 1a note 4 ci-dcM.

4^26 GÉRBMON1B8 firU Si^CRE«

raient participé à Fàcte de roSxande, Comme im lémoignage de cette association aux destins du monarque; de-là les treize pièces d'or^ une pour le roi, et les douze autres pour les douze pairs.

Cette conjecture acquerrait le caractère de la vraisemblance , si le nombre treize n^avait été/ixé que depuis les réglemens qui ont donne aux ^ouze pairs de France une existence sdbennelle et singulière. Or, nous voyons par une charte expédiée à Fabbaye de Saint-Denis , Tan 8i3' ,^e Cbarlemagne , en faisant hommage de sa couronne à Fa— pôtre de la France, ne composa son oflfrande réelle que de quatre besans , exemple que ses successeivrs imitèrent pendant un certain temps. A la vérité , rien ne prouve que Taugmentation postérieure de quatre à treize ait exactement concouru avec les actes authentiques qui ont réglé les fonctions des douze pairs dans la solennité du sacre ; maïs îl y a toute apparence qu'elle les a suivis de près. Il est au moins constant que cette fixation n'appartient point aux formes de la cérémonie primitive ,. puis-qu'elle n'existait pas sous Gharlemagoe.

Si l'on voulait, enfin , que la particularité du nombre treize dérivât , par analogie , des formes

' m Obtestor omnes successores nostros reges , ut nnnuatim m simile faciant , et in oblalione submitteadiD , ac tangendo » capita illos quatuor praedictos Bizanlios offerant. » ( Cité par Martot, Théâtre d'hon. y p. 688. )

' DÉ L^OPFRANDE. 4^7

de Punion malrîmoDiale ^ il faudrait la rapporter, non point aux coutumes des anciens Belges \ qui notaient pas chrétiens dans le siècle où Ton remonte , mai^^'à la pratique usitée parmi les Français du moyen âge , qui , en se mariant , offraient treize deniers , au nom de la Sainte-Trinité et des douze apôtres, la Trinité étant prise pour un selon le dogme de TEglise. Le fiancé remettait à la future un treizain , terdenarius , ou pièce de treize consacrée aux épousailles * , et prononçait la formule : (( Cum his petiis argenti te arrho , in nomine sano- )> tissimœ trinitatis et duodecim apostolorum , in » communicationem bonorum spiritualium et tem- » poralium '. » Cet usage, dont il reste encore des traces dans les . anciens rituels ' , prouverait au moins qu^on ne doit pas chercher la raison du nombre treize hors des pratiques ou des idées superstitieuses propres aux chrétiens du moyen âge, et que le mode de composition de Toffrande du sacre nVst pas absolument étranger à Tordre numérique de Tantique pairie , qui p^ait avoir été réglé diaprés les mêmes préjugés.

Voyons maintenant quelle idée on peut se for^ mer des espèces appelées besans.

' Cl. Bouterone , Recherches curieuses des monnaies de France, *

« Ap. D. de Vert , Cérém, de VÉgL , t- i^ p. aao. > Notamment dans un missel de Béziers^ de l535.

Le besan étati une monnaie d'or de Byzance oa Constantinople , que les croises rapportèrent en France , et que le commerce d^Orient y avait déjà répandue, mais en plus petite quantité '. Le Blanc prcsume qu^on désignait toutes les monnaies d^ori même celles qui notaient pas de Constantinople i sous la qualification générique de besans , comme on donna le nom de florins à toutes les espèces dW j quoiqu'elles ne fussent pas de Florence , d'^oà le florin était réputé tirer son origine '. Le Grand d'Aussi, dans ses notes sur le Fabliau de Tordre de chevalerie, reproduit cette opinion, sans Padopter ni la combattre '. Mais la réflexion ne permettrait pas de s*y arrêter.

Le Blanc fournit lui-même , dans les textes qu'il cite , la matière d'une observation peu favorable à son système ^ , et qui n'aurait pas dû échapper au traducteur des Fabliaux.

