‹ Des cérémonies du Sacre ou recherches hist. s.l. moeursChapitre 8 sur 36 · DU COURONNEHBHT ET DES^ DOUZE PAIRS · texte numérisé non relu

DU COURONNEHBHT ET DES^ DOUZE PAIRS

Qiiestiçn ; l'institution de la pairie est-elle un fait unique ou une succession de faits? — Examen ; sujet de la difficulté.

— Du mot Pair; Pairie primitive,' Échelle des Pairs ; Échelles des Nobles ; Cour de France ; les grands fiefs ; les Barons. — Origine des Douze ; erreiir d'un écrivain ; les dou^' témoins ; Codes antiques ; disposition singulière ; prédilectioti potir le nombre Douze ; Corps civils du mojen âge ;.rapprochemens curieux; résumé de ^e qui précède. — Hugues Ca pet; ses rapports^vec les Pairs; il

XIV S0MMA1KS£«

n'a fuit que modifiar la p%me préexiffunte ; sentimeiu de di¥er3 auteurs ; iuduciîans Urée» des anciens ; DuTîUet et Favii) cité9 à £an%^ -^ L'opinion commune qui rattache rétablissement de la pairie à Louis VII, ne peut ae soutenir; preuves d'une plus baryte antiquité ; ee qu'a fait Loui^ VII ; filtre du pavpis ; conséquei^ce des faits e^lessus. — Variations de la puiri^ depuis Louis^rle^Jeune ; extinctions 9 éreetiops 9 aoçroisaciuAus i préséance* -^ Privilèges des piiirs; exemple curieux tiré d'un aneien forouslaire ; représentation, ->- D^s Couronnes; Chapeaux d'or( étymologie du mot Chapeau / couronnes des Dames ; des Chevaliers ; des Ecclésiastiques ; des Magistrats ; des Comtes de Flandre ; Morlier. — Tableau du couronnement. — Les pairesses 1 ou femmes de pairs ( explicujbîoq de cetl;^ aingularité i les Lois Saliques la justifient ; exemple des Anglais ; Comt^ses et Duchesse^ qui exercèrent les fonctions de pairs* — L'intronisation, --> Prèrogntlvi^s particultères de chaque pairie représentée ; erreur de l'Encyclopédie ; les honneurs j tradition de l'Épèe ; pratique de Fancifnne Chevalerie ; les Éperons. -*^ Remarque, — Cpndusion»

DU BAISER d'acclamation.

Est- il vrai que cette cérémonie dérive d'une pratiqfue des Gentils et que Charleroagne ait été adoré ? — Examen. De l'Adoration civile et du mot adorer; acception prîmir tlva ; usage ( cluiz les Hâ>reux ; les Grecs ; les Romains > Ips Chréitiens ; au Théâtre ; dans FÉglise $ dans la vie civile ; au aiL<cre du Pape et de nos Rois. — Solution négative de la question. Origine première du Baiser de l'Acclamation ; «a raison directe ; rapprocfaemens curieux.

COLLECTE HISrORJQUK.

Question. — De quels peuples est-il parlé dans la «oUeete ? — Opinion «rron^ée ; interprétation des bons auteurs.

SOMMAIRES. Xy

Prétentions respectives de la France et de la Grande-Breta^e. — Traduction inexacte de VOraison ; le vrai sens des mots Nordacimbrorum et Pristina fides, — Bizarrerie politique.

DE L*OFFaANDE.

Des pains d'or et d'argent ; Observations sur le pain béni. Du vase contenant le vin. — Des treize pièces d'or ; rccbercbes sur la particularité du nombre Treize, et les motifs de la préférence qui s'y est attacbée ; diverses opinions \ on réfute une explication qui n'est qu'ingénieuse ; conjecture de l'Auteur ; raison qu'il en donne. — Des Besans ; recherches sur la nature et la valeur relative du besant ; erreurs de Ménage et de Le Blanc ; Bjsantines remplacées par des médailles.

VE LA COMMUNION ROTALE ET tffj BAISER DE PAIX.

Pratiques des premiers Chrétiens. — Communion sous les deux e^èces. — L'^pèce du vin interdite aux laïques ; comment conservée dans le Sacre \ privilège de nos Rois ; son origine; Observations critiques. — Le Baiser de paix ; son principe f son usage ; sa restriction. — La patène. — Anecdote.

DU TOUCHER DES ÉCROUELLES

Tableau de la cérémonie. -^ Ce qu'on pense .de son origine. — Anecdote du sixième siècle ; opinion erronée. — L'usage du toucher des écrouelles ne parait pas remonter au-delà du roi Robert ; portrait de ce prince. — Est-il vrai que nos rois eussent scols le privilège qu'on leur attribue , et qu'ils l'aient toujours*exePcé comme rois oints de la sainte ampoule?— Pr^ugés du roojen âge; rapprochement curieux; la conséquence. — Quelles personnes y autres que les rois

* d^ France , ont guéri ou touché les scrophuleux ? — Conclusion.

HfTRQDUOnOlf.

RoMULUS périt victime d^un mouvement séditieux. Rome y à peine assise sur ses fondemens , et déjà ébranlée par les factions , éprouva les difficultés inséparables d^une première mutation de pouvoirs dans un Etat électif. L^autorité passa d^abord dans les mains des plus puissans; mais Rome fléchissait sous vingt maîtres, et la nation n^en voulait qu^un. Après avoir essayé du gouvernement oligarchique ^ le sénat , d'accord avec le peuple , déféra le pouvoir souverain au sage Numa , qui ne voulut point

2 CEREMONIBS DU SACRE.

Faccepter sans avoir consulté les augures et pris Tordre des dieux '. Quoique porté au trône par le vœu de tous, Ntioif^ paruf x^ céd^i<;C|i|^ ^>f«(e force divine et léguer à ses successeurs eet^ pieuset>bligation. Ce fut un augure jqui le proo]iai;na roi par la volonté de Jupiter*. L^art d^ i?Vast!m( devint bientôt un mystère «lijfuilè qu| ^^b^ la

confiance par de nouveaux prodiges *. ' Bieiitôt les augures acquirent une importance singulière .dans le conseil; ils ne se montrèrent plus qujehyîronnés des respects de la multitude j on révérait en eux les organes privilégiés de la divinité; et , comme la voix des dieux fs^isait la lai supsénite des peuples qui croyaient Tentendre , rintervention des

' r/rf. Plutarq. , vit. Num. PonSp. r-Tit.-Liv.;Û ♦ , c. 18. — Nous n'avons point à exaônmer si Numa 41e iit^^e * céder à ses inspirations ou à Tautorîté des réglemens de sqjsj prédécesseur. Denis d'Halicarnasse prétend qu'une loi de Romulus soumettait rigoureusement réieç(ion royale 4-l'ai;Mtre des augures. (L. 11 , c. 3 , § VI.) Maïs Plutarque et Ti^e-Live ne font aucune mention de' cette circpnstânce ,' et W' historiens ne paraissent d'accord ' q«e 'siir'ie^ fàitde'NUibà;' '< . '

* « Augur ad l«vam éfà^y capttè' vel^tè-, séden''<û&pit.... n Tùm } lituo in lasvam n\cinum ^aàslktb j 3f xlstâ îb{ capîte » Numae impositâ , preca^us . est it^ : Jufiter pfUetf, ^i ^ » fai, hune Numam Pompjllum^ -çàjus, egQ ^ça^uX tçncQ , » regem Romœ esse, uti tu signa nobifi çeria adclaf assis inter » eos fines quos feci , etc,:.,: »* (Tit.yLiv. , hîst^', lib, 't, r. i8. ) ..'.--••

* Eptre autres , la pierre coupée avec un rasoir.

augures sembla seule attacher le sceau de la Iégit>mité et la faveur du ciel aux élections et à toutes les entreprises qui intéressaient le salut ou la gloire de rÉtat '.

De^là vint Texpression IncoÀgw^erj en latin inau^ ffurare^ consecrare^^ c^est-à-dire, quant à Télection 9 reconnaître, fonder , confirmer une dignité, uu droit , une puissance que les augures consultés ont déclaré être agréable aux dieux, ou conforme à Tordre des destins.

On ne pourrait dire exactement , en ce sens , que Tinauguration ait été admise chez toutes les na*« tions civilisées comme un mode universel de con-sécration ou d^établissement du pouvoir. L^histoire nous offire plus d^un exemple de princes saisis du di*oit de régner et proclamés rois , sans le concours des ministres de Pautel , et indépendamment de tout acte religieux.

Mais il est constant que la transmission de Tautorité souveraine , à quelque titre qu'elle se soit opérée , a été consacrée chez tous les peuples par des formes analogues à son principe et des cérémonies réputées pins ou mojns nécessaires.

La plupart de ces formes , effet du caprice ou de réglemens arbitraires , quand eUes ne sont pas

* Tit.-Liv. ,1. 1 , c. 37.

* Id est augurio decernere , et quasi dedicare. ( Thesaur, Hng. lat., ad veri. Inaug. )

4 GIÎRéMONIES DU 8ACRE.

la conséquence d^uue loi fondamentale de FÉtat y ont varié suivant le goût, les mœurs, les préjugés et les traditions de chaque peuple. Quelques-unes pourraient être considérées comme les actes essentiels et constitutifs de Finauguration , tels que la proclamation orale, le serment , et Knvestiture par les marques de la souveraineté ; ces pratiques ont un rapport si étroit avec l'objet qu'on a en vue ; elles sont Fexpression si exacte et si naturelle du vœu qu'elles consacrent , qu'il était , pour ainsi dire , impossible de les en séparer dans l'accomplissement. Les autres , sans avoir aucun rapport matériel et direct avec l'acte politique de l'iavestiture, sont, néanmoins, devenues le caractère distinctîf et invariable de certaines inaugurations , et de ce nombre est I'owction administrée par un prélat sous la qualiBcation de sacre. Mais cette cérémonie n'est qu'une figure purement mystique associée aux formes essentielles de la transmission du pouvoir , et l'on peut dire qu'elle n'a été rendue nécessaire que par l'autorité des conventions et le respect d'une longue coutume.

Peut-être serait-ce ici le lieu de décrire les dif^* férens modes d'inauguration attribués aux anciens et les cérémonies actuellement en usage dans les principaux Etats de l'Europe : ce tableau aurait , sans doute, son intérêt ; mais déjà tracé par plusieurs mains , il nous dispense de revenir sur un sujet traité , et qui ne parait pas susceptible de

nouveaux développemens *. Nous bornerons nos recherches à ce qui peut nous intéresser , comme Français , parmi des faits mal appréciés ou peu connus^

Le chef visible de PEglise avait prétendu placer dans le sacre Fexercice d'^un droit qui blessait la loi fondamentale des Français. On a voulu y de nos jeicrs , réveiller cette prétention surannée , mais dans un esprit opposé. On a feint d^ croire pour la combattre, et renverser, en même temps, Tédifîce dont on la suppose le fondement. On s'est efforcé de faire considérer le sacre comme un acte de soumission de la puissance temporelle , à la prédomination de TEglise, pour en inférer que le sacre ne pouvait plus se concilier avec nos institutions actuelles. On n'a pas -senti que, ni les lois en vigueur , ni les lumières du siècle ne sauraient être plus contraires au sacre tel qu'on le suppose , que nos plus anciennes constitutions , qui ont toujours répudié le principe supposé. On s'est , au surplus , fondé sur cette erreur commune , que le sacre de nos rois était , en quelque sorte , de droit divin; qu'il tirait son origine directe de la consécration des rois d'Israël ; que nos princes recevaient l'investhure du royaume de France, au nom de Dieu , de la même manière que Saiîl fut investf

* Voy. Marlot , Théâtre d'hon. , 1. !•'. — Menin , Hist. du Sacre. — Dom Bévy ^ HUi. des Inaugurations ^ etc....

du droit de régner par le ministère d'^un prophète organe de Dieu sur la terre. On a , enfin , qualifié Samuel d'^iNVENTBUR des sacres '•

Ce titre pourrait ne paraître que singulier, parce qu'ail nVst que Fexpression de Topinion générale , sous une forme qui convient peu à la matière : mais cette opinion méritait d^étre vérifiée.

Samuel nV point inventé le sacre. La consécration des rois de France par Phuile sainte nVst point dérivée de Pacte de Samuel , ni de ce qui se pratiquait chez les Juifs : elle n^est pas même une institution spéciale et distincte dans Tordre des rites adoptés par FEglise chrétienne , et canoniquement fixés par les conciles : elle ne suppose , enfin ^ dans la relation du roi de France avec le vicaire de Jésus-Christ, aucun des liens de dépendance temporelle que la loi mosaïque avait établis entre le chef dlsraël et les prophètes.

Le sacre n^est point une cérémonie simple dans son principe ni dans son objet : il faut y distinguer le pacte politique de Pacte religieux.

Le pacte politique n^a rien de commun avec Fonction administrée par les prophètes au nom de Dieu ; il est aussi ancien que la monarchie. Il dérive des antiques coutumes d^uae nation qui n^était ni juive ni chrétienne. Il consistait dans

' Samuel inventeur des Sacres / brochure poHMque, pubRée par feu M. de V^^nej , en iSiS.

Félévatlon sur \% pavois. Lç prince élu ou reconnu pour roi était porté sur un bouclier en présence de Farmée^ qui représentait un peuple guerrier : on lui faisait faire trois ibis le tour du camp ; on lui présentait Tépée ^ la lance ou la hache de son prédécesseur , comme marque de soumission et d^obéissance. Plus tard , le bouclier Alt remplacé par une sorte de trône ou de tabouret sans bras ni dossier , pour faire entendre que le chef de PEtat devait tirer sa force et son soutien de lui-même , sans aucun appui étranger , et cette cérémonie constituait le roi ^ Voilà le pacte politique, fondement de Finauguratipn des rois de

' Le mode d'iDatigaratioD |)ar le pavois notait pas exclusivement propre aux Francs ou Français. On le retrouve chez la plupart des peuples septentrionaux du même temps. Les Iriandaîs , les Cimbres , les Vandales et diverses nations de la Germanie inauguraient leur roi sur le bouclier. « Imfm^ » jitusque scuto moie oentis j et suàstùiennum hMunerii 9 ^ihratus dus eligitur, • Ce que Tacite rapporte ici y de rirlandais Brinion (ffist*, L 4)9 doit s'entendre ég«ileinent dli ckef des Druides , que les Gaulois promenaient iur le bou^ clier y comme rîmage ou le représentant de leur roi (FAVm). Nons vojons | enfin , la même pratique adoptée par les em^pereurs d*Orient y qui y suivant toute apparence, la tenaient des Gaulois (Mariot, p> 18 )i Les soldats de Julien, gouverneur des Gaules , le proclamèrent Auguste en relevant sur le pavois dans son palais des Thermes, à Paris (Ah. Margbl., L ao y c. rv ). C'est , vraisemblablement , depuis cette époque y que Fusi^ du pavois se répandit dans l'Orient , où il était afteore ekiervé plusieurs siècles après. Les veri de Cor*

France * : inaintenu«.dans le sacre , il n^a fait qu^y revêtir d^autres formes sous Tempire d^une religion nouvelle, et nous remarquerons que le changement successif des constitutions du royaume n'^en a «pas même effacé le caractère au point de n^en plus reconnaître les traces après un intervalle de quatorze siècles.

L'acte religieux consiste dans Tonction proprement dite , c'est-à-dire dans la consécration de la personne royale par Thuile ou le baume.

ripes sur le couronnement de Justin -le -Jeune , en sont une preuve.

Qaataor ingentem dypeis sublimior orbem ,

Âttollunt lecti juvenes , manibusque leyatom , Ipse ministrorum suprà stetit, etc

X Co&BiP., 1,2, cité par Marlot, L ■«'. )

' Il eiiste un monument vrai ou supposé de la première inauguration de nos rois y dans une - médaille représentant Pharamond porté sur un bouclier par deux guerriers francs , avec la légende : F^nus omnium votis. Cette pièce se fait remarquer au tom. II 9 p. 5 de la première édition in-folio de V Histoire de Mézeraj , cpii l'avait tirée de la France Métallique d*Hilarion de Goste. Elle figure aussi à la tète de la France Métallique de Jacq. de Bie. Elle a servi de texte à une déclamation lancée avec autant de force que de cbaleur contre le gouvernement de Louis XV , en faveur des parlemens persécutés par M aupeou | et qui fit beaucoup de bruit dans le temps.

Cet écrit passionné , ou tous les principes du droit public sont portés au plus baut degré d'exagération ^ parut sous le titre i^ Inauguration de Pharamond you exposition

lNTRO0UCTlOlf. 9

On^st, sans doute, frappé dePanalogie matérielle qui existe entre cette cérémonie et Ponction des monarques hébreux. Mais ce n'^est pas une raison pour en conclure que ces deux institutions renouvelées Tune de Tautre concojirent à un même but , par une même puissance , et encore moins que Samuel en est Tinventeur.

D y a cette différence essentielle entre Fonction de Savl et celle dW roi de France , que le prince français est tout par lui-même , et que Saûl ne fut roi que par le sacre.

Jamais Tonction ne fit un roi de France, parce quVlle ne fut jamais pour les Français que la conséquence d^un droit préexistant et indépendant de cette pieuse formalité.

fonction seule , au contraire , constitua le roi hébreu , parce que Tacte de Samuel était la conséquence d^une volonté divine qui notait gouvernée par aucun droit humain.

des lois fofidamentaîes de la monarchie française , at^ec les preuves de leur exécution perpétuée sous les trois races de nos rois. Il a été réimprimé plusieurs fois séparément , et donne encore quelque prix au recueil intitulé : Maupeouana, dans lequel on le retrouve ^ t. 4 > p* 9^-

On peut j lire avec Tintérét de la curiosité , Texplication que l'auteur y donne de la prétendue médaille de Pfiaramond; mais Ton se gardera bien de croire tout ce qu'il en dit. Cet aateur est un nommé Morizot , avocat sans cause y mais non pas sans talent , et qui avait y sans doute , plus d'ima^ation que de bonne foi.

10 CEREMOmU DU SACRE.

En effet , les Juifs vivaient alors sous un régime purement théocratique. Qs ne reconnaissaient de loi que celle qu'ils avaient reçue de Dieu ' ; ils ne s'attribuaient de droits que ceux qui reposaient sur cette lo|. On n'a pas d'exemple qu'aucun de leurs princes ait ajouté une loi humaine à leur code divin '. En Un mot, Dieu les gouvernait directement par l'organe de ses prophètes , suivant ces paroles de Grédéon : Je ne serai point votre seigneur ; ce droit n^apparUent qu!à Dieu seul ' : c'est ainsi qu'un lévite leur donnait un maître au nom du Roi des rois ; c'est d'après ce principe qu'ils se soumirent à Saûl comme à l'oint de Dieu. Jamais la France ne s'est trouvée dans une pareille position; jamais les Français n'ont admis de semblables maximes.

Nous ne conclurons donc pas de l'analogie matérielle à la conformité politique*des deux cérémonies. Il n'est pas vrai, d'ailleurs, que Samuel ait inventé le sacre : Samuel n'est pas le premier pro-

* « Nos ancêtres j dit Joscpbe, ont trouvé ces lois si sages i... » ils les ont gardées si religieusement durant plusieurs siè- » des , qu'ils n'ont pas cru que les plaisirs de la paix ni les » nécessités de la guerre leur puisent permettre de les violçr. » ( Antiq. judaîq. , L m , ^. 9. )

' Fleury , Mœurs des Israël, ^p, 338.

' « Non dominabor vestri , née dooiin«bitor in vOs filius • meus f seà dorainabitur vobis D«miaus. « ( Lià^ Judic. , c» IX , v. 23. ) - '

INTRODUCTION. Il

phète qui ait consacré le pouroir souverain par Peflusion de Thuile.

Le principal dépositaire de l^autorité divine était un roi de fait dans un gouvernement qui ne recevait sa loi que de Dieu , et n^obéissait qu^à Dieu. Uhislorien Josephe donne à Moïse les titres de pontife 9 de législateur et de roi *• Les chefs de la nation ^ tels que Josué et Gédéon , nVtaient j à proprement parler ^ que des généralissimes qui conduisaient Farmée ; ils devaient, ainsi que les juges , consulter le grand-prétre dans les affaires les plus importantes ^ pour connaître la volonté du ciel et n^agir que d'après ses ordres *. Leur gouvernement notait qu'un acte d'obéissance au

* Antiq.jadaiq, , /. m et nr.

' tf Pro hoc si qoid a^endura erit,£leazar sacerdos consulel

• Dominum. Ad verhum ejus egredieturetingrcdietur ipse, et

* omnesfilii Israël ciim eo, et caetera muUitudo. » ( Num. ^ e, «7 , V. ai.)

• Quel que soit le mérite du roi que vous choisirez , il doit > moins tirer conseil de sa propre sagesse , que de Dieu et de » la loi. Qa*il ne fouse rien sans Vavis du grand sacrtjî- » cateur, ■ (Josephe, Antiq.judaîq.y L iv, c, 8.)

