COURONNEMENT DU ROI
Le chancelier s'étant remis k sa place , l'archevêque ck Reims prend sur l'autel la grande couronne de Charlemagne , qui a été apportée de l'abbaye Saint-Denis , et la soutient seul à deux mains sur la tète du roi , nus k toucher. Aussitôt les pairs laïques et ecclésiastiques y portent la main pour la soutenir ; et ce prélat la tenant toujours , mais de la main gauche , dit cette prière :
Goronet te Deus coronâ glorîae , atque justitîae , honore et opère fArtitudinis , ut per officitim nostrae benedic-)* tionîs. cuiii fide rectâ , etc.
DBS ROIS DS FRANCE. 5o3
Après cette prière , TarcheTèque met seul cette grande couronne sur la tète du roî , en disant ce qui suit :
Accipe coronam regni, in nomîne Patris, et Filii, et|Spiri tus sanctî : ut sprcto anlî^uo hoste spretUque contagiîs vitiorum omnium , etc.
Le couronnement ainsi fait, Tarchevèque de Reims étant debout sans mitre, dit les oraisons , et fait les bénédictions suivantes :
Oretnus,
Deua perpetuitatis I dux virtutum ^ cimctoram hostiuia Victor j beQe*f*dic hune famulum tuum tibi caput «uum iocli-
nantem ^ etc.
Bénédiction.
Eztendat omnipotens Deus dexteram suae bene*t*diçtipiiis et circumdet te muro félicita tis , etc.
jiuire bénédiction.
Bene*{*dic, Domine, regem nostrum, qui régna omnium regum à saeculo moderaris. Amen.
Oromui.
Omnipotens Deus det tîbi de rore cœli et de pinguedine terr» abundantiam frumenti , vîni et olei , etc.
Orroiu/.
Bene'f'dic, Domine, fbrtitudinem principis, et opéra ma-' naurn iUius suscipe^ et benedictione tuâ terra ejus de pomis repleatur,ete.
5o4 CEREMONIAL Df} 5ACRfi
INTROiaSATIOir DU ROI.
Lt cérémonie du couronnement étant finie y FarclieTèque de Reims prend le roi par le bras droit, prëcédé de son porte-crosse et de deux chanoines en chape , et le conduit au trône élevé sur le jubé , dans Tordre $ui vaaL Les siic hérauts d^armes , qui étaient placés au milieu du chœur , marchent les premiers jusqu'au bas des marelles qui conduisent au jubé. Les pairs ecclésiastiques montent par Tescalier qui est du côté de Tépltre : les pairs laïques par celui du côté de l'évangile. Le maréchal de France représentant le connétable , tenant Tépée nue et droite , ayant à ses côtés les deux huissiers de la chambre , marche devant le roi : Sa Majesté a la couronne de Charlemagne sur la tête , et porte en ses mains le sceptre et la main de justice. Les deux capitaines des gardes^da-corps de quartier , précédés des six gardes écossais , marchent aux deux côtés du roi , dont la queue du manteau royal est portée par le grand-écuyer de France. Le chancelier de France marche seul derrière le roi , et après lui marche le grand-maltre de la maison de Sa Majesté. A la droite du roi est le grand chambellan de France, et à sa gauche le premier gentilhomme de la chambre. Les six gardes écossais s'arrêtent au haut des marches du trône, trois de chaque côté. Le roi étant monté à son trône par Tescalier du côté de l'évangile , les pairs ecclésiastiques et laïques se placent , chacun selon son rang , aux deux côtés du trône du roi , et les grands officiers dans les places qui leur sont naarquées. Les deux capitarnes des gardes-du-corps se tiennent sur la marche de Pes-i
DES ROIS DE FRANCE* 5o5
trade, à côté du fauteuil du roi. L'archevêque de Reims fait asseoir Sa Majesté sur son trône , ensuite la tenant debout et par le bras droit , le visage tourné vers Taut^l, il dit les prières suivantes :
Sta I et rétine amod6 statum y quem hue usque patemâ suecessione tenuisti.
Ensuite ayant fait asseoir le roi sur le trône , et le tenant par la main, il ajoute ce qui suit :
Sic hoc regni solio confirmet^te , et in regno setemo secum regnare faciat Jesus-Christus Dominos nostcr ^ rex regum et Dominus dominantium.
Oremus,
^ . Deus^qui victrîcis Moisis manus in oratione firmasti y qui quamvis aetate fatisceret, infatigabili sanctitate pugnabat, etc.
