CHAPITRE V
I>e l'ordre et de l'^eonomie dam le«n rapp o rte «ree le Mleire» — Comhkm ees deux qualités toot néoetaaires avx clasaet panrret. — Caisfet d'épargnée . — Soâété de préfoyance et de seeonrs mntnela. -— Succès des caisses d'é* pargnes. — Dépérissemeiift soecisalf des soeiélés de seooart nuitoela, set casses, moyens de consolider ces institBtions.(i)
Le travail est la source du salaire , Tordre et Téconomie le conservent et le transforment peu-à-peu en capital; ces deux qualités qu'on a justement placées au rang des vertus, sont nécessaires à tous, mais principalement aux classes pauvres; car elles pourvoient aux besoins de l'avenir, elles garantissent les travailleurs contre les incertitudes et les chômages de l'industrie: enfin, elles lui permettent en cas d'inactivité momentanée , dans sa profession , de chercher provisoirement ailleurs d'autres moyens et d'autres ressources. L'avantage de l'épargne doit moiùs être considéré dans les conditions laborieuses, comme propre à créer des capitaux et de petits pa-
( f ) Ce chapitre est neuf.
CAfSSÏS D'iPABGNBS , KTDE âECOtRS MUTUEIiS. 38S
trimoinesy que cornine un» rései^e ca^p^ble de^aoïi* tenir le travailleur contre les rigueurs passagères de l'indastrie.' ' ;
Les caisses d'épargnes ont été instituées pour recevoir les dépôts d'argent prélevés par les classes laborieuses sur leur «sdairé. Ces dépôts produisent au profit des déposans des intérêts €a|)italisés, jusqu'au moment de la remisé de^ fotids.
Les sociétés depréVoyance et de secours mutitels offrent aussi un émpl(û fructueux aux économies du pauvre. Elles tieiinent à sa disposition,, en cas de maladie, une rétribu.tion qui supplée jusqu'à un certain point le salaire; elles lui assurent, en outre des médicamens, l'assistance du médecin, et eu gé* néral les secours les plus îiécessaires à son état. En* fin elles ont pour objet de servir aux sociétaires parvenus à un âge très avancé une pension de retraite^ pendant le reste de Jeiirs jours.
Ces deux modes de placeinent, quoique^ ^ceptibles l'un ef fautre d'avantagé iqeontesfsï^s/ont obtçnu néanmoins des succès^ivers dansâtes fiâmes étrangers^ et -en France, les .caisses, d'épargnes ont partout prospéré, tandis que les sociétés-de secours mutuels > organisées sur des bases erronées ou mal assises, se sont dissoutes les, unes après les autres,
faute de consistance et d'une direction bfen enteii^ I. • a5
386 jxb^itmsxM, mes CAisais db ftSooqiB wnroBLs;
diSM^iLes câ\iseft dê^dépérissemeol et de disMlution de ces étaUissemens .sont nombreuftes.' La principale ; et qui semblerait accuser les calculs de la •cience, coosiate dans l'inesûàctilude des données résultant des tabidi de morlaUté, et offertes aux associés pour déterminer le montant de leurs cotisa** tioùs^ ainsi «que les conditions d'âge ejûgibles de chacun d^eux^ soit pour être admiâ aux secours, soit pour être admis à la peuion. Ces tables, qui, en ▲Âgleterre , ont .été dressées par les économistes et les. matbématiciens les plu^ habiles, ont servi de base à une foule de êocUtéê amieaieip ou de pré<- Toyance, qui ont presque tout es. manqué leur but, ou qui ont été obligées' de s'imposer des contribua tk>ns extraordinaires, sans qu'il leur fut possible d'accomplir le^ promesses de leurs statuts.
A cette cause grave de destruction sont^ venues se joindre l'inexpérience, la légèreté et la présomption des ouvriers sociétaires, qçi^ livrés à eux^^mémes ^IKAir Tadministration et la comptabilité de leurs fendtf/titent pas ^ tardé à empirer la position Oona»> lâune, déjà compromise par l'insuffisance dss cottH binalsons de la science, en jetant le désordre dans la gestion de leurs intérêts les plusirapoTtans,et en mêlant à des o^éupations sérieuses, propres à influer sur leur ^ehir, des festins et des débauches que la
SES Causes. ' 387
moraUté du bat de râssociation aurait dû lëttr int&t^ dire et éloigner même de leur pensée. Le^ sociétés de prévoyance sont devenues, dans quelques localités, des clubs industriels, des sociétés d'uniail,<jà les associés ont concerté entre eux. des mesures. pro^ près à faire, hausser les salaires par des voies abiÉ^ i^ves et condamnables.
En France, les sociétés de prévoyance et de se^ cours mutuels ont éprouvé tes mêmes vicissitudes ot le même sort que celles d'Angleterre. Elles renferment les mêmes vices d'organisation et elles ont donné lieuauk mêmes abus« L'insurrection dés ou^
vriers de Lyon en e^t une preuve irrécusable.
On distingue çhe^nous deux sortes de sociétés desecours mutuels. L'une composée d'associés payant rétribution et qui participent au secours créé pour la société. L'autre composée, i^ d'associés ouvriers et intéressés à la distribution des secours; 2o d'associés honoraires ou bienveillans qui paient la ipétribtll^ tion annuelle en renonçant au secours. ' ■ •
Les sociétés appartenant à la première ïbise foi^ ment la grande majorité des établisseihéns existans; celles de la deuxième classe sont- en très pelill nombre ; mais, grâce aux lumières et aux subventions des associés bienveillans, elles ont su se. pjré» server desembari^as, deslautes et des crises div^seii
uIh
388 EXAJf£N DE l'oRGANISATIOIC
qui ont causé la perte ou la décadence desétablisseniens les plus nombreux.
La caisse de secours mutuels de Nantes est conttituée sur des bases conformes à ce dernier mode d'organisation. La société industrielle de cette ville présidcf, par ses délégués, à la gestion des fonds de cette caisse, qu'elle a, du reste, fondée en la faisant reposer tout à-la-fois sur l'économie des ouvriers et çuf la générosité des classes aisées de la cité.
L'assemblée des sociétaires est dirigée par une admit)ist ration -centrale, secondée par autant d'administrations spéciales qu'il y a de groupes^e quinze ouvriers exerçant la même profession, et admi$ à faire partie de l'association. Chacune de ces dernières administrations est composée d'un président, d'un secrétaire et de deux inspecteurs pris dans son sein, au choix de ses membres. A ces quatre administrateurs doit être joint un délégué désigné par l'administration ^centrale, parmi les associés bienfaiteurs.
