XVI
DU TOUCHER DES ÉCROUELLES
On conservait autrefois dans le monastère de Corbeny , gros bourg situé à six lieues de Reims , les reliques de saint Marconi, dont la vertu inspirait une grande confiance aux personnes atFectées d^humeurs scrophuleuses. Nos rois avaient accoutumé d'invoquer eux-mêmes la protection de ce saint, pour se préparer à la cérémonie du toucher des écrouellesy qui suivait Paccomplissement du sacre ; mais dans les derniers temps, au lieu de se rendre à Corbeny , ils faisaient transporter la châsse de saint Marconi à Fabbaye de Saint-Remi de Reims ; et, le plus souvent aussi, le monarque se bornait à ouvrir la neuvaine , qui était continuée par un de ses aumôniers.
Cest ainsi que Louis XVI manda aux religieux de Coybeny par une lettre de cachet :
(( Chers et bien amés, nous avions espéré nous » rendre . à Saint^Marcoul après la cérémonie de » notre sacre, et remplir dans ce pèlerinage, à
44^ CÉaÉJfONIBS DU 8A.CRE.
» Pexemple des rois no|s prédécesseurs, toutes les » œuvres de piété accoutumées; mais le sieur » Rouillé d'^Orfeuil, intendant de notre province de M Champagne, s^étant rendu près de nous pour ji nous représenter, de la part de la province, que » les chemins étaient impraticables et le passage M de la rivière peu sûr, nous avons bien voulu » nous rendre aux prières de la province sur les » inconvéniens du voyage. Cependant ne voulant >i pas manquer à aucune des dévotions qui s'^obser- » vent en cette occasion, nous voulons et ordonn nons que la châsse desreliqaes de saint Maicoul » soit apportée dans Féglise de Fabbaye de Sainte M Rémi de Reims, avec toute la décence convenable, » ainsi qu^il en a été usé d^autres fois ; vous donnant » avis que nous nous j rendrons le i4 deceniois, j> pour remplirions les exercices de piété el de ch»* » rite pratiqués par les rois nos prédécessenrs; n car te) est notre plaisir, i»
Après Touverture de la ^envaine, le roi^ révéla du manteau et dn collier de Tordre du Saint-tËBprit, était conduit dans le parc de Tah^ baye' pour y toucher les n^alades, qa^ Irauvait rangés par classes de nations dans les qUms , et dont la wanion était ordinairement fort nombreuse. Sa Majesté , accompagnée des princes du 9sng et entourée des gardes de la mandie, était précédée des gardes de la prevété , des Cent* fiunses «t des gaitile»-du*corp6. Les dQux hwssiei^
DU TD¥CHCR DES XCROVELLES. 449
dé la manche portant leurs masses marchaient devant elle , aiasi que son premier médecii^; et dès que le roi était arrivé ^ la cérémotiie commençait dans Tordre suivant :
Le premier méi^ecin pppuyait sa main sur la tête de chacun des malades^ dont un des capitaines des gardes tenait les mains jointes. Le roi > la tête découverte , les touchait , en étendant la main droite, du front au menton, et d^une joneÀTautre, formant le signe de la croix, et prononçant ces paroles : Dieu te guéeissb; lb boi tb ToinsHB,
l^es Espagnols, quand il j en avait , étaient ton* chés les premiers en vertu d'un ancien privilège auquel ils tenaient beaucoup \ .
Le graud-aumonier, qui se tenait toujours prèi;
* hes faaUdes de tou6 les pays se joigûeient anï Fiançais pour participer à la métne grâce. Il paraît <|iie ^ parmi les étrangers, les Espagndb sont ceux qui, dans' tous les temps, ont montré le plus d'empressement et de confiance ', ef de-là , peut-être, le privilège qu'ils avaient d'être touchés les pr^ miers. Les Catalans trouvèrent, dit-on, le moyen d*éviter le Tojage , eti se procurant un d^îgt de saint Louis qtl'ils faisaient tpt^^bcf à leurs malades , et qui était deTetm pour eux Fiobjet d'une dévotion todte particulière. (Dai erreurs et des préjug,')
Jacques Moyen, Espagnol, demanda au roi Henri III la permi^&ion* de bâtir un hôpital pour les scrophuleux , qui étaient apparemment fort nombreux dans le seizième siècle ; mais les agitations du royaume et les guerres civiles qui le désolaient , ifèttt ajourner , et, enfin, avorter VMéci^eti de «è projet. (^itist. de Paris.)
