DE LA COMMUNION ET DU BAISER DE PAIX
On n^ignore pas que les chrétiens des premiers siècles, communiaient sous les deux espèces: ils recevaient, des mains de Fofficiant, des fractions de pain. et du vin consacrés dont ils composaient leur offrande. Alors les femmes , les vieillards et les enfans participaient également à la communion, grâce dont ils se rendaient dignes par cette foi vive et cette simplicité dé mœurs qui distinguaient les premiers chrétiens. Alors tous les fidèles admis à la sainte table touchaient sans scrupule le pain consacré , qu'ails portaient eux-mêmes à leur bouche; ils aspiraient le vin, chacun à son tour, à Taide d^un chalumeau * ; et il est vraisemblable que nos princes observèrent cette pratique,depuis et nonobstant son abolition. On ne connaissait point encore les tabernacles ni les ciboires , dont Finvention ne paraît pas remonter au-delà du douzième siècle \
^ B. Rhenanus , ad Librum Tertul. de Cor, milit. On remarquait, dansTancien trésor de Majence, des chalameauz d*ar^ gent qui avaient été employés h. cet usage.
* Voj. le Traité des anciennes Cérémonies. — Dominico Magri , Orig. de Riti sacn\ — Fleurj, Mœurs des Chrétiens. On conserva , pendant un temps y l'eucharistie dans des bottes d*or ou d'argent en forme de colombe y que Ton suspendait sur Tautel. Avant le concile de Tcente, les restes du pain consacré étaient déposés dans certoines parties du mur de Vé-^ glise où Ton pratiquait des trous, dont on voit, encore' des vestiges dans plusieurs églises gothiques. ( Dom. Magri y ad verb, Ciborium»^ ^
440 CRRBMONIRS DU SACRB.
La communion sons les deux espèces ne constituait donc point, dans Forigine, un rite particulier au sacre. Mais actuellement, elle a cela- de singulier que , parmi les catholiques romains.laîques^ elle serait, pour tout autre que .le roi de France , un acte d^hérçsie qui encourrait les plus grares censures de l^glise. Pès le quatorzième siècle , Fadministration du sacrement de Feucharistie sous les deux espèces avait dQnn^ lieu à des difficultést et paraissait moins autorisée que tolérée. Le concile de Constance tenu en ft4<4 1^ défendit positivement, sous peine d'^excommunication, et même de punitions corpordles \ L^osage ne s^eo est renouvelé, depuis, que chez les protestans qui le conservent encore '. Il n^a pu être maintenu dans
' Leâ Grées eommanient sons les deux espèces.
* Il est dit y dans les actes de ce concile , que les prêtres qui continueront a donner la communion sous les deux espèces du paStt et du vin , seront réputés hérétiques , traités comme teU, et thréi mu-èrùê séculier. L'espèce du vin ftit encore interdite par le concile de Bâte, session XXX , et de Trente , ses. Y , c. 1. Il fallait que les choses fussent bien cliang^s depuis la fin du cinquième siècle , époque A laquelle le pape Gélase excommuniait les cbréttenA qui n'admettaient ou ne recevaient qu'une espèce.
' Les personnes engagées dans les ordres peuvent^ sans être prêtres j recevoir la communion sous les deux espèces. C*est ainsi qu'elle était administrée autrefois , les jours de fêtes et les dimanches, aux diacres et sous-diacres de certaines églises de France. Cet usage y qu*on remarque cependant comme une
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la solennité do sacre que par un effet de ce respect pour les anciennes traditions , qui faisait dire à Charles III : « La dignité royale ne s^accroit » quVn proportion de Inexactitude que nous met** 9 tons à suivre les Coutumes des anciens rois^ k » maintenir les mœurs que nos pères ont établies, » et à recevoir avec bénignité les conseils que » nous donnent nos fidèles sujets. Nous sommes » bien convaincus que notare intérêt y est étroite^ » ment attaché \...
Les rois de France sont, d^ailleurs, autorisés par des décisions canoniques , à communier sous les deux espèces, non**seulement le jour de leur sacre, mais encore chaque année, une foib, dans la quintaine de Pâques. Ge privilège , dont ils jouissent exclusivement , comme souverains, leur fut accordé, suivant Suares, par une bulle de
«Ingnlarité , «e pratiquait encore au commencement du dernier «iècle, À Clunj, à Rouen et à Saint-Denîs , près de Paris. On •'y servait du chalumeau d'argent , selon Tancienne coutume ^ poUr administrer l'espèce du vin. (Voj. Lebrun Desmar. , F'ojrage Liturgique ^ p. i49- Dom. C. Lancelot, Dissertation sur i'kémÎM dt vinj p. liS, in-Ift.)
