CHAPITRE IL
Ouvrières. — ^De celles qui sefecommaiideiit par une TÎe retirée oo par desmaort pures. — Leurs habitudes, soit dans Vatelier , soit an dehors.-— Du défaut de Tigtlance des chefs d*àtelier.— Conséquences qui en ré8uI^ent sous le rapport moral. — Influence fâcheuse des manTais traitemens ou de la parcimonie des parens sur la conduite des ouTrières.^ Division des ouTrières en deux classes. — Onmires en Inmtiqat. •— Ouvrières de manufactures. — Traite distinctifs de ces deux classes. — Mœurs des onnières en boutique. — Effet delà modicité du salaire; conjonctions illégitimes. — Prostitution accidentelle. — Onrrières de manufactures. — Détails intérieurs sur les fabriques. — Rapports des adultes et des apprentis. — Corruption prématurée de ceux-ci dans l'un et Pautre sexe. — Concubinage, état habituel de ces ouvrières. — Elles ne répugnent pas à Tabandon de leurs enfans. — Désordres hors de la manufacture. — Ivrognerie.
% les lois morales communes à l'espèce humaine influent avec certitude sur le bonheur de tous, cette influence se fait sentir principalement dans la destinée de la femme y qui ^ par la délicatesse même de son organisation étant plus sujette à faillir que rhomme , a besoin de se précautionner contre les séductions qui l'environnent, et de se faire un rempart de ces lois.
Dans les classes laborieuses, il est des familles 4ont le travail, l'ordre et l'économie forment le code moral tout entier. Nourries des préceptes de ce
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code y les jeunes filles qui appartiennent à ces familles se recommandent d'autant plus , qu'elles vivent plus retirées." ïhstrui tes de bonne heure à placer tout leur espoir dans Tamour du travail, elles exercent, sous les yeuix de leur mère, l'industrie dont elles ont fait choix, quand la nature de cette industrie le permet; ou bien , associées à un atelier, ellçs s'y rendent exactement pour y accomplir leur tâche journalière, recommençant le lendemain le travail de la veille, pendant tout le cours de l'année.
Les jeunes ouvrières formées à l'école de la famille ne sortent les jours de fête que dans la compagnie de leurs parens. Encouragées par les bons exemples de leur mère, dans la carrière du bien, elles économisent, à force de travail, la dot modeste qui doit les aider à trouver un mari; et leurs vertus, ^ plus encore que leur dot, assurent leur établissement dès que le moment est favorable.
Quant à celles qui travaillent dans des ateliers ou dans des boutiques, leur conduite exige , de la part de leurs parens , une stinveillance plus attentive et plus continue. Livrées à «Ues-mémes , elles ont besoin de beaucoup de sagesse pour résister aux amorces des plaisirs de leur âge et aux entrainemens du vice. Dans toutes les agglomérations d'ouvrières , il y a des élémens qui sont moralement bons ou mau-
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vais. Là où ses élémens sont contenus dans les bor* nés d'une liberté raisonnable et décente^ la contagion du vice n'est pas à craindre. Le danger n'existe pour les ouvrières pures des influences de cette contagion que dans les relations qu'elles forment au dehors avec leurs compagnes ; ces relations sont ou volontaires 6u forcées* Lorsqu'elles sont le produit de la volonté, c'est-à-dire , du discernement et du choix, il y a tout lieu de présumer que la liaison s'est faite d'après la conformité des moeurs , autant que d'après la convenance des caractères. Quand elles dépendent de la nature des occupations^ du lieu où le travail comn^iun s'accomplâ:^ en un mot , des ne* cessités de la profession elle-même , l'ouvrière pru* dente, peut sans dholquer les bienséances, se tenir en garde contre les mauvais exemples; il lui suffît pour cela de mépriser intétneurement les prppos qui blés* sent la pudeur de son sexe, en n'affectant d'ailleurs aucun éloignement pour celle qui se les permet* Celle façon d'agir est iQOins nare qu'on, ne pense paimi les ouvrières bien élevées et traitées avec bonté par leurs parens. ,^