L administration centrale se compose de trois membre^ de la société industrielle, de deux sociétaires bienfaiteurs, et enfin de tous les présidens et délégués des administrations spéciales.
Ce mélange habile d'élémens divers, qui s'éclaicent et se contrôlent les uns les. autres, explique la durée et la prospérité de la caisse de secours de la vUIq de Nantes, M« Degérando, dans son excellent
DES Caisses DB SEOOURS MUTUELS. 889
ouvrage (i) , cite avec raison , cet établissement
comme un modèle à imiter.
Il est à remarquer que ses fondateurs ont eu la
sagesse de borner l'objet de leur, œuvre à une simple distribution de secoqrs quotidiens , aux soins du médecin et à la fourniture des médicamens. En promettant moins que les administrateurs des sociétés de première classe, ayant toutes un double but: le secours et la retraite, ils;ont tenu leurs engagement et ils ont réussi. (2)
A Paris et probablement dans la majeure partie
des villes manufacturières, les ouvriers affectent une grande indépjsndance pour tout ce qui concerne rétablissement et la gestion des caisses de prévoyance et de secours mutuels. Loin de réclamer le3 conseils des entrepreneurs qui le^ emploient, ils les dédaignent, ils les répudient. Ils supposent qu6 ^i les entrepreneurs intervenaient dans les délibéra- ^ tions de leurs sociétés, ils chercheraient à fakafitvajitager les uns aux dépens des autres. J'igrï^'Wsqu^ quel point il est permis d'ajouter foi à cette iipposition; ce qu'il y a de certain, c'est qu'à quelques exceptions près, les entrepreneurs demeurent étra»-
(i) De la Bienfaisancfi puhiique. Vans, iS3^f 4 yo1.m-8. (a) Règlement du comité de seçoufs mutuels pour les ouvriers de laviBe de Nantes, 1 833 , chez Meliinet , imprimeur à Vantes.
SgO EXAMS9 DE L'OEGAinSATIOir
gers à la création des caisses de secours et à Tadministration de leurs ressources. Les ouvriers ne prennent conseil que de la société philanthropique, qu'ils appellent la société mère (i). Mais ces conseils, qui peuvent être sages et éclairés pour des cas particuliers n'embrassent ni l'organisation ni Fensemble de chaque caisse, de sorte que les associations parisiehneS| quoique très nombreuses et très intéressantes, manqiient de direction générale et progressive.
Te souhaiterais que la société philanthropique , us^nt de Tinfluence méritée qu'elle exerce sur les associations de secours mutuels, placées sous son patronage, engageât les ouvriers administrateurs de ces associations à recevoir parmi eux des associés bienveillans, à l'imitatioii du comité de secours de Nantes et de la société protestante de prévoyance et de secours mutuels de Paris (^). Ces associés seraient .affiliés à la société philanthropique et délégués par elle, suivant leurs lumières et leur expérience, dans x^haque association pour représenter l'administratioil centrale de toutes les caisses ou de toutes les associations particulières , administration qui serait formée dans le sein de cette société d'hommes spé-
(x) F, sur les couvreurs et siir une société de secours mutueb qu'ils forment dMis la tBle de l'aris (Annales d'Ujgièàe publ, , Paris^ i834, t. aui i p. Sx.) (a) Agence^e la Sociètéi rue de TArbre-Sec, a* 46.
DBS ÇAISSS^ Dfi^ 8fi(k)llRS MUTUELS. 3g &
ciaux et ayant le temps, ainsi que la volonté de se vouer à cette œuvre utile et bienfaisante. Les cotisations des associés désintéressés seraient réunies en un fonds commun, qui serait réparti également, ou d'après des bases que l'expérience suggérerait, entre les diverses associations. Ce subside représenterait une ressource extraordinaire , profitable à chaque association et corrigerait , sinon en totalité., «u moins en partiej» les inégalités iiihérçntesaùx établissemens de secours fondés sur des chances aléatoires.
Les caisses établies d'après ces données, ayant toutes leur administration spéciale, élue par les ouvriers eux-mêmes • et assistée d'un sociétaire dqnateur délégué par l'administration centrale , ces diverses administrations délibéreraient sur les intérêts de leurs commettans, et soumettraient le résultat de leurs votes à la sanction «de la société régulatrice^
Ce projet ine paraîtrait /susceptible d!une exécution d'autan}; plus facile que le germe de l'institution subsiste et qu'il ne s'agirait que de le d^velgppér. $1 les caisses d'épargnes ont généralement rçfi^i, il faut attribuer en grande partie leijfr succès à la gestion probe, sage et éclairée des administratei^rs de ces établissemens qui appartiennent tous aux classes aisées de la société , et doni le dévoûment est véritablement digne d'éloges. '
3Qa ou. CHAISTUHISMB
CHAPÏTRE VI.
Of ehcittiaiiijBift cornue mofm de dTilintioii. — Syalèaie cetholiqae , ses ▼leMsitttdes , ion état en Fraace depoit le dlx-hoidèiiie n&cle. — Tendance dw «prit. T«. li morde éhréli«me o. T.r. na d>r&tU>i«.. géninl. dignes de cette tendance dans tooa les pays de l'JEnrope. — lioyens d'arriver an renonTcllem^nt des données dirétiennes. — Comment le cathoUcisaoe * peut concourir à ce renouTeUement. — Exemples éelatans à ce sujet. -« Voie dans laqne^e le clergé catholique doit entr^ pour attirer à lui les classes laborieuses. — Chant. — Confé ren ce s religieuses et morales. — Heaaes avec instruction* — Nécessité de ranimer le sentiment religieux dans les classes éclairées pour Taocréditer parmi le peuple, (i)
Le christianisme est rinstrument de civilisation
le plus flexible et le plus parfait qui ait jamais été au pouvoir xles hommes. Il les attire les uns vers les autres par Tamour, par la fraternité; il les élève, il les ennoblit par la pureté de Tâme. Quelque opînion.que l'on puisse avoir'sur les origines du christianisme et sur le sceau divin que les écritures ont imprimé à la nature de son auteur , on ne saurait
( t ) Ce chapitre est conçu dans le même esprit que celui qui traite du même ^jet dans le mémoire , maift il offre beaucoup pkis de déT^oppement et des additions importantes-
COKllI£ MOYEN DE CIVILISATION. . SgS
nier que Thumble mortel sorti de Nazareth pour an* noncer et répandre la bonne nouvelle, nç mérite, par l'excellence de sa morale, le titre auguste et sa^cré que les apôtres et le monde chrétien lui ont décerné, celui de Sauveur des hommes. Le christianisme porte en soi une telle puissance d^assimilation avec rhumanité, qi>'il,est parvenu à s'acclimater dans toutes les régions du globe, et qu^il régnerait peut-être, en ce moment, sur l'univers connu, s'il n'avait eu à lutter contre des religions rivales ,et des intérêts politiques défîans , obstacles bien plus re^ doutables pour lui que les passions de l'homme dont il est appelé à réprimer les écarts et à gouverner l'influence. L'universalité de son caractère, de son type moral le rend propre à tous les rangs, à toutes le^ conditions, aux plus humbles comme aux plus élevés. La divine sollicitude, les promesses éternelles de Jésus s'adressent à tous , mais principalement à ceux qui souffrent^ aux faibles, aux petits. Telle est la marque distinctlve de la loi chrétienne , et à ce signe seul, on reconnaît la loi de la justice, de la vraie civilisation, et de l'humanité considérée sous son point de vue le plus élevé.
