XVII, I
LES PREMIERS EMPIRES D’ORIENT
émissaires en ambassade auprès du cheikh du Lotanou (1). Nul doute que la situation en Palestine préoccupait le Pharaon.
Ce qui se passa sous la XIIIe dynastie (1788 à 1660), et comment l’orage qui grondait aux portes de l’Egypte a fini par renverser les dernières barrières, nous ne le savons guère, faute de monuments. Toutes les présomptions indiquent que le danger extérieur s’accrut du fait que des rois très nombreux, aux règnes très courts, se succédèrent sur le trône : c’est l’indice habituel de l’anarchie en Égypte. Une période de rivalités dynastiques, guerres intestines, compliquées d’invasions étrangères, s’étend de la XIIIe à la XVIIe dynastie ; le moyen Empire thébain finit donc comme l’ancien Empire, à cette différence près que les troubles sociaux sont moins graves; par contre, le péril asiatique est très menaçant. L’histoire et la chronologie souffrent ici du manque presque total de monuments importants, conséquence ordinaire des invasions en pays d’Orient. Les sources officielles sont à peu près de nul secours : les tables de Saqqarahet d^Abydos passent sous silence tous les pharaons de la fin de la XIIeau début de la XVIIe dynastie (2); le papyrus de Turin, déplorablement mutilé, énumère un grand nombre de noms royaux, dont le classement est extrêmement malaisé, mais qui appartiennent vraisemblablement à des dynasties locales simultanées. Quant aux sources grecques, loin de dissiper l’obscurité, elles ne font qu’accumuler légendes, erreurs et contradictions. Les abréviateurs de Manéthon n’hésitent pas à attribuer 1570 ans à l’intervalle qui sépare la XIIe de la XVIIe dynastie; mais les données précises résultant des dates sothiaques réduisent ces chiffres fabuleux à 210 ans, d’après la démonstration faite par Ed. Meyer (3).
(1) Weill, X, t. IX p. 9-10; cf. XXII, §289.
(2) Par contre, la liste de Karnak cite 35 noms des XIIIe et XVIIe dynasties.
(3) XXIII, 79 sq.; XXII, § 298 sq.
Comme nous le verrons plus loin p. 294, n. 3, cette « chronologie courte » (1) est confirmée par les récentes découvertes en Crète et dans le reste du monde oriental.
Ces réserves faites sur le nombre des rois et la chronologie démesurée de Manéthon, nous pouvons user du cadre commode des dynasties pour classer les rares faits historiques qui surnagent sur ce chaos.
La XIIIe dynastie comprend en réalité trois familles royales dont les nombreux souverains, aux règnes très courts, n’ont laissé que de rares monuments. Plusieurs de ces pharaons sont des usurpateurs, ce qui se reconnaît aux titres insolites qui figurent dans leurs cartouches : l’un d’eux prend comme nom royal son titre de « général » ; un autre y inscrit son surnom « le Nègre ». Celui-ci, qui appartient à la fin de la dynastie, se déclare « aimé du dieu Seth d’Avaris » (2) : or Seth est le dieu égypto-sémite des envahisseurs asiatiques, les Ilyksôs; Avaris est leur capitale; il est donc très vraisemblable qu’avant la fin de la XIIIe dynastie, par conséquent dès 1700, les Hyksôs avaient pénétré dans le Delta et imposé leur joug aux rois égyptiens, au moins dans la Basse-Égypte.
Le nom d’Hyksôs, donné à ces envahisseurs, nous vient de Manéthon, cité par l’historien juif Josèphe ; il l’applique aux chefs, plutôt qu’aux peuples mêmes, et il le dit composé de deux termes : 6* —hyk qui, dans la langue sacrée, signifie roi , etffooç dont le sens, en langue vulgaire, est pasteur ; l’ensemble ferait « rois pasteurs » (BaciXeTç TrotpUvsç). Cette explication de Manéthon n’est pas dépourvue de vraisemblance, car les Égyptiens, comme nous l’avons vu, appelaient du nom d eheqa les cheikhs arabes, palestiniens, syriens du Sinaï ou du Lotanou ; d’autre part, shôs signifie, en copte, « pasteur » et dérive d’un mot égyptien sha’sou qui s’applique aux nomades
(1) Elle est contestée par plusieurs historiens, tels que Petrie et G. Maspéro.
de FArabie et de la Palestine. Cependant il est généralement admis que c’est là une « étymologie populaire » erronée : l’origine du mot semble être dans le terme heqa-kha’sl , « régent du désert, ou des pays étrangers », qui, depuis la VIe dynastie jusqu’aux temps ptolémaïques, désigne ordinal-* ment les chefs de tribus asiatiques (1). Rappelons que le chef de la tribu sémite installée par Senousretllà Beni-Hasan porte précisément ce titre heqa-khd si , dont on a pu tirer le vocable Hyksôs', par la suite, les rois conquérants de la XVIIIe dynastie continueront à appeler de ce nom une partie des tribus asiatiques qu’ils combattent (2).