Le DeQtéronome prononce peine de mort contre tout Israélite qui aurait l'audace de méconnaître Tempire sacerdotal:

« Qiii.aiitem «uperbierity nolens obedire sacerdotis im-

• perio , qui eo tempore miatstrat DeO tuo , ex decreto ju-

* dlcis morietur hamo ille , elc \. • ( Dealer, j c. aj ,

Dieu qui les avait choisis et au ministre chargé de recevoir, de proclamer et d'exécuter sa loi *. Le grand-prêtre, ou souverain sacrificateur, dépositaire de la loi et seul organe de son divin auteur , était investi 4e la plus grande puissance morale qu'on ait jamais exercé sur le peuple juif.

Or, le sacre d'Aaron , en cette qualité de souverain sacrificateur, avait été ordonné et consommé plusieurs siècles avant la mission de Samuel '. « Indues Aaron vestimentis suis et

I» oleum uncHonis fundes super caput ejus ; atque » hoc ritu consecrabitur '. » Je dirai plus : cette forme de consécration associée pour la première fois aux rites mosaïques , et les propres paroles de récriture , oleum unctionis , Thuile de Fonction , qui sert à Ponction , suffiraient seules

* Deuter. , c. a3. — Josephe , u6i suprâ» — Voj. aussi Maîraonide , de Regibus et de Bellis eorum; trad. latine de Leidekker.

Le roi hébreu ne pouvait se séparer des livres sacrés. Il était tenu de porter constamment sur lui une copie du Pentateuque ; c'était lui qui allait trouver le grand-prétre , lorsqu'il avait à le consulter; le monarque n'avait, enfin , qu'une autorité de surveillance dans l'exécution des lois religieuses et civiles. (^Paralipom, 11, c. 19,)

* Environ quatre siècles. La consécration d' Aaron suivit de près la sortie d'Égjpte, qui eut lieu vers J^an 1491 avant J.-C, et le sacre de Saûl est rapporté a l'an 1095 ou 96.

^ Exod, , c. 29 et 3o.

INTRODUCTION. iS

pour faire Toir que ToBCtion par Thuile était en usage avant le sacre d^Aaron.

Ce qu'ion va lire paraîtra d^abord un paradoxe ; mais peut-être en jugera-t-on autrement si Ton j porte quelque attention.

Ou je m^abuse fort , ou c^est dans les anciennes pratiques des Gentils, dont les princes notaient pas sacrés, que nous trouverons Forigine et la raison du sacre de nos rois.

Les Israélites, imbus des préjugés dont ils sVtaient nourris chez les païens, nWaient pli)^, sous la direction de Moïse , cette simplicité d^esprit et de mœurs qui distingue la vie patriarchale. La postérité de Jacob démentait son origine : c^était le peuple le plus enclin à la superstition et à Tidolàtrie, dont les pratiques s^étaient inséparablement unies et comme identifiées avec son existence religieuse. Moïse y vit un mal sans remède, La sagesse du législateur, éclairée de Tesprit de Dieu , crut pouvoir composer avec la faiblesse de ceux qu^il était chargé de gouverner et la sainteté de la religion dont il fondait les dogmes. Il sanctifia, en les appropriant à .son culte, un grand nombre de pratiques purement païennes , parce que, les ayant combattues sans succès , il ne pouvait les proscrire sans compromettre et son autorité et le respect dû à la religion qui les aurait exclues. Tel fut, sans doute, le principe de la consécration sacerdotale par les lustrations et Tef-

i4 CÂRÉMOKIBS mJ SACRE.

fusion de Phuile ou du baume. Suivons cette idée.

L^uile , le baume et les parfums sont employés à différens sacres dans FÉglise chrétienne. La liqueur destinée aux onctions du baptême est une huile simple. Le chrême approprié au sacre des évêques et des pontifes se compose d'huile préparée avec des parfums. La sainte ampoule était un véritable baume \ L'huile, le baume et les autres parfums . entraient dans une foule de pratiques civiles ou religieuses des anciens , dont Fexistence remonte au-delà des temps historiques.

Les patriarches faisaient des libations d'huile comme marque de consécration ou d'hommage offert à la Divinité \ Jacob, allant en Mésopotamie , consacra une pierre par l'effusion de l'huile *. Les Egyptiens , les Perses , les Arabes , les Ethiopiens embaumaient les corps pour les préserver de la corruption *. Les Hébreux observaient aussi la même coutume qu'ils avaient empruntée des Egyptiens. Ils commencèrent d'abord par les imiter exactement dans le procédé de l'embaumement *.

• Voy. le chap. de la sainte ampoule.

' Grotius , sur la Genèse.

3 « Tulit lapidem , quem supposuerat capiti suo, et erexît » in titulum fundens oleum desuper. » ( Gènes. > r% a8 > V. i8. )

4 Voj. Peniclicr, Traîté des Emhaumemens (passim),

^ « Priiaum anti({uiorem et omainè parem Mgjptio eomm » qui vixerant aut vivebant adbuc in uSgjpto. > (Chifflet, de Linteis ^epuL Chris ti , p. lO , in-4**.) Cest ainsi que

INTRODUCTION. t5

Ils le modifièrent ensuite, hors de TÉgjpte, par les conseils du sage Gamaliêl, qui établit un mode plus simple et beaucoup moins coùteui^ \ Mais ils conseryèrent dans leur mixtion les prineipaux âemens du baume des Égyptiens , dont Faloès et la myrrhe faisaient la base. Saint Jean rapporte que Nicodème fournit, pour embaumer Jésus, un mélange de ces parfums d^environ cent liv^res pesant *. ChezJes Grecs et les Romains , les athlètes se frottaient d^huile pour donner à leurs muscles plus de souplesse , et résister avec plus d'*aTaBtage aux efforts de leurjs. adversaires. L^uile était aussi employée dans les -rites sacrés des païens. Homère l-associe au miel répandu sur 1^

Jacob fut embaumé , d'après le procédé le plua dispendieux , et qui n'exigeait pas moins de quarante jours de travail. (^Genes.,c. uli. )

' « Allerum minoris sumptûs , et à priori multùm diversum, » ex praecepto Gamalielis senioris , etc. » (Chiâlet y ubi^uprà. Baronius , anno 34 > n^ i36. )

Voici la description qu'en donne Rabbi Jacob , cité par Cbifflet :

• Decet viros ?irorum et foeninas fœminarum curare

• consuevisse cadavera in buuc modum: oculos imprimis » ctaudere deftmcto y et ora stringere fasciâ y tondere ca-

• piUos , eorpus lavare y unguentis ungere , cadaver deli-

• butum obvolvere Unteia j sicque euratum ponere îm se-

• pulcbro. »

* Yenit « Nicodemus ferens mixtnram mjrrh» et aloes y

• quasi libras centum. » (^Joan. , c. 19.)

i6 GÉRfiMONIBS DU SACRE.

i>ûcher de Patrocle *. Les Platéens, célébrant, une fête solennelle enThonneur de Jupiter Eleuterius, déposèrent au pied de sa statue des vases remplis d^huile , que portaient les enfans des familles les plus distinguées de la Béotie '. Ce fut après avoir frotté d^huile la colonne placée sur le tombeau d^Achille , qu'Alexandre offrit un sacrifice à Minerve dans son temple dllion ^ ; sur quoi Dacier fait cette remarque , que cMtait un . acte de religion et une <( espèce de culte de frotter d^uile » les colonnes et les statues de ceux que Ton ho- » norait *. » Les Grecs pensaient que Thuile était un présent des dieux créé pour radoucissement 4^s fatigues humaines, et qui ne pouvait demeurer étranger aux cérémonies du culte *. Les Romains Taffectaient à de semblables usages * ; les prêtres de Jupiter en étaient oints ; il paraîtrait

*Iiiad.,/.3,

' Carmeli , Stor. dei Riti sacri e prof, , t, i , p, 5g.

* Plutarq. , Fie d'Alexandre, *

* T. Vlyp. 3o, note 27 de redit, de Hollande.

^ Tel est le sens de Teiplication des devins eonsultés par Alexandre sur la découverte que fitProzène d*une source d*eau onctueuse qui semblait participer de la nature de Thuile. ( Voy. Plutarq. , au lieu cité, ) L'Ecclésiaste en parle à peu près dans les mêmes termes : « In his curans mitigabit dolo- • rem ; et tuiguentaritis faciet pigmenta suavitatis , et une- » tiones conficiet sanitatis. » ( C 38 ^ 1;. 7. )

* Plutarq. , quast. Rom,

même , diaprés un passage de Vairon ' , que certains magistrats- participaient à cette onction. Les prêtres égyptiens se purifiaient dans les eaux du Nil ayant Fadoption du même rite par le législateur des Hébreux * ; et il y a toute apparence qu^ils faisaient servir aussi Phuile et les parfums à Tinstitution sacerdotale '• Du moins est-il certain que les premiers Égyptiens convertis à la foi catholique étaient dans Tusage d'^oindre les cadavres de leurs prêtres avec le chrême sacré , et que cette pratique leur ayant été interdite , sans y renoncer entièrement , ils remplacèrent le chrême par rhuile simple dont ils frottaient le corps avec une éponge *.

La consécration des prêtres et des rois hébreux par Teffusion de Thuile et du baume n^était , comme le rite égyptien , qu^une figure mystique de Tembaumement des corps. On appliqua au moral les moyens de conservation propres aux choses physiques. De même que le baume pré-

* Varr. , de Ung. lat. , /. 5.

' ^ Laveris patrem ( Aaron) cum filiis suis aquâ »

(^Exod, , c, ag, v, 4« )

* Carmeli , uèi sup, , p. 55. — Voj. aussi Pluche , Ciei des anciens.

* « Gr Ëgizii solevano ungere con il sacro cris ma li cada- > veri de* sacerdoti, quai abuso fù condannato dalBaisanione • interrogato sopra di cio dal patriarca Alessandrino, etc. . . . « ( Doifi. Magri , ad verb, chn'sma,')

l8 CBREMONIBB DU SACRE.

servait la chair de toute corruption , par un arti* fice purement humain, il était censé garantir Vame à*xkn sort semblable par les grâces que le ciel y attachait. Cette pieuse aUégorie , que sanctifia le culte de Moïse, se lie si naturellement au système symbolique des Égyptiens , qu'ail ne serait guère possible de leur contester la priorité de Fadoption : aussi voyons-nous que Phuile- composée , sdoD Tordre de Moïse, pour le sacre d^Aaron , nVtait qu^une préparation égyptienne.

Nous avons déjà observé que la matière de Tembaumement le plus précieux des Egyptiens se formait dhin mélange de myrrhe , d^aloès , de casse et de cannelle \ Tel fut aussi le baume employé k la purification du tabernacle , et k Ponction de la famille d^Aaron, excepté Taloès, que Moïse remplaça par Fhuile, pour donner à Tonguent plus de fluidité, et le rendre plus propre à sa destination *. Lactance qualifie également d^onguent sacré,rhuile qui servait à Finauguration des rois d^Israël, et dans laquelle , suivant le même père , il entrait des fleurs, de la myrrhe, de la casse et d^autres parfums. Cette composition ne différait donc pas essentiellement de Phuile sacerdotale. Passons à d^autres temps.

Les onctions instituées par PÉglise chrétienne

« Hérodote, Euterpe, — Péniclier, Traité des Embaïun ^ y c.3yp. 62.

* Exod, y c. 2g et 3o — Joscplie , /. 3 , c. 9.

INTRODUCTlOlf. ig

ne sont que la reproduction des antiques symboles, fondée sur des circonstances. parfaitement analo^ gaes. Cest une verîta de fait et de doctrine qui ne peut laisser aucun doute»

L^usage deThuile et des parfums, considéré daus les embaumemens et les jeux athlétiques comme un principe de conservation , de force et de vie , sVtendit symboliquement à la conservation morale des vertus chrétiennes ; on oignit la chair pour la consécration de Tame, selon le langage des pere^*. De-la cette réflexion d'^un célèbre lîfurgîste: « Quse- » ritur quare infirmî et catechumeni oleo inun- » guntur? — Respondeo, ut ex visibilîbus invisî- » biha façûliùs capiantur.' Vous demandez pour- V quoi les malades et les catéchumènes sont oints » avec de rhuile? — Je réponds que c'est pour > faciliter, par des images matérielles, Tintellif> gence des choses invisibles, ou qui sont du do^ » maine de Fesprit:*)) et, en eflfet, il n'est pas d*onction appropriée à nos rîtes qui , diaprés les interprétations de TEglise, ne figure, au spirituel , un moyen de préserver, de fortifier ou de défendre. (I Ut per fîdem undique muniamur et ad bona )> opéra perficienda roboremur^ . — -Ut mente et » actu opéra diaboli postponat christianus , ut sit

• Tcrtul. , Ub. de Resurect, , c, 8.

* i>mnnd. RationaU divin, ûfficiorum ^ p. «3 ^ n^ 4- ^ iUbanas , op. Dur.

» robustus ad portandum jugum ipshis et onus » legis • . Ut oleum recréât artus fèss»um , w et de sui natura lumen prœstat ' . Ad refec^

» tionem mentis et corporis tutamen mentis et

» corporis ' . — S'unge îl battizzando nel petto et » nelle spalle, come vero soldato et lottatore di » christo * . LVnctîon signifie ta grâce qui for- » tifie le chrétien dans les travaux et les corn- » bats de la vie spirituelle, et qui lui adoucit le » joug de Jésus-Christ*,» CEglise reconnaît le même symbole jusque dans le sacrement précurseur de la mort. Uextréme-onction, ce dernier besoin^lu chrétien, emporte les mêmes idées de protection et d'assistance dans les infirmités du corps et de Famé * . Voilà pourquoi Fusage ne permet pas de l'administrer aux criminels condamnés à la peine capitale. Elle est censée leur devenir inutile , par cela seul qu'ils n'ont plus rien à craindre "ni à espérer dans cette vie.

Ces explications sont, d'ailleurs, conformes au sentiment des premiers pères et aux plus anciennes

» Ration, div. off., /. i > c. 8.

» Ihid.

' Pontifie, rom.

4 Dom Magri , Orig-, de' ritisacri, ad verh. Ohum sanctum.

^ Catéch. de Montpellier ^ du Baptême. — Rituel d^Alct,

' * Ad remissionem omnium peccatorum et recuperationeii AB OMNI iMMiNENTi AGRiTUDiNE. ( Sacramcnt. ap. de Vert.)

traditions de FEglise d'Orient. Saint Jean-Chrysostome compare positiyement Fonction du baptême au soin qu^avaient les athlètes de se frotter d^huile avant d^entrer en lice : Ungitur sicut athleia sta-^ dium ingressus '. Nous voyons dans saint Cyrille de Jérusalem que les catéchumènes d^Orient étaient oints par tout le corps, sans distinction de parties, ce qui Appelle «Mictement la pratique des lut-i^ teurs ^ z A $iunmis capiUis ad infimes usque pede^

* Epis t. ad Colos. hom. 6. — Le Rituel de Sévère , patriarche d'Aatiocbe, porte que tous les membres seront oînts^ totumque corpus ungit ejus qui baptisatur. ( D. Martene, de antîq, ritibus^ f. i /». 121.) Dom de Vert nous apprend à ce sujet que, dans plusieurs églises , on frottait de savon le corps du nouveau baptisé , parce que cette substance est un méladg-c de matières huileuses dont Teffet répondait à celui de Toaiption. Le prêtre prononçait en même temps la prière suivante , tirée d'un Collectaire m. s. de Pabbaje de Saint- Cjprien j de Poitiers : « Dieu tout-puissant , sanctifiez et bé- • nissez ce savon , dont vous avez voulu qu'on se servit pour » purifier le corps de Thomme au sortir des eaux du bap- » tême , etc. • ( Explical. des Cérém,y i, i yp- 386.)

• Cathéchèse, 2. Mystag. — Chardon , Hist. des Sacremens j t, i , p. i44« L'onction pleine ne pouvait s'administrer que sur des corps nus de la tête aux pieds. On rapporte, d'après Jean Moschus , abbé du septième siècle , qu'un prêtre demanda la permission de ne plus baptiser , parce qu'il éprouvait des tentations dangereuses quand il administrait l'onction à certaines femmes. Qaafies quasdam mulieres inungeret,,scandalisabatur.C^estj ajoute- t-on, cette circonstance (et plus encore peut-être l'altération toujours croissante des mœurs du

2â CEREMONIES DV SACRE.

peranctu Le même usage existerait escore dans TEglise grecque, suivant cette rubrique de TEucologe : Uncto veto corpore , baptisât eum sacerdos , erectum tenens^ et ad ortum solis respicientem. Il est à i*emarquer, enfin, que les chrétiens du Levant, notamment les Cophtes et les Grecs , ont conservé dans la composition du saint chrême tous les élémens de Tantique baume égyptien , et les mixtions des parfums affectées aux usages civils et religieux des Gentils *.

Ainsi Tusage du baume et de Thuile parfumée , dans les cérémonies de la religion , tire son prin^ cipe de la plus haute antiquité.

premier âge ) qui a porté l'Egalise à ne plas admettre que l'onction partielle, telle qu'on la pratique aujourd'hui.' (Vo'^. Théop. Raynaud , <fé io3r. freq, mulier. per sncr. kom., €. 8.)

* La manière de le préparer a fourni le sujet d'un traité volumineux dont parlent le patriarche Gabriel et Abulbircat^ citéâ par Dom Chardon {u5i sup., t. i ,p. 439). Outre l'huile et le suc de diverses fleurs, les Grecs y font entrer la cannelle^ l'ambre , le girofle , l'aloès ^ la muscade, le spina-nardi, la rose rouge d'Irak et beaucoup d*autres drogues qui ne sont pa4 spécifiées. Le même auteur ajoute que l'Eucologe des Grecs indique jusqu'à quarante espèces d'aromates et de parfémn dont les évéques de cette communion font la base du saint chrême. L'Eglise latine n'emploie plus que du baume pur. U n'y a que les missionnaires des pays où l'on ne peut fte procurer cet aromate, à qui lesc&nons permettent d'y àUbâtîtiier d'autres parfums. ( Dom de Vert , Cérém, , e, i. )

INTiODUGTIOK. 23

LWction saÎBte s^appK^e prihoîpuiement « ^ consécration des prêtres , des évéques et des pon* tifes; à Pasâistance spirituelle et temporelle des malades; à la régénération du chrétien par le baptême; à Feffusion des grâces célestes dans la confirmation^ Ces divers rites n^ont pas tous été institués dans le même temps et ayec le même caractère d^eflieacité ou d^obligation^ Il en est même qui ne furent consacrés que par la force de la cou* tome : telle est Ponction du baptême.

L^essence de ce sacrement n^a jamais consisté que dans la purification par Teau, soit qu^on Padministrât selon le mode ancien de Pimmersion, ou par la simple aspersion, qu^on y substitua vers le neuvième siècle *. L^objet spirituel du baptême est , en eflFet , de régénérer Phomme moral , de le purger de la tache originelle que lui imprime la qualité d^enfant d^Adam. Cest dans cet esprit que Jean baptisait, et que Phomme-Dieu, humaine*^ ment chargé de nos souillures héréditaires , entendit se purifier lui-même dans les eaux du Jourdain. En un mot le baptême n^est qu^un bain spi*-

' Le mot baptême , tiré du grec , ne signifie rien autre chose que plonger, laver, purifier , déterger. Le chapitre du Rituel d'Alet , qui a pour titre : De la matière et de la forme du sacrement de baptême , ne parle que de Veau ; il n'e^t questiop d'AaiZg. que dans l'explication des rites et cérémonies. (Rit. d'Alet , p. 1 5 et 34- — in-12. )

a4 CBREMONIBS DU SACRE.

ivtuel '. Comme les anciens avaient coutume , au sortir du bain, de se frotter d^huile balsamique ou d^onguens plus ou moins précieux * , les premiers chrétiens , toujours guidés par la ménie analogie, ajoutèrent au bain du baptême, Fonction de rhuilesainte'et du chrême parfumé, pour compléter le système- de la purification morale selon Tordre des choses ph^^siques , qu^on avait pris originairement pour règle. G^est ce quMndique assez clairement TertùUien îdans le passage suivant: « ApKes êtr.e. soi;tis du^}>^iu.;$acré, nous sommes » ointS'de Thuile sainie;..^;);<lt;bien que cette onc- M tion ne paraisse affecter .q«ie le corps, elle pro-

» duit son effet sur Famé quîelle purifie ' »

Quoi qu^ ;en soit, PondltîOH du baptême s^est établie par un usi^Lge; indépendant des obligations canoniques qui Font' ^ivje. .JPrimœ 1res unctiones introductœ santpotiuSiU^quàmper aliquam scripturanij ditsaintAugu^int.Surqupi les docteurs de

* Rex sacér' eèce • toi mdiat pars magpa trophaei ,

Cuai purai ahîmas sacra lavàcra beânt,' Candides- ê^^CHlitar -nitidis ezércitus a niiis;',! i>:. . Âtque yetut- vitiam purgàt in amne tio.vo«

. (FORTUMAT. )

* • if « Ungorjolivo '. , ' .'.,;:•.. 1» Ast ubi me fessum sol acrior ire lavatum ' . . ; , . 9- Admooiiit. »

(HoRAT., Satyr. 6, /. i.) ' Test, de bapt, , c, jetB.

