DES OUVRIÈRES
un état de doute et d'inqiuétude qui Fattriste. C'est daos ce moment, que la vigilance des parens est nécessaire; il faut qu'ils pénètrent le secret de 1^ tristesse de leur fille et qjii'ils se hâtent de raffermir ses croyances ébranlées, il faut qu'ils la {)lacent dans un atelier où règne la décence, sinon son avenir est perdu.
Cette supposition a dû se réaliser bien des fois , car les ateliers de cette espèce ne sont que trop communs. La pente vers le mal est plus rapide en* core pour la jeune ouvrièpe , dont la mère n'est i^i attentive à surveiller ses liaisons et sa conduite, ni jalouse d'employer, tout pu partie de son salaire, à améliorer ses vêtemens et ses moyens d'existence. La toilette, parmi les ouvrières comme parmi les autres femmes, estunbesoin de première nécessité; je ne parle point d'une toilette recherchée, mais de vêtemens propres et qui ne soient pas inférieurs à ceux que portent habituellement les ouvrières de la même profession. A l'égard des moyens d'existence, il ne parait pas moins juste^ que.i'ouvrière qui ga* gne sa vie par son travail puisse vivre de» la même manière que ses compagnes. C'est pourtant ce que beaucoup de parens ne veulent pas comprendre. Ils absorbent le salaire de leur fille pour l'entretien du ménage, se bornitnt à pourvoir tout juste à ses be«
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soins, tomme par le pttsé, et ils ladégoûtént du travail, parce qu'elle n'en retire aucun avantage particulier qui lui en fasse sentir tout le prix. Ces privafîons l'affligent, rfaumilient, et finissent par lui £aire prendre en aversion le ddmicile de la famille. Si un ouvrier se montre touché de sa position , et que, de son côté, elle éprouve du goût pour lui, ils forment le projet de vivre ensemble, et là jeune fille ne reparaît plus au logis de ses parens. Ces séparations brusques et violentes se reproduisent très fréquemment dans les classes ouvrières, et elles ne provienpent malheureusement, pour la plupart, que delà dureté et de l'injustice des pareâs.
Les ouvrières, considérées en masse, offrent à Paris deux divisions bien marqnées : celles* qui sont attachées à des boutiques. et à des ateliers^ et celles qu'on emploie dans leb filatures et les fabriques. Les duvnères appartenant à la seconde division ne sauraient être mises en parallèle avec les premières, sous le rapport de l'éducation. CellesHÎ ont des manières élégantes et polies qui contrastent au plus haut degré avec les formes rudes et grossières dés autres. Leur langage offre des disparates encore plus marquées. Le vice domine dans les deux classes; mais il est raffiné dans l'une, et effronté dans l'auti'e. Eki définitive y les établissemens de filature et les fa-
briques aont i^tfdéj» géaéralenieat comme 4^ fqyer^ de carruptioa pour la jaupesse; et les ouvrier itiséi se.donaeraieat bieo de garde d'y placer leup» enfap9«
Lesi détails de mœurs que nous avoua itu^rniâ à Vé^ gard 4ea ouvrières ne s'appliquent, on le pense bien^ qu'j^ celles de la première classe. Leur vie ^ sobrie et frugale , et la source de leurs vices gît pript cipplement dans^ la paresse ou 1^ vanité , quand ellf ne dérive pas du malheur. Le salaire d*up grand nombre d^ouvrières ne s'élève pas au<de^ù$ de vingts cinq ou de trente sous par jour. Celles qui r^sidepjt dans le sein Afi leur âmille^ et qui reçoivent contre un pareil iialaire tout ce qui est nécessaire a leurs besoins, n'ont ni motifs, ni prétextes pour inanq^er aux devoirs de leur sexe , et en général elles forment la partie irréprocbable de la classe dç& ouvrières; mais oeUes qui n'ont point de pareps^ et qui neposfièdent pour s^jûster qijie leur faible industrie de femme, comment pourront^ elles subvenir, ave4 viugt-cinq sous par jour, k toutes les nécessité$i d9 la vie? comment pourront*elles même se loger, se npurrir,^ se vêtir, en un mot, pourvoir aux plus preçsans besoins, n'ayant pour ressource qu'un gaip aussi modique?: C'est là l'écueil contre lequel vien( se heurter la vertu de tant de jeunes filles, et qui
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occasionne de si nombreux naufrages. Une ouvrière placée dans cette position extrême, a besoin de sup* port; son cœur s'ouvre aux paroles affecluéuses du premier être qui s'intéresse à elle; et si cet être est un jeune homme « ouvrier comme elle j et animé de bonnes intentions, ..elle s'attache à jui comme à un sauveur. Les deux amans se jurent une fidélité mutuelle, et appartiennent de ce moment l'un à l'autre. De telles unions se terminent à la longue par le ma« riage; mais elles ont leur principe dans des circonstances fortuites qui créent quelquefois des engagexhens plus solides et plus respectée que ceux qui sont contractés sous l'empire de la loi Ces conjoncfions sont illégitimes, sans doute; cepimdant, malgré qu'on &n ait, elles inspirent de lltidulgence et une sorte d'intérêt, parce qu'elles ont ^té déterminées par des sentimens purs et honnêtes.
Toutes les ouvrières dé la même catégorie , réduites à ce faible salaire et privées de l'appui de la famille, ne parviennent pas également à former des alliances aussi utiles et aussi durables. Il en est beaucoup qui se fient à des paroles trompeuses, et qui, d'illusions en illusions , finissent par tomber dans Fabîme de la pi^ostitution. On trouve parmi ces ou- Trières toutes les variétés du concubinage; et il est triste de penser que cet état équivoque et immoral