‹ Des clans aux empiresChapitre 32 sur 48 · BABYLONIE · texte numérisé non relu

BABYLONIE

ASSYRIE

Thoutmès III 1501-1447

Aménophis II

Thoutmès IV -1415

Aménophis III 1415-1380

Kara-Indash I

Ashour- Ouballit II 1418-1370

Kadashman-

Enlil

Doushratta

Boarnabouriash

Aménophis IV (Ikhounatôn) 1380-1362

Toutankhamon

Mattiouzza

KoudgalzouIH

Aï

KHATTI

Khattousil

ShoabbiloaliouBia

Aranda

Mouril

(1) Appelé Sapalloulou par les Égyptiens.

LES PREMIERS EMPIRES D’ORIENT

d’Aménophis III. Le roi hittite a réuni plusieurs tribus, ou royaumes, en un Etat solide ; il commence à subir la pression des tribus indo-européennes venues du nord, mais il est assez fort pour canaliser le courant, et le diriger du côté du sud ; lui-même s’apprête à descendre du plateau de Cappadoce, par les « portes ciliciennes », à travers le Taurus et le long de l’Euphrate, jusqu’à la plaine du Naharina, où il saisira la clef de voûte du fertile croissant. 'Pour réaliser ses desseins, il a de nombreux soldats, archers, piquiers, charriers, bien armés de lances et d’épées en bronze, munis d’un bouclier carré, ou échancré en violon (forme « pontique »), qui ont la résistance et la force des peuples montagnards. Dans le Mitanni, Shoubbilouliouma se heurte au roi Doushratta, qui a su prendre ses précautions contre l’orage, et s’appuie sur l’alliance égyptienne. Au début, Doushratta repousse les Hittites ; il envoie même à son beau-frère Aménophis III un char et des chevaux comme part de butin. Mais son adversaire procède par attaques indirectes : il noue des intrigues avec les propres frères du roi de Mitanni, qui trouvent refuge à sa cour, et avec les chefs amorrhéens du Liban; ceux-ci, montagnards impatients de toute sujétion, saisissent avidement cette occasion de se dérober au protectorat des Pharaons . Dès lors, les intrigues combinées du Grand-Hittite, des frères de Doushratta et des princes amorrhéens vont saper l’autorité du roi de Mitanni et du roi d’Égypte et entraîner leur ruine simultanée.

Les lettres d’El-Amarna contiennent un long dossier concernant la lutte, vers la fin du règne d’Aménophis III, d’un certain chef amorrhéen, Abdashirta, et de son fils Azirou, contre le khazanou de Byblos, Ribadda, resté fidèle à la cause égyptienne. Abdashirta prend par surprise Simyra et, malgré l’envoi de troupes égyptiennes, fait occuper le Mitanni par le roi hittite, qui dépossède Doushratta et déporte la population en Cappadoce. Mais Shoubbilouliouma ne veut point se brouiller avec l’Égypte : après la mort d’Aménophis III, il écrit à son

LES PREMIERS EMPIRES ü’ORIENT

fils, Aménophis IV, pour le féliciter de son avènement, et semble respecter l'hégémonie pharaonique. Aménophis IV, soit indifférence, soit impuissance, ne sut, ou ne put, agir efficacement : il laissa écraser Doushratta par les Hittites, attaquer Byblos par Azirou, auquel s'étaient alliés les chefs d*Arvad et de Sidon; il ne s’émut pas davantage quand la révolte gagna la Palestine et qu’Abimelek, gouverneur, pour le Pharaon, de Jérusalem, lui écrivit: « Tout le pays du roi s7 en va à la ruine ! » Bien plus, lorsque le gouverneur égyptien de la Syrie-Nord, Yankhamon, envoya quelques troupes pour rétablir l’ordre, la chancellerie égyptienne, trompée par des rapports perfides, permit à Azirou (qui avait fait assassiner Ribadda) de venir se disculper devant Pharaon. La conclusion de cet imbroglio fut celle-ci : Azirou, après avoir fait, pour la forme, sa soumission à Ikhounaton, revint d'Égypte avec les pouvoirs d'un gouverneur de province ; il sut rester indépendant vis-à-vis du Pharaon, mais, d’après les archives de Boghaz-Keuï, il ne l'était point vis-à-vis du roi hittite (1). Celui-ci traite Azirou en vassal et le contraint à un traité d'alliance et de sujétion. Quant au Mitanni, son roi Doushratta fut finalement assassiné par un de ses fils ; Shoubbilouliouma mit Mattiouzza sur le trône de Mitanni, lui imposa d'épouser sa fille, et fit ainsi de son gendre un vassal. Dès lors, la dynastie mitannienne s’éteignit; le Naharina, avec Carchémish et Alep, fut occupé par les Hittites, qui descendirent jusqu'à Kadesh.