4 Dise, Ecclésiast, — Voy. aussi le TYaM des Céf^moniès anciennes j p. iS.

nÊglise font cette réflexion ^ que h Peau bénite, » emblème de TEsprit-Saint , suffirait seule pour » compléter le sacrement du baptême; mais que » les pères ont voulu , pour Fentière satisfaction j» des chrétiens, ajouter aux formes ^qui consti- » tuent la vertu spéciale de cet acte , celles qui H paraissaient les plus propres à la sanctification ' . » D^où ii suit que Fonction n'entre pour rien dans Fessenceou la vertu efficace du baptême; qu'eUe n'a pas été comprise .dans Finstitiition primitive de ce sacrement^' et. qu'il:. y aurait^ même une sorte d'hérésie<ià croiré.que'Jé baptême serait nul ou infructueux sans Fonction jdu chrême. TeL , est aussi le sentiment 'des théologiens les plus, orthodoxes *. •

Or, une pratique qgii n'^ jûen d'essentiel selon l'Église, et qui ne tjre $an i^iàfl^ence que de Fusage, ne saurait être ïéputée d'institution divine '.

Si nous reconnaissous maintenant que le sacre

» « In baptismatis sacramcnto ; née acqua 'Aitie spiritu , nec

• spiritns est sine aquâ..././I^cct*îgîtdr'i5piciltt»'ét' rfqfua -ad » baptiami et con^ecrationis* Scele^i». pepfecttMéth'tfkiActf^

• rent^etc » (Dur. a^t yiip. j-/.^!*, c.7.-)' • . • •.;*•, .

* Voj. Tbiers , Traité des superstitions relatives aux sa-

cremens ^ t. II.

' Aussi ne voyons-nous poiût que l'apôtre Pbilippe ait eàtplojé rbaîle dans le baptême administré à l'eunuque étbiopien dont il reçut la profession de foi sur la route de Gaza.

• Et descenderunt uterque in aquam ^ Pbi|ippus et eunuchus,

• et baptisavil «um. » ( Act, Apost. , c. 8 , ii. Sg. )

26 CERÉJIOmSS DU SACRE.

des rois de France ne fut qu^une suite immédiate du même usage; qu^ ne participadt originaire^ ment que de Pesprit et des formes symboliques de Fonction baptismale , sans aucun rapport théocra^ tique ou direct avec ce qui s^est pratiqué chez les Israélites ^ il nous sera suffisamment démontré que Samuel n^en est pas Pinventeur ; que cette céré* monie ne suppose aucun acte de servitude ou de soumission temporelle envers le chef de PEglise ; qu^elle ne serait même pas de droit apostolique ou divin, puisqu'elle émanerait d'une simple cou^ tume dont la racine, quoique proibnde, ne touche .point le dogme.

l^aminons les faits.

Nous ne chercherons point à vérifier si Clovis a été baptisé dans la solennité à laquelle présida saint Rémi. Cest un fait dont personne ne doute. Clovis reçut «n même temps le baptême et la confirmation, suivant Pusage et les rites de son siècle '. Les plus anciens historiens sont d'accord sur cette circonstance; elle est^ d'ailleurs, du nombre des choses qui se présument , sauf la preuve contraire , et cette preuve n'existe point.

La question est dans le sacre. Il s'agit de savoir si Fonction administrée à Clovis avait le caractère

* Cet u«A|pe , fondé sar TexempLe de$ apôtres et rec«m-^ mandé par divers pontifes , dura jusqu'au neuvième siècle , mais non pas avec le caractère d*une rigoureuse obligation.

INTRODUGTiOU. ^7

de rinanguratioa ; si ce ptiDce-. a été oint comme Toi ou comme chrétien.

Tout annonce que le sacre de Clovis, comme- roi^ est un fait supposé qui n^aurait d^autre fondement que le miracle de la sainte ampoule. Ces deux circonstances se prêtent un appui mutuel , de teHc sorte qu^on ne peut toucher au miracle sans écarter le sacre qui Taurait motivé. Et^ en effet y si nous supposons que Tapporition de la sainte am-r poule est un £siit douteux , proposition qui sera développée en son lieu % il ne nous restera plus de raisons pour admettre nécessairement le sacre de Qovis^ et la réflexion nous en fournira plus qu^il nVn faut pour le rejeter.

Nous remarquerons d^abord que les auteurs des deux derniers siècles qui ont écrit notre histoire g^énérale avec quelque discernement , n^ont vu , dans Tacte de la conversion deClovis, qu^une cérémonie sacramentelle qui fil d^un roi idolâtre un monarque chrétien ; que , parmi ces historiens , les uns, tels que Fauchet, ont formellement rejeté Topinion du sacre ', et que les autres se sonX abstenus d^en parler , comme si la négative eût été au-dessus de toute contradiction. Jean' de Serres ', Mézerai, Le Gendre, le président Hé-

* Yoj. ie chap. de la Sainte Ampoule.

» Àmti^. gauL ei frùnç. , p. ^09 ; ift*4'*.

' Inwent. général de Vhist, de France , resm et horr., p. 47-

38 CEREMONIBS BU SACRE.

nâult sont du oombre de ces derniers. Paul Emile, dans un siècle où les historiens montraient plus de crédulité que de critique , n^a parlé que de Tinitiation au baptême / ab hoc ( Remigio ) Frand sacro la^acro initiati sunt \ Les histoires générales du même temps , telles que celles de Gaguin , et les chroniques plus anciennes où il est fait men~ tion du prétendu^ sacre- de Clovis , ne font que rappeler dans les mémes^ termes ce que Hîncmar et le moine Aimoin avaient rapporté de la sainte am* poule , et nous verrons plus bas pourquoi ces écrits ne seraient d^aucun poids dans la balance des assertions ou même du silence contraires '. Le seul témoignage qui puisse nous arrêter , parce

* De reh. gestis Franc, , 1. i , f" 4^ 6. Vascosan.

* On remarquera , d'ailleurs , que les circonstances principales du récit d^Hincmar se lient bien plus naturellement à l'idée du baptême qu*à celle du sacre , et que Tinterprétation , dans le sens du baptême , a bien plus de force que l'autre. « Cum verb ( inquit Hincmanis) pervenissent ad » baptisterium , clericus qui chnsma deferebat , à populo est » interceptus , ut Siàfonfem venire nequiret. Sanctificato au- » tem fonte, natu divine chrisma defecit, etc.... Itaque crante » sancto Remigio , ecce subitb columba nive candidior attu- » lit in rostro ampullam chrismate sancto repîetam , de guo » chrismate fundit 'venerandus epistopus in fontem sacra-

• twn Baptisatus est trinâ mersione et susceptus ab

» ipso ponti6ce de sacro fonte , perunctus est sacro cbns-

• mate , cum signo saneto crucis Domini nostri Jesu-Christi. » ( Hinc. m Sur. )

1NTR0I>UCTI0I<Î. 39

qu^il articule positivement le fait, parce qu^il émanerait de Tagent même du fait , c^est le testament de saint Rejui. f/S^is Tauthenticité de cette pièce n^est pas à Tabri de toute contestation , et Ton sent que Fintérét de PÉg^Mse n^a pas peu influé sur le jugement qu^en a porté un savant religieux \ On aurait d'^aiUeurs à opposer au testament de saint Rémi 9 le texte de Grégoire de Tours, qui connaissait la vie de ce saint , et qui , rapportant les circonstances caractéristiques de la solennité royale, ne dît pas un mot d^où Ton puisse inférer' qu'il y fût question de toute autre chose que du baptême et de la confirmation de Clovis.

Saint Rémi fait préparer un lavoir suivant le mode de l'immersion. Le baptistère est disposé et muni de baume par son ordre. LVglise est tapissée de courtine& blanches ; c'est la couleur des catéchumènes, et la décoration propre à la cérémonie du baptême. "Nouveau Constantin, Clovis se présente au bain sacré pour j laver sa vieille lèpre et se purifier dans la source de vie. Là , confessant un Dieu en trois personnes ,,il est baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit : il reçoit enfin Fonction du chrême ( c'est-à-dire , le complément du baptême et la confirmation), et plus de trois mille Français participent aux

* D. Mabillon , de re dipiom. -^ Nous reviendrons sur cette question ; voyez cbap. de la Sain fe Ampoule,

3e CBRÉafONIBS DU 8ACR£.

mêmes sacremens dans la même cerënonie \ Tel est, en substance, le récit de Grégoire de Touis. Le lavoir, les tentures blanches et la qualification constante de Pacte par les mots btxptis^ mus et baptisarej indiquent assez positivement Tob* jet exclusif de cette solennité. Il nVst pas une circonstance qui ne caractérise le baptême, pas un mot qui puisse faire supposer le sacre. Et un fait non moins digne de remarque, c^est que le petit sceau de saint Rémi est, en cela, dVccord avec le 5ens littéral du texte de Grégoire. Il représente une main ouverte pour recevoir Tampoule , avec

* « Jussit /acacrum prœparari Plateas ecclesi» cortinis

• alhentibus adoniantur ; ùaptisierium componitur ; balsama

0 diffiindantur Procedit novus Conslanlinus ad lavacrum

» deleturus leprx veteris morbum , sordentesque maculas ges-

• torum antiquorum recenti latice deletunjs • Içitur rex

m omnipotentem Deum in trinitate confessus , baptisalus est m in nomine patris et filii et spiritûs sanèti. Delibitusque

• sacro ehrismate eum signaculo cracis Cbnsti, efb] •

(Gregor. Turon., Hist. , L IL)

Si des critiques, tels que Tabbé de Marolles, ont cm trouver un indice de sacre dans le mot chrisma , employé, par le saint évéque , nous répondrons qa'il faudrait plutôt en tirer une conséquence contraire. L'application du chrême , chrisma , au sacre des rois a toujours été opposée aux doctrines de rÉglise romaine, qui n'admet pour cette cérémonie que Thuile des catéchumènes , et aux prétentions des papes , qui s'attribuent le droit exclusif de recevoir Tonction du chrême comme souverains pontifes, û/ ostendaiur quanta su ttifieren-fia inter authoritatem pôntificis et prina'pis pôtestaiem, (/îa-

INTRODUCriOTf. 3l

cette légende : Régis Franciœ beptùmus '.On ne voit pas ensuite dans queUes vues Clovis se serait fait sacrer. On ne concevrait pas non plus que saint Rémi eût , de son propre mouvement , improvisé, ce sacre , comme le roi , cédant à la grâce , avait consommé sa conversion.

L^Ëurope n'offrait alors aucun exemple de princes civilisés ou barbares inaugurés par Fonction. Un roi des Goths, mort en 672, fut le premier dont rhuile sainte, consacra le pouvoir '• Quatorze siècles s'étaient écoules depuis que ce rite avait été pratiqué dans un coin de la terre , sur le chef dHine nation isolée, au nom d'un Dieu que laFrance eonna^sait À peine, et qui n'était point encore le sien '. Saint Rémi était trop sage pour se substituer à la mission des prophètes, sans consulter

/l'on. o^. /. I y c. 8.) Aussi la plupart des princes de FEurope ne sont-ils oints que d'Huile bénite; et c'est par un privilège particulier que les rois de France ont pu être sacrés dans la suite avec un mélange de chrême et du baume de la sainte ampoule. Le chrisma dont parle Grégoire de Tours n*est autre cbose que le cbrème de la confirmation , que aaint Sylvestre , pape du quatrième siècle , permit d'eraplojer à la dernière onction du baptême , et dont saint Rémi n'eût , sans doute 9 pas fait un usage contraire aux maximes de son Église.'

* Mari. , Théât, d'Hun.

' Le roi Vamba , successeur de Resesuinde , prince des Gotbs établis eiT Espagne.

' Yoy. le ckap. des Entrées des rois.

3l2 CEREMONIES DU SACRE.

rÉglise dont il dépendait. Il n^aurait pas entrepris cet acte d^autoritë suprême sur un monarque aussi redoutable, sans le préparer à s^ soumettre, sans lui en expliquer le principe et les conséquences , et, surtout, sans prendre Favis des grands et da peuple dont il eût envahi le pouvoir en le confirmant. Il nVxistait enfin , pour sacrer Clovis , aucun motif, ni de nécessité , puisque TÉglise nVvait jamais rien ^ ni d^utilité,

puisque ce p i sur le bou-

clier , suivan m ; ni d^inté—

rét public , p hrétienne ne

pouvait rien peuple ido-

lâtre , à la fo] consommé et

garanti par quinze ans de fidélité.

La raison et la saine critique s'^accorderont donc avec rhistoire sur ce point, que le prétendu sacre de Clovis ne pouvait être et ne fut en eflfet qu'Hun baptême.

Les fils de Clovis et leurs successeurs ont été inaugurés comme le premier roi chrétien , et bénis au même titre , par les ministres du nouveau culte. Ils n'ont point reçu d'onction aytre que celle des deux sacremens administrés à Clovis ; soit que, suivant Fancien usage de FÉglise , jils n'aient été baptisés qu'après un noviciat plus ou moins long, comme les catéchumènes, et le jour même de leur avènement au trône ; soit que leur intronisation ait été sanctifiée par quelque cérémonie chrétienne ,

INTRODUCTlOn. 33

et le renoaveUeinent de Ponction baptismale. Les cdDons ne permettaient point le renouvellement du baptême proprement dit, cVst-'à^-dire du bain sacré : mais Fonction notant pas essentielle au baptême , rien n^empêchait qu^on ne Fadministràt dans toutes les circonstances où les chrétiens éprouvaient un nouveau besoin de forces spirituelles» Cest ainsi que les rois de la première race ont pu la recevoir à Tezemple de Clovis, nonob^ant la préexistence de leur baptême. Cest dans le même esprit de religion que les adultes renouvellent en-* core les vœux du baptême , avant de participer pour la première fois au sacrement de rEucharistie. H est reconnu que' nos plus anciennes chroni-- {pies ne font aucune mention du sacre des rois de la première race. Celle dont Fautorité s^est^en quelque sorte , établie sur toutes les autres, FHistoire de Grégoire de Tours garde le plus absolu silence sur cette particularité. Vainement opposerait-on à ces preuves négatives la prétendue bulle du pape Hormisdas, qui aurait conféré aux évêques de Reims le droit exclusif de sacrer les successeurs de Clovis. L^opinion des gens instruits est fixée depuis long-temps sur la supposition manifeste de Fexistence de cet acte , qui ne se trouve rndle part, que personne n^a vu, et qui n^a jamais été cité que de tradition et de confiance. Le fait du sacre des rois mérovingiens est insoutenable. L^un des plus zéiés défenseurs de ces traditions

surannées, dom Marlot, juge et partie dans la cause de Péglise de Reims, confesse lui-même, « qu^il est fort en peine sur Fonction des succes- » seurs de Clovis , dVutant que les vieilles chro- » niques ne parlent que de baptême et d^éléva- » tion sur le pavois *. » Ajoutons que les auteurs de ces annales étaient presque tous des évêques ou des moines, et qu^on ne peut supposer qu^ils eussent gardé le silence sur une cérémonie aussi remarquable dont ils auraient été les ministres ou les témoins. Cette réflexion n^a sans doute pas échappé à nos historiens modernes , ni même à des écrivains déjà anciens, qui, sans être absolument exempts des erreurs propagées dans nos vieilles chroniques , se sont du moins garantis de celles qu^ils nY ont pas trouvées. Belleforest^ Faachet^ Du Tillet et leurs pareils^ n^ont jamais prétendu que les fils de Clovis eussent été sacrés à titre de rois.

Or Pépin, le premier de nos princes dont Finauguration soit désignée sous la qualification de sacre , fut élevé au trône et proclamé roi de la

* C'est en ce sens qu'il faut entendre les passages de quelques légendaires , où il est question de l'avènement du roi au trône , tels que le Childericum prœfecit in regcm de l'auleur de la Vie de saint Léger ^ cité par Gobet. Nos observations actuelles répondent aux assertions contraire de ce dernier. Voj. ses recbercbes imprimées avec la Description du Sacre de Louis XVI 9 p. i5 etpassim.

même manière que ses - prédécesseurs. « Pipinus }} secijinduTn morem Francoruni electus ad regem

n et unetus , etc ' m Voilà ce que disent les

auteurs contemporains , ce qu^ont répété les historiens des siècles suiyans. Cest parce que Phistoire rompt, pour la première fois, le silence sur la cérémonie chrétienne de Finauguration; cVst parce que Pinauguration de Pépin reçut un éclat particulier de Fintervention ^es pontifes et des événemens politiques qui Tavaient déterminée, qu^on sVst habitué à la considérer comme le premier exemple certain dâ sacre de nos rois. Mais il est facile de se convaincre que la consécration religieuse de Pépin nVtaiC qu^une répétition amplifiée de ce qui sVtait pratiqué avant lui , secundlim morem , et que le sacre n^avait point encore acquis Pimportance et le caractère spécial que nous j reconnaîtrons bientôt.

n est constant que Pépin fut élevé sur le bouclier selon Pusage ancien qui régnait encore dans toute sa force, et qui constituait, avec le consentement du peu|de, tout le pacte politique de Pinauguration. Il n^est pas moins évident que la particularité de Ponction n^avait rien alors qui fût censé ajouter un nouveau degré de puissance à ce pacte; rien qui pût la rattacher, dans son essence, à Pinaugu-

« * Annales de Fr^ de yii à 8i4. — Idem, de 708 à 808. — Voj, le chap, de V Élection,

ration thëocratiquè des Hébreux; rien qui différât absolument, dans sa forme, de Fonction purement chrétienne des princes mérovingiens. Cest Fautorité du titre et la puissance personnelle qui frayèrent au ma ire du palais le chemin du trô ne; c^est la pro tection des grands qui le fit roi ; c^est le consentement des Etats qui mit le dernier sceau àson élection. Il n^existe aucun formulaire connu qui explique le caractère de Fonction administrée à ce prince par FévêqueBoniface. On ne trouve dans les annales du temps aucune •expression qui puisse autoriser Fopinion du renouvellement du sacre Israélite dans la consécration de Pépin. Les noms de Samuel et de Saiil ne s^y lisent en aucun lieu. On y voir, au contraire, que le monarque élu fut oint de l'huile sainte à lapoi-^ trine^ au front et entre les deux épaules y c^est-à-dire de la même manière que les anciens catéchu-^ mènes * . Cette cérémonie ajoutée aux formes du pacte politique, ou de Finauguration mérovingienne, rappelle si exactement Fonction .baptismale, qu^à moins de preuves contraires, qu^on ne saurait fournir, nous serons toujours fondés à n^ reconnaître qa^un même principe , un même esprit et une même fin.

Ainsi Finauguration du chef de la race carlienne ne diffère pas essentiellement de celle des rois

> Suivant le manuscrit de la Tour de Londres. Voy. Dom Bévy y Hist. des Inaug. , p. 66.

INTRODUCTION. 3y

méroyiogiens. Elle ne sVn distingue que par le concours des pontifes aux evénemens qui Pont préparée ; et cVst parce que Phistoire ne dit rien des pactes précëdens que , rattachant ce1ui«-ci à la chaîne inférieure des inaugurations connues, on Ta généralement regardé comme le premier des actes qualifiés de Sacrb;

Ainsi Tinauguraftion de Pépin, cette solennité qu^on s'est habitué à considérer comme le prin-r cipe et le fondement du sacre , ne constituerait qu'un contrat politique béni par TEglise , suivant un usage des-^lor^ établi* dans FOrient ';ei Ponction sainte , un. rite commun à tous les fidèles , dont les niinistrés *de la religion avaient fait une application plus pàrtictdière et plus solennelle à

* Vers le cûkqiùème: sîèoleVl^^ emperéalrs grecs commencèreni à reteYoir labénédictum' de Févéque de Gonttaatinople, qui préndaît À-leur cottreftBemeiit:

Mstentetu bencdîsit aute ( Jastin) , coélique potentem E^oniii» Dovûonm « saero diademate jussit Aagustiim sancire capat , .summoque poronam .

ImpoDens capîte fjeliciter , etc *

{CotLiv,fioco cil.)

Alorff Si n'était aulleraent question du sacre. L'onetion des empereurs de Coastantinople ne parait dater que de la fin du Ineizième sièole. On aurait donc mal à propos fait dire à l'abbé de Longuerue (^Longueruana, p. 191) que le sacre dea rois de Fsance n'était qu'une imitation de celui des ein<r pereura d'Orient. Le savant abbé convient , an surplus , que le saere Ait inusité en France jusqu'à Pépin. {Ih. )

la cérémonie du couronnement, qui n^emportait aucune idée de servitude ou de dépendance temporelle envers FEglise , qui laissait agir dans toute sa plénitude , ou la force dû droit de naissance , ou le vœu spontané de la nation.

Nous en trouvons une nouvelle preuve dans le couronnement de Louis-le-Débonnaire , qui , sans la participation, de FEglise, et n^obéissant qu^à Fordre absolu de Charlemagne, prit la couronne que son père avait fait placer sur Fautel , et se la mit lui-même sur la tête en présence des Etats '.

