DOCUMENS STATISTIQUES
pas exclusivement dans les garnis, dont nous venons de faire connaître la situation; beaucoup d'amans ou de souteneurs de prostituées cohabitent avec leurs maîtresses, soit qu'elles logent en garni ou dans leurs meubles, enfin nombre d'escrocs, de filous et de voleurs parviennent à s'introduire dans des garnis bien famés au moyen de livrets en règle, car plusieurs d'entre eux sont en état d'exercer des professions utiles; là, ils vivent au milieu d'honnétes ouvriers, tant qu'ils ont le moyen de payer leur loyer et qu'ils mènent une bonne c&nduite; mais dès que leurs habitudes vicieuses viennelot à percer et qu'ils cessent d'acquitter exactement le prix de leur location, ils sont renvoyés.
Les plus avisés et souvent les plus dangereux s'efforcent d'établir leur domicile dans des maisons particulières. Ils s'y montrent bienveillans, polis ^ rangés et se comportent de manière à faire certifier au besoin leurs bonnes mœurs par leurs voisins. Cette manœuvre est en outre un moyen d'obtenir des témoins à décharge, lorsque le masque sous lequel ils se cachent leur est enfin arraché et qu'ils se trouvent en face de la justice. Il en est de même d'une grande partie des voleuses.
On est porté généralement à croire que les escrocs, ainsi que les filous et voleurs qui logent en garni ,
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changent de gîte toutes les nuits afin de tromper la vigilance de la police. C'est une erreur|> l'usage de ces aortes de gens, à moins qu'ils ne soient réduits à la dernière misère, est de demeurer dans un garni pendant une quinzaine ou une semaine, dont ils paient le loyer d'avance sauf à renouveler leur courte location ou à se transporter ailleurs s'ils le jugent à propos; plusieurs y. séjournent pendant trois ou quatre jours, seulement ils disparaissent pour faire quelque expédition hors bu dans Paris, puis ils reviennent dans leâr demeure ac<ibutumée, la quittant ou la reprenant selon les occurrences. lU ont d'ailleurs, la ressource de changer de nom, ressource dont ils usent fréquemment et presque toujours avec l'appui secret des logeurs.
La police exerce une surveillance très active sur tous les lieux fréquentés par les filous et les voleurs de profession et en particulier sur les garnis où ceux-ci ont coutume de passer la nuit; néanmoins cette surveillance tend plutôt à connaître le lieu de leur demeure habituelle pour pouvoir les atteindre, en cas qu'ils soient prévenus d'un délit ou d'un crime qu'à éclairer leurs pas chaque jour , ce qui serait impraticable. Tant qu'il n'y* a pas matière à poursuite dans les actions de l'homme soupçonné de fraude et de rapine, l'adlDÎniatratioti ne peut rien
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centre lui. Ils se défient Tun de l'antre et s'observent mutuellement; mais ces rapports ne se révè» lent par aucune démonstration directe ni oiFensifOi Un tel homme n'aurait donc pas de raison pour changer constamment de demeure, car il ne parviendrait pas à se soustraire à l'œil de la police qui soit avec une attention particulière sur les registres des logeurs le mouvement des individus reçus ^stùâ ces sortes de garnis et dont elle relève et conserve les noms.
Ce n'est que lorsque la police a recueilli, sur ilit fait qualifié crime ou délit, des présomption» snffi-* santei pour autoriser des recherches et des ponf^» suites contre l'honime entaché de suspicion, ou àés pareils^ qu'elle met ses agens en quête. De; câ moment , et seulement alors , averti soit par le la* geur, soit par ses complices s'il en a, soit par ses connaissances, l'individu recherché fuit de retraite en retraite, jusqu'à ce qu'il ait pu se dérober aux recherches dont il est l'objet ^ ou qu'il tombe sous Ut main des agens chargés de l'arrêter.
Bans un pays comme le nôtre où la loi seuld règne, les malfaiteurs n'ont que trop de chances d'impunité. Tout conspire à les servir :1a douceur de nos mœurs, qui ne nous permet de voir dans cette claste que des malheureujg condamnés à dispi|ter
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leur liberté ou leur tête aut rigueurs de la justice, en telle sorte que nous paraissons assister à cette lutte comme des témoins désintéressés; Thumanité de nos lois, qui interdit aux agens de la force publique d'enchérir sur les mesures de sûreté pre* scrites contre les ennemis de la société ; enfin la discrétion extrême des logeurs, qui, pour ménager le^Vs intérêts autant que la réputation de leurs maisons, repoussent loin d'eux tout soupçon de recevoir sciemment des individus hostiles à la paix pu-< biique.
Il résulte des détails dans lesquels nous venons d'entrer, qu'une partie de la classe dangereuse, et c'est la partie la plus considérable, n'a pas de domicile fixe ^ mais que la mobilité de son séjour dans les garnis a des temps d'arrêt plus ou moins longs^ selon les circonstances où elle se trouve.
La poi^ion de cette classe qui demeure dans des maisons particulières se compose de souteneurs, de fraudeurs logeant avec leurs familles dans le voisinage des barrière^, ainsi que des escrocs, filous, voleurs et voleuses dont nous avons fait connaître plus haut les manœuvres et les calculs. Le nombre de ces derniers élémens de la classe dangereuse, et des fraudeurs, peut être estimé à 8,000.
Il nous reste à parler des receleurs. Ceux-ci, ayant
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intérêt à cacher leur funeste métier, s'efforcent de le déguiser sous les apparences les plus ^ trompeuses ; en sorte qu'il serait difficile d'en assigner le chiffre avec quelque certitude; mais il est à présumer que ce chiffre ne doit pas être moindre de 6oo.
Ce nombre vient clore Tignoble catalogue de la classe dépravée et dangereuse de la capitale. Il a été dressé à l'aide de renseignemens, dont plusieurs sont certains et irrécusables i ainsi que l'on peut s'en convaincre en remontant à la source officielle, qui est la préfecture de police. Les autres documens ne sont que des approximations établies d'après de nombreuses recherches et des aperçus soumis à des hommes spéciaux, appartenant par leurs fonctions à la police administrative ou active. Ces aperçus ont été jugés aussi vraisemblables que peuvent l'être des aperçus créés sur de simples suppositions. Les chiffres qui résultent de ces derniers documens sont ceux qui se rapportent aux filles publiques insoumises, aux maîtresses de maisons de prostitution clandestines, aux vagabonds, iraudeurs, escrocs, filous, voleurs, voleuses et receleurs. Quoique le chiffre des amans et souteneurs de prostituées ne soit aussi que le produit d'une approximation , cette approximation est bien voisine de la vérité ^ si l'on
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considère qu'il n'existe pis de prostituées sans amans ou souteneurs.
Tous les autres chiffres, je le répète^ sont exacts.
Le total obtenu par l'addition de ces différens nombres forme la partie la plus vile, la plus cor* rompue et la plus dangereuse des habitans de Paris. Ce total, qui est de 30^072, étant ajouté au chiffre de 33/>oOy détaché de )a portion tictense des classes ooTrières, compose la rebut tout entier de la population i et fait monter celui-ci à environ 63,ooo in« dividus de tout seie et de tout âge.
MOYENS KOUYEAÛK d'eVàLUER , ETC. bg