‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes: et des moyens de les rendre (volume 2)Chapitre 20 sur 43 · J24 MOEURS DB, L4 PORTION VICIEUSE · texte numérisé non relu

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traordinaires par lui allégnées. Enfin il parvient à colorer les choses, de manière que les soupçons du père se calment i et que ce dernier, fasciné d'ailleurs par la vue et les caresses de son fils, repart, sinon complètement édifié sur sa^ conduite, au moins satisfait' jusqu'à un certain point des explications qu'il lui avait adressées originairement dans s'es lettres ^ et à la véracité desquelles il avait tout d'abord refusé de croire.

Les écarts auxquels se livrent certains étudians ne se terminent pas tous d'une manière aussi heureuse. Il en est qui , après avoir lassé ]a patience de leurs parens et épuisé les sacrifices dont ils étaient capables, sont' abandonnés à eux-mêmes sans secours d'aucun genre; sommés de rentrer dans la maison paternelle pour tenter utie autre carrière , ceux qui sont ainsi destitués de toute ressource, et qui ne renoncent pas à l'espoir de reconquérir l'affection et l'assistance de leur famille, n'ont d'qppui, pendant qu'ils travaillent à obtenir leur pardon, que datis l'amitié de leurs camarades, mais cette amitié ne leur manque presque jamais , et elle se manifeste par des services journaliers. Ils sont nourris et hébéi^és tour-à-tour par leurs amis qui les admettent même à partager leu];s plaisirs, afin de leur rendre plus supportable l'amertume de leur position.

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Les éCudians de première année, étrangeps à la Tille de Paris, sont )es pli^s enclins à la dépense et au désordre^ et cela se conçoit aisément. Passant de la vie de' famille, dont les habitudes- sont douces^ mais grares^ à une \ie libre et indépendante, tout les convie au plaisir : Fihexgeriénce , l'exemple et le défaut de toute surveillance. La pente dû plaisir est en e£Fet glissante. }l n'y a pas loin de l'usage à l'excès, pour les élèves commençans , sirrtout quand ils

ne sont pas prén^unis contre certaines séductions, contre certains pièges. Parmi les étudians, comme dans, toutes les agglomérations dé je^unes gens ayant les mêmes* habitudes et travaillant à atteindre le même but ou scientifique ou industriel, il est des individus qui affectent des allures et un train de vie à part. Sqit jactance, soit vice de caractère, soit fougue immodérée des sen^, ces individus ^e plai*^ sent à fronder tout ce «qui est, depuis les lois die l'école ou de l'industrie à laquelle ils appartiennent, jusqu'aux lois les plus simples et les plus respectées de la société. Querelleurs, ennemis du travail, épris de la vie de café^. ne goûtant de plaisir que dans le cynisme, ils se font un déplorable honneur de propager leurs idées, leurs habitudes et leurs goûts< Ils attirent à eux les étudians novices pour les initier à leurs pernicieuses doctrines et à leurs honteux dés-

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ériger en censeur des mœurs d'une classe que nous aiflQODS et à laquelle nous tenons à hqnneur d'avoir appartenu. Les désordrea que nous venons de signaler sont loin d'avoir été e%Sigérés par nous ; il faut qu'ils' soient bien graves,, puisqu'ils entraînent à des actes criminels, plusieurs de ceux qui les commettent.

Xescoifamis marchands sontunis entre eux comme les étudians, maijs cette union est moins intime, parce que le seqtiiqent de' confraternité qui les liç, a moins occasion de s'ekercer.. £n effet , le commis marchand surtout le commis' diêtaillant, ayant peu de loisir, n'a guère le temps de cultiver ces relations amic£iles qui chez l'étudiant sont, pour ainsi dire , cimentées par Tétude, autant que par le plaisir.

Quoi qu'il* en soit/les commis marchands se prêtent un appui mutueji daus toutes les circonstances difficiles où ils se trouvent; ils aident les uns et les autres à leur placement. Us subviennent à leurs besoins dans certains cas par des prêts d'argent, et çqs secours deviennent des souscriptions, quand ils sont nécessaires à ces commis alertes , intelligens , d'un x^ractère facile et bienveillant, connus el aimés de tous , qu'une infirmité grave a obligé de renoncer au commerce.ou qui ont éprouvé une perte d'argent, qui serait pour eux irréparable. La bienveil-

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lance universelle se porte même sur la famille de ces bons camarades, lorsqu'ils en étaient les seuls soutiens 9 et que la mort en les frappant, laisse leurs vieux parens sans support et dénués de toute ressource. Pourquoi faut-il qu à côté de traits si hono*^ râbles, uous ayons à révéler des faits qui viennent en affaiblir rintérét? hélas! cette révélation si pénible qu'elle soit, ne saurait altérer l'estime due aux bons sentimens de la classe que nous examinons; elle prouve seulement qu'il y a des vices et des souillures dans cette classe , comme dans tous les autres rangs de la société.

