LE FESTIN BOTAL
La grande salle de Tar^chevêché est préparée pour œ festin et richement meublée. Cinq tables y sont dressées ^
DB^ R(HS DE FRANCE. 5i5
celle du réi est placée , selon la coutume j devant la cheminée , visHà-vîslaporte de rappartèment de Sa Majesté, sur une estrade élevée de quatre mardies , et ^us un dais de velours violet , semé de fleurs de lis d'or en broderie. Les tables des pairs ecclésiastiques et des pairs laïques sont dressées à la droite et à la gauche de la salle à égale distance de Testrade du roi , et de deux pieds plus basses. Sur la même ligne et au bout de ces deux tables , il y en a deux autres ; Tune à la droite ^ pour le nonce du pape et les ambassadeurs invités , et Tautre à gauche , dite la table des honneurs , pour le grandchambellan de France , le premier gentilhomme de la chambre , les chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit qui ont porté les offrandes , et autres seigneurs qui ont droit de s'y placer.
Lorsque tout est prêt , le grand-pannetier de France fait mettre le couvert du roi , et s'étant rendu ensuite au Gobelet , il en apporte le cadenas de Sa Majesté , étant accompagné du- grand-échanson qui porte sa coupe , les verres et les caraffes du roi , et du grand-^cuyer tranchant , qui porte la grande cuiller , la fourchette et le grand couteau : ils sont vêtus d'habits et de manteaux de velours noir, et doublés de drap d'or. La nef d'or, enrichie de pierreries , est mise au coin de la table le plus éloigné du roi , et du côté droit. '
Le grand-maltre des cérémonies va ensuite avertir le grand-maître de la maison du roi que la viande du roi est prête. Le roi ordonne de faire servir , et le grandmaUre se rend au lieu où les plats sont préparés, et un moment après, le premier service est apporté dans l'ordre suivant :
5i'6 chiimwiAL tm sacsc
Les fairatbois , les trompettes et les flûtes de la cbanir bre, jouant del ftiifalnes , marobenc à la tète ;
Les six hérauu d'armes^
Le grand-^ailire et le maître des eërémoiiies'.
Les douze maîtres d'hôtel ào. roi marckant deux à deux, et tenant leurs ])àtDns ;
Le prettiier maître d'hôtel du roi ^
Le grand-maître (ou celui qd en fiiit les fenctions) tenanC son bâton de commandement , et précédant immédiatement le aerviee 3
Le grtind-pi|nnetier de France , .portant le prenier
plat^ .
Lies gentilèhonunes fltfrvans de Sa Majesté , portant
les autres {lato.
Étant tous trrivés dans la salle, le granA-éenjer trancllant range Jks ^lats jsur lataUe-^ les ééooawe, en fait faire Vessiai et tes necouvre en attendant' qne Sm Mh jesté soit arrivée. Cependant , le grandi^maitre de Jm maison -du roi, précédé 4n même cc^tége, va avertît le jnoi : aW^ Sa Majesté se reftd à la salle ibx festin dans œt ordre :
Les hautboib , les trômpetli^s et k^ Aulès d/& la ebajnlve-,
Les six héraaifs d'armes 5
Le grànd-^aliit^e .et le maître des cérémomes ;
Les douze maîtres d'b^l , ^eux à à^uit , ti^lajat leurs Mtons )
Le prew^r pi«^^r^4'Witçlô
Les qustti'e cheyalier^ de Tordre du Saiqitr-Esprû qw avaient porté les oQrtod^^*,
Le mjirfchal de Ffjii>cf.^.d^B»!tiné ponr porter la couronne de Charlemagne, sur un carreau de véloni^ vio-
DBS BOIS DÉ FRATfCB» SlJ
let, marchant au milieu des maréchaux de France qui avaient. porté le sceptre et la main de justice;
Le grand-maitre de la maison du H», teni|nt sonbâton, et marchant entre le grandH^hambellan et le premier gentilhomme de la chambre ;
Le connétable de France , représenté par un maré^ chai de France, tenant Tépée nue et droite, ayani à ses c6tés les deux huissiers de la chambre portant leurs masses -,
Le roi airec sa couronne de diamans sur la tête , Henant dans ses mains le sceptre et la main de justice, ayant à ses côtés Tarchevèque de Reims et le prisce représentant le duc de Bourgogne ;
Les pairs ecclésiastiques revêtus de leurs chapes,. et la mitre en tète , marchant sttr la droite du roi , et .les pairs laïques , revêtus de leur manteau ducal , et la Oouronne su^ la tête ^ marchant sur la gauche \
Les deux capitaines dea gardes , marchaiU auprès du roi ;
Les six gardes de la manche , ou écossais y sur lès. ailes;
Derrière Sa Majesté , le grand-écuyer , portant 1» queUe du mao^teau royal ;
Le chancelier fermant la marche.
