‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes: et des moyens de les rendre (volume 2)Chapitre 38 sur 43 · JPOUR ATTIRER A LUI LES CLASSES LABORIEUSES. . 4^ I · texte numérisé non relu

JPOUR ATTIRER A LUI LES CLASSES LABORIEUSES. . 4^ I

au néant. La morale et la religion se frayent le che-* min Tune à Tautre^ elles s'entr'aident et se complè* tent mutuellement.

Il me semble, qu'en étudiant sous ce double point de vue , la méthode à suivre pour l'instrnctioa des classes pauvres et laborieuses, le prédicateur devrait, dans ses discours, réserver à la morale une place plus étendue qu'à la religion. L'évangile propose à tous la même doctrine , mais il varie les règles de la piété suivant les conditions de chacun. Plus cette condition est humble et pénible, moins il exige de pratiques religieuses de celui qui s'y trouve placé. Aussi, dit-ir, que celui qui travaille, prie (qui lahorat, orat). Cette maxime se rapporte prin^ cipalement à l'ouvrier et à l'artisan obligés de gagn^er leur vie à la sueur de leur front. En effets s'ils ne travaillaient pas pour se livrer à la prière , ils manqueraient à leur devoir le plus essentiel, qui est d'accomplir leur destinée d'homme et de citoyen, destinée dont la première loi est le travail , parce que son premier besoin est l'existence.

Le christianisme est plein de bon sens. ; Tauteur et le consommateur de notre foi a mis les préceptes de sa philosophie en parfait accord avec les nécessités fondamentales de la société. Si l'homme , en travaillant, marche par cela seul dans la voie du salut, la

4àa TOIE A SmVRE PAK LE CtSRGi

mère de famille , qui dirige avec sagesse l'éducation de ses enfans, acquiert aussi par le seul accomplissement de cette tâche difficile , des titres certains à la protection divine. Le prince des apôtres n'hésite même pas à penser que la mère de famille ^ fidèle à ses devoîrtf maternels , n'aurait pas besoin d'autres vertus pour assurer son salut. Quels textes que le travail et Féducation des enfans pour l'instruction morale du peuple ! En traitant de pareils sujets , le ministre de l'évangile devrait choisir les traits de moeurs les plus saillanset les plus généraux, qui se rencontrent dans la vie des classes ouvrières , pour leur faire sentir par leur propre expérience ^les avantages de Tesprit d'ordre , et de la modération , la douceur et l'estime attachées à Fexcercice des devoirs de la paternité , en même temps que les inconvéniens et les dangers de l'oisiveté , de la dissipation et du désordre des passions. 11 serait impossible de trouver une occasion plus favorable, pour prévenir les orgies du cabaret, en faisant ressortir l'état de dégradation de celui qui n'a pas honte de s'y livrer; nulle circonstance ne serait plus propice, pour plaider avec succès la sainte cause des enfans abandonnés ; le contraste des tableaux et la vivacité des allusions conduiraient naturellement l'orateur, à exciter dans l'àme de ses auditeurs , émus par la réalité des pein-

POUR AtTIREE A LUI LES CLASSES LABORIEUSES. 4?3

tures et par la force poignante des souvenirs ,. dias •entimens pleins d'amertume et des leçons ^d'une haute moralité.

L'éloquence de la chaire pourrait s'exercer avec non moins d'utilité et d'éclat sur la dignité du. mariage opposée à la bassesse et à l'incertitude du commerce libre ; sur le respect et les soins dus à la vieillesse abandonnée comme l'enfance à la charité publique ; sur le bon exemple; sur la crainte et la défiance de soi'^méme, sur les charmes de la vie de famille, en un mot sur tout ce qui est propre à ren« dre l'homme meilleur. Ces conférences, morales par le fond, emprunteraient un intérêt tout particulier d'une sage distribution dans le discours des faits et des figures , soit de. la bible, soit de l'évangile^ qui pourraient y trouver place naturellement par leurs rapports avec le sujet. Il serait à propos de diversifier les matières, afin de faire succéder l'instruction religieuse aux exhortations purement morales, et de corriger de la sorte ce que celles-ci pourraient offrir de trop monotone, si elles se suivaient d'une manière continue.

Nous n'avons parlé jusqu'ici que des moyens de faire concourir la religion à l'amélioration morale des adultes-hommes appartenant aux classes laborieuses. L'instruction chrétienne des jeunes BlUfi et

4^ yOTE A SmVIlE PAR LE CLERGÉ

des adnltes-femmc» n'exige pas les mêmes procédés. Le ebant, qui est un puissant moyen d'action sur les adolescens et sur les hommes faits pour les amener à suirre tes exercices du culte et pour les introduire en quelque sorte sans effort dans le monde religieux, serait pour certaines classes d'adultes-femmes une cause de distraction sujette à de graves inconvéniens; aussi, dans les cours du soir destinés aux élèves de cette catégorie, on se borne à l'enseignement des premiers rudimens de l'instruction, sans y joindre aucune notion de chant. On a craint. avec raison, que le goût de la musique ne les détournât de leurs occupations habituelles ou qu'il ne les entraînât à fréquenter les petits spectacles. •Quant aux jeunes filles, le chant leur est enseigné jusqu'à l'âge de leur première communion, dans les écoles mutuelles. Les sœurs n'ont pas jugé à propos de l'admettre dans leurs écoles, par des considéra* tions de prudence analogues à celles que nous Venons d'indiquer; mais je crois que leurs appréhensions à cet égard sont exagérées. La preuve en est que MM. les curés recherchent avec empressement pour la direction des chants qui se mêlent aux exercices du catéchisme, les jeunes personnes qui suivent les cours de chant dans les premières de ces écoles, et que l'expérience n'a pas justifié jus-

POUR AtTIRER A LUI LES CLASSES LABORIEUSES.- 4^6

qu'ici les craintes conçues par les sœurs à l'égard de cette branche de l'instruction primaire. Il existe dans l'église de Saint-Roch un usage que je crois utile de publier, parce qu'on pourrait l'employer avec avantage à l'instruction religieuse des adultes-femmes dans toutes les autres églises de la capitale. M. le curé a fondé pour l'édification des femmes de chambre et des domestiques demeurant sur le territoire de sa paroisse , une messe qui est dite tous les dimanches, de bon matin à une heure fixe, et qui est suivie d'une exhortation morale appropriée à la condition des personnes composant l'assistance. Ces exhortations paraissent être très intéressantes et fort goûtées de celles à qui elles s'adressent. Pourquoi MM. les maires de Paris ne s'entendraient-ils pas avec MM. les curés pour faire profiter les adultes^femmes de leur arrondissement, ouvrières ou autres d'un usage si favorable à la pro' pagation des habitudes de piété et des bonnes mœurs. La messe est un acte de la religion catholique dont le sens mystique n'est pas à la portée de tout le monde, et qui par cela même a peu d'attrait pour les classes populaires. Une instruction orale qui leur expliquerait ce grand mystère et qui servirait successivement à leur inculquer les vérités de la moraie et de la religion, aurait pour elles des avantages

Page 1