De l’invasion finale, Manéthon a fait un récit (conservé par Josèphe) que nous devons citer : c’est le seul témoignage aujourd’hui conservé sur ces invasions barbares dont la Baby- Ionie et la Syrie avaient souffert, avant la vallée du Nil.
« Sous le règne du roi Timaios (3), la colère divine souffla contre nous, je ne sais pourquoi ; contre toute attente, des hommes d’une race inconnue, venus de l’Orient, osèrent envahir notre pays, s’en emparèrent aisément et sans combat, firent prisonniers les chefs, puis brûlèrent sauvagement les villes, saccagèrent les temples des dieux et maltraitèrent durement les habitants, égorgeant les uns, réduisant en servitude les autres avec leurs enfants et leurs femmes. Enfin, ils firent roi l’un d’eux nommé Salatis. Il résidait à Memphis, imposa tribut à la province supérieure et à l’inférieure (4) et mit des garnisons dans les places les meilleures. Il fortifia particulièrement la frontière de l’Est, prévoyant que les Assyriens, devenus un jour plus puissants, auraient le désir d’envahir par là son royaume... Aussi fortifia-t-il Avaris et y installa-t-il une garnison de 240000 hommes. Il y venait au temps de l’été,
(1) Weill, La fin du moyen Empire , 187. Cf. B. Gunn et Alan H. Gardiner, ap. XIII, t. V, p. 38.
(2) Sethe, ap. XII, 47, 84. — (3) Inconnu des monuments.
(4) La Basse et Haute-Égypte*
tant pour distribuer le blé et payer la solde, que pour exercer assidûment les troupes, afin d’inspirer de la crainte aux étrangers... (1). »
Aucun texte hiéroglyphique ne donne un récit qu’on puisse comparer à celui de Manéthon ; mais il n’est pas d’usage que les documents officiels décrivent les désastres infligés à l’Égypte.
Par contre, après la revanche, on trouve des allusions aux temps néfastes de la défaite, où l’Égypte était dévorée par la « peste » ( iadi ) (2) des envahisseurs. Thoutmès I dira de ses propres sujets : «J’ai rendu victorieux ceux qui étaient dans la terreur et j’ai écarté d’eux le malheur (3). » La reine Hatshepsout rappelle « qu’elle a restauré ce qui était en ruine, depuis le temps où les Amou résidaient dans le périmètre du Delta et d’Avaris, et où les nomades ( Shemamou ) parmi eux renversaient ce qu’on avait établi; ils régnaient en ignorant le dieu Ra, et personne n’obéissait aux ordres du dieu » (4). Plus tard, un conte populaire, qui nous est parvenu dans une rédaction de la XIXe dynastie, s’exprime ainsi : « Il arriva donc que la terre d’Égypte était aux pestiférés, qu’il n’y avait point de Seigneur Roi (légitime). Vint le jour où le roi Seqeninra était prince dans le pays du Sud, les pestiférés (étaient) dans la ville des Amou, et le chef Apopi dans Avaris, car il commandait à la terre entière, qui apportait tous ses tributs et toutes les bonnes choses de l’Égypte du Nord... Or le roi Apopi prit le dieu Soutekhou comme maître, et il n’y eut plus de tributs pour aucun dieu de cette terre entière, excepté pour Soutekhou (5)... » C’est dans les mêmes termes que Mernephtah, à la fin de la XIXe dynastie, rappelle les faits : « On n’avait pas vu
(1) Josèphe, C. Apion , I, 44, 85. Cf. Th. Reinach, Textes relatifs à l’histoire du Judaïsme , p. 23.
(2) Cf. Gardiner, Admonitions , II, 5-6, même expression.
(3) Sethe, Neue Spuren der Hyksos, ap, XII, t. XLVII, p. 73 (cf. Urk ., IV, 102).
(4) Urkunden, IV, 390. — (5) Maspéro, Contes , p. 289.