Lorsque le roi est arrivé à sa table., Tarchevèque :de Reims (ait la bénédiction ordinaire ; et dans le môme temps , la couronne de Cbarlemagne est posée à Tun des coins de la table à droite , le sceptre à Tun des coins de la même table à gauche, et la main de justice à Tautre coin du même côté ; le tout sur des carreaux de velours violet.
5tS CKRÉHOKIAL OU SACRE
Les maréchaux de France qui ont porté ces honneurs dans la cérémotûe, se placent auprès, et sV tieiment debout pendant tout le diuer ;
Le connétable prend sa place devant la table et vî»4vis du wfà'y tenant Tépée nue, et ayant à ses côtés les deiix huissiers portant leurs masses'^
Le grand-écuyér se met derrière le fauteuil de S> Majesté, et à ses côtés sont les deux capitaines des gardes ;
Le grand-maltre se tient debout près de la table et â la droite du roi : c'est lui qui présente la 9er% îette à S. M. avant et après le dîner ;
Le grand-pannetier , le grand-échanson et le grandécuyer tranchant , se placent devant la table , vis-à-vis de Sa Majesté , pour être à portée de faire les fonedons de leurs charges. Le grand-pannetier change les assiettes, les serviettes et le couvert du roi; le grandéchanson lui donne à boire toutes les fois que Sa Majesté en demande , allant a cet eflFet chercher le verre , le vin et Teau , dont il fait faire Tessai devant Sa Majesté ; et le grand-écuyer tranchant sert et dessert Irs plats, et approche ceux dont le roi veut manger.
Un aumônier du roi est auprès de la nef, pour l'ouvrir toutes les fois que le roi veut changer de serviette.
Le second service est apporté par les officiers du roi , avec le même cortège, et le troisième, qui est celui du fruit , est servi par le grand-panneiier de France.
Aussitôt que le roi s'est assis , les pairs ecclésiastiques et les pairs laïques descendent de Festrade , et vont se placer aux places qui leur sont destinées \ les pairs ecclésiastique à celles de la droite et dans cet ordre :
DfiS ROIS DE FRANCE. Si^
L^archevèque de Reims , ayant derrière lui , debout , les deux chanoines assîstans de la messe , en chape , et vi»-À-m deux ecclésiastiques en surplis, tenant debout, l'un sa croix, l'autre sa crosse. L'évèque-duc de Laon, Tévêque-duc de Langres , Tévèque-comte de Beauvais , l'évèque-cctate de Noyon et l'évèque -comte de Chàlons,' . sont sur la même ligne que l'archevêque de Reiras, tous en chape et en mitre. Mais les évêques de Soissons, d^ Amiens et de Scnlîs, suiTragans de l'archevêque de Reims, et qui sont placés à la même table , vis-à-vis. les trois derjiiers pairs, sont seufement en rochet et avec le camail violet.
1 Les pairs laïques se placent à leur table dans Toiidre
suivant :
jj Le prince représentant le duc de Bourgogne , se met
à la première place 5 le prince représentant le duc de
j Normandie, celui qui représente le duc d'Aquitaine, celui qui représente le comte de Toulouse, celui qui représente le comte de Flandre , et celui qui représente le comte de Champagne , occupent les cinq autres places sur la même ligne \ ils ont tous les mêmes habits et manteaux dont ils étaient revêtus dans la cérémonie du sacre, et leur couronne sur la tête.
Le nonce du pape et les ambassadeurs se placent à leur table de la manière suivante :
Le nonce a la première place du côté des fenêtres , i l'ambassadeur d'Espagne vis-à-vis de lui , l'ambassadeur j de Sardaigné à côté du nonce , l'ambassadeur de Holii lande vis-à-vis celui de Sardaigne , pt l'ambassadeur de jf Malte à côté de ce dernier. Le chancelier vis-à-vis l'am-
520 CBREMONIAL DQ 8A€RE
bassadeur de Malte , après leqnd sont VLsm, sur la i ligne 9 les deux introdactenrs des an^assadeurs.
A la table dite des -honneurs, qui est vîs-à-vis eeDe des ambassadeurs , et au-deaaous de celle des pairs laîqoes, sont placés, sur la même ligne, le grand^cfaaiobellan de France, le premier gentilhomme .tfe la chambre , les quatre chevaliers de Tordre du Saint-Esprit qai ont porté les offrandes , tous revêtus des mêmes habits qu'ils avaient à la cérémonie du sacre.
Ces quatre dernières tables sont servies par les officiers du corps-de-viUe , el par. les notables bourgeois ; et toutes , même celle du roi , aux dépens de la ville de Reims.
Dans ce festin royal , le roi est toujours seul à sa table, à moins qu'il n'ait des frères *, auquel cas , ces princes se placent k la gauche du roi , comme il s'observa au sacre de Louis XIV ; où Monsieur , frère uniTue du roi, tînt ce rang.