On n^opposera pas à ce sentiment, ou plutôt

' « Tum jussit pater ut , propriis manibus , coron am qu« » erat super altare , elevaret , et capiti suo imponeret. • (Tbégan, Gestes de Louis'le-Débonn.^\ sur quoi Fauchet fait cette réflexion : « Est à noter y en cet acte si solennel y que » Cbarlemagne , déclarant son fils emperenry n'attend poùtt le » consentement de personne là^dessus , ni ne voulut qu'autre » que son fils touchât à la couronne impériale pour la mettre » sur son cbef ; cbose qui semble avoir été faite par cet em- » pereur sans mystère , et pour montrer qu*il ne tenait

» Tempire que de Dieu seul , etc » Cela est juste quant

à rÉglise , et rien n*est plus propre à démontrer Tindépendance temporelle de Tempereur ; mais Tobscrvation n*est pas exacte à Fégard de Taifrancliissement politique ou civiL II n^est pas vrai que Charles n'ait €Utendu le consentement de personne. Le même Tbégan dit positivement le contraire au commencement du même paragraphe. On y voit que , quelques jours avant la cérémonie dont il 6*agit y ^empereur assembla les grands du royaume y 6t leur demanda h tous , depuis le premier jusqu'au dernier y s'ils avaient pour agréable

INTRODUCTION. 3g

à ces faits, la part que Zacharie aurait eue à Tëlecti^n de Pépin, et Pacte par lequel Etienne III Paurait délie du serment de fidélité. Nous ne découvrons dans tout ceci qu^un eflTet de Pautorité propre au monarque et de Pascendant qu^il exerce lui-même sur des pontifes dévoués ou soumis. Zacharie n^a jamais prétendu s^immiscer dans la résolution politique des Etats de la France à Pégard du nouveau roi '. H n^a fait que céder àPimpulsion que Pépin avait donnée en le consultant ; s'il est vrai , toutefois , qu'on Pait consulté '.

qu'il déclarât son fils empereur. • Inierrogans omnes d maximo • usque ad minimum , si eis placuidset , etc. 9 L'examen ultérieur du droit d'élection fera sentir l'importance de cette rcmar<pie.

' C'est le sentiment de Gerson et de Bossuet. — Voy. le Bouclier de la France , 1690 , in-12 y et la Défense de la dé^ claradon du clergé de France , passim,

' Ce fait n'est pas rapporté par tous les historiens du temps. Les Annales Bertiniennes en font mention. Ga^in et plusieurs autres l'ont consigné dans leurs chroniques ; mais on a observé que des auteurs beaucoup plus anciens n'en disent rien. ( Voj. Consentement du peuple. ) Au reste , tous ceux qui en parlent sont d'accord sur ce point ^ que Pépin s'est borné à demander à Zacharie : Lequel méritait le plus de régner , de celui qui occupait le trdne sans remplir les devoirs de roi ^ ou de cet autre qui , supportant seul la charge du gouvernement , se dévouait tout entier à la gloire et à la prospérité de VEtat ? à quoi le pape aurait répondu en lîaycur du f roi de /ait: Ne perlurbaretur ordo , melius esse illum vocari regem qui potestatem haberet , quàm illum qui sine regali

CVst comme agent, et non comme puissance, qu^il a protégé ou procuré Pétévation de son allié. Pépin, de son côté , n^entendait pas reconnaître lii conférer au pape le droit de décider en pareille conjoncture» On ne va pas au-devant de la servitude par les voies de Tambition et de la gloire. Un chef puissant que ses entreprises personnelles avaient placé fort au-dessus de la fortune d^Etienne et de Zacharie , ne leur eût sans doute pas accordé au-*delà de ce qu^ils exigeaient dans une transaction aussi importante , et ils n^en exigeaient rien. La verge sacrée des pontifes ne sMtait pas encore abaissée sur ïa tête des rois. Le maire , porté au trône , en recherchant Tapprobation du Saint-Siège , a prouvé qu^il sentait le besoin de sVssurer le respect et la fidélité de la nation. Auraitil cru y parvenir en la dégradant aux yeux d^'ellemême ; en compromettant Tautorité de ceux qui faisaient son plus ferme appui, en brisant, pour ainsi dire , Tinstrument même de sa grandeur ? Eh ! comment concilierait-on cette supposition avec Fautorité que les rois exerçaient eux-mêmes sur le diefde FEglise? Non, Pépin n^entendit jamais se mettre à la discrétion de Zacharie. Qn ne sau-.

potes tate manebat. Or , on ne pourrait voir ici que la décision d'un cas de conscience politique. C'est la France et non l'Eglise qui déposa Cbildériç , diaprés cette réponse que Pépin avait sans doute dictée.

raît lui prêter de pareilles vues; et lors même que sa politique ou sa faiblesse les lui aurait suggérées, la nation nVn eût pas souffert raecomplissement» Cette vérité va se montrer dans tout son jour.

<2e n'est que sous les successeurs de Pépin j et lorsque les solennités pompeuses du christianisme eurent complètement remplacé Pappareil plus simple de Tantique inauguration mérovingienne, que le sacre revêtit le caractère qui lui est propre^ en tant que sacre , et qu'on s'accoutuma peu à peu à voir dans Ponction un élément nécessaire de cette cérémonie. Tel devait être l'effet du changement des fonnes dans un siècle de la plus profonde ignorance ; chez un peuple qui ne jugeait des choses que par les pratiques extérieures ; sous l'influence d'un pouvoir qui, maître des consciences , commandait à l'opinion , et qui , substituant ses doctrines humaines à des traditions déjà altérées, prétendit enfin définir la nature du pacte politique par les formes nouvelles dont il l'avait environnée.

L'action des pontifes, jusqu'au huitième siècle, sVtait renfermée dans les bornes d'une autorité et d'un zèle purement apostoliques. Loin de se prétendre le droit de disposer des couronnes, ils reconnaissaient eux-mêmes une suprématie temporelle. Depuis la conversion de Constantin, les évéques de Rome ne pouvaient être éhis que du consentement de rempereur , et en présence de

ses députés, canonico ritu \ Ils étaient même tenus d^offrir au prince vingt livres d^or à titre d^hommage ou comme droit d^intronisation , et cet acte de dépendance temporelle formait une des conditions nécessaires de leur sacre , quUl devait |^récéder \ Cétait le denier de César. Les papes continuèrent de le payer aux empereurs d^Orient tant qu^ils demeurèrent soumis à leur autorité pu qu^ils ne virent plus dans Fobéissance qu^un moyen d^arriver au commandement. Malgré le succès de leurs premières entreprises, trop faibles encore pour s^élever sans appui, ils ne s^aflFranchirent de leur obligation envers leurs souverains légitimes que pour la rétablir sous un nouveau maître. Dans un concile tenu à Rome en 774 , Adrien I" reconnut à Charlemagne le droit exclusif dVlire le chef de TEglise et de disposer du saint siège toutes les fois qu^il viendrait à vaquer ^. Il faut entendre par-là que Télection du pape était subordonnée au vœu ou à Tagrément du monarque français *. Alors le front des successeurs de saint

* Suivant Texpression employée dans le Sjnode de Raven* nés. — Vid. Sigonius et Papjre Masson*

* Traité de l'orig. des Cardinaux j^. a4* (Colog. , i665, in-ia. )

' Nicol. Gilles, Annal, de Fr. — Muratori, Droits del'emp, sur l'Etat ecclésiast, — Mabillon , etc

^ a Quoique Charlemaj^e ni Louis son .fils n'aient jamais » exercé ce droit dans toute son étendue y en nommant et

INTRODUCTlOUr. 4^

' Pierre n^avait pas ceint le triple diadème. Il nV<tait pas même décoré d^une simple couronne', et les pontifes ne dataient ordinairement leurs balles que du règne de Tempereur , sans rappeler Tannée de leur pontificat '. Ces règles ayant été enfreintes ', Lothaire envoya son propre fils à Rome , quelque temps après Télection de Serge II, pour faire savoir qu^on ne devait plus doréna*

» créant le pontife toutes les fois que le siège vînt à vaquer , » ils se réservèrent néanmoins celui d'approuver et de confir- » mer la personne que les prêtres et le peuple avaient élevée » à cette haute dignité , et sa consécration n'avait aucune » validité qu'autant qu'elle était faite en présence des am- 9 bassadeurs de l'empereur. » ( Mosbeim , Hist, ecciés. , siècle FUI , part, IL)

* On a fait remonter l'institution du couronnement pontifical au temps de Clovis j et même h la conversion de Constantin ; mais ces diverses opinions ne sont rien moins que fondées, daconius , qui parait avoir compulsé tous les registres du Vatican j n'a pas trouvé de traces de couronnement plus ancien que celui de Damase II , et cette cérémonie n'eut lieu qu'en io48. ( Voj. le TraiV^ de Vorig. des Cardinaux y p. 44 etpassim, )

* Papjre Masson rapporte une de ces bulles ainsi datée : « Kal. Jan. per manus Anastasii'primi scrinarii anno I im- » perii serenissimi imperatoris Augusti(Carolus*Calvus) et » per consulatum ejus ann. I indict. octava. »

' Etienne V et Pascbal I*' son successeur ne s'j étaient pas conformés. — Pascbal en/it des excuses à Louis-le-Débonnaire qui les reçut et confirma le pape dans sa dignité. ( Pfeffel , Hist. d*All.;an8i7. )

vant ordonner de pape sans le commandement de Fempereur '. Jean X renouvela depuis Tan^ tienne coutume de ne consacrer les pontifes qu'yen présence des députés du prince. Il parait même que le vœu des peuples et la tranquillité des élections réclamaient impérieusement cette mesure ' ^ ce qui prouverait que Topinion publique notait rien moins que favorable à la tendance politique de PEglise romaine.

Tel était Tordre de choses qui caractérisait Pascendant et la prééminence du pouvoir temporel pendant les neuf premiers siècles ; telle fut Pespèce de joug que les pontifes eurent d'abord à secouer avant de se mettre eux-mêmes au-dessus de toute domination humaine.

Tant que Charlemagne vécut, ils n'osèrent rien entreprendre contre ce colosse de puissance ; mais

• jinnales Bevtin. , an 844* — Rec» de Cousin , Hist. de l*emp, d'Occident , t, i , /?. 4o8. Ce n'est , selon Mariana , que depuis le concile de Latran , tenu en 1060 , sous Nicolas II , qu'il a pu être régulièrement procédé â l'élection des papes parle suffrage du haut clergé et du peuple romain , sans Tordre exprès de leurs anciens maîtres.

^ On.en peut juger par leis termes du Sjnode qui la rétablit : « Quia sancta romana Ecclesia , moriente pontifice , multas » patitur violentias , quod inseienfe imp^rafore autlegatis ejus » absenlibusy pontifes consecretur, neque, canonico ritUj 9 miisi ab imperatore intersint nuntii qui vim et scandala in • cjos consecratione prohibeant, volumus ut, etc.... » (^Apud Papyr, Masso , in vitâ Leonis IX. )

Us rarent habilement profiter des plus généreuses dispositions pour jeter les fondemens d^un nouvel empire ' . L^apparîtion des fausses décrétales qui établissaient la suprématie du pape sur les évéques^ derint le signal du déplacement des pouvoirs et de renvahissement , par un seul , des droits de tous '« Ce que Baronius attribue à Grégoire II , nous le dirons, au moins, de son successefur'^dont la conduite laisse peu de doute à éclaircir. Grégoire III donna Vexemple d^une grande hardiesse, soit en s^appropriant Texarcat de Ravi^nne, soit en offrant à Charles Martel de lui conférer lé^eonsùlat de Rome, après s^étre soustraitàl^ittoiritéde Léon K

* Yoj. les réfl. de PoqL de Lâar, p- 7^*

' Recueil de lettres fabriquëes^sons le nom «Tlsidope Her^ cator ou Pesoator , et faussencnr attribuées' aut ^pes des quatre preiniers*siècles, depms saiiit CUmenf ju:«qu*à Sirice. L'archevêque Rîculphe les:bolporta V dk-oli ■,- d'Espagne en France , sous le recède Lèiris^U-Dé^tmiiairé. «hisqUe-U personne n'en avait entendu «parllfrp-; U ^n- fut questien , pour la première fois, dans un eataôft ^u co>i<frflé d*«Aîx*, tenu en 836.

' Nous supposons, d*après'lê sentime'nt^-ËoÂstiet et Tauto* rite des auteurs latins, qj»e' Gl^divé If «'a pa» déposé Léon risaurien, quoique Barojahte'adirteUé le- fait «en s'appujant du témoignage iasYiisinti^nê'fpecÉj Cette question , que néuë ne chercieroas. pmnt à éclâîïcir , ' est • devenue en quelque sorte une affaire de parti/ Sfains -ttôp s'occuper .de la vérité j on s'est attaché à soutenir ou k réfuter Baronius , suivant rintérèt qu'on avait à blâmer ou à justifier, à combattre ou à défendre les personnes et Itê choses. Ainsi , les catholiques

46 GÉRÉMONIBS DU SACRE.

Peut-être Pépin n^a-t-il pas assez apprécié' les suites que pourrait avoir sa démarche près de Zacharie, dans un siècle où les pontifes manifestaient de pareilles dispositions. Les desseins de Grégoire et la révolte de ritâlie contre un prince excommunié auraient dû Téclairer sur les dangers de sa consultation. Cétâit encourager une ambition naissante et justifier son accroissement futur en légitimant ses premiers essais. Rome à qui rien nV'chappait de tout ce qui pouvait favoriser ses vues , se prévalut de la déférence de Pépin, comme elle sVtait autorisée des entreprises de Grégoire ; et y après avoir rompu les liens de son antique dé-

français repoussent l'entreprise de Grégoire II comme un fait controuvé. ( Vid. Defens, déclaration, cleri galL , part . I , 1. VI , c. ia , p. «97.) Les protestans , au contraire , trouvent bon de radmett];e hi la charge des papes. ( Voj. Mosbeim , Hist, Eccles, ^ t. a , sect. 8, p. 1 1. ) Bellarmin soutient la même opinion , mais dans un esprit opposé , et pour appuyer le droit sur le fait. Enfin les ennemis de toutes sectes et de toute religion se prévalent aussi du même fait , mais pour ajouter à Tamertume de leur satire , et au mépris des principes qu'ils veulent renverser. ( Vid. Monarchia unwersale de papi, Roma ,'1789. ) Les premiers chapitres à!Orsi contiennent une critique aussi sage que lumineuse des deux opinions antagonistes. C'est peut-être ce qu'on a écrit de plus modéré et de plus vrai sur les faits attribués à Grégoire II et à son successeur. ( Délia origine del Dominio , e délia soi^ranità dei romani Pontifici, Roma , 1754*) Voy. aussi le P. Ruinart , préf. de Grég. de Tours.

INTRODUCTION. fyj

pendance envers les rois , il ne lui restait plus qu^à tenter de régner sur eux.

Le cérémonial du sacre composé ou amplifié dans ces conjonctures , ne pouvait demeurer étranger à Tesprit qui les dominait. Ce nVtait pas nne chose indifférente pour TEglise que de déterminer la nature et le principe de son intervention dans une solennité aussi grave , dans un acte qui liait le prince et le sujet par des sermens que Rome plaçait au-dessous de sa puissance. Il appartenait à Pautorité ecclésiastique de régler , jusqu^à un certain point, la formule des prières et les détails purement liturgiques de la cérémonie. Il s'agissait d'une consécration parThuile et le baume. Il existait entre cette pratique et le sacre israélite, un rapport matériel et de fait qu'on ne pouvait contester , parce que l'évidence de fait ne se conteste pas. Les ministres de Tautel s'en prévalurent pour caractériser le nouveau cérémonial selon leurs idées d'analogie et une impulsion supérieure, que des évêques français ont pu seconder , de bonne foi , sans en prévoir les conséquences. Ce fut alors qu'essayant de convertir une forme en principe , l'Église introduisit dans le rituel les noms de 5amuel^ de Saul^ de SadoCp et qu'on y interpola successivement les oraisons <c Chrisieperungehunc regem: » — Deus electorumfortitudOj » et l'antienne « Vaxe- » tant Salomonem Sadoch sacerdos \ »

* Voj. le texte de ces prières dans lé cérémonial d'Alletz ,

4o CEREMONIES DU SACRE,

Le pape Etienne V avait préludé à ces amplifi-^ cations en saluant Louis-le-Débonnaire du titre de

(1775 , in-8* ). Je dis qu'elles n'appartiennent point à l'ordre primitif du sacre , et ce n'est pas ici une supposition gratuite , ni même une simple conjecture : tout annonce qu'elles ont été ajoutées après coup. Des hommes qui n'ont travaillé que dans l'intérêt et pour la plus g;rande gloire de rËglise , des ministres de la religion n'ont pas fait difficulté de signaler cette partie du cérémonial comme l'objet d'une interpolation abusive. Dom de Vert cite à ce sujet un fait curieux ; c'est une ancienne rubrique où le membre de phrase , undé unxisti sacerdoles , reges , etc, ^ se trouve si maladroitement lié à l'oraison : Oleo gratiœ spiritâs sancii perunge j qu'il n'arrive qu'après une énorme parenthèse indiquant d'autres actes ; ce qui prouve assez clairement que l'oraison primitive finissait là où commencent ces actes*. Nous remarquerons, au surplus, que les formules où l'on rappelle l'acte de Samuel n'étaient pas exclusivement appliquées au sacre des rois et des évêques ; on en faisait usage dans beaucoup d'autres circonstances étrangères k toute idée de souveraineté temporelle. On les employait dans l'onction des catéchumènes, considérés , d'après une maxime de saint Pierre , comme spirituellement unis au sacerdoce et a la royauté de Jésns-Christ". On les prononçait sur la tête des enfans présentés au baptême , suivant cette rubrique tirée d'un ancien sacramentaire : Ungis eum de oleo sanctificato , dicens ;

« Ungo te de oleo sanctificato , sicut unzit Samuhel David • in regem et prophetam ***.

* ExpUc. des cérém. de VÉgL ,u I , p. \'j\.

'** Saint Pierre définissait les chrétiens , une nation ckoieie , un peuple saint composé de prêtres et de rois.

*** Apud Mabil., Mus, ital.; vel D. Marten., de antiquis Ritibus jEccL, t. 1, p. 169. /fi-4*.

INTRODUCTION. /|û

second Dai^id *• n Benedictus sit Dominas Deus M noster qui trihuit oculis nostris secundum David » regemtÀdere^. »

Hincmar, archevêque de Reims, avait; depuis élargi la voie frayée par Etienne , en articulant , pour la première fois , les paroles sacramenteUes : UngcU te in regni regimine oleo graticé spiritûs sandi suij unde unxitSacerdotes, Reges^ Prophetas

Ainsi les noms de Samuel , David et Sadoch , introduits dans les orabons du sacre , pourraient n'avoir là, comme en lent autre çndroit du Rituel , qu'un sens mystique et une application commune à Fonction de tous les chrétiens : ainsi l'acte spécial du sacre n'a pu être caractérisé par ces formules puisqu'elles sont également propres à des actes généraux d'une autre nature.

• Cette qualification n'a rien de téméraire, et Ton pourrait n'y voir qu'une simple figure de langage ; mais elle ouvrit la carrière aux interprétations. Les maximes les plus innocentes devinrent bientôt un glaive à deux trancLans. On profana les textes par le scandale des commentaires ; et l'on finit par outrager Dieu lui-même , en le rendant complice de Tabus et de la mauvaise foi. C'est ain&i qu'Agobard , archevêque de Ljon , trouva le moyen de justifier la révolte des fils de Louis-le-Débonnaire , par des passages de l'Écriture dont il avait forcé le sens et corrompu l'esprit par les plus étranges interprétations.

» Etienne V sacra Louis-le-Débonnaire à Reims. Ce prince vint au-devant de lui et se prosterna à ses pieds. C'est en le relevant que le pontife prononça les paroles citées.' (Thégan Vie de Louis'U'Débonnaire , an 816 ^ § XFI.)

50 CÉRÉMONIES DU 8ÀCRE.

et Martyres *. Ces principes posés, le Rituel s'accrut de nouvelles formules empreintes du même esprit ; et l^on conçoit que FEglise , arbitre intéressée , ait achevé de le modeler sur les textes de FEcriture les plus favorables à ses opinions.

Protégée par les agitations de la seconde race et les circonstances difficiles où se trouvèrent quelques-uns de nos princes , Rome ne manqua pas de faire valoir les titres étranges qu'elle s'était, pour ainsi dire, constitués elle-même. Alors les papes n'hésitèrent plus à se déclarer hautement les organes de la volonté de Dieu dans la consécration dçs rois. Tout en respectant même le vœu de la nation et le droit personnel du monarque, ils prétendirent du moins confirmer l'un et l'autre, comme Samuel fut censé confirmer le choix d'Israël dans la personne de Saûl '. Alors, se subrogeant au pouvoir des prophètes, les pontifes se firent représenter au sacre , soit par des légats spécialement chargés de cette mission ' , soit en désignant un substitut

• Consecratto Caroli-CahL — Capît. , an. 869.

