J>ES OUVRIERS
il préfère perdre un tiers de* sa «journée pluiùt que d'encourii^jies reproches qui l'î^ttendent. Il cherdfce à ébranler U^ilre qui est melns craintif et qui résistée • §( Une troisième tournée est proposée par lui dans ce » • ' > but, etfeh effet, bientôt la résistance cesse, dès-lors *
on s'attable, on déjeune, les têtes s'échauffent, on oublie Tatelier et l'on perd non plus le tiers de la journée, mais la journée entière, heureux lorsqu'ofa est en état de travailler le lendemain.
Je supposerai maintenant que l'un de nos deux ou- -vriers s'est refusé à entrer au cabaret et que l'on s'est borné de partetd'atiH'eà échanger quelques propos* L'ouvrier prudent s'échappe bie^n vite; il se hâte d'ar • river à son atelier. Aussitôt entré; il parle de sa rencontre , de ce qu'il a appris, surtout si ce qu'il sait offre «
quelque chose dépiquant; il s'apprête à se mettre à l'ouvrage et content d'être arrivé à l'heure, ou s'il est en retard, d'être traite avec indulgence par le contre* maître, il propose à ses camarades d'aller boire im verre de vin avant de commencer à travailler; il ne voit pas ce qu'il y a de contradiction entre sa propo* sition et la conduite sage qu'il vient de tenir. Ceux à ^ qui il s'adr^esse ne s'en aperçoivent pas davantage. "^
La proposition est donc acceptée. S'il en est qui refusent ou hésitent, on les raille, on les taxe d'être timides* Si le contre-maître fait des remontrances ,
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c'est lîti surveillanlr incommode et chagrin. Cepen-
<|pi||jt ;?comme on a besoin de le ménager, oh ne sort
wtk, ; pÉF AlW-de suite. Celui qui a fait la proposition est
f' • le pDëniier à se rendre cfaea le marchand de vin. Ses Mmarades ne tardent pas à l'imiter^ mais ils vont le joindre en cachette etl-un après l'autre ; ils ne rentrent à l'atelierqtte pour sortir encore; enfin plusieurs, étourdis par les fumées du vin , deviennent inca{5a«blés de travailler On parle d'aller se promener le reste de la journée et les plus-paresseux d'applaudir : il en est qui voudraient bien rester, mais pour ne pas faire autrement que leurs camarades, ils se hiis* sent entraîner, et moitié par paresse, moitié par fausse honte , l'atelier se trouve désert en un mo- » ment.
Souvent le contre»*maître oubliant ses devoirs cède, de son côté, aux mauvais exemples que des ou-^ vriers donnent sous ses yeux et, ce qui est pis^ il pro* voque lui-même le dérangement de ces mêmes ouvriers, qu'il aurait dû maintenir dans la voie de l'ordre et. du travail. Ses propositions à cet égard ne manquent jamais d'avoir leur effet, car les ouvriers » flattés de boire avec celui qu'ils considèrent comme
leur chef, s'empressent à l'envi de renouveler les libations pour lui faire honneur et même d'acquitter une dépensée laquelle ils auraient du rester étran-
DfiS OVVRtËRS. «^
gersj ite craindraient d'ailleurs, par leur refii<^ d'offenser rhomiiie quHls ont le plus de raison de^^iii^^ ger, puisqu'il peut à son gré leur procmn&rïap Tail ou le leur ôter.
Le cabaret est pour l'ouvrier un lieu de délassement ; c*est un rendez-vcms pour le curieux, pour le mécontent, pour le buveur de profession. On y va pour fêter la bienvenue d'un nouvel ouvrier, pour les causes les plus futiles , à Toccasion d'un habit neuf, d'une blouse neuve sur laquelle un camarade attire l'attention des autres avec malice pour mettre en frais celui qui la porte. S'il arrive, qu^un entrepreneur adresse à un ouvrier , en présence de ses camarades, des reproches qui lui paraissent injustes, ou qui soient exprimés en termes trop amers, l'ouvrier laisse là ses outils et court au cabaret exhaler son ressentiment contre celui qui Ta maltVaité sans fondement ou qui l'a humilié. Les chagrins domestiques sont aussi une des causes qui portent un ouvrier à fréquenter le cabaret. 11 y trouve un sujet de distraction à ses peines et cette di^âctiôn aboutit quelquefois à l'ivresse.
li'état d'ivresse, chez les ouvriers, ne résulte pas toujours de l'abus des boissons fortes. La constitution physique de l'individu influe beaucoup sur cet état ; la nature de l'industrie doit être prisé aussi en
Jdp MOEURS DE LA PORTION VICIEUSE
^ considération dans Fénum^ration des causes accessoîres; qui peuvent déterminer l'état d'ivresse ; il est i^e, qu un ouvrier puisse conserver l'intégrité de sa raison et de ses forces j après avoir bu de suite : quatre petits verres de liqueurs spiritueuses^ l'usage successif du vin blanc et du vin rouge altère aussi avec promptitude la raison de l'ouvrier et le sollicite à boire comme dans le premier cas jusqu'à l'ivresse.
Ce que nous avons dit de l'ouvrier attaché à un atelier, s'applique de tous points aux ouvriers des fabriques et des manufactures. Dans beaucoup d'établissemens industriels qui ne sont pas rigoureusement surveillés, l'ouvrier ne se contente pas d'aller au cabaret , avant l'heure où le travail commence, et à l'heure de ses repas qui ont lieu à 9 et à u heures ; il y va encore à 4 heures et le soir en retournant au logis.