Ces prières achevées , Tarchevèque de Reims ayant quitté sa mitre , fait une profonde révérence au roi et le baise. Alors il dit tout haut, et par trois fois : p^iuat rex in œiernum l Ensuite les pairs ecclésiastiques et les pairs laïques baisent Sa Majesté , avec pareille acclamation, à leur tour, et s'étant remis à leurs places, les hérauts d'armes montent au jubé. On ouvre les portes de l'église , et le peuple y entre en foule pour voir son monarque sur son trône, dans toute la pompe de la royauté^ et dans ce moment, toute l'église retentit d'acclamations de vive le roi; en même temps les trompettes et les autres instrumens de musique qui sont dans le chœur, se font entendre, et se joignent aux fcris de joie
So6 GBRKMONJAL OU SACRf
de tout le peuple. Les oiseleurs lâchent tme grande quantité d'oiseauz , et les ré^mens des gardes françaises et suisses, qui sont dans la place et autour de Tëglise, font une triple salve de mousqueterie. Pendant ces acclamations , les hérauts d^armes distribuent dans le chœur et dans la nef une grande quantité de médailles d'or et d^argent, qui ont été frappées pour cette cérémonie, qui représentent d'un côté le buste du roi , avec cette inscription : Ludouicus XVIt rex christianissimus. Ao revers, Tinstant de son sacre, avec cette légende : rejc eœlesti oleo nnctus^ et dans Texergue, Remis, avec la date du jour , du mois et de Fan. L'archevêque de Reims descend du jubé , et étant arrivé à l'autel , il entonne le Te Deum , ipii lui est annoncé par le grand-chantre , et qui est continué en plain-chant par la musique du roi ; et toutes les cloches de la vvlle se font entendre, ainsi que le bruit des salves de l'artillerie.
* g^liSbbàtion de la messe.
Le Te Deum Sun , le chantre et le sous-chantre entonnent Vintroït qui est continué par la musique; Tarchevèque de Reims commence la messe, et alors on chapelain du roi commence une messe basse à Tauid dressé k un bout du jubé. Après le Kyrie et le fwloria n excelsis chantés par la musique , l'officiant dit la collectf suivante :
Oremus,
Quaesiimtis , omnipotens Deus , ut famulus tuus rex nosler Ludovicus, qui tuA miseratione soscepit regni gubernacula, etc.
I>B9 nOlS oc FRAMCE* 5o7
Après cette oraison et celles du jour, un des évèques qui fait la fonction de spus^liacre j ayant quitté sa mitre , chante Tépitre, tissisté de deux chanoines. Après le graduel, Tëvèque qui fait la fonction de diacre , chante Tévangile pendant lequel les pairs ecclésiastiques quittent leurs mitres , et les pairs laïques leurs couronnes. Le prince représentant le duc de Bourgogne ôte au roi sa couronne , et 1» pose sur une crédence , et après Tévangile il la remet sur la tète de Sa Majesté.
Dans le même temps le grand-maitre, le maître- et Taide des cérémonies descendent du jubé ; les hérauts d'armes qui étaient au bas de l'escalier marchent devant eux , et lorsqu'ils sont avancés dans cet ordre au milieu du chœur, ils font leurs révérences à l'autel, au roi, à la reine et aux princesses et damea qui sont dans leur tribune, aux ambassadeurs et aux cardinaux qui sont à la tète du clergé. Le grand-maitre des cérémonies fait une révérence au grand-aumonier de France \ celui-ci quitte sa place pour aller porter au roi l'évangile à baiser*, il est précédé du grand-maître et du maître des cérémonies , et accompagné de l'évêque-diacre et du chanoinediacre qui porte le livre des évangiles couvert d'une tavaïolle de satin blanc : il est en habit de cérémonie , c'est dire en chape de tabis rouge , s'il est cardinal , et en chape violette s'il est seulement évêque. Le grand-aumonier étant arrivé au bas de l'escalier du jubé du côté de l'épître, fait au roi une première révérence, une seconde au milieu de l'escalier, et une troisième auprès du trône -, puis ayant présenté le livre des évangiles à baiser au roi , il le remet entre les mains de l'é vèquediacre; il descend ensuite du jubé par l'escalier du côté
5o8 CEREMONIAL DU SACRE
de Tëvangile avec les mêmes cérémonies, et répétant Ifs mêmes révérenoës cpi'il a faites en montant au trône, d lorsqu'il est arrivé près de Fautel , il fait les révérences accoutumées en pareilles cérémonies.
CliREHONIES DE l'ofFRANDB.