Lorsqu'il j a une reine , on lui dresse une espèce de tribune ou balcon élevé dans la salle, d'où elle peut commodément, avec les princesses et les dames de b cour. Voir dîner le roi comme il a été observé en plusieurs sacres.
Lorsque le roi a diné , l'archevêque de tleims s'avance vers la table et dit les grâces. Ensuite , S. M. reprend le sceptre et la main de justice , et est reconduite dans son appartement » précédée par les pairs et autres grands officiers^ dans le même ordre et avec les mêmes cérémonies qui ont été observées lorsqu'elle eit venue a table. Après quoi tous les princes, seigneurs et efficien se retirent, et le roi va prcmdre qudque k*episs dont il f
0B8 ROœ DB 'FHàKCBi S2I"
}>e99in «près unje si grande céréinonié. Eb i^ènoe temps, c^est-à-dire vers lés tp:'ois heures après midi^ le cptiné-»' table , représenté par un iharëbhal'dë Fi'ânce , le grabdmaitre -, les seigneurs qid ont porté la icburonne , le sceptre et )a niitiii de justice , le capitaine des gardes^ le gnmdrmaitrë des cérémonies , le maîtrs et soin idâe,. et auti^es officiers, se retirent à rhôcél-de^rille , où ils sont traités et servît à plusieurs tables aux dépens de la ville. ,
CAVALCADES SAINT- RXMI,' LM t.BirjDSHAIIf ^B ^AC^E» .
Nos rois ont ooujLun^e d'hier en cayalc;^ à Saiiftt-Renû le lendemain du sacre , pour y ei;rtenc)re la q^jçss^» Dès le matin ^ les régimens des gardes françaises et suisse! se mettent en haie , et occupent l«is rues qili conduisent du palais ai>cliiépiscopal à cet|:e abbaye. Sur les dix hcuiles, le roi part , et la marche se fait dans cet o^dre ".
Les grenadiers à cheval 5
Les deux compagnies des faousquetaires , les oj^Seiers à leur tète ; .
Les chevaux-légers de la garde 5
Les gardes de la prévôté de Thôtel , marchdm à pied > deux à deux, avec le grand-prévôt de Fhôtel à Jeur tète , et à cheval ;
Plusieurs seigneurs de la cour magui^queihent habillés, €t montés sur des chevaux richement harnachés \
Trois chevaux du roi , dont les équipages sont couverts de caparaçons de velours bleu brodés en or et en argent , menés en main par des palefreniers de Pécurie du roi ;
'522Î CÉREMOFTIAL DU SACRE
Douze pages à cheval , savoir : six de la chambre , traîf de la grande écurie , et trois de la petite ;
Les trompettes de la chambre ;
Les Cent-Suisses de la garde dans leurs liabits de cerémonie , leur capitaine étant à cheval à leur tète ^
Plusieurs maréchaux dé France , et plusieurs chevaliers des ordres du roi à cheval , sans observer de rang entre eux ; *
^e grand-écuyer de France marchant à cheval devant Sa Majesté ;
Le roi vêtu d^un habit de la plus grande magnificence , et monté sur un cheval superbement hamacHé , dont les rênes sont tenues par deux écuyers de Sa Majesté ;
Quatre autres écuyérs marchant à pîed autour du roî;
Les deux capitaines des gardes à cheval aux côtés du roi •,
Les six gardes écossais marchant a i^ied sur' les ailes ;
Derrière le grand -chambellan , le premier gentilhomme de la chambre, le premier écuyer du roi ^
Les princes du sang ayant t^hacun auprès d'eux un de leurs premiers officiers 5
Les officiers des gardes-du-corps de quartier, marchant à la tête' du guet de ces mêmes gardes ;
Les quatre compagnies des gardes-du-corps ;
Les gendarmes de la garde fermant la marche.
Le roi , après avoir traversé la Grande rue qui conduit à l'abbaye Saint-Remi, au bruit des acclamations du peuple , est reçu et complimenté à la porte de Téglise de cette abbaye par le grand-prieur, à, la tête de ses reh'gîeux en chape. Sa Majesté entre dans le chœur j elle j entend une messe basse, qui est dite par un chapclata
DES ROIS nE FRANGE. 523
du roi 9 pendant laquelle la musique du roi chante un motet.
Après la messe , le roi va faire sa prière derrière le grand-autel , pcès du tombeau de saint. Rémi , dont on a tiré la châsse pour la faire voir à Sa Majesté, à qui on montre ensuite la sainte ampoule.
Pendant ce temps-là les troupes de la maison du roi se mettent en marche, et Sa Majesté retourne au palais ^ archiépiscopal dans le même ordre qu'on vient de voir , et par les mêmes rues où les régimens des gardes françaises et suisses sont restés en haie et sous les armes.