45o CEREMONIES DU $ACKE.
de Sa Majesté pendant la cérémonie y distribuait ^ par ses. ordres, des aumônes aux malades qui avaient été touchés.
Trois chefs de gobelet se trouvaient à Pendroit où finissait le dernier rang des scrophuleux, ayant trois seiriettes fraisées et mouillées différemment , qu^ils tenaient entre deux assiettes d^or, et dont le roi se lavait les mains.
Au sacre de Louis XVI , la première serviette imbibée de vinaigre, lui fut présentée par Monsieite ; la seconde, mouillée d^eau commune , par monsei* gneur le Comte n'ÂRTois; et la troisième, trem|||e d'eau de fleurs d'^orange , par M. le Duc o'Orubaks.
Après le toucher des malades, le roi rentrait dans Féglise et faisait sa prière auprès de lâchasse de saint Kemi, que Ton tirait de son tombeau pour le placer dans le chœur, du côté de TÉvangUe. Les tambours des Cent-Suisses battaient et le fifre jouait sans interruption pendant Pacte du toucher ^ qui remplissait quelquefois la plus grande partie de la journée.
Plus anciennement, lorsque le roi avait entendu la messe, on apportait un vase plein d^eau, et Sa. Majeisté ^ après avoir prié devant T au tel,^ touchait le malade de la main droite et le lavait dans cette eau. Le malade portait de la même eau pendant neuf jours , et jeûnait rigoureusement jusqu^à la fin de cette neuvaine. Cest ainsi que la cérémonie se pratiquait sous Charles VI, suivant ce quVu
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rapporte Etienoe de Conti, religieux de ce tempjf' . Les scrophuleux se i^ésentaient alors en très-graii(\ uombre. On prétend que Philippe-de-Valois en guérit quatorze cents.
Ce notait pas seulement à Reims, ou même eu Frailce, que nos rois exerçaient ce pieux privilège. Charles VIII en usa dans soo expédition d^Italie ; et Françoise opéra, dit-on, des cures miraculeuses à Madrid, pendant sa captivité. Charles IX toucha aussi un grand nombre de scrophuleux à Bordeaux. Jacques Boissard, écrivain allemand, a prétendu que cette grâce était demeurée sans effet depuis Henri II '. Mais son assertion n^a aucun fondement solide ; et il est permis de croire que les choses n^ont paschangé au seizième siècle, ni depuis.
Le» historiens ne sont pas d^accord entre eux sur Forigine de cette pratique, qui est fort ancienne. Les moins judicieux la font remonter à Clovis , comme une conséquence directe de Fonction sainte, où nos rois auraient puisé la vertu miraculeuse qui leur était attribuée.
Voici comment le fait est rapporté diaprés les manuscrits de Saint-Remi :
< La première expérience de cette merveifle se » fit'en la personne d^un écuyer de Clovis nommé
• Hist. de Fr. ^ ms.
* De dirinûtione.
452 céftéHONlES DU SACRE.
)> ILanicet. Ce gentilhomme ayant use sans succès V de toutes sortes d e remèdes pour se guérir des )» scrophules, le désespoir le fit résoudre à quitter j» la cour pour cacher sa difformité. Comme il )» était dans cette résolution , Clovis songea, I» la nuit, qu^il touchisiit doucement le mal de M Lanicet , et que son Ht étant éclairé d^une vive n lumière, le mal se desséchait sans qu^il y de- » meuràt aucune cicatrice. Le roi , se souvenant H peu après de cette vision, voulut passer le » lendemain chez son écuyer, duquel il toocba n la plaie , et non sans effet , car à même temps » les douleurs s^adoucirent et les ulcères furent » entièrement guéris*. »
Suivaiit Meurier , c^est saint Rémi gai anrait conseillé au roi de toucher Lanicet * ; tAsds rien n^est moins prouvé que èe fait. Les precftières traces certaines que Ton trouve dans Th^tom, du Toucher des écrouelles j ne vont pas âu^délà da pieux Robert, fils de Hugues Capet. Gé prince avait une bonté angéliqtie p€kxr les malades j et la charité chrétienne lui faisait surmonter toutes les répugnances que pouvait inspiiter Tëlfti àe ceux (]u^ visitait. Il ne craignait pas d^approcker des malheureux couverts d^ulcères ; il leé pai^aîl
« Voy. Marlot , T%éâi.'d'hon. — Mézerai /^if f . d^ JFV. / et de Lancre , Traité de Vattouchement, ' Ub, de sacris Vnctionibus,
DU TQUCHBR DBS ÉCROUBLLES. ^53
