‹ Des circonstances actuelles qui peuvent terminer la Révolution et des principes qui doivent fonder la république de FranceChapitre 2 sur 28 · DATE DE L OUVRAGE · texte numérisé non relu

DATE DE L OUVRAGE

A quel moment de sa vie agitée, M™^ de Staël a-t-elle rédigé son ouvrage Des circonstances actuelles ? La réponse que nous donnerons à cette question fera comprendre comment il se fait que ce livre si intéressant n'ait pas été publié par elle.

D'après M. Paul Gautier, « ce livre a été écrit après le coup d'Etat du 18 fructidor et les élections de l'an VI, pendant l'expédition d'Egypte, probablement dans les derniers mois de 1798 ou tout au commencement de 1799 » (2).

Nous croyons qu'il est possible de préciser davantage.

L'ouvrage a été écrit après le 18 fructidor (4 sep-

(1) La Revue chrétienne a publié, dans son numéro du 1er janvier 1904, le chapitre Des Religions.

(2) Revue des Deu.€ Mondes du l'"' novembre 1899.

tembre 1797), puisque son auteur commente cet événement, et pendant l'expédition d'Eg-yple, puisque M'"'^ de Staël fait allusion à l'absence de Bonaparte (1). Mais il faut écarter la date de 1798 que M. P. Gautier indique comme possibh;, car M™" de Staël, dans son dernier chapitre, indique nettement cette année comme passée (2). De plus, M™® de Staël, en parlant un peu plus loin de la situation des parlis avant le 18 thermidor, s'exprime ainsi : «Il y a dix-huit mois le retour des anciens préjui^és était à craindre », et cette indication nous ramène aux mois de février ou mars 1799. L'étude attentive de notre manuscrit nous amène donc à cette conclusion qu'il a été rédigé, au plus tôt, dans les premiers mois de l'année 1799.

On comprendra par là môme comment il se fait qu'il n'ait pas été publié par son auteur.

En juillet 1799, M"'^ de Staël demandait et obtenait un passeport pour se rendre à Coppet, et elle ne devait rentrer à Paris que le soir même du 18 brumaire, 9 novembre 1799. Elle se proposait, dans son livre, de sauver la république et de mettre la liberté au dessus des atteintes du pouvoir personnel. Elle avait l'esprit trop éveillé pour ne pas voir qu'avec Bonaparte au pouvoir disparaissaient

(1) « Buonaparte lui-même serait importuné, s'il revenait parmi nous. » etc., cfr. p. 405 de notre édition.

(2) « .J'avais raison de dire, je crois, qu'en 1791, on avait fait une République plus un roi, et, qu'en 1798, on faisait une monarchie moins un roi », p. 265.

INTUODL'CTION

pour loni^tcmps ses plus chères espérances. Comme beaucoup d'autres, elle se lut d'abord, parce que Bonaparte avait ramené un sentiment de sécurité que l'on n'éprouvait plus depuis longtemps. Mais on sent, même alors, dans ce qu'elle écrit, le mélancolique regret de la liberté perdue. On lit, dans une lettre à un oncle de son ami Benjamin Constant, datée du 8 juin 1800 : « Le vrai tribun, le vrai sénateur, le vrai législateur, c'est Bonaparte. Le pays s'en porte beaucoup mieux. N'est-ce pas alors le cas d'oublier les principes ? C'est ce que l'on fait assez généralement (1). » Oui, elle-même, pendant quelques mois, à la suite de Benjamin Constant, oublia les principes. Elle garda, comme désormais inutile, son manuscrit dans ses papiers. Lorsqu'elle fut ensuite exposée aux visites domiciliaires de la police impériale, elle le confia à son amie M'"*' Bécamier, de qui le tenait sa nièce M"^ Lenormant, qui le légua elle-même, en 1885, à la Bibliothèque nationale.

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