' La coutume de fréquenter le cabaret tient moins à des habitudes déréglées de la part des ouvriers, qu'à des travers qui n'ont d'influence sur leur conduite, que parce que les entrepreneurs ne s'occupent pas asse:^ de la discipline intérieure de leurs ateliers.
Interrogez un ouvrier sur les causes habituelles de ses excès , il vous répondra , qu'elles ont leur source ou dans la faiblesse du caractère ou dans
DES. OU:VRIERS. At ..
l'orgi^ilXe langage efst celui de tou&les oivrilertaTec^ ' qui'j'ai été en rapport ou que j'ai fait consulter. j|k i:econnaissent> que l'usage, d'aller au cabaret ^tt^i[^''-^ • propos est vicieux, qu'il léaUmtraîne à des dépelii%. ...V^ dont ils auraient pu tireF liH loeilleur parti pour efKl^^î niêmes^oupourleuràrfamiUeSy et pourtant ils n'oitt pas la force de résister à cet usage, soit parce qu'Us ne voient autour d^eux aucun exemple de pareille rématance , , soit parce qu'ils croient leur amourpropre intéressé à ne pas reculer devant «ne dé-
pense, qui pour être superflue, n'en est pas moins l'objet d'une espèce de point d'honneur e^tre ou* vriers, par suite de la tyrannie de la coutume. . ' Il est une classe d'entreprenein*s qui ne sait pas se défendre elle-même de l'influence de cette coutume. Je ne parle ni des fabricans^ ni des manufacturiers, mais des entrepreneurs de petite industrie^ qui, au cabaret comme au café, se laissent. quelquefois aller à une intempérance condamnable. Étourdis par Fabus des liqueurs fortes pu du vin , ils ont l'imprudence de se présenter dans cet état au milieu de leurs ouvriers, qui ne jnanquent pas de le remar? qûer et d'en faire secrètement le texte de justes récriminations, soit contre eux , s'ils ne sont pas d'un caractèreindulgent, soit contre les maîtres en général. / 11 en est des plaisirs du lundi comme de la fré-, w- 6
Al'^. MOEURS IM'LA PORTIOK VICIEUSE
î^MBtaiioB ordinaire ^u cabaret. C'est un usagQ qui
%fe tient qu'à la/OoiRagiofi des mauvaises habitudes ,
\ tl ;qu'il ne serait pas difficile de détruire , si les en-
; iMpreneurs savaient mtetix apprécier les avantages
' * ^ne bonne discipline^ élla facilité qu'ils auraient
Aa la maintenir parmi leurs ouvriers, en apportant
daii$ leurs rapports avec eux une justiee exacte, une
: Uiehveillanoe continue et une fermeté calme.
L'esquisse que iious venons de tracer embrasse pviiiGÎpalement la première moitié du chiffre que nofis^^ avons posé^ en résumant la situation statistique' d^s ouvriers vicieux ; 1 étude des individus dont se forme l'autre moitié nous donnera lieu de signaler des désordres portés à un tel excès, qu'ils fiombleraiént devoir être incompatibles avec le sen-» timent moral qui constitue la dignité de notre nature. *
Le goût du vin n'est plus ici pour les ouvriers un tnoyeU commode de s'entretenir de leurs intérêts, une source de délassement et de gaîté^ une cause passagère et imprévue d'ivresse , c'est la passion ou ptutôt le vice de l'ivrognerie dans toute sa laideur..
Voyez cet homme appliqué au travail dans son triste réduit , il porte une veste en lambeaux^et un méchant pantalon qu? cache à peine sa nudité. Il ne
DfiS OUVRIERS. j^
pourrait, satis honte, alter cfaerchei' dans cet étal^ pain qui chaque jcmr doit apaiser àa faim, ^ Ai femme ne l'aidait de ses démarches et de ses secoûrl; D'où vient qiie, dans la fotcé de l'âge, et travailleur diligent, il se trouve ainsi dénué des choses de pn^ mière nécessité? C'est qu'il a dévoré dans les or^tlii du cabaret tout le fruit da sqn travail; c'est que, n'ayant plus sous sa main d'autre' ressource que ïé& vêtemens qvi le couvraient, il s^eh est clépouîllé èè les a éèhangés contre des habits de rebut, véritat^ livrée de l'indigence, et contre un peu d'argent^ afifi d'assouvir sa brutale passion pour le vin. Sautêftd maintenant par les pénibles efforts de sâ f^mmé, Il est contraint de vivre avec éparçhe, et en recliW, ne pouvant se procurer que par ce moyen àe quoi acheter de nouveaux vêtemens et rentrer dans fei voies de fa vie commune. II supporte arec une càéi^ plète insouciance cette espèce de captivité^ 'travail^ lant sans cesse, et n'étaht pas embarrassé pour àVùi^ de l'ouvrage , grâce à son extrême habileté. €kà jours d'épceuve sont pour l'entrepreneur deàr jotxti de bonne fortune; la nécessité le sert selon ûëi souhaits, car il sait que l'ouvrage dont il attend fai remise lui sera apporté régulièrement. Gepemdâtit les salaires s'accumulent dans les mains de l'ouvilBr.
Il sent que l'heure de la délivratree et du pla}flîf»4É