luî-^méme 9 en leur prodiguant les consolations spirituelles et temporelles ; il distribuait aux plus pauvres d^abondantes aumônes ^ et Ton prétend qu^il les guérissait en faisant sur eux le signe de la croix. On sait aussi , diaprés le témoignage de Guibert, abbé de Nogent, qui écrivait sous Louis VI, que ce dernier prince * et Philippe I** , son père, touchèrent les malades ; mais qu^une faute grave fit perdre à Philippe le don de guérison qu^il avait heureusement exercé. Louis le retrouva et le transmit à ses successeurs. Il paraîtrait même que nos rois en faisaient quelquefois Tobjet dVne recommandation toute particulière , et qu^à Tinstant de quitter la vie , ils enseignaient à Théritier de leurs obligations et de leurs droits, les moyens d^accomplir cette œuvre de charité, en y inté«ressant également sa conscience et son cœur. Cest ainsi que , suivant les expressions de du Tillet , « Philippe*^le-«Bel , approchant de sa mort, fit » appeler le roi Louis^Hutin, son fils aine; luy v apprit la manière de toucher les malades, luy
* « ht roi Louis notre Sire ffiU ordinairement des prodiges ;
• il guérie les personnes affectées d'écrouelies au col , on en » tout antre endroit , en ajoutant à son attouchement le » signe de la croix ; étant près de lui , j'ai vu les malades » aecourir , et j'ai eoniribué , comme les autres personnes de
• sa suite y à écarter la fQuIei ete » (Gaib. iVi Efùi. ad
Odon. )
n enseignant saintes* et dévotes paroles qu'il avait )i accoutumé de dire en les touchant; le prêcha » de sainte vie pour faire cet attouchement , luy » remonstrant que, selon PEcriture, Dieu n'ojt i> ny exauce les vicieux , et par eux ne fait » miracle*.»
Alors j ce nVtait pas seulement après le sacre et dans les occasions rares , que nos rois remplissaient cette pieuse oUigation. Louis XI touchait les malades une fois la semaine % et nous apprenons de Claude deSeyssel, historien de Louis XII, que ce prince dévot et catholicpie sans w hypocrisie M ni simulation , qui se réconciliait avec Dieu par
» confession sept ou huit fois Fan, usait en
)i même temps de la grâce de guérir les
}} écrouelles , ainsi quVvaient fait les autres rois » de France, ses prédécesseurs*.
Cet usage s^est perpétué jusqu'au renversemienl de Tancienne monarchie, sans interruption ; voilà le fait ; mais quel en est le prioc ipe et la cause réelle?
Est-il vrai, comme on le suppose assez généralement , que , dans Forigine, le roi Rohert, ou tout autre prince de sa race , n'ait fait que céder à une inspiration divine et toute spéciale, en toucHant les malades pour la pretaière fois ? Devons-nous pen-
* Du Til. , Rec, des fi^oî^ de France, çhap^des Sucres.
* Mathieu , HUt- de Louis XI.
' Hist, singulière du roi Louis douxiéme.
DU TOUCHER DBS' ÉGROUBLLBS. 4^5
sef'qu'il se soit réellement cru le pouvoir de les guérir comme oint du Seigneur, et, ainsi que Font écrit et répété tous les historiens du sacre, par une grâce singulière attachée au baume de la sainte ampoule ?
PTest-ce pas plutôt dans les pratiques et les préjugés communs du moyen âge,qu^il faut rechercher forigine et la raison de cette coutume?
^aperçois une circonstance intermédiaire qui lie le fait de nos rois à une cause commune, et qui n^a pas encore été remarquée.
Nos ancêtres portaient beaucoup de respect au ^ saint -chrême, et, en général, à toutes les huiles ' préparées et bénies par IVglise pour Pobservation F de ses rites. Us attribuaient à ces huiles diflFérentes t vertus ; et comme ils avaient plus de foi que ^
lumières, leur croyance dégénéra en préjugé, et I le préjugé, en abus dans son action. Nombre de ; chrétiens se servaient du saint-chrême comme r d^un remède ordinaire contre diverses maladies; r il y en eut même qui remployèrent dans les ma- I léfices, faute grave que les conciles furent obligés r de réprimer par les peines les plus sévères*. Les I prêtres reçurent Tordre de tenir Icî saint^K^hrême 1 sous le sceau , et de n^en donner à aucun de ceux
qui en demanderaient comme remède, sous peine
^ ConciL Mogunt., a/». 81 3, c. 27.