Pendant que Tarchevêque officiant fait l*oblation, e( que la musique chante Toffertoire , le roi d'armes et les hérauts vont prendre sur les crédences de Tautel les offrandes qui y ont été mises , et ils les portent sur des tavaïoUes de satin rouge, bordées de franges d'or, aux quatre chevaliers de l'ordre du Saint-Esprît qui sont placés , comme il a été dit , dans les quatre premières stalle» du choeur, et qui doivent pforter ces offrandes pour k roi. Le roi d'armes présente au premier de ces seignenu* un grand vase d'argent doré -, les hérauts donnent aa second un paiu d'argent, au troisième le paiu d'*or, e au quatrième une bourse de velours rouge brodée d'or, dans laquelle sont treize pièces d'or qui portent les même effigie , inscription et légende que les médailles distribuées pendant la cérémonie. Ces quatres chevaliers, tenant ces offrandes, sont conduits par le grand-maîtrct le maître et l'aide des cérémonies au trône du roi , o& ils montent par l'escalier du côté de l'évangile , en observant de faire au bas, au milieu et au haut de l'escaliet les révérences accoutumées. Le roi ayant été ainsi invr» d'aller à l'offrande. Sa Majesté descend de son trône p l'escalier du côté de l'épître dans cet ordre :
Les hérauts d'armes précèdent le grand-maitre. *
maître et Faide des cérémonies; après eux marchent ]es quatre chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit, le chancelipr de France , le connétable tenant Tépée nue , et ayant à ses côtéï les deux huissiers de la chambre portant leurs masses ; les pairs ecclésiastiques à la droite et les pairs laïques à la gauche marchent auprès du roi , qui tient dans ses mains le sceptre et la main de justice, ayant à ses côtés ses deux capitaines des gardes et les six gardes de la manche \ ceux-ci restent au milieu du chœur*, le grand-écuyer porte la queue du manteau royaL A Tégard du grand-chambellan et du premier gentilhomme de la chambre , ils restent dans leurs places sur le jubé, pour garder le trône. Le roi étant arrivé à l'autel, où l'archevêque de Reims est assis, le visage tourné vers le choeur , Sa Majesté se met à genoux , et ayant remis le sceptre à l'un des maréchaux de France, et la main de justice à l'autre, elle reçoit la bourse , le pain d'or et le pain d'argent successivement des mains des quatre seigneurs , et présente ces oflrandes à l'archevêque de Reims, lui baisant la main à chaque fois. Après l'offrande, le roi reprend son sceptre et la main de justice, et remonte à son trône dans le même ordre qu'il en est descendïi. Les pairs ecclésiastiques montent par l'escalier du côté de l'évangile -, ils reprennent leurs places à la droite et à la gauche du trône de Sa Majesté , et l'aide des cérémonies reconduit les quatre ctevaliers de Tordre à leurs places. Pendant l'offertoire, un aumônier du roi apporte de l'autel du jubé sur le grfind autel , une grande hostie et une petite , laquelle doit servir à la communion du roi , après avoir, selon l'usage ordinaire , fait l'essai de l'une et de l'autre.
5lO CÉRÉMONIAL DU SACRE
Qiiaud le cëlébraut en est a Toraison dite la secrèfr. il y ajoute la suivante :
Oremus.
Munera ^ quaesumas , Domine oblata sancttfica ut et do^ unîgeniti lui corpus et sangnis fiant , et Ludovico regî no^n ad oblincndam anîmie corporisquc salntemy et ad pera^etdam injunctum oflicium, te largiente, usquequaque priScianty etc.
Avant rélévatîon de la messe , le prince représentant le duc de Bourgogne «ote la couronne , et la pose sur le prie -dieu. Les pairs laïques quittent aussi leur couronne, et les pairs ecclésiastiques leur mitre, et ne les reprennent qu'à la fin du canon de la messe , et lorsqœ le prince représentant le duc de Bourgogne a remis Ii couronne sur la tète de Sa Majesté.
Au Pax Domini, qui est après le Pater^ i'évéqm qui fait Tofiice de diacre , se tourne vers le c\iORur, & ayant sa mitre en tète, et la crosse de Tofficiant en si main gauche , annonce la bénédiction , en chantant ce$ paroles : Humîliate "vos ad benediclionem ,• c'est-à-dire , humiliez-vous pour recevoir la bénédiction. Le <^œar répond : Amen. L'archevêque officiant , tourné rcrs le chœur, tenant sa crosse de la main gauche, dit sur le roi et sur le peuple l'oraison suivante :
Oremus.
Benediept f tibi Domintts,cu8todiensque te , sicvt te vola: super popnlum suum constituere reg^m , ità et in pneaeiii sxculo felicem,et jttternae felicitatistribuat esse con5ortem,ete.
DBS ROIS DE FBANÇB. Stt