' On sait que Samuel fil procéder à Télection de Saûl par le sort y et que cette mesure , toute de forme , puisqu'elle ne pouvait changer le choix de Dieu déjà fixé y précéda là proclamation du roi par le peuple d'Israël. ( Lia, Reg. J j c. 10) 30 ei%i.

' Tds que ceux qui assistèrent au sacre de Philippe I*'. — . Voy. ce qu*en rapporte Dom Bfevy , Hùi ties inaug, , p. 76.

INTRODUCTION. 5i

avec le titre de vicaîre-général du Saint-Siëge *. Alors on vit se fortifier et sVtendre ces doctrines uhramontaines sur Fimportance de Fonction, sur la nécessité du concours de FÉglise à Finauguration royale 9 sur le droit de confirmer, dont Rome faisait naturellement découler le droit de rompre ou de défendre. Vainement lui opposait-K)n la maxime que les rois de France ne tiennent leur sceptre que de Dieu. Cette idée nVtait pas absolument inconciliable avec ses prétentions; et peutêtre les défenseurs de nos libertés n^ont-ils pas senti <|u^elle justifiait jusqu'^à un certain point le vicaire de Dieu sur la terre, dans la connaissance qu^il

* Les archevêques de Reims se prétendaient en possession de ce titre et des privilèges exclusifs qu^j avaient attachés plusieurs bulles portant défense à tous autres prélats de sacrer nos rois y ou de leur imposer la première couronne. Outre les concessions supposées d*Hormisdas et de Victor , dont on n'a jamais Hait un moyen sérieux , les successeurs de saint Rémi s'appuient encore des dispositions suivantes :

« Alexander episcopus Statuimus ut nemini y nisi

• Remensi archiepiscopo , liceat regem Francorum inungere,

• aut ei primam coronam imponere ^ sicut antiquâ cousuem tudine faerat obtentum. »

■ Innooentius , etc Statuimus ut nisi , etc« ( ut

m saprà,^ Sicut hactenùs Ëcclesîa tua specialis , etiam va-

• cante sede , obtinuit quod tibi et successoribus tuis autLo- » Titake apostolicâ confîrmamus. » (Bulles d'Alexandre III et d'Innocent III , ap. Menin, Hisi, des sacres ^p, 33. ) Voj. la fin de notre Introduction.

5^aUril)nait d'un droit réputé divin. Cétait mal défendre une bonne cause..

Mais hâtons-^nous d'ajouter que ces prétentions, dénuées de toiKi fondement . hiimaiai, ne repose— rent jamais suraûouiie vérité reconnue, sur aucun pacte légal; que, GOnJfraires;à.*J?instî(ution primitive du sacre ^ elles n'ont' ;pù éhrib cojisacrées et acquérir la force de la chose jugée^ ni par une fausse application des* textes .de '.rÉcriture postérieure à rétablissement du .principe et à . la qualification religieuse. :de l'acte., ni. par des décisions canoniques auxquelles ;nos:c.ôxistîtutiQâs aient dû se trouver régulièrement* seumisïes y ni par le consentement mutuel que supposerait cette transaction des deux pouvoirs, et qui n^exista jamais chez les Français. ^ ;

S'il est vrai que les successciups-^^s apôtres se sont attribué lé droit- étrange de disposer dû sort d'un roi de France ; si l'on reconnaît que l'Église du moyen âge avait placé dans le sacre l'exercice de ce prétendu droit *; il n'est;pas moins certain que la France n'a jamais- admis de pareilles doctrines, et qu'aters même que les circonstances forcèrent un prince faible de tpléi*er l'abus, les premiers corps de l'Etat jproleslèrént hautement contre le principe.-

Le roi de France ne reconnaît de supérieur que

• Voy. Consentement du peuple , Election»

Dieu seul '. Cette maxime, aussi ancienne que la monarchie , retentissait dans les conseils et se propageait dans tous les écrits , dès que Tindépendance du trône se trouvait menacée par une bulle insidieuse ou superbe. Les barons du royaume s^en armaient comme d^un bouclier impénétrable ; et Ton peut dire que, depuis raffermissement du droit de succession à la couronne par ordre de primogéniture , il n^a plus été permis de la mettre froidement en question '. «i Vous nous prouvez, » dit en son vieux langage Fauteur du Songe du Verger^ « vous nous prouvez que le pape déposa » le roi de France ; certes cela ne trouverez-vous M en nulle vraie escriture , car jamais les barons » ne le conseil de France ne Teussent souffert '. i> Et, en effet, la France en pareille conjoncture eût

' Voj. , sur ce sujet, Savaron ^ premier et deuxième Traité de la Souveraineté du Roi y passim, — i6i5 ; in-8*.

' On en a même abusé, en disant ^ue le roi de France est le souverain pire temporel , comme Sa Sainteté est le souverain père spirituel , ce qui n'est pas exact dans le sens d'universalité que présentent les deux termes de cette comparaison. ( Déclarât, des États-gén. de Tours , an i483. )

' C'est ce que prouvent les déclarations suivantes : « Nous

• sommes tout prêts , non-seulement è exposer nos biens , )» mais encore nos personnes et notre vie , fussions-nous me- » nacés du dernier supplice, sans qu'aucun genre de torture , » même le plus atroce , puisse nous effrayer , pour soutenir > et venger la souveraine autorité du roi ; et nous tenons

• pour ennemi du monarque et de la monarchie quiconque

protégé son roi contre lui-même. Sans doute sa vigilance ne Ta pas toujours garantie de toute surprise. Elle a pu quelquefois céder à Tartifice ou à la violence d'^un acte de parti; mais froissée par des coups imprévus , elle se relevait plus fière et plus ardente à repousser une nouvelle atteinte \

Le gouvernement français était si jaloux de son indépendance , et si loin de reconnaître la suprématie romaine , qu^on a des exemples de princes , qui, ayant projeté de leur propre mouvement des réformes utUes dans Tadministration du royaume^ y renoncèrent bientôt, par cela seul qu'elles avaient

9 manifesterait un avis on des dispositions contraires. » ( Lite, missa P, P, Bornfac. ab Ecclesiast,^

« Et bien voulons que soyez certain que y ne par vie y ne » par mort , nous ne départirions ^ ne ne veons à départir de » ces procez , et fut ores ainsi que li roys nostresire le voulsit » bien, • ( Lettre des barons de Philippe-le-Bel , citée par Savaron , ubi suprà , i*' tr. , p. ai . )

' C'est ainsi que les" États de i6i4 et Topinion de la France entière repoussèrent les maximes soutenues dans Vétrange et trop fameuse harangue du C. du Perron , qui prétendait « avoir charge de déclarer qu'on excommunierait ceux 9 qui avanceraient que le pape ne peut déposer les rois. » Voy. Timprimé de Paris, Ant. Ëstienne, i6i5 , in-8* , et la réponse du même temps , avec cette épigraphe : Sacrifiez un sacrifice de justice. Voy. aussi les résolutions et arrestez de la chambre (/u Tiers^-Estat^ touchant le premier article de leur cahier , présenté au roy. Paris , t6i5 , in-8^.

INTHODUGTION. 55

paru satisfaire au vœu ultérieur du Saint-^iége, çt que le pape aurait pu n^ voir qu'un acte de soumission , dont les barons voulaient écarter jusqu'à Papparence *.

Pour donner une juste idée de Pesprit qui animait alors le monarque et la nation , il suffirait de faire observer que la résistance aux volontés humaines de Romefut quelquefois portée jusqu'àlarévolte, et que , non contente de s'y soustraire , la France voulait encore en faire justice par les témoignages les plus signalés de son indignation. On vit le fils aîné de l'Église fouler aux pieds, livrer aux flammes les actes d'agression d'un pontife, et braver des vengeances d'autant plus redoutables , qu'elles semblaient se confondre avec l'exercice d'un droit divin. La puissance des préjugés qui les protégeait , la plus grande force morale de ces siècles de crédulité et de ténèbres , vint se briser contre cette maxime impérissable : le roi de France ne tient son sceptre que de Dieu, et n'est soumis qu'à Dieu. Tel fut le. sort des impérieux décrets de Boniface VIII ', rangés au nombre des bulles que

* Pbilip.-le-BeL — UUera P. P, Boni/ac. ab Eccles

« Car , disent les barons , li rojs notre sire ne veut mie » qa'il apere qu*il le fasse pour tremcur , ou par comman- » dément , ou par correction de luj (Boniface) ou d'autruj. • ( Leur, des bar, aux card, , ap. Savaron , ubisuprà. )

* Le scandale des démêlés de ce pape avec Pbilippe-le-Bel est assez eonnu. Il écrivait sans préambule à un roi de France :

les canonistes ont qualifiées âHExtra^c^ntes '\ Les excès de Benoit XIII , compétiteur dlnnocent VII ' , ne firent qup renouveler les mêmes scènes d^humiliation et de vengeance. On ne se borna point à brûler ses bulles ; on obligea ses envoyés à faire amende honorable sur un échafaud dressé au milieu de la place publique ', et cette

« Scire te volumus quod inspiritualibus et temporalibus nobis » subes. » ( Vid. acta inter Bonifacium f^IIL,. etPhilippum pulchr. i6i49 in-8* , p. ii. ) Le roi répondit: « Sciât tua » maxima fatuitus in temporalibus nos alîcuî non subesse , » etc.... > La suscription portait : « Philippus , Dei gratiâ , » Francoruin rex,6onifacio j« ^er^/ifi pro summo pontîfice , » salutem modicam , seu nullam , > c'est-à-dire : « Philippe , > par la grâce de Dieu, etc.... à Boniface , se disant pape , » donne salutation petite ou nulle. Sache ta grande fadèse , » que nous n'avons aucun supérieur aux choses tempo- » relies. » ( Ubi suprd. Voy. aussi les Démêlés de Philip, avec Bonif, — La Remontrance aux Etats de Blois , sous Henri III. — Paul-iEmile , 1. 8. )

' On a fait des catégories particulières de certaines bulles désignées sous cette qualification à! Extravagantes , et quasi vagantes , « quae extra corpus canonicum gratiam, sive extr<\ » decretorum libros vagantur. » (Ducang. , Glas. , verl>. Extrav, ) Les Extravagantes comprennent, entre autres actes pontificaux , les décrétalcs de Grégoire IX , le sexte de Boniface yill , les . institutions clémentines , les épitres de Jean XXII , etc., etc.

* Pierre de Luna , cardinal d'Arragon, mort en i424« ' Ce fait est consigné dans les registres du parlement de Tan i4o6, cités par du TiUet. On y lit que « ceux qui avaient

rigueur est d^autant plus remarquable, que la Franpe avait toujours tenu pour le parti de Benoit, auquel on paya les décimes jusqn^à la soustraction de i4o6. Non-seulement la magistrature , ainsi que la noblesse , secondait le monarque de tous ses efforts dans cette lutte de la légitimité contre Tusurpation; mais le monarque luim.éme n^aurait pu la rendre complice de concessions indignes de la France et de lui. Cest ainsi que, loin de concourir à la vérification des lettrespatentes qui homologuaient la renonciation de Louis XI a la pragmatique-sanction, le procureur* général Jean de Saint-Romain s'écria en présence de la cour et du légat , « qu'il aimait mieux perdre » son état et tout son bien , que de faire chose » dommageable au royaume et préjudiciable à la » dignité du roi. » Son exemple entraîna l'université, et le recteur ne voulut pas sortir du Châtelet que l'opposition collective du corps n'y eût été eriregistrée *.

« apporté la buUé furent eclia£Paudez , mitrez et prêchez » publiquement. »

' Bonîons y Antiquités de Paris ^ p. a63. — Le successeur de Louis XI y Cbarles VIII , en passant à Rome pour aller à la conquête de Naples y y fit des concessions de lettres de grâce et autres actes de souveraineté y pour contredire et renverser la bulle de Boniface VIII y Vnam sanctam, qui consacrait l'étrange doctrine des deux glaives , et pour faire voir que les empereurs de France y en donnant à TE*

58 CÉRÉMOMES DU SACRE.

Nous voyons la même inflejtibilité dé principes, triomphant des affections les plus opposées dans le cœur de certains princes, y étouffer jusqu'à Fintérét de leur ambition et de leur conscience.

Le frère de Saint-Louis refuse un trône qui lui est offert par Grégoire IX * , et les barons applaudissent à ce noble dédain. Sixte V fulmine une bulle d'interdiction contre un roi protestant, et le plus zélé défenseur du culte romain, Henri III, protège Tennemi de sa religion contre la bulle *.

glise la ville de Rome et son territoire , avaient bien entendu conserver pour eux et leurs descendans un droit de suzeraineté et de juridiction temporelle sur cette province. ( Vie et actes du chev. Bayard. )

* Le trône de Tempereur Frédéric II , dont le pape prétendait disposer.

* Henri III empécba la publication des bulles de Sixte Y, qui déclaraient le roi de Navarre , depuis Henri IV , incapable de succéder à la couronne de France. ( Hard. de Péréfixe , Hist. d'Henri IV , an i585. ) Henri IV n'acquit Festime intérieure du pape qu*cn méprisant sa bulle. La protestation attribuée à ce prince , et placardée à Rome le 6 novembre i585, est une des pièces les plus curieuses du temps. On j soutient que « Monsieur Sixte, sof disant pape , > sauve Sa Sainteté, en a faussement et malicieusement menti, » et que lui-même est hérétique, » Le roi de Navarre ajoute: « que si , par le passé y les princes et les rojs ont bien sçu » cbâtier la témérité de tels galants , comme est ce prétendu

• pape Sixte , lorsqu'ils se sont oubliez de leurs devoirs , et » passé les bornes de leur vocation , confondant le temporel

• avec le spirituel , ledit roy de Navarre | qui n'est en rien

INTRODUCTION. Sg

n serait superflu de multiplier les preuves d^une indépendance qu^attestent toutes les pages de notre histoire ; et qu'ion ne dise point que celles*ci s^écar^ tent de la question parce qu^elles ne se rattache-» raient pas directement à Pacte du sacre. Comme les entreprises des pontifes sur le temporel se confondaient toutes dans une seule et même prétention, les oppositions qu'elles éprouvèrent en France se fondaient aussi sur une seule et même maxime. Le droit de concourir au sacre notait qu'une consé-^ quence de la suprématie que s'attribuait le Saint* Siège à titre universel. La nation qui se déclarait avec tant d'énergie contre le principe, ne pouvait

» inférieur à eux y espère que Dieu lui fera la grâce de venger

» l'înjure , etc ■ ( Voy. TEstoile , Jour, de Henri III ,^

t. 1 , p. 4^5, édit. de la Haye.) Il était dit aussi dans les remontrances du parlement sur la même bulle , que « la cour » avait trouvé et trouvait le style de cette bulle si nouveau et ■ si éloigné de la modestie des anciens papes j qu'elle n'y » reconnaissait aucunement la voix d'un successeur des apô- » très y et d'autant qu'elle ne trouvait point par les registres, » ni par toute l'antiquité , que les princes de France eussent » jamais été sujets à la justice du pape.... ^ Fut dit par Un

» conseiller que cette bulle ne méritait autre réponse que

» celle qu'un de ses prédécesseurs roys avait fait faire par li^

» cour à sçavoir de la jetter au feu en présence de toute

» l'Eglise gallicane y et enjoindre au procureur généi^al de » faire dilig^lite perquisition de ceux qui en ont poursuivi • l'expédition en cour de Rome , pour en faire si bonne et » si brève justice , qu'elle serve d'exemple à toute la posté* » rite. » ( D'après le texte de l'Estoîle , ubi suprà. )

en admettre la conséquence la plus directe , sans tomber en contradiction avec elle-même. Aussi la France nV-t-elle jamais reconnu dans la présence des légats au sacre de ses rois , ni Fexercice d^un pouvoir apostolique , ni la représentation d^aucun droit. Les envoyés de Rome* avaient osé former opposition au couronnement de Philippe I^', sous le prétexte que le pape n^ avait pas adhéré ; mais les Etats déclarèrent que le consentement du Saint- Siège ny était point requis f et que, si T-on permettait aux légats d^ assister, ce nVtait que pour ne pas blesser les lois des bienséances etde ki^ politesse*.

Cette déclaration a étérénotivélée dans plusieurs autres circonstances, et il est même arrivé qu^on n^'a point attendu les légats pour commencer la cérémonie.

On ne peut nier, toutefois ^ que le, sacre n'ait long-temps été considéré comme . une sorte de confirmation nécessaire du droit de Fhéritier du trône et de la puissance royale. L'empressement

* «• Il fut déolafé. .que c^ était par honneur. ci* amitié , et que » le consentement. du; pape n'y .estait 'requis. » (DuTillet, Recueil des ^R: de, Fr. ,^^' i83:> in«-f . ) Le texte, traduit et commentépar du Tillet, porte': « Post eum legati romanae ■ sedis Ccùm id sine papae nutu fieri licitum esse disertum » ibi ait , honoris tamen et amoris gratiâ tantùm ejus ibi af- > fiierunt legati). Post hos archiepiscopi et episcopi, etc.... • (^Ordo qualUer Philip, p, in reg. consecratus est; ex m. s. cod. Petavii ; apud God., Cérém. , t. i , p. 190.)

(., ///r//rr///y' '

f INTRODUCTION. 6l

des premiers rois de la troisième race à faire sacrer lears successeurs; Timportance qu^ils attachèrent à cette précaution politique ; Pancienne manière de dater les règnes, et, surtout, le caractère du pouvoir et des prérogatives dont la régence était investie, ne permettraient pas de révoquer en doute cette opinion '.

Mais ce serait une erreur de croire , suivant le commun préjugé , que Tidée de la nécessité du sacre se fût jamais étendue à Pacte religieux , en ce sens que le droit du monarque aurait été soumis à la sanction de FEglise ou des représentans de Dieu sur la terre.

Sans anticiper sur les développemens dont cette matière est susceptible, et qui trouveront leur place dans un autre lieu', rappeIons-*nous les distinctions précédemment établies entre le principe et la forme du sacre, c'est-à-dire entre le pacte politique et la consécration religieuse.

Les cérémonies du nouveau culte n'ont rien changé à la nature du premier pacte modifié sous les rois carliens. Le sacre n'était que l'équivalent de ce premier contrat. Il ne constituait que la représentation, sous un autre mode, de l'antique inauguration mérovingienne, de telle sorte que l'essence du nouvel acte consistait bien moins dans

* Voj. Consentement du peuple.

- Voy. îè.

Ponction religieuse que dans la proclamation solennelle du droit et du vœu qu^elle sanctifiait. Le droit dérivait de la naissaûce; il appartenait au prince. Le yœu résultait de la faculté de préfé-* rence entre des droits égaux; il émanait du peuple. Le serment qui garantissait Feffet de ces deux principes d^union et de puissance complétait Tacte constitutif et les formes exclusivement indispensables de Tinauguration royale. Cest sur cet ordre de choses que portait Popinion de la nécessité du sacre ; c^est celte confirmation temporelle du droit politique du prince, opérée par Texercice du droit des Etats et garantie par la religion du serment, qui conservait à la cérémonie son ancienne importance , et qui , par cela même qu'elle signalait et consacrait Texercice de droits respectés, ne permettait pas de nY voir qu'Hun acte purement façul* tatif.

* L*opinion de la nécessité , ou clu moins de Futilité politique du sacre , a même laissé des traces dans des «ictes postérieurs à ra£Permissement du droit de succession par ordre de primogéniture. Par exemple y un orateur des Etats de Tours s*exprimait ainsi dans Fun des cahiers du clergé présentés à Charles VIII: « Il semble aux gens desdits trois

• estats pour éviter les grands maux qui peuvent advenir À » cause du delaj du sacre du roj , etmesmemeut que, durant » le temps que le roj Charles VII fut sans être sacré et

• couronné , plusieurs inconvéniens advinrent au royaume

• et à la chose publique ; car la pluspart des sujets devant

• sondit sacre ne lui vouloient obéir ; etsitostqu'fl fut

L^intervention de l^glise n^entrait donc pour rien dans le fondement légitime de la nécessité du sacre , ni dans Fopinion qu^on a pu raisonnablement en concevoir. Cela est si vrai , que nous voyons cette opinion sVfFaiblir en raison inverse de raffermissement progressif du droit d'^ainesse , et que le sacre cesse, enfin, d'êlre réputé nécessaire 9 lorsque le pacte politique , devenu luimême la conséquence inévitable d^un droit fixé, ne présente plus aux regards de la France qu^une pieuse et magnifique formalité.

Dépuis cette époque, vraiment mémorable, et que nous placerons vers la fin du quatorzième siècle *, le sacre a constamment passépour une cérémonie, sinon indifférente , du moins indépendante de Fexercice de tous droits et de toutes prérogatives ultramontaines ou sociales. Uhéritier du trône, saisi du titre de roi dès le ventre de sa mère, a toujours été réputé roi par la seule force et dans toute la plénitude de son droit héréditaire , sans que le défaut ou Taccomplissement de Ponction pût ni le fortifier ^ ni Taffaiblir, ni rien changer à Feffet de la puissance royale , avant comme après

» couronné , ne cessa de prospérer et de avoir victoire sur ses

» ennemis Et luy supplient les gens des susdits trois

» estais ainsi le faire. » ( États tenus à Tours en i483 y cnuuU Pasquês, et, suivant notre manière de compter, i4640 « Voy. ibid.