Hais supposez un fabricant^ uniquement préoc* copé de $e$ injtéréts mercantiles et peu toucha du caractère mor^L de ses ouvrier^, supposez qu'il tolère, pafmi celies-ci, les iCaqufM; que la milice wgr
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gère toujours aux femmes réunies, de ce moment, Fôuvrière la plus réservée, la plus pudique se trouvera plongée dans une atmosphère tout autre que celte de sa famille ; ici, elle recevra de ses parens les leçons de la plus saine morale, et ces leçons se* rontfortifiées par leurs propres exemples; là, ses oreiK les seront frappées d'un langage où la licence se mêle à la galanterie, et ce langage inaccoutumé dans les réunions honnêtes, est pour plusieurs de ses com* pagnes un sujet d'amusement et de gaîté; que dis-je, non-àeulement elles en rient, mais elles en aiguisent le trait par les saillies qui échappent à leur légèreté, et ce qui met le comhie à son étonnement, c'est que la jeune personne, sur laquelle on glose, répond d'un air assuré et hardi aux brocards qui lui sont adressés , et révèle à son tour des intrigues ou des faiblesses qui mettant en évidence plus d^une de ses compagnes et en première ligne, celles-là même, qui ont excité son indiscrétion. Agitée par des sentimens contraires , l'ouvrière novice dans ces ébats d'un nouveau genre pour elle, sort de l'atelier, à la fin de la journée, avec une impression pénible. "Elle se demande si le s lois de la pudeur, sont en effet aussi sévères qu'elle l'a entendu dire tant de fois au sein de sa famille ? Son cœur est^ profondément ému et la paix intérieure dont elle jouissait a ùàt place à
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un état de doute et d'inquiétude qui Faitriste. C'est dans ce moment, que la vigilance des parens est nécessaire; il faut qu'ils pénètrent le secret de la tristesse de leur fille et qu'ils se hâtent de raffermir ses oroyances ébranlées , il faut qu'ils la placent dans un atelier où règne la décence, sinon son avenir est perdu.
Cette supposition a dû se réaliser bien des fois, car les ateliers de cette espèce ne sont que trop communs. La pente vers le mal est plus rapide encore pour la jeune ouvrière , dont la mère n'est ni attentive à surveiller ses liaisons et sa conduite, ni jalouse d'employer, tout ou partie de son salaire, à améliorer ses vétemens et ses moyeçs d'existence. La toilette , parmi les ouvrières comme parmi les autres femmes, est un besoin de première nécessité; je ne parle point d'une toilette recherchée, mais de vétemens propres et qui ne soient pas inférieurs à ceux que portent habituellement les ouvrières de la même profession. A l'égard des moyens d'existence, il ne paraît pas moins juste^ que l'ouvrière qui gagne sa vie par son travail puisse vivre de Ja même manière que ses compagnes. C'est pourtant ce que beaucoup de parens ne veulent pas comprendre. Ils absorbent le salaire de leur fille pour l'entretien du ménage, se bornant à pourvoir tout juste à ses be**
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soins, comme par le passé, et ils la dégoûtent du travail, parce qu'elle n'eu retire aucun avantage particulier qui lui en fasse sentir tout le prix. Ces privations l'affligent, rhumilient, et finirent par lui faire prendre en aversion le domicile de la famille. Si un ouvrier se montre touché de sa position , et que, de son côté, elle éprouve du goût pour lui, ils forment le projet de vivre ensemble, et la jeune fille ne reparaît plus au logi^ de ^es parens. Ces séparations brusques et violentes se reproduisent très fréquemment dans les classes ouvrières ^ et elles ne proviennent malhèureusenient, pour la plupart^ que de la dureté et de l'injustice des parens.