^ Voj. les Glossaires, Le Grand , Ménage, Le Ducbat , etc.

* Traité des monnaies de France , p. 69. — « Je ne puis » comprendre , dit le même auteur , d'où vient que nos pre- » miers rois de la troi^^ième race , dans une cérémonie aussi

• solemneile que le sacre, ocraient une monnoje étrangère , » qui n*était pus marquée à leur coin. . . ni pourquoi on se

• servait de bezans plus tosl que de sous d*or, qui ^tnlcnt h » monnojc du royaume. » (Ib.^ C'est ce qui fit croire à Le Blanc que le nom de bezan était la qualification générique de toutes les monnaies d'or du temps.

^ Fabliaux du la» et du i3» siècle , t. 1 , p. i4o. 4 Traité des monnaies , uUsup,

GQOgte

DE t^OFFRANDR. 4^9

La plupart des chartes et autres actes du moyen â^ où il est fait mention de besans , spécifient la matière. Ce ne sont pas seulement des besans , mais des besa»^ d'or « Rex ( Ludov. VII ) praece- » pit abbati... 5oo byzantws aurisî\n praeparandos I» fore '. — Pœnam interposuit bizanteorum au-- I» reorum mille , si ampliùs questtonem rememo- » raret *. — Départz dMcy. présentement , dit Ul- I» rich Gallet à Pieçochole, dans Gargantua, et » paye^jnille bezans rf'orpour les dommaiges qu'as » faicts en ses terres '. » .

Il est- vraisemblable que, sj le nom de besan avait exprimé Tidée générale d'espèce d'or, on ., aurait écrit tout simplement, 6^^5' besans^ -pviTce que ' la spécification {for ne pouvait rien ajouter à la valeur d'un mot qui eut rappelé l'idée exclusive de l'or. Nous ne lirions point dans le formulaire du saiCTe^trèdecim Bîz^ntos AvnEosy mais seulement tredecîm Bizantos^ On disait autrefois des louis d'or, parce qu'il y avait des louis d'argent *. C'est ainsi que l'on distingua l'écu d'argent par la qualification de blanc , lorsque ces espèces commencè-

« Ducliesne, t. 4» fol* ^«4 et 49^*

» Chron.fran. ap. Murât, — Du Cange, verb, Bjrsan.

' Rabelais ,1. i , c. 3i .

^ Louis XIII , par un édit du a3 décembre i64i y ordonna la fabrication de louis d*argcnt , dont les plus forts étaient de 6o ftous. C'est Yarin qui en fit les coins.

43o • CÉRÉMONIES DU SACRE.

reat à concourir avec les anciens écus , qui étaient d'^or ; mais personne ne s^aviserait aujourd'*hui^de spécifier la couleur ou la matière des écus , puisqu'il n'en existe pas de deux sortes dans le roy aumic

Il y a donc tout lieu de penser que le besan n'était pas exclusivement d'or. Le Gtand convient, en effet y <pi'on a des exemples de besans d'argent ; et Du Gange , dont il aurait pu invoquer le iémoignage, en fournit la preuve ^dans ses articles Bj-^ zanlii albiy seu argentei ^ seu de Plata '.

Cette observation se fortifie d'une remarque de Joinville , d'où va. naître un rapprochement qui n'a pas encore été fait/En parlant de l'inhumation du comte Gautier par la dame de Soiette , l'historien rapporte « que le roy offrit un cierge et un besant, )» tout des deniers de madame de Soiette; dont Ten » se merveilla moult quant le ro y fist ça , car I'ob » n'avait onques veu offrir que de ses deniers » {alias) de sa monnoye. » . . * Le texte de Joinville est Une autorite.

On peut tenir pour Vrai que saint Louis n^oflBrait pas de monnaie étrangère.

Il est certain que ce prince offrit, le jour de son sacre , des écus marqués à son coin , et non pas des espèces qualifiées de besans.