456 GÉRÉMONlfiS DU SACRE.
de déposition Ml fut décrété, en même temps ^ que recclësiflistîque qui fournirait Fhuile sacrée pour empêcher le jugemiNit ou la recherche d^un crime , serait déposé et aurait la main coupée. Cest qu^oD portait la superstition au point de se persuader que si un criminel trouvait le moyen de se frotter d?huile sainte , la justiœ ne pouvait découvrir ses crimes quelqu^enquétçs qu^eUe fit faite '• Cette étran^ imagination ne s^était point encore effacée deFesprit des peuples à la fin du onzième siècle: on en trouve la preuve dans le recueil de Burchard de Worras, où, entre autres articles sur lesquels le confesseur devait interroger son pénitent , on lit celui-ci: « Avez-vous bu du chrême pour empêcher reflFet }} du jugement de Dieu ' ? » Il y a plus , les constitutions synodales que publia le savant Isidore Clarius, moine du Mont-Cassin , dont rérudilion étonna le concile de Trente , font voir que Tabus du saint -chrême avait laissé des traces profondes en Italie , où il se manifestait encore de son temps. « Que Ton garde honorablement, dit cet écrivain,
* « Presbjteri svb sigillo çustodiant chrisma | (;t ouUi sab > praeteztu medicinse, vel maleficîi , donare indè prxsumaiit î » quod si fecerint, honore prîventur. » {Capît. i45, liù. ^.>
* « Nam criminosos eodem chrismate unctos aot potatos • neipiftquam ullo examine doprebendi' posse à midtîs putabatur. • ( ConciL Mogunt. , en. 8i3. )
^ « Bibisti chrismaad'subvertendumDeijudicium ? » (^Lib. 49 > c, 3, sjrnod, trib, )
DU TOUCHER DES KCROURLLES. 4^7
» le corps de Nôtre-Seigneur dans une boite pro- )i pre et décente , et qu?on le tienne sous clef avec u la sainte huile ^ dans un lieu spécialement destiné
» à oe dépét afin que personne n^en puisse
» emporter pour Remployer à des enchantemens ^ • >» JTai dit, plus haut, que Tusage du toucher des éerouelles' parait- ne remonter qu^an roi Robert, selon Topinion la moins^contestable. Nous avons vu aussi que Robert était naturellement pieux ; son humilité égalait en lui cette charité chrétienne qui marque toutes les circonstances de sa vie. In-dépendamment du toucher des malades , cVst euroore lui qui introduisit Tusage où sont nos rois de laver tes pieds k treize pauvres le jeudis-saint, et de les servir à table , aidés des princes et des seigoeurs de la cour '. Il portait Fabnégation de lui-même au point de permettre aux malheureux de le voler ^. Robert était savant , dit--on } mais le savoir n^excluait
* Consiii. sjrn,j an. i55o, c. 4- Voj. surtout VHist, des Sacremerts y par Dom Chardon. Le t. i*' contient de^ détails fort curieux sur cette matière.
* n leur distribuait des Herbes , du poisson , du pain | du TÛi et de l'aident. ( Garnie thréi. -^ Catalog, des Ev^fues de Ingres 9 P*r RùiprK)
' « I^'ua d*eux ajrant coupé la moitié d'une frange d'or ,
• voulait encore emporter Tautre : Retirez-vous ^^Im dit le roi
• avec bonté ; il, doit vous suffire de ce que vous ai^ez. Ce qui > reste pourra servir aux beMJns de vos camarades. » {Essais » hist, suF FUrU. )
458 CBRÉMONIBS DU SACRE.
point alors Tinfluence des préjugés , et surtout de ces erreurs de sentimens. qui , ayant leur source dans le cœur, entraînent ou dominent Fesprit. La dévotion a, comme toutes les affections profondes, des bornes au-delà desquelles on court le riscjue de s^égarer, et Teffet le plus ordinaire de cette vertu portée à Pexcès , est de conduire à la superstition. Cen est une de croire que Thuile sainte soit un remède contre certaines maladies. Cette superstition était généralement répandue en France et en Italie du temps du roi Robert. On peut donc présunier que, partageant, en cela, Terreur de son siècle, et dirigé, d^ailleurs, par un esprit de charité qui lui était propre, ce prince a le premier, parmi nos rois, touché des plaies rebelles, non pas comme roi de France , ni en supposant dans sa qualité de monarque une vertu singulière, mais parce que le préjugé dominant attribuait à toutes les huiles saintes la vertu de guérir, et qu^ayant été oint d^une huile divine , Robert a dû croire que la même grâce.était attachée à son onction.