/ Les ouvrières, considérées en masse, offrent à l Paris deu:2t divisions bien marquées : celles qui sont ^/ attachée^ à des boutiques et à des ateliers, et celles qu'on emploie dans les filatures et les fabtiques. Les ouvrières appartenant à la seconde division ne sauraient être mises en parallèle avec les premières, sous le rapport de l'éducation. Celles-ci ont des manières élégantes et polies qui contrastent au plus ' haut degré avec les formes rudes et grossières des autres. Leur langage offre des disparates ^core plus marquées. Le vice domine dans les deux classes; mais il est raffiné dans l'une, et effronté dans Tautre. ^ £n définitive 9 les établissemens de filature et les &•
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briques sont regardé» généralement comme des ^ foyers de corruption pour la jeunesse; et les ouvriers ' aisés se donneraient bien de garde d'y placer leurs enfans»
Les détails de moeurs que nous avons fournis à l'égard des ouvrières ne s'appliquent, on le pense bien, qu'à celles de la première classe. Leur vie est sobre et frugale, et. la source de leurs vices gît principalement dans la paresse ou la vanité , quand elle ne dérive pas du malheur. Le salaire d'un grand ' nombre d'ouvrières ne s'élève pas au-dessus de vingt- > (ûnq ou de trente sous par jour. Celles qui résident dans le sein de leur famille, et gui reçoivent contre un pareil salaire tout ce qui est nécessaire à leurs . besoins , n'ont ni motifs , ni prétextes pour manquer . aux devoirs de leur sexe , et en général elles forment la partie irréprochable de la classe des ouvrières; mais celles qui n'ont point de parens, et qui ne possèdent pour subsister que leur faible industrie de femme, comment pourront- elles subvenir, avec viugt-cinq sous par jour, à toutes les nécessités de . la vie ? comment pourront-elles même se loger, se nourrir, se vêtir, *en un mot, pourvoir aux plus pressans besoins, n'ayant pour ressource qu'un gain aussi modique? C'est là l'écueil contre lequel vient se heurter la vertu de tant de jeunes filles, et qui
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7 occasionne de si nombreux naufrages. Une ouvrière ^ placée dans cette position extrême, a besoin de support; son cœur s^ouvre aux paroles affectueuses du premier être qui s'intéresse à elle; et si cet être est un jeune homme, ouvrier comme elle, et animé de bonnes intentions, elle s'attache à lui comme à un sauveur. Les deux anâans se jurent une fidélité mutuelle, et appartiennent de ce moment l'un à l'autre. De telles unions se terminent à la longue par le mariage; mais elles ont leur principe dans des circonstances fortuites qui créent quelquefois des engagexnens plus solides et plus respectés que ceux qui sont contractés sou^Tempire de la loi. Ces conjonctions sont illégitimes, sans doute; cependant, malgré qu'on en ait, elles inspirent de l'indulgence et une sorte d'intérêt, parce qu'elles ont été déterminées par des sentimens purs et honnêtes.
Toutes les ouvrières dé la même catégorie, réduites à ce faible salaire et privées de l'appui de la famille, ne parviennent pas également à former des alliancies aussii utiles et aussi durables. Il en est beaucoup qui se fient à des paroles trompeuses, et qui, d'illusions en illusions , 'finissenf par tomber dans l'abîme de la prostitution. On trouve parmi ces ouvrières toutes les variétés du concubinage; et il est triste de penser que cet état équivoque et immoral
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est le produit forcé et comme fetal, de la misère. Plusieurs de ces infortunées, devenues mères, et délaissées par leurs amans, sont quelquefois ré* dattes , par la faim et par la tendresse qu'elles por* tent à leurs enfans, à descendre plus bas encore que le concubinage : elles s'abandonnent en gémissant à de viles proxénètes, qui les «prostituent & do-t micile^ ou dans des maisons clandestines, ou même dans des maisons de passe, et qui, se riant des an* goisses d'une pudeur luttant contre la dernière des. souillures, les livrent avec une joie secrète à la lubricité des inconnus qui attendent leur proie.