Les chrétiens éprouvés d'abopd pan les persécutions, le martyre , le schisme et toutes les divisions qui agitent une religion naissante se classièreiit avec
3^4 sTSTtec CÀtHoucm; tu YraniiTiJDEs.
le temps , et l'on vit , dèchlors> le système cathidique s^affei;mir et prospérer pendant des siècles , sous l'autorité 4'un seul pontife souyerain réputé le auocesseur et le représentant de Tésus^lirist sur la terre* Il était le directeur suprême de la morale ^ Im dispensateur des secours spirituebi dans toutes les provimifes chrétiennes soumises à sa domination, et fort de. la confiance des peuples, ainsi que de celle des roiS| il enseignait ^ux uns l'iibéissance, aux autref la justice et la modération* Tel fut dans les commei^ cemens le ministère sublime de la papauté; mais» par la suite des temps ,- les fiiiblesses et les vices se ghê^ sèrent jusque dans la chaire de saint Pierre. Le pape et les prélats formant le sacré collège semblaietit ne plus croire en eux-mêmes. Le trône pontifical fut souillé par les plus honteux excès , le monde chrétieii s'en émut et la réforme éclata.
Ce grand événement fut provoqué par les attaques de Luther contre le saint-fSiège , par l'abjuration qu'il fit de la foi catholique, et par Tintroduction du principe de libre examen dans les matières reli»* gieusès. La réforme eut pour effet de briser l'unité de l'église universellie , ou du catholicisme , et de saper l'autorité pontificale dans sa suprémstie. GaU vin , autre réformateur, autre protestant , suivit de près Luther. L'esprit de prosélytisme répandit les
sTSTtafE gathoxjqttb; ses vieissinnbc& SgS
doctrines des sectes nouvelles , et le^ princjipe de la liberté religieuse en suscita d'autres , qui toutes avaient pour point de départ , comme les deux pre« mièresy la loi de Moïse, et pour t^rme , la loi évan* gélique, livrée aux lumières naturelles de la raison.
La papauté mît en œuvre tous les moyens pour dompter la réforme , ou pour la resserrer dans les limites les plus étroites. C'est ainsi qu'elle recourut à la répression sanglante de l'inquisition , dont le seul nom est y de nos jours, un blas|>hème; et qu'elle In-» stitua la propagande, dont le but fut moins peutétre de porter au loin la connaissance du dogme c'atho* lique que de maintenir, parmi les fidèles, l'intégrité de la foi établie par ce dogme. Les papes ne se bor» nèrent pas à l'emploi des moyens qu'il dépendait d^eux de créer , ils invoquèrent l'appui de Faiitorité temporelle pour parvenir plus sûrement à leurs fins^ et ils l'obtinrent dans les principaux ^tats de l'Europe , grâce à l'entremise habile de leurs légats. De là vinrent en France les guei*res religieuses, les dragonnades, la dispersion des. solitaires illustres dtf Port-Royal , et la ruiûe de leur docte et sainte demeure.
Le dix-huitième siècle vit éclore dans notre pays une réaction formidable , non-seulement contre les abus du pouvoir rdigieuz, mais contre le christia-
396 STSTiUiE CA.THOUQIJB; SES YICISSITnBSS.
nisme lui-même. La philosophie armée de toutes pièces attaqua Fétabiissement de ce dernier dans ses propres bases, et au lieu de se borner à faire triompher le principe du libre examen, iqu'il eût été digne 'd'elle de consolider par des garanties durables, elle exagéra et le principe et ses conséquences, eu telle sorte qu'elle finit par professer en matière de religion , ou le scepticisme , ou l'indifférence, ou l'athéisme. La révolution française vint clore l'œuvre de la philosophie , ou plutôt la rectifier en reconstituant , tout ensemble , la société civile et la sodété religieuse. La liberté de conscience fut gravée sur les tables de la loi fondamentale du pays, et malgré d'épouvantables convulsions , malgré d'affi*eux déchiremens, cette liberté nous est restée.
La France a été depuis cette époque, militaire, politique et industrielle ; ces deux dernières qualités dominent aujourd'hui chez elle. Les idées religîeuses restaurées par Napoléon , furent circonscrites avec soin dans le sanctuaire, pour éviter le renouvellement des collisions qui avaient existé jadis entre les deux puissances. Cette limitation de l'influence ecclésiastique était l'expression des théories créées par la philosophie du dix-huitième siècle et par la révolution. Les frais du culte catholique, de loême que ceux des églises réformées, furent supportés par
SYSTÈME CATBtOLIQUiS ; SES VICISSITUDES. 897
l'état, qui assura indistinctemeDt aux ministres de ces différens cultes un traitement convenable. En couvrant d'une protection égafle des cultes long-temps ennemis, le gouvernement fit preuve d'une tolérance louable ; mais si la • liberté de conscience fut alors définitivement fondée, le sentiment religieux ne reçut pas de raffermissement de cette précieuse gstrantie , la chaleur et l'éoergiè qui lui manquaient ; il était tiède dans les écoles , malgré le respect'apparent qu'on y professait pour les formés extérieures du culte; il l'était plus encore dans les familles, quoique la population tout entière eût applaudi à la réouverture des temples.
