‹ Des circonstances actuelles qui peuvent terminer la Révolution et des principes qui doivent fonder la république de FranceChapitre 1 sur 28 · RUE DE SEINE · texte numérisé non relu

RUE DE SEINE

liNTRODUCTION

M. A. Sorel a dit de M'"^ de Staël qu'elle a été un des esprits « les plus ouverts et les plus étendus qu'on ait vus » (1). D'autre part, M. Eugène Rilter a constaté que M'"*' de Staël avait, sur la Révolution, des souvenirs aussi vifs que variés, et que « les livres où elle les a consignés sont des témoignages historiques dont l'intérêt ne s'eflacera pas » (2). Un nouvel ouvrage sorti de ce noble esprit ne peut donc que présenter le plus vif intérêt à ceux qui cherchent à bien connaître la Révolution, comme à tous ceux qui, dans la crise que nous traversons, song-ent, eux aussi, à arrêter la Révolution et à rendre la république définitive en France. L'historien, comme l'homme poHtique, le littérateur, comme le simple citoyen soucieux d'assurer sur la liberté et la justice les destinées de son pays, trouveront leur profit dans le livre éloquent et sincère qui dormait jusqu'à ce jour dans nos archives et que nous publions sous le titre même

(1) Albert Sorel, Mme de Staël, Paris, Hachette, p. 11.

(2) Eugène Ritter, Notes sur iT/^e de Staël, Genève, 1899.

que lui donna son auteur : Des circonstances actuelles qui peuvent terminer la Révolution et des principes cjui doivent fonder la République en France.

A ce propos, une première question se pose sans doute à l'esprit du lecteur. Comment un ouvrag-e de M™^ de Staël a-t-il pu rester si longtemps inconnu et inutilisé ? Pourquoi l'auteur lui-même ne l'a-t-elle pas donné au public, si elle l'en jugeait digne^ et comment l'éditeur d'aujourd'hui a-t-il été amené à se substituer à elle ?

Nous allons essayer d'abord de répondre à cette question préliminaire.

Préoccupé depuis quelques années d'écrire un ioar une Histoire des idées républicaines en France, nous avions remarqué, en parcourant les catalogues des nouvelles acquisitions delà Bibliothèque nationale, un manuscrit ainsi désigné : Fragments politiques de M™^ de Staël (1). Ces « fragments politiques » sont en réalité un ouvrag-e entièrement rédigé, qui va du folio 43 de la pagination actuelle, jusqu'au folio 297. Seules, les 43 premières pag-es sont constituées par des notes rapides prises par l'auteur au cours de ses lectures, et qui devaient lui servir pour sa rédaction définitive (2).

(1) Bibl. nat. n. a. fr. 1300.

(2) Nous les avons rejetées en appendice pour que les spécialistes puissent juger de la méthode de travail de l'auteur.

INTUODICTIO-N

Cet ouvrage n'avait pas échappé entièrement aux historiens et aux littérateurs. M. Paul Gautier l'avait présenté au public lettré, dans un article de la Revue des Deux-Mondes du l*''" novembre 1899 intitulé : M""^ de Staël et la République en IlOS, mais il n'en avait pas donné la cote. M. Paul Gautier utilisa de nouveau partiellement ce manuscrit, dans son livre : M™« de Staël et NapoUon{i) et, à l'occasion de la soutenance de cette thèse en Sorbonne, M. Aulard, a qui les études sur la Révolution sont si grandement redevables, en sig'nala plusieurs fois l'intérêt aux lecteurs de la Revue de VUisloire de la Révolution. Il souhaitait en même temps que l'ouvrage fût enfin publié par un « éditeur intellig'ent. » Plus récemment, M. Edouard Herriot consacra l'une de ses thèses de doctorat ès-lettres à Un ouvrage inédit de 37'"^ de Staël, les fragments d'écrits politiques (2). Dans ce travail d'une centaine de pages, M. Herriot décrit le manuscrit en question ; il cherche à en déterminer la date de composition, l'orig'inalité et la valeur, et il conclut en disant : « II semble qu'il y aurait lieu de publier, dans son texte complet, le manuscrit de 1799. Pour nous, il nous suffit d'avoir essayé de montrer ce que g'agnerait à cette publication la gloire d'une femme éminente, que nous connaissons mal encore et qui, certainement, n'a

(1) Paris, Pion et Nourrit, 1903.

(2) Paris, Pion et Nourrit, 1904.

VIII INTUODUCTION

pas reçu tous les éloges qu'elle a mérités. On peut, eu tout temps, différer d'opinion sur l'organisation d'une République ; on devrait s'accorder sur ce point qu'elle ne peut vivre qu'en se fondant sur un certain idéalisme. C'est la vérité qu'affirmait, dès 1799, M'"^ de Staël ; de là viennent la valeur et l'originalité de l'ouvrage que nous avons étudié. » Il n'en fallait pas tant pour nous décider à faire une puljlicalion à laquelle nous étions résolus depuis plusieurs années déjà(l).

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