D'autres, mues par les mêmes causes , ou par un excès de piété filiale, se hasardent à parcourir dans Fombrede la nuit les rues et Jes boulevards, seules et avec un embarras involontaire, dans l'espoir d'attirer l'attention des passans. Leurs allures réservées sont, à leur insu,' un vif stimulant pour ces derniers; ils s'attachent à leurs pas, leur adressent des paroles flatteuses, et les sollicitent avec d'autant plus d'empressement , qu'elles se montrent plus timides. C'est avec le prix qu'elles ttettent ou plutôt que l'on met à leurs faveurs qu'elles peuvent subsister, elles et leurs enfans, ou leurs parens infirmes. Cruelle nécessité , qui les exposé souvent à l'envie et aux injures des filles publiques i qui, se croyant in-
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v^sticMi d'poe sorte de firi'nlège ^ les cootnignent à qpitter le théâtre 4e leur cjnique industrie , idors iiiên^ qu'elles apprennent de leur bouche que le SjUaire 4^ leur prçMïtitutiûn est destiné à foire vivre dei$ enfans en bas ege^^ ou de vieux parens accablés d!iQÔi?iDité9 ! I#es ouvrières ^ui sont entraînées à se pr^tîtuer p^ le sentiment affireux de la misère , oa par fie pieux knotîfs, sont malheureusement nombreusés. Il y aurait une criante injustice à les mettre wr le même r^ng que les filles perdues*
Je me bornerai, quant à présent^ à «s seuls fidts, touchant les différens modes de prostitution des ouvrières^ pour ne pas anticiper aur une partie de iUoki sujet qui doit être traitée ailleurs } il me reste maintenant à parler 4^ ouvrières de filatures et de fabriques*
Ces établissemens qui deviennent de plus en plus excentriques et qui tendent tnéme par un cou» cours heureux de circonstances à se porter hors des murs de la capitale^ sont némpioins eneoire en «ssex grand npmbre dans les faubourgs de celle^i & cause du prix.peu élei^ des loyers.
Les ouvriers malheureux et chargés de £imille, ne pouvant suffire aux frais de nourriture et d'entretien de leurs enfans avec lenr modique salairei qui ne dépasse pas souvent quarante sous par jour,
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ni en j ajoutant cçlui de leur femme qui s'élève à peine à la moitié de cette somme, se trouvent obli« gés y afin d'augmenter les faibles ressources du ménage, de placer leurs enfans dans les établisse* mens dont nous parlons, dès Tâge où ils sont capa* ^' blés de quelque travail. Cet âge est ordinairement de 7 à8 ans. Jusque-là les enfans les plus âgés gardent les plus jeunes pour économiser le temps de la mère.
Admis dans ces grandes réunions d'ouvriers où les se&es sont ordinairement mêlés, les garçons et les filles se mettent à l'unisson des autres en&ns. Le ton général de la fabrique ou de la filature à la* quelle ils sont incorporés, influe sur eux, sans qu'Us s'en doutent, et cette influence est d'autant plus directe et d'autant plus irrésistible qu'ils sont encore dans an âge tendre naturellement porté à Fimitation. Les adultes dépourvus de toute espèce d'éducation, ne gardent aucune mesure dans leurs propos, et ils ne sont touchés ^ue de la nécessité, de maintenir l'ordre matériel dans rétablissement et l'activité du travail. L'entrepreneur et les contremaîtres, de leur côté, ne dirigent leurs efforts que vers ce seul but : quant à la moralité des travailleurs, ils paraissent ne pas s'ennnquiéter, comm0 si le travail ne puisait pas sow principal ressort dans Ter-
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dre moral et pouvait être animé par un aiguillon plu& puissant que le sentiment du devoir et des convenances sociales; il suit de là que la discipline morale de rétablissement est à*peu-près nulle, et que le vice siège à côté du travail.