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cela dans les Annales des rois de la Basse-Égypte, alors que
cette terre d’Egypte était en leurs mains, lorsque la peste survint, en ce temps où, des rois de la Haute-Égypte, aucun ne fut connu qui les repoussât... » (1). M. Raymond Weill, tirant parti de l’imprécision de ces récits, considère toute l’histoire de l’invasion hyksôs comme une construction légendaire (2); pour lui, les rois hyksôs seraient en réalité une dynastie égyptienne du Delta, qui aurait pris des Asiatiques à son service pour combattre les rois thébains; il considère comme lieux communs sans valeur historique les témoignages que nous venons de citer. Telle n’est pas l’opinion de la plupart des historiens (3) ; pour nous, l’imprécision des textes égyptiens s’explique par l’amour-propre des Pharaons et la honte d’évoquer en termes clairs les temps de la défaite ; mais nous ne doutons pas que les passages cités plus haut ne s’appliquent à une réelle invasion.
Aucun monument figuré ne nous fait connaître le type physique des Hyksôs. Les sphinx à tête humaine de Tanis, où Mariette avait cru discerner une rude physionomie de barbares conquérants (4), sont, en réalité, des portraits d’Amenemhet III. Nous ne sommes pas mieux renseignés sur l’origine ethnique des Hyksôs. Manéthon dit « qu’ils viennent de l’Orient et les tient pour Phéniciens, bien que d’autres les disent Arabes » (5). Les textes égyptiens les appellent : Asiatiques ( Amou ), Bédouins (. Menliou ), montagnards ( Khasl iou), nomades ( Shemamou ) (6). Parmi eux se trouvent de nombreux éléments syriens et sémitiques : preuve en est
(1) Rougé, Inscriptions hiérogl., 188-189.
(2) La fin du moyen Empire égyptien (1918); cet ouvrage rend de grands services par son excellente documentation.
(S) Meyer, XXII, § 303; Gardinèr et Günn, ap. XIII, t. V, p. 36 ; t< III. p. 109.
(4) G. Maspéro, XX, I, 503, et II, 56.
(5) Ap. Josèphe, C. Apion, I, 14, 85.
(6) Les noms Khasliou et Shemamou , Shasou caractériseront aussi les populations syriennes lors des campagnes des Thoutmès*
l’onomastique des souverains et des chefs, où l’on trouve des noms tels que Khian, Jaqob-her, Anat-her, qui rappellent les dieux et héros cananéens ; mais d’autres noms, tels que Bnon, Apakhnan, qui ne sont ni sémitiques, ni égyptiens, proviennent vraisemblablement d’Asie Mineure. Les Hyksôs étaient certainement une masse hétérogène, où les Amorrhéens et les Sémites avaient été entraînés par un torrent de peuples migrateurs, animés d’un mouvement parallèle à celui des Kassites, des Hittites et des Mitanniens (1). Jamais les Cananéens, constamment vaincus par les Egyptiens, n’auraient pu, à eux seuls, forcer la barrière fortifiée du Delta; il faut admettre qu’ils étaient encadrés par d’autres peuples, ces guerriers, dont parle Manéthon, qui continuèrent à s’entraîner aux exercices militaires dans le camp d’Avaris; ceux-là étaient probablement des barbares vigoureux, hardis, bien armés d’épées de bronze et de fer, et utilisant les chevaux attelés aux redoutables chars de guerre, que les Égyptiens ignoraient avant leur venue. G’est ce peuple belliqueux et mieux armé que les Égyptiens, qui a vaincu les milices des nomes et les troupes noires des Pharaons, mal conduites par un gouvernement désorganisé. Ainsi, l’élément dirigeant des Hyksôs pourrait bien être une de ces nations nouvelles venues, Kassites, Hittites, Mitanniens, tandis que la cohue entraînée par l’invasion se composait d’ Amorrhéens et de Cananéens. La pénurie des documents égyptiens Ue permet pas plus de précision; mais il y a lieu d’espéfer beaucoup des fouilles qui se multiplient actuellement en Syrie, sur le chemin suivi par les Hyksôs, où ils ont pu laisser des traces de leur passage.
Le refoulement des populations sémitiques par les envahisseurs amena des déplacements de tribus entières. Dès le début des invasions kassites au Sinéar, les Phéniciens, dont l’habitat primitif semble être les îles et les ports du golfe Persique,
<1) G. Maspéro, XX, t. II, p. 55 sq. ; Meyer, XXXVI, p. 58, et XXII, | 804.