Les commis marchands appartiennent en généralà des familles peu aisées. Les premières années de l'apprentissage sont rudes. Les commis les moins rétribués gagnent 3oo francs par an, ils sont en outre logés et nourris par le commerçant qui les emploie. Ces derniers avantages sont acquis également aux autres commis dont les appointemens s^élèvent par degrés jusqu'à 3,ooo francs. La mise propre et soignée de ces commis, l'habitude qu'ils ont de fréquenter les cafés, et leur goût, soit pour les spectacles, soit pour les bals publics, éveillent de bonne heure les passions de ceux qui font partie de la dernière classe et dont le traitement suffit à peine à leur entretien. Ces excitations ne sont pas toujours répri-

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mées par le bon sens ou par ce sentiment calipe d'impuissance qui amènç d'ordinaire la résignation. Quancl le jeune commis est livré à lui-même , que i^n courage n'est pas soutenu par les ps^role^ affec-^ t^eus^ et sages de si^famiUeylorsquçi enfin la passion ef^t h plus fortç chez lui^ il se \2fls^G çiUer ^ dérober qiïl^lquç^ faibles articles de marchandises pour se procurer de l'argent , enhardi qu'il est par l'espoir d'éçh^pp^r au soupçon ^^ espoir qui se réalise , du r^te I plus souvent qu'il n'est trompé, surtout dans lç$ grades maisons de commerce. Çest ainsi qvie^ ces jeunes gens entraînés p«^r la fongw^ et Tinexpét rîençe de leur âge, parviennent k sç mén^er quelqu^^-uQS des plaisirs goûtés par les antres commis. Mais leur indiscrétion et leurs vanteries à propos d§ c^s plaisirs fout jaser leurs camarades. Lçs caquets de peux-ci arrivent aux preillçs du commerçant^ qui cherchs^nt à connaître la.siource de sembl^Us dépenses, ne tarde p^s à s'apercevoir qu'elles dérivant du vol, et congédie le malheureux commis^

Non^-seulçment les jeunçsgçns qui débutent dans le commerce ne savçnt pas se borner à des dépenses en rapport avec leur modeste traitement , mais les commis les mieux appointés , et qui auraient le moins de raison d'excéder leurs ressources sont en« clins à les dépasser. Le goût de la toilette , l'amour

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des femmes et du plaisir, les jette dans desdépe^*^ ses auxquelles ils ne peuvent suffire, et les plus déréglés recourent assez souvent au vol pour satisfaire leurs passions. Dans le commerce de nouveautés^ il n'est pas rare que des femmes galantes ou des son* brettes agréables spéculent sur une intrigue amoureuse qu'elles nouent avec un commis qui leur plaît et dont elles se promettent de tirer parti pour re^. nouveler sans frais leurs ajustemens. Ces liaisonè qui peuvent ne cacber aucune arrière-pensée coif4. pable de la part des femmes qui les font naâtre^ ne, laissent pas de produire cbez leurs amans une fer^^ mentation de vanité ayant quelquefois poiHr.ief£eti de les exciter au vol, impuissans qu'ils sont dé sa^ tisfaire par eux-mêmes à la coquetterie de leurs maîtresses; ces liaisons et ces vols s'accomplissent dans les grandes maisons de commerce beaucoup plus souvent qu'ailleurs, parce que la surveillance, quelque sévère qu'elle soit, n'y est jamais aussi continue que dans les maisons d'une importance secondaire.

En pareilles circonstances et dans d'autres où leur défiance est sérieusement excitée, les cbefs de commerce qui sont sans cesse préoccupés de la crainte d'être victimes de quelques soustractions , n'attendent pas que le soupçon dont un de leurs commis

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est l'objet, soit légitimé par des indices répétés, pour Téloigner de leur établissement; du moment que ce soupçon repose sur quelque vraisemblance, ils rompent immédiatement avec leur commis et le congédient sans explication.

Les renseignemens que nous avons recueillis sur les habitudes des commis marchands nous ont appris que parmi ceux d'entre eux qui vivent dans le désordre , on remarque les mêmes excès que nous avons signalés chez les étudians. Le cynisme et l'orgie se mêlent à leurs plaisirs. Dans les bals publics , ils sont les promoteurs ou les complices des actes les plus licencieux , surtout quant la foule peut les dérober à la surveillance des préposés de la police.

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Avant de faire connaître les mœurs de la classe dangereuse, j'ai pensé qu'il serait à propos de rechercher et d'indiquer quels sont les quartiers de Paris, que cette classe fréquente ou habite de préférence; de décrire l'aspect des rues de ces quartiers et particulièrement celui des maisons garnies ouïes individus réputés suspects, ont l'habitude de passer la nuit. Je ne me suis pas contenté d'une peinture extérieure, j'ai mis en lumière l'état intérieur de ces retraites hideuses et l'assemblage repoussant des êtres qui viennent y chercher asile. Les dofcumens que je me suis procurés à cet égard, sont résumés dans un chapitre que j'ai intitulé : de la Topographie morale de Paris.

J'ai considéré aussi comme un préliminaire obligé du tableau de mœurs, que j'avais à offrir, l'exposition du mécanisme et de Inorganisation de la Police à Paris. Ces détails sont, je crois, tout-à-fait neufs , et conduisent le lecteur , par une transition naturelle, à la connaissance des diverses catégories de la classe dangereuse qui est le principal objet de ce titre.

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