Ainsi Pusage du toucher des écrouelles, considéré depuis loqg-temps comme dérivant d^une grâce toute particulière aux rois de France, n^aurait été, dans Porigine, qu^un acte commun à tous les chrétiens qui avaient , à cet égard, les mêmes principes de charité et de croyance.
Nous voyons, en effet, que cette grâce était réputée s^attacher à Pattouchement de princes qui
DU TOUCHER DES ECROUBLLES. 4^9
n^ont jamais occupé le trône de France , et même de personnes qui n^eurent jamais rien de commun avec les princes.
On croyait, par exemple, que de jeunes filles avaient la vertu de guérir les écrpuelles et les squirres, pourvu qu^elles fussent réellement vierges, et qu^elles prononçassent à jeun et toutes nues, cette formule : Negat A polio pestera posse recrudescere quant nuda virgo restringaL
On attribuait le même pouvoir au septième enfant mâle de chaque famille , né en légitime mariage et sans mélange de filles. Il est vrai que la cure ne confirmait pas toujours le préjugé.
Thiers assure qu^il a connu trois privilégiés de cette classe, dont deux n^avaient jamais opéré de guérison,et dont le troisième lui avoua, que,* devant sa réputation à son adresse , il notait pas plus expert que ses consorts *•
A regard des têtes couronnées, les rois d^ Angleterre prétendent ne rien céder , en ce point , aux héritiers du trône et des vertus du pieux Robert. Edouard III touchait les . scrophuleux. Pierre de Blois et Brandwardin parlent des cures merveilleuses opérées par ce prince de manière
' J. B. Thiers, Traité dês supérit. Voy. auss^, sur ce sujet y rhistoire (fort curieuse) des Erreurs et des préjugés ., par H. Salgues, t. i*'.
46o CËRÉMONIES DU SACRE.
k ne laisser aucun doute , au moins sur Tentreprise.
« Vous qui niez les miracles , dit Brendwardin , » venez, venez en Angleterre ; amenez-y les scro^ » phuleux les plus désespérés ; les malades dont » le mal est le plus invétéré ; montrez-nous les » tumeurs les plus immondes ; présentezr-noas D des plaies réputées incurables ; et le roi , d^xat » signe de croix , du simple attouohement de son >* doigt , les guérira aussitôt. Ces miracles ne cou- » tent rien à sa royale charité; il les renouvelle » partout, en Angleterre, en France , sur terre » et sur mer *. i>
Les successeurs d^Édouard suivirent Pexemple de ce roi , sans que Texcommunication qu'ails en- , coururent depuis , refroidît leur zèle , ou leur parût un obstacle à TelFet de leur attouchement. Elisabeth, malgré son sexe et sa séparation de rÉgUse , passa pour avoir guéri un catholique ; Jacques I" toucha le marquis de Traisnel , ambassadeur de France j bien plus , Jacques II exerça le même privilège à Saint-Germain , sous les yeux d'un prince qui était , sans doute , en droit et en mesure de le lui disputer. La reine Anne toucha aussi les écrouelles.
Il parait , enfin , que les fils aines des comtes de CJi4(eauroux prétendaient à la même vertu ,
* Ubisup.
ou TOUCHRR DBS BGROUELLBS* 4^1
qui leur venait , suivant eyx-, de la possession d^une fontaine près de la<}uelle on avait déposé les reliques des trois rois mages. Toutes ces circonstances, vraies dans les faits ^ donnent lieu de douter que le privilège de toucher, si ce n'est celui dfi guérir , ait étç considéré , dans son principe, comme le partage exclusif des rois de France, ou même de tout autre prince souverain*
On peut donc n^ voir. aujourd'hui que Peffet d'une longue tradition qui a sa racine dans la piété et la charité vraiment chrétienne de nos anciens pcms, et qui, sous ce rapport , conserverait assez de droits à nos respects, pour qu'on pût se dispenser de la justifier daûs toutes se^ conséquences.