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émigrèrent, à travers le désert, jusqu’à la mer Rouge, puis jusqu’à la Méditerranée, et retrouvèrent sur la côte de Syrie les ports et les îles favorables à leurs goûts de navigateurs (1). La première tribu d’Israël, sous la conduite du patriarche Abraham, passait, à la même époque, de Chaldée en Palestine, en suivant à petites étapes le fertile croissant, où elle rencontrait les Hittites. Plus tard, après l’entrée des Hyksôs en Égypte, les compagnons de Jacob et de Joseph (2) purent s’introduire dans la vallée du Nil : « une tradition assez vieille raconte qu’ils arrivèrent en Égypte sous un des rois hyksôs, Aphôbis (un des Apophis) » (3).
Enfin, ceux qui deviendront les Hébreux, en particulier les Édomites, commencent à pénétrer en Canaan ; ils y étaient encore inconnus sous la XIIe dynastie; on les y trouve installés vers la XIXe dynastie (env. 1300); leur irruption dans le pays commence donc dans l’intervalle, aux environs du xvie siècle. Les Édomites ont contribué à refouler les Cananéens vers l’Égypte, où ils entrèrent pêle-mêle avec les autres peuples asiatiques en migration (4).
La domination des Hyksôs dans la vallée du Nil est donc un événement de l’histoire mondiale, et non pas seulement un épisode de l’histoire d’Égypte. Dans cette période de quatre-vingts ans qui va de 1660 à 1580, nous assistons à l’essai d’un grand empire barbare ; son centre de gravité est à Avaris (5) (probablement Péluse, à la limite orientale du
(1) XX, t. II, p. 62-64.
(2) Ces noms apparaissent sur les scarabées d’époque hyksôs : Weill, /. c., 184 sq.
(3) XX, t. II, p. 71.
(4) Isidore Lévy, Les Horites, Édom et Jacob dans les monuments égyptiens, ap. Revue des Etudes juives , LI, 46 sq.
(ô)Flinders Petrie croit avoir retrouvé les ruines de la ville d’Avarissur l’emplacement actuel de Tell el-Yahoudieh, entre Memphis et Bubastis; mais
Delta) ; l’Egypte n’est que la moitié sud de cet empire ; le couloir de Palestine-Syrie en forme la moitié nord ; peut-être tout le fertile croissant a-t-il subi l’hégémonie d’un maître unique, au moins pendant quelques dizaines d’années.
C’est par Manéthon et les monuments égyptiens que nous connaissons les noms des rois hyksôs. Manéthon énumère, après la XIIIe dynastie, une XIVe composée de rois nationaux résidant à Xoïs, à l’ouest du Delta ; puis les rois pasteurs d’Avaris forment les XVe, XVIe et XVIIe dynasties, cependant que, dans la Haute-Egypte, des princes thébains constituent eux aussi une XVIIe dynastie nationale. L’explication la plus rationnelle pour concilier les témoignages divers consiste à admettre le postulat que ces dynasties sont parallèles (1) et que, pendant un siècle (1680-1580), ont régné simultanément :
A Xoïs : A Avaris A Thèbes :
la XIVe dynastie clans la Basse-Égypte : la XVIIe dynastie
égyptienne les XVe, XVIe, XVIIe dynasties de la Hte-Égypte.
(Delta occidental) des Pasteurs.
Les Pasteurs d’Avaris étaient beaucoup plus puissants que les roitelets de Xoïs et que les princes thébains. Deux d’entre eux, Apophis et Khian (qui correspondent à l’Apophis et au Iannas de Josèphe), ont reçu les tributs de l’Egypte entière et possédaient en pleine autorité la moitié inférieure de la vallée, et une grande partie de la Haute-Égypte. Les conquérants avaient été vite conquis par la civilisation raffinée de l’Égypte et ils avaient rapidement compris les avantages politiques de l’administration savante des Pharaons : aussi voyons-nous les rois d’Avaris adopter les usages, le protocole royal de la cour égyptienne ; ils se font tailler des statues suivant le style
cette ville ne semble être qu’une petite forteresse. L’hypothèse la plus vraisemblable place Avaris à Péluse. Sur ce sujet, cf. Gardiner, The Geo^raphy of Exodus, et contra J. Clédat, le Site d’ Avaris, ap. Recueil Champolhon (1922), (1) XXII, § 305, 307.
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officiel ; ils gravent des milliers de scarabées où leurs noms sont écrits en hiéroglyphes, mais entourés de spirales, de lignes ondées et d’entrelacs, selon le goût des pays asianiques. Les temples mêmes des dieux d’Égypte sont entretenus et restaurés par eux (1); mais, dans Avaris et à Tanis, est adoré le Baal de Syrie et le Teschoub d’Asie Mineure, sous le nom Soutekhou , forme dérivée de Seth, le dieu égyptien du désert et des pays étrangers.