Sous la restauration, le catholicisme ayant été proclamé la religion de l'état, eut une supériorité marquée sur lés autres cultes. Le clergé essaya à plusieurs reprises de tirer les fidèles de l'eûgourdissemeut où ils étaient plongés , par le, rétablissement' des missions, des couvens et des congrégations, mais ses paroles n'avaient < plus d'attrait , sa voix, j'ai peine à le dire, n'était même pas écoutée. Elle l'était d'autant moins , qu'il déguisait mal son aversion pour le nouvel ordre de choses créé par la révolution , laquelle en le dépossédant de ses biens au profit dé l'état , avait distrait aussi de son autorité toujtes les attributions qui ne se rattachaient pas directement
398 TSVDAifGE OBS ESPBUS
à l'exercice du culte. U est à regretter que les ministres d une religion aussi détachée des )>iens teiop porels que le christianisme y n'aient pas ef£aicé de leur mémoire le souvenir d'une opulence et d'un^ domination perdues sans retour , pour ne s'occuper que des intérêts de la foi. Ils n'auraient eu à combattre que le scepticisme » tandis qu'en faisant revi^ vre sourdement, mais d'une manière non équivoque, des prétentions incompatibles avec les théories po^ litiques de l'ordre social npuvellement établi ^ ils ont excité contre eux dans tous les r^ngs de la société , les défiances les plus fâcheuses et qu'ils ont à lutter aujourd'hui tout à*la-fois et contre le doute et contre de profondes inimitiés politiques.
Le septicisme est un état inerte, négatif, et qui laisse l'âme sans activité et sans nourriture. Com* ment remplir ce vide dans la vie morale ? Est-ce par le raisonnement, par la controverse? Faut-il former de nouveaux docteurs ,. instituer une nouvelle Sorbonne, et tenter d'opérer la conversion des cœurs par la science. Le syllogisme scolastique a fait son tepips et n'aurait aucune valeur dans la direction actuelle des idées. Le langage mystique, quoiqu'il ait été employé par de grands esprits, lorsque la pensée religieuse était la pensée dominante de la
VERS mr CBBi^TiAinsicE QÉJxiRXL. 399
âociété, ne serait pas accueiUi avec plus He faiseur» Le catholicisme, depuis la querelle immortalisée par Pascal, et depuis les débats célèbres de Bossuet et de Féoélon, a dqiouillé, en France, insensiblement la I6rme contentieuse et dogmatique pour se renfer^ mer dans la florale, évangélique. L'orthodoxe , le graT« Bossuet, .qui atc^t pressenti ce .changement atant qu'il ne se manifestât par des indices certains^ redoublait de vigilance pour le maintien de la tra*dition ) et le moraliste Labruyère, dans l'intérêt de l'art plus peut-^tre que dans l'intérêt de la religion, semblait regretter , de son côté , les teintes austères et tristes de l'ancienne éloquence sacrée, teintes qui allaient s'aflaiblissant à l'époque où il dessinait avec tant de finesse et d'élégance les caractères de ses contemporains. La transformation ébauchée par le tlix-septième siècle a été consommée par le siècle «Clivant ^ et l'on peut affirmer à présent que l'ère du «diristîanisme moral est arrivée; tout l'annonce, le sentiment public et l'opinion même des écrivains les plus dévoués à la cause du catholicisme.
La tendance commune des esprits on plutôt des cœurs vers la morale chrétienne, me paraît devoir rapprocher les unes des autres , dans un temps qui n'est peut-être pas éloigné , toutes les églises nées tle l'évangile. Jusqu'ici, leurs pasteurs et les fidèles
400 TENDANCE DBS ESPRITS
eux-mêmes ont été enclins à ne voir entre elles que des différences, des oppositions, sans s^apercevoir des points de rapport qui les unissaient, ou, pour parler plus exactement, sans vouloir eq tenir compte. Cette illusion ou, si l'on veut, ce parti pris est près de céder à une direction plus éclairée , plus sociale , et, tranchons le mot, plus véritablement pieuse. En Allemagne ^ où les doctrines religieuses font partie de renseignement scolaire dans tous ses degrés ^ où les théologiens des facultés protestantes aussi bien que des facultés catholiques commentent le texte des écritures avec un zèle minutieux, et infatigable, plu3ieurs de ces théologiens, appartenant aux cultes réformés, ont été emportés par l'esprit de recherche et d'analyse jtisqu'à dépouiller la loi mosaïque et l'évai^gile dç tout caractère divin, jusqu'à nier nonseulement la divinité, mais la personnalité de Jésus- Christ. Us ont vu dans les écritures des allégories , des symboles , une épopée , dans le Christ un mythe, c'est-à-dire un être fantastique , issu des croyances et des traditions populaires. Dans le nombre de ces mêmes théologiens, il en est qui, en regrettant la foi passive et docile de leurs aïeux comme plus consolante et mieux assortie à la faiblesse naturelle de l'homme, n'ont pas cessé néanmoins de poursuivre avec opiniâtreté l'œuvre de la science, et pa-
VERS UN GHHXSTIANISM£ «éHJBRAL. 4oi.
raissent résignés à en subir toutes les conséqueBees morales. D'autres , au contraire, affligés de leurs propres lumières et de l'isalenâent où les laisse l'absence de toute loi religieuse , tournent les yeux vers le principe de l'autorité comime vers une planche de salut, et semblent coilvier le prêtre catholique à leur donner la main suiv le domaine de la charité.
Voici dans quels termes un écrivain -alleiïUuid> Wolfgang Menzel, qui jouit dans le monde savant d'une haute réputation de lumière et de sagacité f expose la situation de l'Ailemagpe, sous le rapport de la foi religieuse, dans son journal intitulé : la Feuille littéraire.