64 GEREMONIBS DU SACRE.

la solennité *. Mais on a continué d^ respecter ce caractère auguste qu^ imprime la religion '. Nous n^avons pas d^exemple qu^un roi de France ait dédaigné ou négligé de se conformer à cet antique usage j lors même qu^il a cessé d'être un sujet d'obligation politique, jusqu'aux successeurs de l'infortuné Louis XVI, qui. étaient hors d'état de se faire sacrer. Il n'est pas un de nos princes qui ne se soit fait un pieux devoir d'appeler la bénédiction du ciel sur les prémices de son règne , et de courber publiquement son fron t aux pieds du souverain maître des empires et des rois.

Ce n'est pas que l'esprit de secte ait invariablement admis ces distinctions , et que le caractère du sacre n'ait fourni matière à plus d'une contro-

* « Prozimus haeres venis est rez priusquàm coronatur , et » coronatio nihil est aliud quàm nota et insigne ejus qui » jam anteà perfatus erat rez. » (^Antiq, jur. )

* « La vertu de Tonction sacrée et des bénédictions sacer- » dotales et pontificales qui se font en la sainte Église au » couronnement des rois , quand ils sont dignement reçus de » lui , le font régner en paiz , en joie et en prospérité , avoir j» longue vie, grande gloire et invincible sûreté , protection » et garde de Dieu le créateur , et des benoists anges , de la-

n quelle le roi est environné , défendu et gardé , etc »

( Discours de Jean Relj auz États de Tours, en i483, avant Pâques.)

verse d^uis le quinzième siècle. Au milieu des ongles qui obscurcirent la 6n du règne des Valois , on a vu de fougueux écrivains dévoués ouyendus aux artisans de la Ligue , sViForcer de rasseoir une puissance monstrueuse sur les ruines de rancten droit public. On a vu se reproduire dans les sanglantes thèses des Hotman^ des Boucher ^ des Meu" rier, ces gothiques prétentions, ces ambitieuses doctrines dont le temps et la raison avaient fait déjà justice \ On arguait contre la proclamation de

* i<>. Hotomani Franco-Gallia, — ( Voj. k note du Om^ seniement, )

a<>. De justd reipubîicœ Christi auctoritate în'reges impios , justissimâque catholicorum , ad Henricum Navanœurn et gmemeumque hareticum à regno Galliœ repellendum , confe^ deratione ; publié sous le nom de Rosseus , mais attribué au fiinatique Bottcber , auteur du Sermon de la Simulée Coincer' sion de Henri de Bourbon^ etc. Le titre seul de ce libelle eu fait assez connaître Tesprit et le but. Il est fondé sur ce principe y OU plutôt sur ce monstrueux paradoxe qui est Tabsence de tout principe : « Regia potestas non est à naturâ , à ge- » neratione solâ y sed nunc régi traditwu per episcopos ooini* potentis Dei auctoritate (p. 5i ).

3<>. HubertiMori.... (Meurier) de «SVicm Unctionibus, lihri très y etc iSgS , in-8^.

L'objet de cet ourrage y publié avant l'abjuration de Henri IV y était de mettre une barrière sacrée entre ce prince et le trône de France , en établissant la rigoureuse nécessité d'une cérémonie dont l'accomplissement paraissait alf rs im* possible. L'indécence , disons même la bassesse de ces déclamations anti-nationales, était bientôt expiée par des réfutations

Henri-le-Grand , de la nécessité du consentemeut de Rome , comme on avait invoqué Fautorité du pape contre les déportemens de Henri de Valois •. Mais que pouvaient les entreprises d^un zèle mercenaire ou d^une révolte servile sur un peuple si jaloux de son indépendance ? Elles participaient de la fièvre de TEtat ; elles sMvanouirent dans sa guérison , et le système de la nécessité du sacre est devenu insoutenable comme les prétentions qui lui servaient d^appui.

Ainsi, le sacre, considéré dans son origine et dans ses variations sous les trois races, ne peut être exactement défini que par cette proposition : un contrat politique environné de formes religieuses , mais fondé sur Texercice de droits essentiellement temporels , qui , ayant depuis long-temps perdu leur force et leur valeur, n'y laissent plus subsister que Fimage de Tancien pacte et les formes du culte qui le consax:rait.

pleines de force et de vérités , auxcpielles on n'aurait pu reprocher que de donner trop d'importance à des argumens jugés et méprisés depuis long-temps. Parmi ces écrits conservateurs de nos plus précieuses traditions , on distingue le Traité qui parut , en 1 592 , sous le titre de Maintenue et dé^ fense des princes souverains et de l'Eglise de France contre les attentats, usurpations et excommunications des papes deAome* — In-8».

* Le mot déportement n'était pas toujours pris en mauvaise part dans le langage du seizième siècle ; il signifiait ordinairement gestes ou actions.

D^où il suit:

Que le sacre n^est plus dans Tordre moral qu'un acte de haute pieté , comme il n'est dans Tordre politique qu'une imposante et pompeuse formalité;

Qu'il ne dérive point d'une source juive ;

Qu'il ne peut y avoir plus de rapport entre l'onction de Saiil et l'inauguration de saint Louis , qu'entre le gouvernement de deux peuples , dont l'un ne s'appuyait que sur un droit établi et des intérêts humains, dont l'autre n'obéissait qu'aux inspirations des prophètes et à la volonté de Dieu;

Que le sacre ne suppose aucune concession de droits ni de principes faite à l'apostolat ; qu'il n'implique aucune idée de servitude ou de dépendance envers l'Eglise ; qu'il est entièrement libre de la part du prince , et sans conséquence comme

sans nécessite ;

Qu'il n'existe , enfin , aucune raison politique de le répudier comme contraire à nos institutions actuelles , et que le respect d'une antique et pieuse coutume illustrée par l'exemple de nos plus grands rois, en est une pour le maintenir comme acte qui rentre exclusivement dans le domaine des convenances morales.

Nous dirons plus, et cette réflexion n'aurait pas dû échapper aux historiens ; s'il était vrai que le sacre eût conservé quelque utilité politique , depuis le quinzième siècle , ce serait en faveur de

la nation et non du roi ; ce serait aux sujets ei non au prince à désirer , à invoquer Faccomplissement de cet acte, parce que les variations du droit public ont opéré un déplacement d^intéréts qui met de leur côté tout Tavantage que le sonverain en tirait autrefois. L^ancienne inauguration était un contrat synallagmatique. Le monarque et le peuple s'y engageaient; celui-ci à obéir, celui-là à protéger. Mais Témancipation du trône a changé la nature de ce pacte, en écartant le principe de réciprocité. Là où le sacre a cessé d^être nécessaire pour la confirmation du droit du prinde | il nV plus été qu'une garantie donné par le prince à la nation passive. Il est devenu un contrat unilatéral par lequel le monarque seul s'oblige sous la foi du serment à remplir ses devoirs de roi. La nation j serait donc seule intéressée.

Que si Ton objecte l'inutilité d'une pompe dispendieuse et de l'intervention de l'Eglise pour sceller de tels engagemens ; si l'on nous demande pourquoi la religion se trouverait mêlée dans ces actes d'un pouvoir indépendant et libre , nous demanderons nous-mêmes pourquoi elle en serait exclue , et s'il est quelque règne périssable , quelque foi sur la terre qui ne soient absolument soumis qu'à des influences humaines ' ! Cette difficulté

< « Les empires détruits, les trônes renversés, » Les champs couverts de morts , les peuples dispersés , » Et tons ces grands revers <|ue notre erreur commuiie

D^est sans doute pas indigne de notre attention.

Sapiens uno luînor est Jove *.

Le véritable sage ne séparera jamais le principe du bon et du bien d^une loi plus impérieuse que la conscience , plus forte que la volonté de Thomme. n reconnaît Taction de Téternelle puissance sur le destin des peuples et des rois. Il révère dans la religion un conseil sacré; et comme il n^a pas Forgueil de lui préférer sa propre sagesse , il ne prétendra pas non plus lui contester ses droits à nos hommages et à notre confiance.

La religion est , pour la plupart des hommes ^ une dhose de sentiment comme la foi qui la conserve. On convient que la philosophie ne saurait la remplacer , parce que les droits de la raison ne peuvent se substituer entièrement aux droits

9 Croit nommer justement les jeux de la fortune , » Sont les jeux de celui qui , maître de nos coeurs , » A ses desseins secrets fait servir nos fureurs , » Et de nos passions réglant la folle ivresse, » De ses projets , par elle, accomplit la sagesse. »

(L. Racini, Rëlig., c. 4.)

' Horace , Jfyùt.

Les rois sont les maîtres du monde :

Les Dieux sont les maîtres des rois.

Et leur règle constante et sûre, Fait seule ici-bas la mesure Des biens et de l'adversité.

( i.-B. RocssiAu , Od.,l U. )

du cœup. On convient donc de sa nécessité ; comment pourrions - nous donc , sans inconséquence , en rejeter les pompes, si c^est par-là que la religion se fait sentir au commun des hommes.

L^histoire ne nous offre pas dVxemples d^une nation civilisée qui , ayant une religion , se soit dispensée d^honorer ses Dieux par des marques extérieures de croyance et de piété ; qui n'hait associé Texercice de son culte aux actes les moins importans de la vie domestique ou civile ; qui n^ait confondu ses hommages , ses expiations et ses vœux dans le sentiment de ses espérances ou de ses craintes , de ses regrets ou de sa joie.

Parmi les anciens , nous ne voyons point de hautes entreprises , de solennités nationales , de festins , de triomphes , de divertissemens publics qui nVient été consacrés par quelque acte religieux ". Des sacrifices plus ou moins pompeux précédaient toujours une grande résolution , ou proclamaient une éclatante victoire.

Ces peuples, dont la philosophie répandit les premiers rayons de lumière dans TOccident , dont le génie façonna nos plus parfaits modèles , dont nous vantons sans cesse les idées de liberté et d'indépendance, les Grecs et les Romains, avec des rites souillés par une foule de turpitudes et d'obs-

• Ne si comiociA ben , se non dal cielo.

{GvJLti.yPast,ftd., et. I.)

cenités, n^en observaient pas moins scrupuleusement toutes les pratiques de leur culte. Si nous en croyons Xënophon % il n'y avait pas de cité où les temples, les prêtres et les cérémonies des différens cultes fussent aussi multipliés que dans Athènes, la ville la plus policée de la Grèce ; et tel était le respect des Athéniens pour les opinions et les coutumes religieuses de leurs pères, que les magistrats y punissaient de mort'' toute atteinte portée à des croyances que leur raison abjurait intérieurement, ou dont leur pcditique ne respectait que les effets. Les Romains ne se montraient pas moins exacts à remf^ir de pieux devoirs. Ne soyons pas surpris , s'écrie Valère, Maxime vS^i les Dieux veillent sans cesse pi0.ur la glqire et la prospérité de notre empire, puisque Rome, toujours rigoureuse observatrice des pratiques de la religion , même des moins essentielles, ne s^est jamais écartée du respect dû à ses solennités ^. Le philosophe par excellence , Cicéron , qu'on; n'accusera pas d'un. excès de crédu-

* De repub. Âtken.

• Anachar., t. 1 , in-4*'.

^ « Non mirum igitur , si pro co imper io augcndo , custom diendoque pertinax Deorum indulgentia sc^per excubuit ; » quod tam scrupulosa cura , parvula quoque momenta , rea ligionis examinare videtur ; quia nunquam remotus ab exac- » tissimo cultu ceremoniarum oculos habuisse nostra civitas » existimanda est.. .. (et infrà). Omnia post religionem po- » nenda semper nostra civitas duxit. » ( VaL Max. , 1. 1 ^

lite , pbiiçait daiis là religioo le principe conservateur des empires et la garantie la pins puissante de la fidélité des peuples. La sagesse lui montrail, la véritable sainteté, cVst-à-dire la disposition à Faccomplissement de tous les devoirs , dans une société d^hommes persuadés qu^ils ont les Dieux immortels pour témoins et pour juges de leurs actions \ Il doutait, enfin, qu^on pût éteindre la piétQ envers les Dieux , sans renverser la société civile, sans anéantir la principale des vertus, qui est la justice '•

Cette morale des adorateurs de mille Dieux fantastiques ne conviendrait-elle point à des chrétiens, ou Tunion de la France avec son roi serait-elle d^une si mince importance , qu^elle ne valût pas Fencens offert au Dieu de Clotilde et de saint Louis? Ecoutons la voix d^un orateur non moins philosophe que Cioéron^etsans doute plus pénétré de la divinité

' « Quamque sancta sit societas cîvium inier ipsos Diis » immortalibus inlerpositîs tum judîcîbus , tum tesiibus ! » (Cic, de. Z. , 2, 7.)

' Haud scio , an pietate adversus Deos sublatâ , fides etiam » et societas bumani gcnerU, et una excelle ntissima virtus | » jnstitîa tollatur. » (îd. , de nat,Deor., 1,2.)

On retrouve la même pensée dans ces vers de Sénèque :

« Ubi non est pudor, » Nec cura juris , sanctitas, pietas , fides , » Instabtle regnam est. »

(Af. Smec, T^y-, act. 3, se. i.) ' Bourdaloue.

desareligion et de la solidité de ses maximes. « Loin i> de s^attacfaer à écarter la pieté de nos actions, il D faudrait en respecter les apparences jusque dans » la fausse, de peur de se tromper dans la Traie... j> On se dégoûte des anciennes pratiques autrefois » si vénérables, et, de nos jours, regardées par » des esprits présomptueux ^t remplis d^eux*- 9 mêmes , comme de frivoles ajtnusemens. On veut » de nouvelles routes pour aller à Dieu , de non-* » velles méthodes pour s^entretenur avec lui, de » nouvelles prières pour célébrer ses grandeurs. M On veut qu^une prétendue raison soit la règle » de toute notre perfection^ :et tout ce qui peut, » en quelque manière^ se Ressentir de cette can* » deur et de cette pieuse innocence^ par éà. tant » drames avant nous se soiidt âerées-et distinguées, » on le met au rangdessojierstitiotis populaires, » et on le rejette avec méprh \ »

Telles sont les paroles que Bourdàloue faisait entendre dans la chaire de vérité. Nous ne sommes pas destinés à IV suivre. Notre voix profane at moins sévère né sWirà point à la sienne par un mouvement hypocrite: Loin de prétendre qtfen matière <ie religion les anciennes pratiques aient toutes également droit à nos respects, nons sentons que la vraie piété a sa mesure comme toutes les autres vertus. Il est possible, enfin, que la

• B^ird. , Panéf. de sminie Caiétf.

iausse application et le fréquent retour des cérémonies facultatives du culte aient leurs inconvéniens et leur danger. Mais ce ne pourrait être dans la circonstance rare dont nous nous occupons , et le sacre mériterait, d^ailleurs, un éclatante exception. Un monarque va prendre un grand engagement avec son peuple. La voix sacrée d^un pontife va se faire entendre pour le bénir et graver dans son ame le sentiment de ses premiers devoirs. Quelle sévérité de principes contraire à nos aflfections, à la sagesse des siècles, pourrait la condamner au silence ? Comment la religion deviendrait-elle étrangère à la foi des promesses, à la sainteté des sermens , aux garanties les plus sacrées parmi les hommes? Pourquoi repousserions-nous le spectacle d^un roi donnant à la fois un grand exemple d^humilité envers Fauteur de toute puissance , et de soumission aux lois de son empire ; déposant son diadème aux pieds de ce Dieu qui en fit Théritage de sa race; jurant à la face des autels de faire respecter et de conserver lui-même les intérêts de tous et le droit de chacun ? Quelle impression pénible , quelle inquiétude ou quels regrets pourrait exciter Faspect de ce prince rassurant , captivant ou soumettant toutes les affections; soit qu^il imprime dans les cœurs un respect salutaire; soit que, répondant à nos transports par des actes de clémence et d^amour , il répande au milieu de ses enfans les largesses et les récompenses , les fa-

r "vv/A V* </// r^jf/ij /r/uYJt /i/n/i/' ///// i/cj (i//cicn,^

veurs et le pardon ? D'où vient enfin que ce jour consacré à Tunion d'un royaume avec son souverain, cesserait d'être un jour de fête, de magnificence et de joie ? Soyons vrais , soyons Français ; comme tels interrogeons nos cœurs , et nos cœurs répondront : non , ces gages d'amour et de fidélité, cette effusion de grâces et de bienfaits, ce mouvement de tous les sentimens généreux n'ont rien que puisse atteindre l'impitoyable blâme, rien qui puisse légitimer ni lés scrupules de la plus austère politique ', ni les dédains d'une superbe et froide raison I - 1 '

L'objection tirée de l'économie serait indigne de la nation. Un nouveau règlement de finances se prépare , un nouveau jour de gloire , de bienfaisance et d'union s'annonce à des Français ) la France vote et ne calcule pas.

Nous sommes loin de penser, toutefois , que le sacre puisse désormais s'accomplir sans d'importantes modifications. Le cérémonial , tel qu'il a été suivi jusqu'à nos jours , n'est plus dans nos mœurs ; il n'était pas même dans l'esprit de la monarchie des derniers siècles^ Semblable à ces monumens dégradés parle temps, où l'art, dans son enjEsmce , grava les traits informes de notre histoire, il n'a été maintenu que par l'espèce de vénération cpii s'attache aux choses anciennes , et comme le dépôt le plus authentique de nos plus précieuses traditions. A ce titre , l'ancien cérémo-

j6 CÉRÉMONIES DU SACRE.

niai conservera toujours son rang dans nos archives. Plus il s^éloignera de son origine, plus il deviendra nécessaire pour Fintelligence des faits et des doctrines dont le souvenir s'y trouve comme enseveli; et c'est en quoi nous faisons consister Fintérét des recherches qui nous occupent. Mais il y aurait aussi peu de raison à espérer qu'à craindre de le voir rétablir dans toute sa rigueur.

Les cérémonies du sacre considérées séparément ne sont pas toutes sans conséquence , comme l'idée générale et l'ensemble de l'acte qu'elles constituent. Il faut y distinguer l'esprit de la forme .

La forme n'a rien d'important, lorsqu'elle n'est pas l'expression d'une doctrine où d'un droit. Cest l'intention de consacrer l'une ou l'autre , de rappeler ou de renouveler d'antiques obligations , qui en fait l'esprit.

Ainsi les cérémonies du sacre laisseraient désirer moins de changement dans l'ordre matériel des pompes , que dans les termes de l'acte et la valeur du rite.

On peut les diviser en trois classes :

Les unes sont la conséquence de maximes devenues sans objet ou de droits éteints ; elles ne peuvent se coordonner avec ce qui est ;

Les autres rappellent de simples pratiques, ou d'anciennes conventions qui ne touchent point à l'essence de l'acte ;

INTR(M)UCT101I. 77

Les phis nombreuses appartiennent aux formes solennelles du culte et de la représentation royale* Nous les considérerons seulement ici comme matière historique, sans rien préjuger sur la nature et rétendue des restrictions dont elles seraient susceptibles. Pour les bien apprécier dans leur rap** port avec le nouyeau droit pxiblic, il faut en connaître Forigine et la raison ; il faut les replacer dans leur siècle, et, pour ainsi dire, lui demander compte de ce qu^il a fait. Telle est aussi Tunique tâche que nous nous sommes prescrite.

Le choix du lieu et du jour du sacre ne parait pas d^une assez grande importance pour fixer sérieusement notre attention.

Nous n'ajouterons point de nouvelles dissertations à tant dWtres sur les prétentions de Téglise de Reims au droit exclusif de sacrer les successeurs de Clovis et de saint Louis '. Nous nous bor* nerons à faire observer que cette métropole nV pour elle quW long usage qui, toutes choses égales dans la balance des considérations , doit lui mériter la préférence, mais qui ne saurait, dVucune manière , lier le monarque dans son choix \

* Voy. entre autres Traités , la Dusertation imprimée dans leBMémoires de liitératvre dé Desmolets, t. 1 1 .

' La faction des Guises avait proposé aux États de Bloi« de reconnaître en principe , que nol ne porurrait être réputé roi légitime de France , s'il n*avait été sacré k Reims ; mais le cànseil du roi, rejetant cette proposition insidieuse ^ décida

On a plusieurs exemples de sacres qui ne se sont point accomplis à Reims '• Ce fut pour cette ville autant d'occasions de faire entendre ses plaintes et de réclamer ses anciens privilèges. Mais il est de fait qu'elle n'a recueilli aucun fruit de son opposition ; et que, soit nécessité ou justice , son droit , toutes les fois qu'il a été mis en question , a toujom*s cédé à la force des circonstances ou de l'opinion contraires ".