Un souverain comme Khian se réclame du dieu Ra autant que de Soutekhou et de Teschoub, car il tente d’unir sous son autorité l’Asie et l’Égypte, jusque-là toujours séparées. Il inscrit dans son premier cartouche royal le titre significatif; « Celui qui embrasse les pays ». Tout en s’appelant «le dieu bon » comme les Pharaons, il conserve ce vieux titre des cheikhs asiatiques keqa khast , d’où dérive peut-être « Hyksôs». Ces prétentions à la domination universelle étaient probablement justifiées par une autorité étendue sur tout l’Orient civilisé : on lit le nom de Khian sur un bloc de granit à Gebeleïn, entre Thèbes et la première cataracte, sur une statue à Bubastis dans le Delta ; on le découvre aussi sur des scarabées dans les ruines de Gezer en Palestine; sur un petit lion de basalte retrouvé à Bagdad, et sur un couvercle d’albâtre (2), exhumé par Arthur Evans, dans le palais minoéen de Cnossos, en Crète (3). Il n’est pas inadmissible que Khian ait
(1) XXiî, § 307, 308.
(2) Weill, La fin clü moyen empire , 179 sq.
(3) Cette trouvaille donne une confirmation de la chronologie courte qui réduit à un siècle la domination des Hyksôs en Egypte. Les Crétois du Minoéen moyen III font des échanges commerciaux avec les Égyptiens de la XIIe dynastie ; ceux du Minoéen récent I sont en relation avec Khian, de la XVe dynastie; ceux du Minoéen récent II envoient des ambassadeurs à la cour des Pharaons de la XVIIIe dynastie. Or, l’intervalle entre le Minoéen moyen et récent ne saurait être considérable. Les différents palais de Cnossos ont été construits d’api'ès des principes architectoniques continus, « notamment, le second palais remanié (vers la fin de la XVIIe dynastie) fut édifié sur les fondations du second palais (contemporain de la XIIIe dynastie). Comme le dit M. Dussaud (XVIII, 55 sq.), ces constatations « sont extrêmement favorables au système de M. Ed. Meyer et lui apportent un appui précieux ».
véritablement dominé tout le monde oriental civilisé, de la première cataracte au golfe Persique, ou lui ait imposé la terreur de ses armées, de ce point central d’Avaris, intermédiaire entre l’Égypte et la Syrie.
Mais un pareil empire n’était pas viable : il n’avait rien de ce qui constitue un Etal ; c’est en vain qu’on chercherait en lui un principe d’unité politique, religieuse ou morale. La domination des Hyksôs n’était qu’une occupation de territoire ; leur force résidait dans le poids des populations qui avaient submergé l’Orient; il n’existait en eux aucun prestige de supériorité. Leur puissance militaire n’était même pas incontestée, puisque Thèbes et Xoïs résistaient et gardaient des souverains nationaux. Par ailleurs, ils n’avaient ni force d’expansion morale, ni supériorité technique. En Égypte, ils se conduisirent comme des Barbares et des parvenus; loin de pouvoir marquer de leur empreinte la civilisation nilotique, ils s’égyptianisèrent rapidement. D’où le caractère éphémère de leur domination, qu’atteste le petit nombre et la médiocre importance des monuments qu’ils ont laissés en Egypte, et partout où ils ont passé. Comme les Huns terroriseront l’Europe au ve siècle de notre ère, les Hyksôs ont terrorisé le monde oriental, incapables de s’imposer autrement que par la force et le nombre. Leur domination s’effondre vers 1600 avant J.-C.; on ne sait pour quelle cause, l’armature militaire qui les soutenait s’est rompue brusquement et n’a pu résister au choc des attaques venues du sud de l’Égypte et peut-être d’Assyrie (1). Dès lors, il ne resta des Hyksôs* là où ils s’étaient établis de l’Euphrate au Nil, qu’une masse hétérogène, qui perdit jusqu’à son nom, tant l’absorption par les populations anciennes fut rapide et complète.
Les Barbares asianiques et aryens venus d’Asie Mineure se
(1) Manéthon a conservé ce renseignement que les Hyksôs craignant les Assyriens sur leur flanc asiatique {supra, p. 288).
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sont donc montrés incapables de mener à bien les projets d’empire esquissés par les Sémites civilisés et organisés d’Hammourabi; mais leur domination effective, quoique précaire, sur tout le monde oriental a pu faire réfléchir les politiques avisés de Thèbes et de Babylone sur les moyens à employer pour organiser un empire plus durable.