<c Le christianisme nous semble dans une situa* a tlon qui se rapproche beaucoup de celle que le cr paganisme occupait sous Adrien. A cette dernière. a époque, tous les dieux imaginables a£Quaient à <c Rome, qui les accueillait avidem%nt; les idoles d'E- <c gypte et d'Assyrie voyaient tomber à leurs pieds ce difformes la curiosité mais non la piété de t^im- <c mense population. De' même aujourd'hui, les» chré* a tiens de la Germanie, incertains et indifférens sur <c la confession qu'ils doivent adopter paraissent les ce accueillir toutes à-la<pfois. Les nuances les plus op»
a posées se confondent, les catholiques marchent I. a6
««dbttft'te Toie da progrès et dea lunriires ; les vcdd ce bientôt dkvenus ratkHinek , modérés et paisibles c comme des* protestans. Les protestans^ de leur «fiàlé^'Coaratencent à croire qu'As* ont été trop (c loin;^ ils reculent ^ cessent de se fier an jugement it individuel, base de leur crojrance ^ et se rapprocc thent peu^à-^peu par des a^aiices , dont la coquet^ c terie est publique , des formes et des idées du ca** 06 tholicirfme. On ne parle plus des anciennes diffé- » rences entre la communion luthérienne et la cornalnuttion réformée. Tout un bataillon de protes« «'tdns^u nord a fait irruption dans le catholicisme ce du midr. Les catholiques , dé leur côté , possèdent ce une fraction de véritables protestans qui se nom-* <c meut aiiti-célibataïres. Que dire de toutes ces phicc losophies à la mode en Allemagne, tantôt co- (( existant, tantôt se succédant^ et toujours assez sou- (c pies pour s'adapter sans peine à quelque religion ce que ce soit. Au lîiilieu de ce chaos, la majorité est « indifférente , fet pensant qu'il n'y a rien à gagner a d'un côté ni de l'autre, elle reste provisoirement a spectatrice. » (i)
La* crise religieuse, qui s'opère en Allemagne, est
(i) Ce fragment est extrait.de \di Revue britannique ^ n* 32^ août i838, et fait partie de l'article intitulé : du Mouvement religieux et philosophique en AUeniagne , traduit du Forei^ quaterljr Revieçfl.
VERS un tlKRISIlIiinMS iftaXÊRAJL; 4o3
finie chez nous depuis un ikmi-siècle. La 'contro^ verse, refroidie par l'indififérence du public et Idsse d'elle-même / a déserté même la Sbrbônne, som antique théâtre. Est-ce à dire, cependant, que le ten« timent religieux soit éteint dans les cœurs? J^ suis certes bien loin de le penser. Son activité parait suspendue, mais il n'est pas tout-à-fait oisif. Le temps, à travers Tindifférence apparente dès esprits , n*a pas laissé de Fépurer; il a fait justice des- blasphèmes et des ironies de Voltaire i comme il a. fait justice de la superstition. Quoique les fondem*ens historiques de la religion chrétienne soient' ébranlés, quoique beaucoup de personnes se refusent à croire à la réalité dés miracles, il n'en est pas moins vrai que cette religion est considérée universellement conlmé un moyen incomparable de purification morale^ Les philosophes, en contestant sa grandeur surnaturelle, se plaisent à rehausser sa grandeur humaine, et, s'ils ne croient pas à là divinité de son auteur,'ils croient, au moins, à If idée' divine Aa perfectionnement de l'humanité , idée qui résume toute la loi
évangélique.
Ce rationalisme , qui a pour effet de iriveleo en
France toutes les communions chrétiennes^ et qui
admet sans répugnance le judaïsme lui-même, tout
opposé qu'il soit au principe chrétien, dans la grandd
fi
4^* TâlH>Air0B DBS SSPBITS
faottile des religions dignes de la yénération' d» hoodines, t/est: pas le fruit, comme plusieurs le supposent^ de Tinflueiice du mouvement philosophique du dix<rhuitième siècle , mais bien des opinions protestantes; et ce qui le prouve, c'est que ces opinions sont arrivées graduellement et par deà recherches aussi longue^ que consciencieuses , au même résultat que la philosophie plus hâtive y sans doute , que le principe protestant , mais non pas plus logique. I^. prédiction de Bossuet s'est accomplie, de nos jours, à quelques égards*. U y a dans le protestantisme, à côté d'une orthodoxie apparente, un principe de dissolution qui lui est inhérent } ce principe ijQvesttgateur, comme la^ méthode analytique , a été cpnduit par la loi du progrès, non-seulement à modifier les croyances religieuses, qu'il a lui-même introduites et propagées, mais à les annuler; et dans un petit ppmbre d'églises réformées , le penseur ou le philosophe s'est substitué au ministre. Je sais bien qu'en revanche Ja cause du rationalisme a éprouvé, parmi les opinions protestantes, des pertes occasionées par un retour sincère de plusieurs sectateurs de ces opinions vers les doctrines des premiers réformateurs ; mais ce retour , à vrai dire , n'est luimême qu'une conséquence du principe dissolvant propre à la nature du protestantisme.
Qae faut-U <^nchire de Télat présent des e^Nrit»? Si les phénomènes q[Ue nous venons d^ ^gnsder étaient particuliers à qqelquçs sectes de rAllema||iie ou à une faible minorité* en France, l'orthodoxie catholique poqrr^it se prévaloir avec raison de Tinanité des doctrines protestantes au profit du principe de Tautorité, qui,. n'admettant pas 1^ lihçe examen , prévient le doute ou tout au moins '}a discussion. Mais il n'en est pas aif^sjl : les syn^ômes de fusion et de fraternité religieuses qui sa m^pntrent en Allemagne et en Sranod , se rév^lei^t égale^ ment dans le reste de l'Europe. Partout, i^ tr^ûlts particuliers, qui différenciaient les commutliplis chrétiennes les- unes des autres, tendent ii s'e£facer, pour ne laisser subsister qua la morale reltgieii&Q.et pour introniser, en quelijaesorte^^iin christianisBie général. Les Israélites eo^Hcné^xiet, q^i iqrenË si long-temps immobiles dap^ l^nr croyance, q^gaptûf^ aussi leurs . rationalistes^ ..I^ev^etnrtilpent j^i^^ux .semble abjurer se« vieilles; ,ai:|t|pal:hies, jot ,4^<w9l6i*
ses formes diverses^'pqiPjr.r^^iKi^^P^^^
unités Ceux qui $'intéf:eas^t ^ dévelopi^mc^
idées religieuses et qui ea:éti|âient]a. niaM»e<ii^
pu observer un assez graof^ nombre de faits ^iau*
noDcent , parmi i«s seçtaliçiti^ de. tous ^: «qltes
!^^ HOTxm B'À&BifXA Air «ivoinrÊLUHEirT
nppfochaawnt. Ce pkénomène'est le dernier terme idè la transformation progrtesive qne le christiamvoM a subie depuis son institution. Il semblerait prouva* que le. raisonnement a épuisé ses ressources dans le cercle où il s'est exercé jusqu'ici, qu'il en a même abusé, puisque chacun tend à décliner sa 4tM>mpét^ace^ et que le temps est venu de renouveler les données chrétiennes en Remontant à' leur source prtoiiiCîve , qui est Tévingile.