Quant au jour préféré pour la solennité, il n'est pas inutile de savoir que , depuis son institution, le sacre a toujours reçu son accomplissement le

qu^il serait injuste que rhcritiejT naturel et légitime de la couronne n*eût pas la liberté de se faire couronner où il jugerait à propos ; et , parmi plusieurs exemples de rois qui n*avaient pas été sacrés à Reims , on cita celui de Louis-le-Gros , dont le sacre se fit à Orléans. ( De Thou , t. 5 , L. 109 , p. 4î»2. )

' Ceux de Pépin, Cbarlemagne, Carloman, Raoul, Louis IV, Robert ( suivant quelques bistoriens) , Louis VI, Cbarles VII ( la première fois ) et Henri IV ; non compris les saches appliqués à des titres autres que celui de roi de France. ( Voj., sur la consécration d'Henri IV, les notes de LangletDufresn. Journal de TÉtoile , t. i«' de Tédit. de 1744.)

■ L'épîlre d'Yves de Cbartres , si fameuse et tant de fois citée , est surtout remarquable par les réflexions suivantes :

« Mirum videtur quare unus in proprium jus ambiat vin-

» dicare , quod multorum constat esse commune Nos

» quippe Rbemensi ecclesise nos invidemus, et si reges Fran- » . corum erga eam babuerint tantam devotionem , et malint » à metropolitano ejuâ consecrari quàm ab alio , non repug*

INTRODUCTION. 7g

dimanche ou un jour de fête ". Cette particularité qui rappelle les anciennes règles observées dans Padministration de Fonction baptismale , sera une dernière preuve de Tidentité et de la commune origine des deux cérémonies.

» namiis y non dolemus , etc » ( Yvonis Camot.

Epijt.LXX.')

* Le dimanche avait la préférence sur tout autre jour. « Se- » quitur ordo missarum , si in feriâ evenerit , sed meliùs et » honorabiliùs est in die dominicâ. » ( Ord, du sacre de Louis VIII. )

ENTBEES DES ROIS. 8l

Parmi les solennités qui ont principalement pour objet <rhonorer la personne du monarque , et de Tenvironner des témoignages du respect et de la joie publics , nous placerons au premier rang les entr^çs de nos rois dans la ville du sacre, et leurs rentrées dans la capitale.

Jamais spectacle plus auguste ne s^annonça par un plus pompeux appareil : les muses et les arts semblent sY disputer Phonneur de Tembellir du tribut de leurs inspirations et de leur magique pinceau '. Tout -ce que la grandeur a de plus imposant ; tout ce que Tesprit et le goût ont pu concevoir de plus délicat ou de plus flatteur , concourt à Tornement de la fête. Rien n'y est oublié de tout ce qui peut émouvoir le cœur ou charmer les yeux ; et Ton dirait que la France entière, pressée autour du

' Voj. la 4escription des fêtes de Reims dans les procèsverbaux des sacres de Louis XIV f Louis XV et Louis XVL

8^ CÉRBMONIBS DU SACRE.

char de son roi, vient s Y contempler elle-même , dans Toeuvre de son amour et de sa magnificence.

Cette cérémonie a toujours été un événement plus ou moins remarquable dans Tordre des choses qui tiennent à la représentation rpyale; mais on sent que le mérite, si ce n'est de Tintention, du moins de Tordonnance et de Texécution, a dû varier selon le caractère et le goût de chaque siècle.

L'éclat dont brillèrent les princes de la première et de la seconde race ne devait rien, sans doute , aux prestiges des arts et d'un luxe rafiné : les élans spontanés d'une joie naïve semblaient suffiire à leur gloire : ils ne se montraient, pour ainsi dire, environnés que de leur propre grandeur et de Tamour de la nation*. L'hommage des sujets était pur et modeste ; il répondait à la simplicité du souverain, et l'intention en faisait tout le prix, Aux asseml>lées du Champ-de-Mars , au retour d'une campagne glorieuse , dans les solennités de l'inauguration ou du triomphe , le monarque s'avançait sur un puissant coursier', entouré de ses plus fidèles serviteurs et suivi des plus vaillans défenseurs de son trône. Le peuple allait à sa rencontre avec des palmes ou

' « Regem non faciunt opes, non vestis Tyritt color; » Non frontis nota regiae y non auro nitîd» trabes. »

(Sejtbc. , ùi Thytst, ) ' Gregor. Turonensis, l. à , c. 38.

BNTAÉBS DES ROIS. 83

des rameaux, jonchant de fleurs et dererdure les chemins qu^il devait parcourir '. D^abondantes largesses distribuées par son ordre , ou qu'il se plaisait à répandre de sa propre main, signalaient la présence du père commun des Français % et les chants religieux du clejgé appelaient la bénédiction du ciel sur ces fêtes vraiment patriarchales.

L'institution de la chevalerie changea les moeurs, ou, plutôt, développa des idées de somptuosité et de galanterie dont le germe n'avait pas trouvé d'aliment dans l's^ustérité des premiers âges. La cour de Philippe- Auguste vit naître et se multi-* plier dé nouveaux moyens de briller et de plaire, ou la grandeur et la beauté recherchèrent de nouvelles jouissances. Sous les règnes suivans , les solennités royales deviennent de grands et magnifiques spectacles» Le génie de l'allégorie préside à l'embellissement de ces fêtes , et déjà les merveilles

* Lettre de Cbarles-le-Chauve au pape Nicolas ; anciens manuscrits cités par Marlot.

• Gregor. Turon . , ubi suprà, — Marlot rapporte^ d'après Grégoire de Tours ( Théât. d'hon. , p. 465), que • nos an^ » ciens rois se contentaient de paraître sur des chevaux blancs

• en ces jours de parade , ainsi que fit Clovis en entrant à

* Tours après la défaite des Goths. » Il j a ici une double inexactitude. Grégoire ne dit pas que le cheval du monarque fut blanc : Tune accenso equo; mais il ajoute que Clovis répandit lui-même de For et de l'argent parmi le peuple , ce que Maiiot passe soua silence : Aurum argentumquê..,,^ prœ^ senUbus populis manu propriâ spargens , etc. — VU sup.

du cërëmonial attestent les progrès de son influence. Au tableau simple et non moins touchant d^un hommage spontané, a succédé une scène vaste, împosanté, splendide; une action pompeusement développée où les conceptions de Pesprit et de Fart multiplient « à grands frais , les ëchos de la joie publique. La superstition , la galanterie, Tardeur chevaleresque, Tamour du prince, le sentiment du plaisir et de la gloire j respirent sous mille formes fantastiques qui peignent la nation et le siède.

Uinvention des tournois et du blason n'a .pas peu contribué à naturaliser ce genre de^ ma^gnilicence. Les devises , les livrées , les emblèmes , les déguisemens, les mascarades même introduites dans les exercices de la chevalerie, ne pouvaient que fortifier et répandre le goût des allégories et des figures: mais, peut-être, faudrait-il en rechercher Torigine dans la lutte du christianisme naissant avec le culte primitif des Francs et des Gaulois.

La conversion du premier roi chrétien n'avait pas opéré celle de la nation tout entière. Longtemps après Clôvis , dans les siècles où le commun des hommes suppose que le christianisme régnait universellement en France, il s'en fallait beaucoup que le peuple esclave de la coutume le pratiquât sans opposition, ou du moins sans mélange d'idolâtrie et des plus grossières superstitions. Nous en pouvons juger par les sermons de saint Éloi ,

qui défend à des chrétiens d^adorer Te soleil , la lune, Minerve, Mars, et les dieux impudiques , auxquels Pignorsuace et la folie humaine payaient encore de honteux tributs '. La difficulté de déraciner tout-à-coup ces vieuic préjugés fit tolérer Falliance de certaines pratiques anciennes avec les cérémonies du nouveau culte \ Mais le remède

* Sermon de saint Eloi contre les superstitions des païens / trad. de Lcvesque 9 p* 90. — L'abbé Lebœuf , Divers Ecrits , !• 2 ; Lettre sur le Cen^olus , etc.

' Les liabitans de la Grande-Bretag^ie, nouveaux convertis^ avaient retenu une partie de leurs cérémonies païennes. Saint Grégoire consulté répondit qu'on n'était point à des esprits durs toutes leurs habitudes à la fois ; qu'on n'arrivait point sur un rocher escarpé en j sautant , mais en s'y traînant pas à pas ; et les Bretons continuèrent leurs anciennes pratiques.

C'est dans le même esprit de tolérance et de sagesse humaine que l'Eglise substitua le culte des saints au culte des idoles dans la célébration des calendes de janvier , qui n'étaient qu'une orgie païenne ( homeL B. Au^t. de kalendîs januarii^ j et que la fête de Proserpine fut consacrée à la Vierge par le pape Sergius , avec les rites et le cérémonial propres à la déesse des enfers. ( Traité des ane. cérémJ) « Les pères , dit Savaron ( Traité contre les Masques). » les pères s' étant aperçus que les pratiques du paganisme » étaient un mal incurable , et que les remèdes l'empiraient » au lieu de le guérir , s'advisèrent de divertir l'usage des » masques que l'on faisait en habits de fols , de satjres ^ co- » médiens et tragédiens ; ou en forme d'animaux y d'idoles et » de monstres ; et , en leur place ^ de représenter la nativité » du fils de Dieu , le réveil de l'ange aux pastres , la cir-

86 CBREMONIBS DU SACRE.

participait du mal qu^on voulait guérir. Des esprits grossiers, des consciences aveugles ne purent scanner contre un faux principe dorrt TÉglise admettait trop facilement les conséquences; les mêmes idées contraintes dans leur direction et leur ressort se reproduisirent sous d^autres formes ; les mêmes rites furent appliqués à de nouveaux objets ; une grande confusion régna dans les principes et dans les choses ; le naturel céda aux caprices de Fimagination ou aux scrupules de la pudeur ; et Pincohérence dans les pensées, la contradiction danj* les œuvres, les bizarreries les plus étranges dans les conceptions de Pesprit et de Fart , caractérisèrent ces siècles d'ignorance et de superstitions.

A la pratique des déguisemens, reste de la célébration des fêtes de Saturne, de Cybèle, de Bacchus et de Pan , s'allia le goût des allusiofas , des

» concision, Vestoille, les trois rois et semblables, etc. » (P. .5.)

La trop fameuse procession du grand Géant de Douai , les cbars non moins renommés de TaBcienne fête de Cambrai, les danses exécutées dans les églises , le jeu de la pelote du chapitre d'Auxerre,les banquets funéraires , Tusage des bures et une foule d^autres pratiques abolies depuis long-temps , dérivaient de la même source , protégées par les mêmes circonstances.— Voj. , sur ce sujet , les anciens Mercures; Carmeîi, sto^ ria dûi Ritisacri è profani, et le traité singulièrement curienx du P. Tbéoph. Rajnaud, intitulé : Heteroclita , spirilualia et anomaîa pietatis cœlestium ; terrestrium et 'infernorum* T. i5 et 16 des Œuvres compl., in-f^. Ljon, i665.

figures, des scènes pittoresques, des representa*;tioDS de personnages et de faits, sous des couleurs empruntées* On personnifia les sentimeus, les affections , les pensées, les qualités morales, les vertus chrétiennes ; et toujours , ou presque toujours sous ces formes mythologiques, sous le nom de ces divinités dont un peuple de chrétiens aurait rougi d^encenser les autels, mais dont il aimait encore à caresser Timage. L^idolâtrie chassée du cœur s'étaitréfiigiée dans Tesprit.

Telle a été Torigine de ces pratiques ridicules , licencieuses , indécentes ; de ces farces des Fous , des Innocens, des Conards, de PAne, db la Bou-leiUe, des Diables d^Aix, du Phébé ', et de tous les désordres qui s^introduisirent dans FEglise chrétienne, dont les* protecteurs naturels n^ont pas tou** jours su s^abstenir eux-mêmes de ce quelle défendait.

Du sanctuaire des temples , la folie des travestissemens, des mascarades et des personnifications passa dans les tournois et dans les autres divertis-

* Vid. Théop. Ray, uhi sup. — Origine des masques , momeries , charit^ari , ane à rebours , etc. , par Claude Noirot ; in-8*. — Du Tilliot, Péte desfoux. — Des Ljons , Traité contre le paganisme du roi boit, — Savaron , Traité contre les masques. — Ducange , ad verb. festum asi-^ norum. — Neuré , Çuerela ad Gassendum. — L'abbé di*Artignj, Mém, , t. 4» p- «78, et t. 7. — L'abbé Lebceaf « Recherches sur le Cervolus et f^etula ; dang 865 divers écrits , t. 2 , p. aSo.

88 CERBM0N1E6 BU SACRE.

semens séculiers *. Les chevaliers masqués, sous des habits de caractère , ou par Tarmure qui leur était propre, notaient distingués dans là mêlée que par la eouleur , la décoration , ou le signe particulier qu^ils affectaient , comiue un gage d'^illustration ou de tendresse. Des privilèges naquirent de ces distinctions; le blason fut créé'; et dèslors , plus de tournois, de solennités publiques , de fêtes et de festins dont les allégories, les devises et les emblèmes ne fissent le plus bel ornement '.

Les représentations de mystères doivent être attribuées aux mêmes circonstances ; j^entends a Tassociation singulière des formes de Fancien et du nouveau culte. On en rapporte communément Forigine au temps des croisades ; je la crois beaucoup plus ancienne ; mais ce n^est pas ici le cas de

' On a beaucoup d'exemples de tournois où les chevaliers réellement masqués, et combattant sous des costumes plus ou moins fantastiques , exécutaient de cette manière une sorte d'action théâtrale. (Voj. Spallart, Chevaliers, t. 6.) Les plus fameux carrousels étaient de véritables mascarades réglées avec plus d'ordre , de magnificence et dé goût que les diver> tissemens populaires de même espèce. ( Voy. le grand Car-rousel de Louis XI F' , ou les courses de têtes et de bagues faites par le roi et les seigneurs de sa cour en 1662.

• Voy, le P. Ménestrier, Traités des Carrousels et du Bla^ son. — Matheus, denohilitate^ etc.

' Voy. le Grand d'Aussi, F'ie privée des Français , et les notes sur les entremets , dans les Fabliaux.

ENTREES DBS ROIS. 89

développer les motifs de celte opinion , que j^expliquerai ailleurs \

Ce qu^il y a de certain,. c'est que les mystères faisaient essentielleipent partie du cérémonial des entrées de nos rois et des princes étrangers '. On les considérait dans ces occasions comme une marque de dignité, et une sorte d^hommage réservé aux plus hautes puissances. En i536, les mystères furent formellement exceptés dès cérémonies de la réception de Jacques V, roi d'Ecosse, parce que Pinfériqrité de son rang n'aurait pas permis de le traiter avec cette singulière magnificence '. On remarque, au contraire, que les repré-

• CeUe explictfiioQ trouvera sa place dans une Histoire critique des Anorrholies religieuses et des Institutions singulières du moyen âge, qui n*est point encore aclievée.

• « Les personnages qui formaient les représentations , ou » plutôt les tiibleaux représentés à l'entrée des rois, ne par- » laient point ; ce n*était qu'une action figurée par gestes , » une pantomime. Ce fut vers la fin du règne de Charles Y » que les mystères , représentés sur des échafauds , furent » introduits. Henri II , en les supprimant , j substitua les «» arcs-de-triompbe. » ( Mercure de France. — Histoire du Théâtre français. )

' C'est la raison qu'en donne du Radier , Récri. hist, La délibération prise à ce sujet par le corps de ville de Paris , le 39 novembre i536, est ainsi conçue : « Il a été conclad » par ladite compagnie d'obtenir lettres du roi , pour le pré- > sent qu'il a ordonné faire audit roi d'Ëcosse^et qu0 Tori fera » Ventrée en la manière accoutumé , excepté les mystères, •

go CéRBKONlES DU SACRE.

sentations de mystères avaient été ordonnées dans toutes les villes où Tempereur Charles-Quint devait faire une entrée publique. Cet ordre de chpses cessa sous Henri II, et les mystères furent à jamais exclus du cérémonial. Alors, suivant la réflexion d^un historien moderne, «. l^s Français , » plus éclairés sur leur religion , pRT les disputes » qu^ils avaient à soutenir avec les luthériens et » les calvinistes, avaient reconnu Fabsurdité de » ces représentations , où , sans la byDnne foi et Fi- >» gnorance des peuples, on eût pu dire qu^on jouai}; » Dieu et les saints par le mélange Fidici:de du sa** » cré et du profane *. »

Ces singularités, que Ton qualifierait aujourd'hui de scandale , sVtaient introduites jusque dans les amusemensles plus frivoles et les plus étrangers à toute idée de religion. Dans un ballet qui suivit un souper donné par Elisabeth, reine d'Angleterre, au connétable de Montmorency , « les filles n de la reine représentèrent les vierges de FEvan- » gile, desquelles les unes avaient leurs lampes » allumées, les autres n'avaient ni huile, ni feu, » et en demandaient, etc ' »

Le cérémonial des entrées royales et des gran-

( Pièces justificatives de Thist. de Paris, par D. Félibien, t. a, 3« partie , p. 347. )

* Dreux du Radier, uii sup.

> Brantâme, Eloge du connétable de Montmorem^jr.

ENTREES DBS ROIS Qi

des solennités civiles, n^était donc poipt exempt des bizarreries, osons dire des monstruosités qai souîUaîent les augastes pratiques de la religion. Les emblèmes, les devises , les représentations allégoriques , prodigués sans discernement et sans mesure ^formaient un contraste tel, qu'il eût été souvent difficile d^ reconnaître le dessein et la croyance de Tordonriateur. Cétait pourtant les plus doctes membres de Tuniversité , qui étaient ordinairement consultés sur le choix des ornemens, et qui préparaient les discours, les inscriptions et les légendes. « Et pour ce faire , dit un procès-ver- » bal du temps , on mandera gens de Funiversité » pour trouver quelque bonne invention et la die* • » ter en rythmes français '. » Il faut avouer que le sublime de ces inventions était au moins fort équivoque. On y voyait figurer Junon à côté de la Vierge ; Hercule et Saint*-Christophe marchaient sous la même bannière , et Ton ne sVtonnait pas d'y retrouver Cléli«, Arthémise et Lucrèce, au milieu d'ane procession de carmes et de cordeliers '. A rentrée du roi Jean , le 17 octobre i35o , les Lom-

* Extr. des registres de rhAt.-de-ville de Paris , Tan i5oi , ap. Godcf.y p. 687.

* Bref et sommaire recueil de ce qui a été faîct , et de Tordra tenue à la jojeuse *et triumphante entrée de très-

cbrestîen, etc prÎDce Charles IX, ea sa bonne ville et

cité de Paris, le 6 mars 1571. — In-4'*, Paris, i57«.

ga CEREMONIES DU SACRE.

bards et les usuriers , vêtus de robes de soie de deux couleurs, et la tête couverte, de hauts bonnets pointus , faisaient partie du cortège destiné à Tembellissement de la fête *. Les Vertus personnifiées et les sept Péchés mortels, à cheval, présidaient à celle de Charles VII ' , qu^gaya^ent encore des tableaux du Purgatoire et de PEnfer , et la représentation de saint Michel pesant dans sa balance les âmes des trépassés '.

Outre le ridicule de ces rapprochemens , chaque partie du tableau, considérée en soi, tfétait pas toujours le fruit d^une imagination réglée et d^un jugement bien sain.

On avait disposé à la Porte-Saint-Denis, pour rentrée de Louis XI, un vaisseau figurant les amies de la ville , et qui portait les trois états accompagnés de réquité et de la justice. Pour retracer le haut degré de puissance auquel le héros de la fête venait de s'élever par son sacre , on ne trouva rien de plus ingénieux que de faire hisser un mannequin revêtu d'habits royaux, à la hune du màt de la nef. On sentira facilement aujourd'hui toute Timperti-

' Belleforcst, Annal.

* « Et là vinrent au-devant de luj, montés sur diverses » Lestes , en manière de personnages , les sept vertus et les » sept péchés mortels fort bien faicts et habillez. » ( Chroniq. de Berry , servant de sup. à Jean Ckartier.^

' Recueil des offices de France, par Jean Chenu.

ENTRÉES DBS ROIS. g3

nence de cette invention; mais Tordonnateur avait sans doute pense qu'aune intention si clairement exprimée dans un emblème si noblement conçu, ne pouvait souflFrir aucune équivoque. Cest à la même entrée que de galantes sirènes fredonnaient des chansonnettes , à deux pas d^un théAtre de la Passion, où Jésus -Christ venait d'expirer entre deux larrons. Il faut entendre Jean de Troyes pour se faire une juste idée de la décence de ce spectacle. « Il y avait encore trois belles filles qui fai- » saient personnaiges de sercUneSy toutes nues , et » leur veait-on leur beau tétin droit séparé, rond )> et dur, qui était chose bien plaisante, et din saient de petits motets et bergerettes , etc.... ' » Cette dernière particularité, pour être fort connue , n'en est pas moins curieuse. La naïve liberté et les grâces enfantines du texte la rendent encore plus piquante. On y trouve, en quatre lignes, l'histoire du goût, des moeurs et du langage de ces temps, et Ton regrette de le voir défiguré dans Saint-Foix, qui ne rapporte que la version corrompue de Malingre \

Quelquefois la naïveté de certaines cérémonies coatrastait aipgulièrement avec cet échafaudage d'idées gigantesques, et tout ce grandiose d'exécution qui faisait le caractère de ces fêtes. Lorsque

Jean de Trojcs, Chronique scandaleuse, p. 18 de Tin-S^*. ' Essai sur Paris , t. 1 .