A la fin du règne de Ikhounaton, l'Égypte, épuisée par ses querelles religieuses, n'a pu réagir. La Syrie ( Lolanou supérieur ) est aux Hittites; quant à la Palestine ( Lolanou inférieur ), elle est abandonnée aux Amorrhéens et aux Khabiri , nomades qui sont les ancêtres probables des Hébreux , lesquels n’arriveront à la vie sociale d'un État que trois siècles plus tard.

Cette situation de fait est confirmée par les documents

(1) Moret, XXVII, 65 ; Niebuhr, Die Amarna-Zeil (ap. Aile Orien 1903).

l’entente égypto-hittite

retrouvés à Boghaz-Keuï. On y peut lire une curieuse lettre d’une reine d’Ëgypte Dakhamon..., veuve, sans enfants, du pharaon Toutankhamon; elle demande au Grand-Hittite de lui envoyer, lui qui a tant de fils, l’un d’entre eux pour qu’il devienne son époux. Ainsi la veuve du gendre et successeur de Ikhounaton espère consolider sa situation en Égypte, et probablement garderie trône, si seulement elle a comme mari et comme appui un prince hittite (1). Le renversement de situation est caractéristique. La puissance hittite fut d’ailleurs reconnue par un pacte en bonne forme; le traité conclu, plus tard, par Ramsès II, rappelle qu’il y eut un traité régulier entre Shoubbilouliouma et un roi d'Égypte, dont le nom n’est pas donné, mais qui ne peut être qu’un des successeurs immédiats d’Ikhounaton (cf. infra , p. 376). Quelle était la frontière entre les deux pays? Nous ne le savons; mais Kadesh étant aux mains des Hittites, on en peut conclure que la Syrie n’était plus province égyptienne.

Séti Ier et Ramsès II en lutte contre les Hittites.

La progression du royaume hittite devint pour l’Égypte un danger d’autant plus menaçant que les contrepoids à cette puissance manquaient en Asie : la Babylonie, aux mains des Rassîtes, restait inerte ; l’Assyrie était encore peu redoutable ; les peuples Égéens, dont la force était surtout maritime, menaçaient les côtes /égyptiennes plus que les frontières continentales des Hittites.

Lors donc qu’Horemheb (1345-1321) eut rétabli l’autorité royale en Égypte, et fondé la XIXe dynastie, il comprit certainement la gravité de la situation, mais la restauration de l’ordre en Égypte occupa presque toute son activité. Nous ne

(1) Lettre citée par King, ap. XIII, IV (1917), p. 193.

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savons s’il tenta quelque chose du côté de l’Asie, bien que les monuments figurés le représentent recevant les tributs des

Hittites et des Haou-nebou (1).

L’œuvre de Thoutmès III était à reprendre à pied d’œuvre, car les Shasou (Bédouins) et les Khabiri se disputaient maintenant la Palestine et avaient réduit à rien l’autorité du Pharaon dans cette province que les Hittites avaient épargnée. Avec Séti Ier (1319-1300) commence un effort militaire très sérieux pour rétablir l’empire égyptien d’Asie; nous pouvons en suivre les progrès, grâce à une longue série d’admirables tableaux gravés par les Pharaons de la XIXe dynastie sur les murs des temples de la Haute-Égypte, particulièrement à Abydos, Karnak, Louqsor et Abousimbel.

Dès Fan 8 de son] règne (1319), Séti Ier s’attaque aux Shasou : il disperse les tribus belliqueuses, capture les petites forteresses de Canaan, franchit le Carmel et, de l’autre côté du Jourdain, dresse une stèle frontière dans le massif du Hauran (2). Revenant sur ses pas, Séti Ier occupe les ports et réorganise les « bases navales » qui lui permettront de pousser ses opérations militaires dans le Lotanou supérieur. Puis Séti Ier revint par terre à sa ville frontière de Zalou (fig. 33) poussant devant lui, enchaînés par le cou, les « princes du pays des Shasou et du Kharou », dont quelques-uns furent sacrifiés sur l’autel d’Amon (3). Les Égyptiens étaient rede-

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