Ck>mment ce renouvdleinént peut-il s'opérer?
fimtril recourir à Fànilûlrité d/un concile universel
pour atteindre un but 'si élevé et entouré de tant
èé difficultés ? Supposé, que' ce concile fut livré à lm-*iîiëme et que ïes influences politiques restassent élraligères à ses délibérations^ serait-on fondé à attendre de lui la solution d'un problème qui a frappé d'impuissance le génie de Bossuet et de Leibùitz? 0est ati temps, au temps seul, à consommer le grand oeuvre de la rénovation chrétienne.
Un concile ne pourrait procéder que par le raîiicmnement, etTob^ateque, dans les matières religieuses ,^^ le raisotifïiemeiit n'engendre, chez les peu- •pies VîeitKs dans les rafflnemens de là civilisation , que la dispute et le doifte. C'est par le coeur, par des acte^ de charité pitofitables à totas tés chrétiens MAS distinctitm, jpar des ifiMtticQ^ et des exerci-
i DES pOirifEES GHEÉTIENirES* . Ifiyj
ces adaptés à toutes les confessions, que le prêtre catholiquiB peut espérer d'amener k Iqi et les ^fidèles de son église, attiédis par le scepticisme ou par T^ndifférence, et les protestans , las des fluctuations et de l'insuffisance du jugement in^ividueL. Dq uqs jours le catholicisme 9e saurait être digne^ de sa poble ambition qq'en «se montrant plus compréhensifi ç'est-à-dire plus attirant et pjus 4miver^l ^ ^ns ab-
jurer, toutefois, ses croyances dogmatiques. Cç qui ^e passe en Allemagne témoigne . asse2i que cet espoir ne serait pas en France impoç^ible à réalis^^
Il y a parmi le^.catholiqups et pam)i les r^forov^ eux-mêmes deux classeade croyans. Les uns atta^ chés à l'esprit de L'évangile , esprit de tolérance , dje concorde et d'amour, les autres esclaves de la forme religieuse, absorbés par les idées étroite^ et ex;clusives de leur culte , sectaires plutôt qu'honun63 d(s piété et portant ; dan« le lieu saint où les fidèles se rassemblent le fiel et la haine, qui divisent, les partis et les écoles philpsophiqu£Si Les haifies. religieuses sont même d'autant plus violentes que le caractère des individus qui en sont a£fectés est plus passioàné, et que leurs lumières sont plus bornées^^us ce rap^ port, les églises séparées de l'église catholique ne sont pas moins animées les unes contre les autres, que celle-ci l'est contre ^Ues-mêmës.
^S MOTIUV^ J>'AaiUVBR AU RtZrOWELLEMENT
Là OÙ le pouvoir épouse une de ces églises et tolère les autres, il est rare que Féglise domiDante ne
soit pas oppressive. Ije cathoUdsme s'est montré odieusement tyrannique chez nous pendant les dernières années dû règne de Louis XIYy et, en Irlande^ il a été opprimé à son tour- par la religion angli* Cên€j espèce de catholicisme réfotmé. L'émancipation des sectateurs de l'égUse romaine dans laGrande- Bretagne ne date que de quelques années , et elle nest pas encore complète. L'union intime et politi* que des deux puissances n'a jamais produit et ne produira jamais que prééminence et faveur pour i'église élue, dépendance et huikiilialioii pour les autres ^lises.^Gela est si vrai que, dans les état$ du roi «de Sardaigne où l'église catholique déploie en ce moment l'influence la plus puissante et domine tout à-la-fols la sociétés religieuse et la société civile , les sujets non catholiques, et les juifs sont traités autrement que le reste des citoyens. Ils ne jouissent des droits civils que par exception et d'une manière très restreinte, ce^ qui établit entre les nationaux des différences civiles qui, par opposition aux plus saines doctrines de droit public, ont leur source dans la foi. (i)
(i) Voyez le Mémoire lu à rAcadémie des sciences morales et politiques, par M. It comte Portails sur le Code cîtîI nouyëirement promulgué daus les états
DES DOïTinscs GHRénfii!m£$. 409
Si l'on compare la marche imprimée aa catholicisme dans l'Amérique du nord, en Allemagne et en France, avec celle qui est suivie dajis les états du roi deSardaigne, dans quelques parties de l'Italie et en JEspagne, on verra que la- cour de Rome est restée fidèle à son antique politique, politique expectante mais souple et raffinée. Elle règne là^ où elle peut s'incorporer au pouvoir temporel ; elle prescrit aux pasteurs de son église de j&'envelopper d'une grande circonspection, de s'effacer et d'attendre là où elle n'est pas la plus forte , soit que la population se trouve partagée entre des cultes chrétiens différens, soit que vouée en majorité au principe caliioUque, l'essor de sa foi se- trouve entravé par les cbssenti* mens politiques qui la séparent du clergé, ou par la défiance que lui inspire l'esprit de domination dont ce dernier est secrètement animé: .
Ce calcul de la cour de Rome peut être habile humainement pai:lant , niais il est peu fait pour gagner au catholicisme les peuples les plus avancés en civilisation* Ceux-ci refoulés vers la philosophie
da roi de Sardugne. G^ uémoirtf dont 1* Aeadéfliie a ordbnné l'inserU^ dans le recueil de ses mémoires , et que l'auteur a fait iaupriraerii part^ est iiitéressaot non«-seulement par Teiiamen comparé du Code sarde avec celui qui nous régit , mais par des considénifioDs de Tordfe le plus élevé sur plàsiears points de dhnt pnbUc et de légikbtiim; ' ^ '.'
.420 HOTEira n'&RRIVSa àD BEffOUVELLElIERT par uoe théologie exclusive et ambitieuse, deviennent ea religion, spéculatifs, raisonneurs et étrangers à toute espèce de culte, quand ils ne tombent pas dans l'incrodulité. Parmi les esprits les plus pri'-ocupés d'idées religieuses, quelques-uns doués d'une vive sensibilité, se livrent à t'illuminisme, et quelquefois aux plus monstrueuses rêveries. Un semblable résultat ne prouve pas sans doute en faveur de ta philosophie, mais il ne prouve pas da~ vautage en faveur du catholicisme dévot , formaliste et ambitieux, religion dure, intraitable, sans charme, qui asservit au dogme la morale naturelle, et répudie la miséricorde pour la superstition.