' « Si regum consuetudines antiquorum ezequimur, nec » non patrum mores praecedentium, fideliumqiie nostrorum • bcnignè consulta suscipimus , reglum procul dubio bonorem » àmplificamus, nobisque profuturum indubitantel^credimus. » ( CoBstitutiù dùiis Rggina uxùn'i Car, il! . ftp, Baluz. , t. s , p. 2940
Clément VI en i347 '• Nous ne partagerons pas le sentiment de Marlot, quî prétend que celte concession doit être beaucoup plus ancienne , parce que Louis-le-Débonnaire communiait sous les deux espèces. Il y a ici un vice manifeste de raisonnement. Louis-le-Débonnaire régnait au commencement du neuvième siècle , et la communion mixte était encore administrée au commun des fidèles dans le treizième. A la vérité, l'Eglise avait déjà prévenu que le vin nVtait plus le sang de Jésus-Christ , et qu'ion ne devait j voir qu'une liqueur destinée à faciliter le passage et la consommation du pain consacré. Mais ce changemenl ne s'est établi que depuis le règne de saint Louis , et les actes de divers conciles ne permettent pas de douter que l'usage de la communion sous les deux espèces n'ait conservé une existence légitime plus de trois cents ans après la mort de I/Ouis-le- Débonnaire *. Or, il ne tombe pas sous le sens qu'un roi de France ait eu besoin d'une autorisation particulière pour communier selon le rite commun à tous les chrétiens ; pour faire ce qui était permis au moindre de ses sujets.
Nous admettrons donc comme exacte , l'assertion
• Traité de l'Eucharistie, "
' Le concile de Clermont tenu en 1195, ordonne, sois peine d*excommunication , de recevoir séparément le corps et le sang.
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de Suarez, parce que la date de i34o appartient aux temps où la communion mixte fut absolument interdite aux laïques, et nous en inférerons que Philippe-de-Valois mort en t35o, après un règne de vingt-deux ans , est le premier de nos rois qui ait obtenu , pour lui et ses successeurs , le privilège singulier de communier selon le rite primitif.
Le baiser de l'archevêque transmis au roi par le grand-aumonier, et rendu par Sa Majesté à chacun des douze pairs, se rapporte aux mêmes temps et aux mêmes circonstances. Il oifre encore une preuve du respect de nos anciens princes pour les habitudes religieuses, et de cet esprit d^humilitè et de charité chrétiennes qui leur semblait une vertu inséparable du titre de fils aîné de rÉglise. 11 atteste leur exactitude scrupuleuse à remplir tous les devoirs de la religion , même ceux dont un monarque aurait pu se croire dît- • pensé.
Les premiers chrétiens avaient une règle de conduite et: des principes si differens de ceux des Gentils, qu^ils formaient comme un. peuple séparé au milieu de leurs compatriotes et des sectes qui leur étaient étrangères. Leur assistance mutuelle dans les persécutions , une même foi , un même intérêt , un même besoin rendaient leur union plus nécessaire et plus étroite. Vivant en frères, ils ne se présentaient à la sainte table
444 CERBMONfBS BU SAGRB.
qu^après sMtre donne le baiser de paix, signe de cette union fraternelle, lis avaient aussi Tbabitade de se baiser quand ils se rencontraient, suivant le précepte de Tapétre % et ilsnes^abordaient qu^en se disant : la paix soit ai^ec nous \ Cet usage aussi ancien que FÉglise subsista pendant les pi*emiers siècles) mais délivres du danger des persécutions^ les chrétiens s^6n affranchirent par degrés V en per^ dant leur simplicité primitive. Les temps, Tesprît , le cœur, la morale, tout était changé. Le symbole de Punion et de la plus touchante cordialité était devenu une cause de scandale et d^indécence'. L^Église, forcée de Tinter dire, après en avoir fait un précepte, le remplaça par un signe matériel, qui , en l'appelant Fexistence d'aune ancienne ver-* tu^ semble aussi destiné à nous en reprocher Pou*bli» Elle y substitua le baiser de la patène , dont le disque fut réduit à raisoti de la diminution du volume des pains eucharistiques *. TertuUîeo fait mention des patènes que Ton présentait à
' « Satatant vos omnes , fratves , salvtate înTÎceni in oscnlo sancto. » ( Saint Paid , ^ùt, Ccrint. i , c. i6 , t. to.)
» Voj. Fleuiy , a« lieu cité»
' « Crescendo la malizia degVbuoinini, li qoali furtîva- » mente baciavano le donne , s*introdusse il dar la pace a se- * colari con unatavoletta dipinta. » (Dom. Ma^i , ubisup, ad verbum Pax.)
* Lc« premières patènes étaient beaucoup plus larges que les nôtres , parce qu'elles servaient , comme «elles-ci, k re-