ET LES PEUPLES DU NORD ET DE LA MER
Les Hittites dans le Mitanni et la Syrie égyptienne.
L’empire égyptien, à l’apogée vers 1400, n’existe plus vers 1360, à la fin du règne d’Ikhounaton. D’où vient cet écroulement précipité ? D’un changement radical qui supprime à la fois l’armature intérieure et l’appui extérieur de cet édifice politique.
A l’intérieur, c’est-à-dire en Égypte, la révolution religieuse, à tendance internationaliste, dirigée par Ikhounaton contre Amon et son clergé, se heurte à une opposition très forte de la classe sacerdotale, soutenue par le sentiment populaire, resté traditionnaliste. Nous décrirons au tome VII de cette œuvre la fin misérable du culte atonien, la ruine de Ikhoutaton, la nouvelle capitale, et la restauration du culte d’Amon à Thèbes sous les derniers rois de la XVIIIe dynastie, Toutankhamon, Aï et Horemheb (1362-1321). Cette réaction fut nationale autant que religieuse : Ikhounaton et ses partisans étaient considérés comme traîtres et étrangers ; dans un document de la XIXe dynastie, on stigmatise la mémoire du roi internationaliste de l’épithète : « vaincu ( kherou ) de Ikhoutaton » (1), comme s’il était Hyksôs ou Hittite. L’Égypte, est-il
(1) Loret-Moret, Inscription de Mès , ap. XII, XXXIX, 12 et 24.
LES PREMIERS EMPIRES û’ORIENÏ
besoin de le dire, fut bouleversée et profondément affaiblie par ce demi-siècle de violences : Toutankhamon avoue qu’à son avènement (vers 1360) « le pays était dans un état abominable, et pareil au monde lors du chaos primordial » ; aussi, quand on envoyait des troupes « au Zabi pour élargir les frontières de l’Égypte, jamais elles n’eurent de succès » (1). Les troubles intérieurs eurent donc comme conséquence immédiate la ruine de la puissance militaire des Pharaons en Syrie.
A l’extérieur, vers la même époque, disparaît de la scène politique l’allié de l’Égypte, le Mitanni ; il est absorbé par un État déjà anciennement constitué dans le bassin de l’Halys et la Cilicie, celui du Grand-Hitlite (2), dont la capitale est à Boghaz-Keuï. Là, des fouilles récentes ont exhumé des archives diplomatiques, analogues à celles d’El-Amarna, mais plus riches : près de 20 000 documents écrits en cunéiformes babyloniens (et, pour une moindre part, en hiéroglyphes hittites) révèlent l’histoire politique des xiv8 et xme siècles avant notre ère (3). Il est significatif que ce trésor ait été retrouvé chez un peuple nouveau venu dans l’histoire orientale ; désormais, et pour un siècle (de 1360 à 1260 environ), c’est le royaume des Hittites, et non plus la cour d’Égypte, qui devient le centre politique du monde oriental, le point où les intrigues se nouent et se dénouent, où les forces se contrarient ou s’équilibrent, sous l’impulsion et la surveillance de chefs d’État vigoureux et résolus. Nous renvoyons au volume de M. Delaporte pour un exposé plus détaillé de l’histoire des Hittites, et ne retenons ici que leurs rapports avec leurs puissants compétiteurs dans le monde oriental.
(1) Stèle publiée par Legrain, IV, XXIX, 164.
(2) C’est l’expression employée par les Égyptiens ; nous disons de même : le « grand Turc », le a grand Mongol ». Le mot « hittite » se lit khalli en babylonien, et khla en égyptien.
(3) Cf. Meissneh, Zeitschrift der deutschen Mordent and. Gesellschaft , 1918, p. 32-64 : Die Beziehungen Ægyplens zum Hattireiche , nach hattischen Quellen.
l’entente égypto-hïttïte
La dynastie hittite sort des limbes de l’histoire vers 1420, avec Khattousil I (le Grand-Hillilé), père de Shoubbilouliouma (1), fondateur de Boghaz-Keuï, la «ville royale de Khatti », qui commence à régner vers 1370, à la fin du règne
ÉGYPTE
MITANNI