Le catholicisme fondé sur l'exclusion est aujourd'hui sans force en Europe. Ses ministres et le petit nomtbre de ses fidèles supposent , que la tiédeur générale n'est qu'-un accident, qu'elle est due à la màlign« influence de la liberté de conscience , et que, ù la propagation de la foi catholique était appuyée par le pouvoir temporel comme autrefois, les idées rsligieoses ressaisiraient leur influence sur les esprits. Cette supposition repose sur tme erreur. C'est précisément par le motif que ]» sentimen t public est antipathique k toute idée de contrainte et de privilège, en matière de foi, surtout en France,
que tous les gens dé bien.agpii'ent k wt, renQuveJJe-
ment religieux par la douceur^ la persua^ioq , et la charité.
La pente naturelle dçs esprits vers le cbristior nisme moral est d'autant plus universelle , que par*tout où le prêtre catholique se rapproche par .des sentimens de bienveillance ou par des bien£aits des personnes étrangères à ses (voyances 9 il estloiié et encouragé non-seulement par les partisans nombreux des idées religieuses, mais par les Sectateurs encore plus nombreux des idées philosophiques^ ^i se plaisent à rendre hommage à la pureté vraiin€^ évangélique de sa foi. Respect mutuel des croyances dogmatiques, et bienvqilknce universelle; voilà, ce me semble le symbole auquel se rallie de plus ep plus l'immense majorité des catholiques et des protestans. L'épiscopat français était digne de gitidar les pasteurs de la chrétienté dans , cette voie nouvelle. Un de ses membres les plus émioens. qui a édifié les deux mondes ( i )^ par ses vertus > M. de Chéverus, mort cardinal et archevêque de Bordeaux, avait compris le eatho)icisme*'Côrame nous le sentons. Il marchait à la conquéte^ des âmes par la bonté. Dans Teffusion aimable de* sa. piété , il répandait ses dona s«ir tous les êtres malheureuK
(z) m; de OiémiiS a f<mg^ftBiitf réddé'k CM»» oïil éititMîfie.
4l« MOTÏltS D'AIiarVEft AU BËBOUVBIXEMENT
sans acception de croyance. Il consolait par sa parole ceux qui n'avaient pasbesoio de ses libéralités; les juifs anssi bien que les proteslans étaient l'objet de sa sollicitude paternelle. Il portait dans le inonde l'aménité qui rendait ses formes si attrayantes, et avant d'exciter l'admiration, sa conduite pastorale pleine d'indulgence et de mansuétode, avait excité un étonnement mêlé de scandale, tant le préjugé religieux, comme tous les préjugés, est aveugle et difficile à surmonter. L'évèque de l'Algérie, M. l'abbé Dupuch,a été formé à l'école de M. de Chéverus ; et a débuté dans sa carrière épiscopale parla manifestation de sentimens dignes de celui qu'il s'est proposé pour modèle.
On ne saurait trop préconiser de tels exemples, afin de détromper les dévots en les éclairant, et de multiplier parmi le clergé français les disciples d'un prélat , i qui la-postérité assignera une place à côté de Fénélon, et qui, dès à présent, peut être ccmsidéré comme une des pins belles âmes apostoliques des temps modernes. Les catholiques orthodoxes dirent que nous dénaturons le catholicisme tel que les lois canoniques et les traditions l'ont Sait ; que .vivre en communion par la mocale naturelle et par le sentiment religieux avec des personnes de toutes les $ç<^ et de toutes les religions , c'eft abdiquer
DES BOmiiES CEKéTiENJUlS. ^1%
de fait la qualité de catholique, et même celle de chré* tien. Je pense, au contraire, que l'évangile qui est la loi suprême du catholicisme , comme de toutes les autres confessions chrétiennes, permet d'allier lu foi la plus vive avec la miséricorde , et que, par là grâce de cette vertu, un catholique est le frère d'un protestant, conuue il est le frère d'un juif et d'un mahométan. Sous ce rapport, la civilisation moderne nous paraît être plus conforme à* Tesprit de Pévangile^ que l'opinion de bien des catholiques exclusifs. Jésus-Christ conversait avec les pécheurs, avec les plus méprisables hypocrites.
Quelle que soit la forme nouvelle que le temps réserve au christianisme ; quelles que puissent être les vicissitudes que cette nouvelle forme aura à subir par le cours djes siècles , il est un sentiment unique , dans lequel les hommes policés de toutes les nations se rencontreront toujours, c'est celui de l'existence' d'un Dieu^ auteur de la nature et père commun des hommes , parce que ce sentiment se rattache à l'un de nos instincts les plus irrésistibles , et qu'il est général comme l'amour de soi , comme l'amour du bien-être. Voilà l'unité qui demeurera immuable , au milieu des déchinemens politiques et religieux, qui prévaudra contre l'audace des systèmes et l'entêtement de Fincrédulité , parce quelle
4l4 VOIS A ftflTVBP. PAR tB CLERGÉ
pent se suffira k elle-même, et qae son tabemaclE invisible est In conscience.
La maxime, que hors de l'église il n'y a point de saint, est tacitement abrogée depuis long-lemp!. Elle choque nos mœurs autant qu'elle blesse noJ consciences, et les prêtres les plus pieux, c'est-àdire les plusc harîtables, en usent enTers lear pro* cbalo appartenant à une autre religion que ta leur, comme si cet aphorisme de malheur n'existait pas. Cette façon d'agir, quoique encore bien rare, n'a pas empêché te saint prélat, dont nous avons tou^ à-l'heure rappelé les vertus, d'être élevé à Ja plus haute dignité de l'église catholique.
£d dernier résultat, les religions intolérantes sont des religions anti-sociales, parce qu'elles transforment les dissidences en haines, et les haines en agitations politiques. Les annales de la France, de l'Angleterre et de presque toutes les nations de l'Europe, démontrent la vérité de ce que j'avance.