Il est reconnu d'ailleurs que Tofirande du sacre

• Glos. , vert* cie,

• Hisi, de Snint^Louis , p. 98 , édit. de l'Jmp. royale.

DE I^^OFFRAFiDE. . 43 i

avait été jusque-là, et fut encore depuis, composée

fi

■ debesans

Pourquoi , dans . une solennité où les an- . cîennes traditions étaient aussi religieusement observées , saint Louis n^a-t-îl pas suivi Texemple donné par ses pères et respecté par ses descendans ?

Il faut lui supposer un motif, et le puiseï: dans son caractère.

SMl n^a pas offert debesans, lui qui n^ofifrit jamais qu^ de sa monnaie , c^est apparemment que le besan notait pas une monnaie marquée à son coin.

Il n*y avait donc pas de besans français.

Le mot besan ou besant ne pouvait donc être la qualification générique de .toutes les espèces d'or qui kvaient cours en France.

• Les besans étaient donc réellement des espèces étrangères, dWou d'argent,. et, suivant la commune opinion , une monnaie de Pancienne Byzancè ou Constantînople.

Quelle était la valeur de ces espèces ?. CTest encore une question. Ici la difficulté sera d'autant plus grande, qu'elle porte sur un objet dont Péxistence même est devenue une sorte de problème historique.

L'auteur du Traité des monnaies» de France ne me parait pas heureux dans ses coiyecl^res sur la

432 CÉR£Mq;«IES DU SACRE.

valeur du besan, qu^il réduit à 2f sous 3 deniers de son temps '•

D^abord, on accordera difficilement que des espèces qui, selon cet écrivain /étaient toutes dW, ne soient revenues qu'à 21 sous 3 deniers de Louis XIV, et au double en jnonnaie de nos jours. Dans le Ireizième siècle , Targent était à For comme un est à dix. La valeur relative de Tor elait conséquemment d'un tiers au-dessous de sa proportion actuelle avec l'argent. * Ainsi le besan dW , qui, d'après Le Blanc, valait 9 sous de Philippe-le-Bel , et 21 sous 3 deniers du di*x-septième siècle, ne reviendrait guère qu'à 31iyres, valeur d'or, ou la huitième partie d'un louis de notre monnaie. Or, il n'est pas prësumablé qu'on ait jamais frappe des espèces d'or d'un niodule assez petit pour ne valoir que 3 livres au taux actuel.

Cette évaluation ne peut, d'ailleurs, se concilier avec les documens historiques qui servent à l'appréciation des monnaies anciennes, et qu'on retrouve en partie dans le même ouvrage de Le Blanc.

Les besans avaient coul*s en France dans le douzième et le treizième siècle.

Le gros tournois d'argent , qui était le sou tournois de saint Louis, pesait 3 deniers 7 grains et demi*.

' Le Blanc y p. 171 . Cet 'auteur écrivait à la fin du 17"* siècle. '

* nid, ,f. 190.

Oo en taillait cinquapte-huit au marc.

Le marc d^argent valait alors 54 sous 7 deniers tournois ; mais il représentait 58 sous en espèces monnayées.

Le marc étant supposé aujourd'^hui à 52 francs , la cinquante-huitième partie de cette sonune don nerala valeur relative du sou de saint Louis ^ c^est* à-dire environ dix^huit sous de notre monnaie.

On convient, d^un autre côté , que le sou tour-* noi« de saint Louis conserva son poids et son titre «ous Pbttippe-^le-Hardi, qui mourut en ia85.

jOr, il^iste des airéts du parlement de isSd , qui évaluent le besajot ' à 8 u>m tournois, h ByEantius N auri.... œstimatus fuit octo solidos turonenses *. m Le besant de cette époque aurait donc représenté huit fois 18 sous de notre monnaie, c'est-à-dire 7 livres 4 sous*

Je suis loin de prétendre que cette proportion soit toujours demeurée la même. On ne peut douter qu^^elle n^ait beaucoup varié, soit dans le cours,

* Trésor des Chart. y mié par Le Blane. — 11 est question ikBs Ménage (£>«Vf. étjrm.) d*un arrêt de la même cour et de même datequJ axàraik p«té le besant à 10 sous. C'est, peutêtre,, le même acte inexacteàscnt cité par l'un des deux «(Ute^irs. Maïs nons devrons pfau d« -confiance ^u témoignage et I/e Blanv^ jqiû rapparie le texte de l'arrêt , ee que Ménage ne fait point.