En effet, nulle part on ne chôme plus régulièrement le lundi, que dans les fabriques et les filatures; nulle part les ouvriers et ouvrières ne sont plus dissolues; nulle part il n'y à moins de mariage et d^aisance que dans cette classe. '
Les ouvriers dont nous parlons laissent leurs enfans en fabrique, ou dans les filatures jusqu'à Tâge de 1 a ans. A cet âge ils s'occupent de leur faire faire leur première communion et les placent ensuite en apprentissage dans un atelier oii une boutique d'artisan. De cette manière ils ont pu diminuer leurs charges de tout le salaire gagné par leurs enfans^ et se mettre en état de pourvoir plus aiséînènt à la dépense d'entretien qu'entraîne l'apprentissage. Dans le nombre de ces enfans, il en est, qui pleins d'ardeur pour l'insti^uction, trouvent le temps et la force de suivre les cours scolaires du soir, après lo à la heures de travail.
LeSi enfans des deux sexes, qui restent attachés à leur première industrieuse dépravent avant le temps et lorsque la nature les porte à se rechercher , le
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cœur et l'imagination ne répandent aucan charme sur des liaisons produites par des passions purement animales. Une jeune fille devient mère dès l'âge de seize ans, et quelquefois le père de l'enfant est un des libertins les plus roués de l'établissement où elle travaille. Quand le terme de sa grossesse approche , l'ouvrière n'hésite pas à se faire recevoir à l'hospice de la maternité. Elle n'éprouve aucune des sollicitudes propres au doux état de mère, à un âge où ces sollicitudes sont si délicates et si tendres. Elle aspire k être délivrée dans le seul but de jouir de sa liberté et de s'abandonner à de nouveaux désordres. Le sort de son enËint est la chose qui la touche le moins. Ce trait est un de ceux qui différencient le plus cette classe d'ouvrièi^es, de celle dont il a été question en premier lieu ; car les ouvrières appartenant à cette dernière classe, tout en voilant avec soin leur grossesse qu'elles se reprochent comme le résultat d'une faute, ne laissent pas de s'occuper beaucoup de leur enfant et de sa destinée; elles (ont leurs couches dans la maison paternelle ou dans leur propre demeure et conservent précieusement leur enfant.
Au sortir de l'hospice , la jeune ouvrière rentre dans la fabrique d'un air effronté et reprend son premier travail jusqu'à ce qu'une nouvelle grossesse l'oblige à retourner à l'hospice. Ce n'est guère
qu'après une ou deux épreuves Semblables quelle songe à se mettre en ménage, soit avec le père de son decond enfant, qtii alors est retiré de l'hospice, soit avec un nouvel amant. Dans cette classe d'ouvrières on évalue seulement à un tiers le nombre des femmes unies par le lien du mariage aux hommes avec qui elles vivent; celles-ci de même que les femmes concubinaires gardent et élèvenl: leurs enfans.
Pour se faire une idée vraie de la dépravation des ouvrières qui nous occupent, il faut les observer lorsque la dernière heure du travail étant sonnée, elles sortent de la fabrique ou de la filature : ce sont, non pas des essaims, mais des hordes de femmes se livrant sans réserve à une gaité turbulente et grossière; ce fracas ne consiste pas seulement en cris bruy ans/ mais en paroles obscènes et ordurières proférées contre les passans; une femme décente qui viendrait à se montrer en ce moment serait accablée d'outrages«
L'ivrognerie n'est pas rare parmi ces mêmes ouvrières, elles font moins usage de vin que de spiritueux; il suffit de parcourir les faubourgs le dimanche et le lundi pour voir de jeunes cotonnières ou autres ouvrières de fabrique sortant de chez le rogomiste dans un érat complet d'ivresse ; j'en ai vu qui regagnaient le logis sous le bras de leuf* mère, mar-
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chàfit tontes deux d'un pas tremblant et mal assuré. Plusieurs de ces infortuoées n'ont pas de chemises; elles ne portent qu'une légère robe de toile , et l'hiver elles cherchent dans l'abus habituel des boissons fortes , la chaleur que leur refuse un vêtement insuffisant.
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