Les considérations générales que je viens d'exposer m'ont paru un préliminaire indispensable pour faire connaître clairement la voie dans laquelle le clergé catholique àoî% entrer pour attirer à lui les classes pauvres et laborieuses, et pour leur Êiire aîmer les pratiques de la religion. Ces classes sont, en e£fet, imbues, comme les classes éclairées, des
idées et des sentimens que f.ii exprimés dès le coin* mencement de ce chapitre^ les consolations et les préceptes de la religion leur sont d^autântplus iié* cessaires, qu'elles sont, plus qu'aucune autre, éprouvées par le besoin, la convoitise ef l'adversité* L'universalité , disons mieux , la popularité de l'influence du christianisme n'est due qu'à ses affinités intimes avec la situation précaire, obscure et pénible du plus grand nombre. Jésus est né d'une mère pauvre, laborieuse et* vivant du travail de ses mains; il est né dans le plus humble réduit, et il a travaillé lui-même comme un simple ouvrier; ausài ne dissimulait-il pas sa prédilection pour le peuple. Il aimait à se trouver là où la foule se rassemblait : c'est à elle que ses enseignemens étaient adressés ; c'est à elle qu'étaient réservées plus expressément les promesses de la vie étemelle. Comment la classe pauvre ne serait-elle pas sensible au charme de là parole divine, lorsque cette parole compatit à ses privations et à ses souffrances; qu'elle loue la modération de ses désirs, sa résignation, et qu'elle proclame ses mérites comme supérieurs à ceux des classes riches , et comme les plus dignes des récompenses que le tout-puissant destine à ses élus. S'il est vrai que le sentiment religieux ne soit pas un vain mot, et qu'il soutietme l'espérance de tous les
/|l6 voir. A SOTVBÏ PAR LF CLERGÉ
hommes que ta corruption n'a pas dégradés, quel sujet de satisfaction pour le pauvre d'être assuré que rbiimililé de la coudilion humaine , lorsqu'elle est supportée honorablement, peut valoir à celui de qui elle est le partage , non-seulement l'estime des hommes, mais encore la faveur divine! Quel bonheur de penser que l'exercice des vertus de son état ennoblit sa propre misère, et qu'en ne considérant ces vertus que sous uu point de vue purement humain, on y trouverait encore la matière des éloges les plus complets et les plus mérités!
Quoique, de nos jours, la vérité de ces réflexions soit moins généralement comprise et sentie qu'à l'époque où la religion exerçait sur les esprits on empire non contesté, les rapports continuels que les frères de la doctrine chrclienne ont avec les personnes de tout âge qui composent les classes pauvres, les mettent plus à portée que tous autres de réchauffer en elles le sentiment religieux, et de les amener à contracter le goût des habitudes de piété, par lesquelles ce sentiment s'épure et se conserve. Depuis qu'ils ont eu la sagesse d'adopter, du moins à Paris, les méthodes les plus avancées, soit pour l'enseignement des premiers rudimens de l'iustruction, soit pour l'^iseignement du chant, ils 'se sont placés k côté des instituteurs primaires les plus
POUR ATTIRER A LUI LES QLASSES LABORIEUSES, /fl^
habiles; et le grand nombre d'élèves adultes qui s'empressent à suivre leurs cours du soir témoigne tout à-la«fois et de l'intérêt de leurs- leçons, et de la confiance qu'ils ont su inspirer à leurs élèves. Les allocutions morales qu'ils adressent de temps ^a temps à ceux-ci seraient , ce me jsemble, un xnoyexi. tout naturel de les préparer à la fréquentation àe^ exercices religieux, et de régler, pour ainsi dire.de concert avec eux, la part qu'ils prendraient >à ces exercices. Les professeurs places à la tête des école^ de chant seraient aussi en position de recoqunander à leurs élèves adultes de semblables habitudes, et de les exhorter à y persévérer. Les notions du chant sont déjà ass^z répandues parmi les élèves qui ftér quentent le^ dififérens cours du soir, pour les metti'e en état d'exécuter chaque dimanche , pendant Ja durée d'une messe qui leur serait destinée, des chœurs dont les paroles et la musique auraient été <:omposés avec beaucoup de soin. Je sens que l'au* torité. ecclésiastique aurait droit d'exiger le choix le plus exquis dans les sentimens .comme dans les expressions de ces choeurs. Mais n'y aurait-il pas de l'inconvénient à vouloir imprimer à des chants populaires, et faits pour émouvoir le sens moral autant que le sentiment religieux, un caractère trop mystique? Je crois que, dans l'examen de pareilles com- 1. ay
POUR ATTiaKR A LUI LES CLASSES LABORIEUSES. 419
mens plus doux« Ajoutons que le dogme ne souffrirait aucune atteinte de cette innovation., puisqvie le fidèle participerait au saint mystère célébré* devant lui, non-seulement par ses chants^ mais aussi par la pensée. U serait d'autant plus aisé d'organiser cette mesure comme moyen de moralisation, qu'un certain nombre d'élèves priés par les Frères d'aller exécuter dans quelques églises des villages voisins de Paris , plusieurs morceaux de chant dans desL messes solennelles célébrées à l'occasion des grandes fêtes de l'année , se sont empressés de déférer à celte prière, et que depuis , ces mêmes élèves et d'autres ont offert spontanément leurs services à MM. le^ curés des communes rurales , qui les ont acceptés avec reconnaissance.
A Versailles, les élèves-maitres de l'école nor** maie primaire chantent tous les dimanches, dam leur chapelle, des morceaux, sacrés de Rossini, et des meilleurs compositeurs. L'exécution de ces morceaux a produit une telle impression sur tes fidèles admis dans la chapelle de cet établisse? ment, que M. l'évêque a prié le directeur de per* mettre que ses choristes vinssent chanter . à l'églis^ métropolitaine les jours da grande fête. Leur prs^ mier exercice, dans cette église, date; ^e 1& &f\ de 1&37. ... , ^ :
420 VOIE A SUIVRE PAR LE CLERGlÈ
La prédication offrirait un moyen non moins puissant d'améliorer l'état moral des classes laborieuses , mais il faudrait en user avec discrétion , et raccommoder à l'intelligence et aux besoins de ces classes. Des conférences sur les joints fondamentaux de la morale chrétienne et sur les devoirs de famille Ile pourraient manquer d'intéresser vivement les ou- TTÎèrs , du moment qu'elles n'auraient lieu que pour eux seuls, à l'imitation des conférences établies dans l'église de Notre-Dame de Paris, et qu'elles seraient dirigées dans un esprit capable de leur en faire ap* précîer l'utilité. Il y a dans l'alliance de la morale et de la religion un charme et un attrait inexprimables'; l'onction *des paroles de l'orateur chrétien vient de cette alliance elle-même. La morale attache l'homme aux principes de la société, et la religion dirige sa pensée vers la possession des biens éternels. L'une comme l'autre tend à son amélioration, à son perfectionnement. Sans la morale, la religion offrirait à l'homme un aliment trop léger, trop' raffiné, trop mystique. Sans la religion, la moralè ne répondrait pas aux instincts les plus élevés de l'homnle; l'idéal qui le détache par intervalle et dans les momens d'épreuve, des choses d'ici bas, pour le transporter, par une sorte d'extase, vers les choses divines , se perdrait dans l'infini et arriverait