9 -C'est par^(itedVeitenM que oa mot « été Imprimé sans t J^v» U feutl^vpréoédcnte. Lisez partout besant.

soit dans la valeur intrinsèque de Tespèce. Mais il est naturel de penser que le besant, qui avait cesse d'hêtre une monnaie commune et en faveur sous ^Philîppe-le-Hardi , n^atteignak pas alors sa plus haute valeur , et qu'aune appréciation moyenne doit le porter plutôt au-dessus qu^au-dessous de 7 ou 8 livres. Cest ce qui résulte aussi des évaluations contemporaines dont Thistoire nous a conservé les termes.

Joinville , qui écrivait sous Phîlippe-le-Hardî , nous apprend que la rançon de saint Louis portée à 800,000 besans y revenait à 4^0,000 livres françaises de ce ter^ps '. LebeMOit valait donc lo sous

» Ce ne sont pas préciséinieiit les termes comparés par Joinville. Son texte porte que le Soudan demanda dix cène mîlie besans d'or , qui n^alaient cinq cent mille lii>res ; mais qu'étonné de la grandeur d^ame de Louis, qui les promettait sans marchander, il lui en remit 200 mille. Restait alors 800 mille besans, ou 4oo mille livres. {Edit, de l'Imp, roy.^ p, 78.) C'est Guillaume de Nangis qui se borne à dire que le roi fut tenu de payer 800 mille besans pour sa rançon (/^iV/.). Nicole Gilles rapporte aussi le fait dans les mêmes termes. (^Annal, de FrS) On objectera, peut- être , que tout ceci n*est p,as d'accord avec le Dictionnaire ctymolog. de Ménage. Mais le Dictionnaire est-il lui-même conforme à la vérité historique? c'est ce que je ne crois point. L'article besant contient des erreurs manifestes. On j trouve que la rançon de saint Louis fut de dbux cent mille besans d'or qui valaient bien cinq cent mille Uçres ; d'où l'auteur infère que le besant revient à 5o sous , et il renvoie au Traité de Le Blanc. {Dict, Ety, au mot^«xa/ir, édit. de

tour DOIS représentant 9 ou lo francs de notre monnaie , suivant le poids du «ou dWgent, qui a varié' pendant la croisade * . Si Ton remonte , enfin , vers le commencement du siècle de saint Louis , on trouve que le besant devait revenir à 25 francs de nos jours , diaprés un titre de 1222, qui évalue réspèceà25sous touriipis. Le sou formait alors la cinquantième partie dVn marc , et valait conséquemment vingt fois autant que les nôtres j ce dont on peut juger par le testament de Philippe-Auguste \ ''^

1760 ). .D*abord I il faut lire. dans le texte de Joiaville, dix cent mille , et non pas deux cent mille, ce qui porte Tévaluation du besant à 10 sous , au lieu de 5o. Remarquons ensuite que ce sou de saint Louis valait 18 fois autant que le nôtre, diffi^renee dont Ménage paratt ne pas tenir compte. 11 en résulte que le besant supposé de '5o sous tournois ^ dans le sens du même auteur , reviendrait à 4^ livres de notre monnaie y et Ton ne conçoit plus ce que cette évaluation aurait de commun avec celle de Le Blanc , qui ne répond qu'à 3 livres environ. Il j a, d'ailleurs, dans l'article de Ménage, des £ftutes d'impression dont il faut se défier. Le passage de Rabelais n'appartient pas au chapitre indiqué ; il termine le cbap. 3i du Gargantua. La note correspondante de Le Ducbat , édit. ia-4*9 n'apprend rien sur le besant.

