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III

L'invasion des Hyksôs en Égypte.

La prise de Babylone par les Hittites (1925) tombe vers le milieu de la XIIe dynastie égyptienne; l’avènement des Rassîtes à Babylone (1760) coïncide avec le début de la XIIIe dynastie (vers 1788) ; c’est à la fin de la XIIIe dynastie (vers 1680) qu’une invasion venue d’Asie, celle des barbares Hyksôs , conquiert la Basse-Égypte. Ces grands faits sont en connexion évidente. L’Égypte, dont la richesse et la fertilité étaient proverbiales, ne pouvait échapper aux attaques des Barbares ; dès qu’ils eurent dévoré et digéré les États civilisés d’Asie, ils descendirent le couloir qui mène de l’Euphrate au Nil, le long de la côte, et tentèrent d’envahir le Delta.

(1) XXXVI, 54-55. — (2) Mercure de France , /. c., p. 399.

Arrivée de Cananéens à Beni-Hasan, vers 1900. (d’après Newberry Beni-Hasan, I, pi. 30).

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Cette période, où l’Egypte a subi les mêmes épreuves que les autres vieilles civilisations asiatiques, est encore très mal connue. De même qu’en Babyloîiie les textes se taisent, ou manquent, dans ces siècles critiques où Hittites et Kassites occupent le Sinéar, — de même, en Egypte, les monuments semblent disparaître, en même temps qu’approchent les Barbares. Cependant il est acquis que l’invasion fut précédée d’une période d’infiltration lente et pacifique, analogue à celle des Kassites en Babylonie.

Le récit des aventures de Sinouhet nous apprend que les émigrés égyptiens étaient nombreux et bien accueillis en Syrie au début de la XIIe dynastie. Au temps de Senousret II, l’an 6 du règne (vers 1900), environ vingt-cinq ans après la prise de Babylone par les Hittites, un tableau gravé sur les murs d’un tombeau de Beni-Hasan (Moyenne-Égypte) atteste qu’un des faits considérables de l’époque avait été l’installation loin du Delta, en pleine vallée du Nil, d’émigrés asiatiques : une bande de guerriers, armés d’arcs, de lattces, de boumerangs, vêtus de robes de laine à dessins bariolés, ou de pagnes à l’égyptienne, arrive devant le nomarque, escortant des baudets chargés d’une mince pacotille de poudre d’antimoine, produit asiatique; un joueur de lyre et un guerrier accompagnent les femmes dont les lourdes robes sont richement brodées; le chef ( keqa khcist , «cheikh du désert ») de cette petite tribu de trente-sept personnes, pousse devant lui un bouquetin, qu’il présente comme cadeau; son nom est Ibsha (fig. 22). Un scribe royal présente au nomarque une tablette où il est écrit que « des Amou sont venus, au nombre de trente-sept, pour apporter au nomarque de la poudre d’antimoine du Pays-vide (le Désert) » (1). L’intervention d’un employé de l’administration royale, qui dénombre et présente lui-même les Asiatiques, montre que leur installation à Beni-Hasan avait un caractère officiel. Ce

(1) Bibliographie: G. Maspéro, XX, I, 468; cf. Weill, X, t. VIII, p. 204.

ne sont ni des commerçants, ni des artisans libres, qui viennent tenter fortune en Egypte, mais une famille complète, ou une petite tribu de réfugiés, qui a demandé l’hospitalité du Pharaon et que celui-ci dirige sur le nome de Beni-Hasan. C’est la première fois que pareille scène est représentée en Égypte; le document est jusqu’à présent unique. N’en faut-il pas conclure à un exode de la population de Palestine, chassée vers l’Égypte par un événement extraordinaire, et cherchant refuge auprès de Pharaon? Le rapprochement de la date donnée (1900) avec celle de l’invasion hittite (1925) permet de supposer que cet exode avait quelque corrélation avec l’ébranlement des populations nomades, refoulées dans le couloir qui mène à l’Égypte.

Or, sous le règne du souverain suivant, Senousret HJ, les armées égyptiennes sont sérieusement engagées au centre de la Palestine : le danger est donc devenu menaçant. Senous* ret III vint en personne pour « frapper les Mentiou-Settiou, de Sekmem (Sichem) et le misérable Lotanou fut renversé »; le général Sebek-Khou, qui nous raconte le fait, dut cependant « protéger l’arrière-garde » de l’armée égyptienne contre les Amou et se glorifie « de ne leur avoir pas tourné le dos» (1); le fait indique que l’armée égyptienne dut battre en retraite sans beaucoup de gloire. Le ton a changé dans le récit des exploits guerriers; voilà qu’apparaît l’épithète de «misérable » appliquée aux Asiatiques, ce qui ne s’était pas rencontré jusqu’à présent dans les récits de campagnes en Asie. Cependant les armées égyptiennes sont encore maîtresses de la situation ; en l’an 45 d’Amenemhet III (vers 1804), un chef d’expéditions, Phtahour dit « qu’il a apporté au roi les tributs des Mentiou, à son retour des vallées mystérieuses et des pays reculés jusque-là inconnus » (2). D’autre part, on envoyait des

(1) Garstang, El Arabah, pl. 4-5 ; cf. X, t. IX, p. 2 sq. Pour l’identification de Sekmem, cf. XXII, § 290.

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