94 CÈRBMOFIlES W SACRE.

les pairs allèrent chercher Henri II pour le conduire du palais épiscopal à Féglise métropolitaine de Reims ^ ou il devait être sacre , le cardinal archevêque lui dit , qu'ayant appris qiiil était dans cette ville , il rCa^^ait pas voulu manquer de le v&^ nir voir et de lui /aire la révérence \ Voilà une harangue hien sans façon , et celui qui ne connaîtrait pas les antécédens , ne se douterait guère de quoi il s^agit. On retrouve le même caractère de naïveté dans la singulière prévoyance des officiers municipaux, à Feutrée d^Anne de Bretagne* Ils avaient placé de distance en distance ^ dans les rues où la reine devait passer, de petites troupes de jeunes personnes qui tenaient des pots de chambre tout prêts pour les dames et les demoiselles du cortège qui en auraient besoin. Rien de plus touchant , et, pourtant, rien de plus naturel quWe pareille précaution.

Ce nVst pas que les conceptions de ces temps fussent toutes également bizarres et de mauvais goût. On est surtout choqué deFensemble. LVsprit d^ordre ne peut se familiariser avec cette association de tableaux disparates; mais si Ton sépare chaque partie de son cadre , on trouve dans quelques-unes des détail^ spirituels, gracieux, et dont Teflet devait être plus* ou moins agréable. Par exemple , on avait disposé pour l'entrée d^Henri II , devant la

* Hist. des inaug. y p^ 4o8.

BNTBifiS OB6 ROIS. 96

principale porte de Reims, un thëâtrd^ orné de superbes colonnes, et surmonté d^une pomme suspendue au milieu d^une auréole resplendfesante, en iorme dé soleil. A Parrivée du roi , la pomme sV>uvrit et laissa à découvert un cœur d^où sortit une jeune fille de neuf ans, qui présenta les clefs de la ville à S. M., en lui adressant un compliment en vers. Les clefs remises , la jeune fille reprit sa place dans le cœur. Le cœur se referma , rentra dans la pomme , et rejoignit le soleil qui sVpanouit aussitôt en fleurs de^lis. Cette invention est assurément des plus ingénieuses , mais on est fAché de voir succéder à la nymphe solaire une vilaine troupe de satyres et de monstres marins qui n^avaient que faire au sacre du roi très-chrétien.

La Pucelle représentait la ville de Reims : c est ce qu^indique le sens du compliment rapporté par Godefroy '.

• Moi votre ancelle, qui Rheims vous représente,

» D'un cœur ouvert, plein de fidélité,

» Comme à mon roi, en toute humilité ,

» Les clefs des portes humblement vous présente. »

Cette coatume de la présentation des clefs, par une jeune fille, a toujours été observée depuis Charles VII , peut-être même est-elle plus ancienne. Néanmoins, je ne serais pas éloigné de penser qu^elle

* Céréni, fr. , in-f», t. « , p. 3o4.

96 CÉRÉMONIES DU SACRK.

s'est établie en mémoire de Jeanne d'Arc, qui, précédant Charles VII à la tête de ses troupes , lui ouvrit, pour ainsi dire , les portes de Reims , oii elle avait promis de le faire sacref.

Ces traits suflBront pour donner une idée du caractère et de la composition des fêtes royales du moyen- âge. On sent que tout cet appareil de théâtres, de costumes, de décorations et de machines , devait entraîner des dépenses énormes. Les caisses de là ville et du chapitre métropolitain en supportaient une portion. Les bourgeois euxmêmes devaient y contribuer pour des sommes plus ou moins fortes, selon la part active qu'ils prenaient à la fête et le prix des costumes affectés aux diverses corporations. A la rentrée de Charles VI à . Paris, deux mille bourgeois vêtus de robes mipartie vertes et blanches, reçurent le monarque aux portes de la ville dont toutes les rues étaient tendues des plus riches tapisseries '. Divers corps

• JuvénaL des Ursins , Hist. de Charles VI ^ p. 6, in-f« de Godcf. — Les corps des marchands de Paris , au nombre de six , comprenaient les drapiers, les épiciers, les merciers, les pelletiers et les orfèvres. Les membres de cette corporation étaient seuls admis aux entrées des princes et des lég^ats. (Suivant Sauvai , Antiq, de Paris, t. 2 , p. 467. ) Nous voyons cependant , par les anciens registres de la ville , que les bouchers participaient au même privilège , ou , si Ton veut , aux mêmes charges , et que Tautorité leur en faisait une obligation.

fiNTlléES DBS ROIS. 97

àe métiers, tels que les bouchers ^ drapiers, merciers, orfèvres et pelletiers , étaient tenus de faire certains frais d^habillement , de draperies et de tentures. Les registres de THôtel-de- Ville de Paris contiennent plusieurs ordonnances et actes dMnjonctions qui rappellent ou confirment Fobligation de ces corps. Ici, c'est une remontrance aux bouchers « pour faire ébattement à Ventrée de la reine , j» Anne de Bretagne. Là , une ordonnance pres- » crit aux quarteniers ' d'accompagner monsieur

' Les quarteniers étaient principalement chargés de la police des portes delà ville et des rues adjacentes, chacun dans son quartier , d'où ils prirent le nom de quarteniers. Les vers suivans de la^satir^ Ménippée font voir qu'ils éflient au nombre de seize :

A Paris seize qaartenîers , Â MoBtfiuteon seize piliers.

(D. deRicH.)

Il j avait aussi des cînquanteniers et des dixainiers qui étaient soumis aux quarteniers. Voici ce qu'en rapporte Gilles Corrozet dans ses Antiquités de Paris : « Quelle » meilleure police demande^vous , que celle de Paris sur » la première érection des quarteniers y chacun ayant son » département et quartier en la ville pour j surveiller , comme 9 un pasteur sur son troupeau , et ceux ayant les cinquan- » teniers et dixainiers , gens choisis et de bonne réputation ? » Les quarteniers sont comme colonels en un régiment, et les » autres comme capitaines ou lieutenans , chacun comman-

• dant en son canton A ce corps de ville obéissent les

» guets tant à pied qu'à cheval, etc » (^Ant, chron. ei

singuL de Paris, p. 67.)

^ CEREMONIBS DU SACBB.

9 legouvemeor,le preTOSI et les écberitts^ as-* » sistés d^un grand nombre de bourgeois des mieiuv » montés et habilles. » Il est dit ensuite que tous les merciers devront contribuer à la dépense du ciel ou dais de la reine , et ^ ce qu^il consfiendra faire et frayer. Ce dais était porte par quatre jures de la communauté, habillés d^écarlate. On.retroure même des actes qui enjoignent aux nobles bour-* geois.d^habiller leurs enfans richement pour ac<compagner les magistrats et figurer dans la céré^ monie ' . Ces dispositions sVppliquent à la ville de Paris.

^ Extraits Ab reg. de THAtel-de-^TiUe de Parh , Tao i5o t j ap. Godef. , in-f* , p. 688. — L*usage de faire figurer les corps de métiers dans les grandes solennités et les fêtes publiques , s'est perpétué en France jusqu'à dos jours. A la naissance idu premier dauphin ,fils de Louis XVI , on vit ces corporations parées de levrs plus beaux habits et distinguées y entre elles , par les attributs qui leur étaient propres j donner , à Yer*aailles , le spectacle singulier et vraiment curieux de Tindiis-» trie et des acts personnifiés dans un tableau vivant. Des ramoneurs portaient une cheminée richement déceurée j au sommet de laquelle était juché le plus petit du métier. Les porteurs de chabes en avaient une toute dorée ^ où se pavanaient une belle nourrice et un petit dauphin. Les bouchers paraissaient avec leur bœuf gras ; les serruriers frappaient sur une enclume ; les eordonniers achevaient une petite paire de bottes p<yur l'enfant royal \ les tailleurs, un petit uniforme de son régiment , et tous ces cerpa èMlaient devant le roi $ mais croirait-on que les fossoyeurs osèrent paraître aassi avec les

BXTRBBS DES ROIS. 99

L^ittaga de mettre une partie des frais du sacre ' et du festin royal à la charge de rarchevéché et de la bourgeoiaie deReimS) remonte à Louis VIII. Guillaume de Joinville, alors archevêque ^ se trouva tellement obéfé par la dépense du couronnement dont il s^était fait fort, que le roi décida qu^elIe serait répartie entre les échevîns et les bourgeois pour une portion que fixerait le prélat *. Cet usage s^est maintenu depuis jusqu^à un certain point ; mais la ville et les habitans étaient ordinairement indemnisés par de riches présens , outre les franchises et les privilèges que le nouveau monarque lenr^accordait ou confirmait.

Les^^pr^ens étaient réciproques. Ceux du prince passaient pour une faveur; mais la ville, par suite d*un usage aussi ancien que la monarchie , ne pouvait se dispenser d^en faire au roi , à titre d^hommages et pour Facquittement d^une sorte de rede- Tance exigible. Uofirande des sujets qualifiée, suivant Sauvai, de puhlica DonUy ou annualia Débita ', se renouvelait chaque année sous les deux premières races ) et les 'plus grands seigneui*s, même les princes souverains , y contribuaient , chacun

marques sinistres de Uar profession ! On les chassa bientôt ; mais lear présence avait déjà été remarquée par d'augmtes personnes qu'elle saisit d'eflfroi.

* Lettres-patentes du mois d*aoAt iss3.

' Saurai, Antiq. de Paris, t. a , p. 438.

iOO CEREMONIES DU SACRE.

selon son rang et sa situation politique àTegard du monarque '.

On ignore de quoi se composèrent ces presens jusqu^à Charles VI. Ceux dont les registres de la ville et les chroniques font mention depuis ce règne , consistent principalement en vaisselle dW ou d^argent et en ligures symboliques d^un travail plus ou moins précieux'.

L^une des pièces les plus remarquables en orfèvrerie figurait un char de triomphe soutenu par quatre dauphins et traîné par des lions 9 dont, le

> De tous les présens faits aux princes du sang royal de France , le plus singulier est assurément celui que Lothaire sollicita et obtint du pape Adrien II : il se composait d^une lionne, d*une palme et à! Mue férule, emblème des désirs et des espérances du monarque. On a prétendu que la lionne figurait Valtrade ou Valdrade , sa maîtresse ; la palme , son triomphe sur ceux qui s'opposaient à ses entreprises; et la férule, Vascendant qu'il aurait voulu prendre sur les prélats dont il croyait avoir le plus à se plaindre. C'était 9 en effet ^ par l'autorité de l'Eglise qu'il avait été contraint de rompre un com* raerce scandaleux avec cette Valdrade , la plus cruelle persécutrice de la reine TKietberge, et à laquelle il espérait encore se réunir.

' Les présens faits à la reine Anne, à se^ entrées en i5oi et i5o4 , représentaient une valeur , le premier de 6000 , et l'autre de 10,000 livres de ce temps. François I"* en reçut un de 10,000 livres, à son avènement à la couronne. Mais on ne pourrait apprécier la valeur relative de ces présens que par des calculs de comparaison dans lesquels nous n'entrerons point ici.

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NY i,i,^,io,M,i2.ei j3 , Couronnes lies ont

de Thêodohù . — 7; Cottnynne de Ciotilde^, -*

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ENTREES DES BOIS* lOi

corps municipal de Paris fit hommage à Charles IX, le lendemain de son entrée solennelle, en 1671 . Le groupe principal orné de devises et de bas-reliefs était surmonté de deux colonnes chargées de le statue du roi , et porté sur un piédestal représentant diverses baitatUes, le tout fait ^ suivant la re;lation du. temps 9:^^ fi^ argent doré d^or de ducat ycizeléf buriné et- cànduict dUine teile manurfacture^ que la .façon, surpassait Vestoffe '. La statue queJia^m^mêîViUeoftrità'Charies-Quint semblarait mériter aAissi quelque distinction. Çétait un Hercule, d^rgént massif,; cou vert dWe peau dé lîo^ dW, de sept pieds de hauteur,' et du poids djB i,oo marcs.^Ces.proportions, si elles sont exactement rapportées , supposeraient une délicatesse exquise d'^exécuti6n.:Ilfallait,.sans doute, une assez grande connaissance dé Part pour produire une figure d'or et dWgent de séptpieds,qui n^aurait pesé ^e cinquante livres. On voit par-là que la ville faisait aussi des" présens aux princes étrangers; mais ce nVt^iit quVn vertu d'ordres positifs du roi. Elle s^abstenait même de rien offrir aux princes du sang français , tant qu'elle n'y était pas autorisée par lettres-patentes , quoique ces offrandes se bornassent à des choses fort simples, oii d'une médiocre

^ Bref et sommaire recueil de ce qui a été fait à la joyeuse et tnompbante Entrée de très'-chrétien prince Charles IX ^ elc Paris , 1753 , in-4«. Voy, la figure du char, p. 54-

iOa CEREMONIES DU SACRE.

valeur' . Un assortiment de confitures, de dragtSes, d'^hypocras et de cire en faisait ordinairement tous les frais. Henri de Bourbon, roi de Navarre, depuis lienri IV, ne reçut pour tout présent, que des sucreries , et encore Fallut-il un ordre du monarque . régnant pour autoriser ce modeste hommage* On peut citer comme une singularité en ce genre , le Cerf de confitures que la ville présenta en 1467 à la reine épouse de Charles VI , avec les armes de la princesse pendues au cou dePActéon'. Mais cette bagatelle accompagnait un don moins fri^e,. et la co/ifiture notait ici que pour la forme '•

Les frais dVntrées et de présens dont les villes étaient plus ou moins grevées, ne dispensaient pas d^acquitter les droits de joyeux avènement à ia couronne^ qui étaient de deux sortes : les uns oti*^ les, les autres simplement honorifiques.

Les premiers s'exerçaient par le prélèvement d'impôts sur les corps privilégiés, les coinmunautés d'artisans, des villes et des bourgs, les maîtrises et jurandes du royaume, pour la confirmatidn.de

' Ce ne fut que d'après Fautorûation ou l'ordre formel de Charles IX , qu'elle fit agréer un présent au duc d'Anjou, frère de ce prince. ( Sauvid , uBintp, )

• Bonfons, Antiq. de Paris, p. 263. B.

' L'étiquette du temps voulait qu'il entrât des épîces, c'està-dire deà sucreries , dans ces sortes d'hommages. — Llijpoçras était ordinairement da vin préparé «vec du sucre , du. miel et de la cannelle.

BNTRKB8 OB8 SOIS. 103

leurs offices , facultés, prérogatives, franchises, etc., dans lesquels ils étaient déclares maintenus par les premiers actes de souveraineté du monarque*

Les droits honoriBques consistaient dans le re^ . nouvellemeul des foi et hommage dus à la personne' du roi, la concession des lettres de grâce aux cri-* minels , et la faculté de disposer d^une prébende dans chaque cathédrale.

On a prétendu que cette taxe était inconnue en France avant le règne de Henri III ; c'est une erreur. Son origine rismontie à Philippe-le-> Hardi, qui, ne trouvant pas dans les impôts de son temps les moyens d'acquitter lés dettes con^ tractées par saint Louis, pendant sa longue captivité, établit le droit de joyeux avènement, et le fit Confirmer , comme loi de TÉtat , par ua arrêt du parlement daté delà Chandeleur 1274 '• Il {>araltrait même que Philippe n'en était pas l'inventeur, et qu'il n'aurait fttit que naturaliser en France ce qui se pratiquait dans Tancien royaume de Jérusa-^ lem. Du Cange cite un Godefroy qui, à raison de Textrême rareté du numéraire, fut obligé de convertir en denrées, telles qqe grains et vins, la paiement de ce qui lui était dû pour son avènement au trône '. On convient que l'exercice de ce droit a été souvent interrompu depuis le treizième

' Le P. Hénaalt, t. 1 , p. 2Sy de son Histoire de France^ * Dissêrt. sur U droit dej'of. win. ,par H. d*Aniauh.

lo4 GÉRÉMONIBS DU SACRE.

siècle jusqu^au commencement du seizième. On sait qu^en ±383 les habitans de Cambrai offrirent à Charles y I une somme de six miUe livres, et que cent ans après, les États assemblés à Tours accordèrent à Charles VIII, outre deux miUioiiS cinq cent mille livres de subsides , trois cent mille livres pour son joyeux avènement, à repartir survies trois ordres *. Mais on n'a rien de certain sur les autres règnes antérieurs à François P'. Ce nVst que depuis ce prince, lui compris, que le droit de joyeux avènement a ète recouvre sans lacune, et comme un tribut légitime , au commencement de chaque règne , jusqu'à Louis XV. Par la déclaration du 3o septembre 1723 ', Tancienne

* Voy. la forme et ordre de rassemblée des Estatz tenuz d Tours , régnant le rojr ' très- ckres tien , Charles kuictiè/ne de ce nom (an 14^4)9^^ ce qui jr/ut remonstré, décidé et ordonné- . ' Déclaration du régent, dont voici le préambule : « L'aflFection que nous avons pour nos sujets , nous a empêchés jusqu'à présent d'ordonner le paiement d'un droit si légitime et si anciennement établi. "Nous nous* flattions même avec plaisir de pouvoir en faire la ret^ise à nos peuples ; mais , quoique le bon ordre établi dans nos finances nous mette en état de payer exactement sur- le courant de nos revenus, toutes les charges ordinaires de notre État;. comme il est impossible que les revenus soient suffisans . pour payer ce qui reste dû du passé , et qu'il est nécessaire d'y pourvoir par un fonds extraordinaire , nous avons cru qu'il n'y en avait pas de plus juste ni de plus légitime que la levée d'un droit qui a été perçu par nos prédécesseurs ,

EIfTREBS DBS ROIS. 105

noblesse, le haut clergé et les cours supérieures furent exceptés de cette charge qui, pesant outre mesure sur les classes inf(£rieures , fit murmurer le peuple et demeura sans effet '. Alors, elle pa-

» dans des temps même où les besoins n'étaient pas aussi » pressans 9 ni la destination du produit aussi favorable, » etc.,.. » ÇRec. des éd et ord.)

^ La noblesse acquise depuis i643 par prévôté de marchands , mairie , écbevinage ^ jurats y consulats , capitouls et offices autres que ceux des secrétaires du roi , de la ^ande cbancellerie et près des cours supérieures , j était taxée sur le pied do a,ooo liv. par tète ;

Les offices de finances qui donnaient la noblesse , à raison du denier trente de leur valeur;

Les offices de justice et de police ^ sur le pied du denier soixante ;

Les vétérans des offices qui donnaient la noblesse devaient payer la moitié des titulaires des moindres offices jouissant des mêmes privilèges.; . «

Les veuves , un quart ;

Les vétérans des autres offices , le quart y

Les veuves , le huitième/ .Les foires et marcfats y une demi-mnnée de revenu;

Les usages et comroujfes , une année de ret^efiu ;

Les dons , concessions , privilèges , aubaines et confiscatiens y une année de reçenu ;

Les droits de m^oulins y forges , verreries , péages , bacs , passages , et des écluses y une année,.,. ( Extr. de la Notice de M. d'Arnaulty ancien conseiller à la chambre des comptes.) Yoy. y sur ce même sv^V^ le Vict. des arrêts , par Brillon , au mot événement.

Indépendamment des classes ci-dessus indiquées , « toutes

106 CiBRéMOIfIBS DU SACRB.

raissait prendre un autre caractère, et sa légitimité fut remise en question.

On sent bien qu^on ne peut plus senger à la faire revivre, du moins sous la même forme. Elle a, d^ailleurs, été abolie de fait par un prince dont les premières paroles, comme souverain, furent des actes de bienfaisance et de bonté. Louis XVI en fit la remise à Fexemple de Louis XII, comme s^il eût envié dès-lors le beau titre de père du peuple, qu'il mérita de partager avec lui \

Au reste, la suppression des mystères et des représentations analogues n'a rien diminué de Féclat

I» communautez de mardianck, arts et métiers où il y a jurande » et maîtrise , les privilégiez , les hôteliers et cabaretiera , » et tous autres possédant offices , maîtrises y droits et privi- » léges y furent déclarés tenus de payer les sommes auzqnel- » les ils seraient taxés par les rôles arrêtés au conseil , pour » demeurer confirmés dans leurs offices et privilèges^ » {Àrrét du conseil du roi , du3o septembre ijaS. ) ^

' Le lecteur me saura gré , sans doute , de reproduire ici le préambule de Tédit de Louis XVI portant remise des droits de joyeux avènement. Rien ne peint mieux la haute probité et les vertus philan tropiques de cet excellent prince.

« Louis, etc salut.

> Assis sur le trône où il a plu à Dieu de nous élever , nous espérons que sa bonté soutiendra notre jeunesse , et nous guidera dans les moyens qui pourront rendre nos peuples heureux , c'est notre premier désir \ et connaissant que cette félicité dépend principalement d'une sage adminiptration des finances , parce que c'est elle qui détermine un des rap-

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