* Vojcz ce qu'en dit le Grand d'Aussi, Note sur le Fabliau de r Ordre de Cket^alerie , t. 1 , p. i43.

* On j remarque cette disposition : « Imprimis volumus... .

«* quod exemtores testament! nostri de rébus nostris ba-

» b«ant quinquaginta millia librurum parisiensium , ad resti- » tuenduîn vel viginti quijique millia roarcarum argenti

Nous reconnattrons, toutefois, que le sou de saim Louis étant d^une valeur presque égale à celui de Philippe-Au^ste , la diiTéreoce d^cTaluation de huit à vingt-cinq entre deux époques aussi rap^ prochées , ne peut provenir que d^une variation proportionnelle dans le poids ou le titre du besant; parce qu^il est hors de toute vraisemblance que la même valeur intrinsèque ait pu représenter vingteinq, ou la moitié d^un marc en 1222, et n^étre portée qu^à huit , ou un septième de marc, en taSs»

Nous pourrions donc admettre comme faits probables :

!•. QuMl a drculé en France, dans le moyen âge , diverses espèces d'or et même d^argent sous Pappellation commune de besans ;

a*". Que la valeur réelle de ces espèci^ a plus ou moins varié d^une époque à Tautre \ qu^eWe a mèine donné lieu à des appréciations diverses dans un

• XL soliderum fumieMsium prp manm^ » ( Trésor des Ckmrt.^ 4o 90V9 p«ristt valaient 5o tous io«nioii{ dono, ete.^ (Y^y- Le BUac , uhd #«prà ^ p. 476.)-^ Je m'arrèèe ici ^avr coBsiriter M. Peîgnot, daa» son myra^e î» la Urnsom Rfahy «pie je n'avais point encore ouvert. J y troufe une nouvelle doanét qui rentre parfaitoatent dans m^a oaleuU , et qui ne peut que fortifier mon opinion , o.a» «i Ton v«ut , mes doutes anr Teaae* tilude des évaluations de Le Blanc ; c'est que • lamuimaie d*or

• qui avait cours sous Louis VU était le besant ^ u« titre de

• 93 carau > valant , à pan près, ao fr. 27 cenl. de aotfe mon-

• Mie. • {Précis Gé^éral^e ém liais. Roy. deFr*,^ 37.)

DB lWfRANDE. 4^7

même temps, soit que la différence résultât de Taltération du titre ou du poids d'une même pièce sous une même valeur nominale , soit qu^elle provînt du doublement ou de la division de Tunité du besant en diverses pièces de même appellation sous des valeurs nominales diflEérentes i telles que les louis de 4B, de 24 9 de 12 livres ;

3". Enfin , que le cours appréciable de la plus forte de ces espèces en monnaie d'or, ne revient pas à moins de 24 à 25 francs de notre temps, et celui de la plus faible, au-dessous de 7 ou 8 francs ; les besans étant supposés deTorleplus pur, dUor-^ mierj suivant Texpression des contemporains *.

Quoi qu'il en soit, les treize pièces d'or comprises dans l'offrande du sacre furent aussi appelées byzantines. Nos rois continuèrent d'ofirir des besans jusqu'à Henri IH inclusivement *. On les a rem-^ placées depuis par des médailles frappées exprès pour cette circonstance.

* Le Grand, au litu ctté, p. *43 j sar le mot ormier, qu*il U-i^ait par or par, aumm mtrum.

* Henri II lit frapper , pour son sacre , treize pièees d'or qu'on nomma bjrzantîneâ, « afin, dit Le Blanc, d'entretenir • Tanciefine coutume d'offrir des besans à la messe du sacre. • ( Ubisup., p. 169.) Ces sortes de médailles pesaient environ un double ducat. ( Ib. ) -

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