‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre (volume 3)Chapitre 21 sur 58 · DES CLASSES AISÉES. |<2I · texte numérisé non relu

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nière toate partiçalière dan» de petits groupes d'amis qui mettent en commun leurs peines aussi bien que leurs plaisirs, et qui forment autant de sociétés distinctes aux cours, au café, à la promenade., et dans tous les lieux où le public se rassemble. Ces sociétés, sans être compactes, n'en subsistent pas moins, et leurs membres agissent dans le même lieu, suivant des inclinations qui leur sont communes. Ils sont attirés ou éloignés par les mêmes causes. Cela se voit principalement dans les cafés. Le grief de rùn<les habitués contre le maître de l'établissement est partagé par ses aniis , qui font retraite ou demeurent avec lui, selon qu'il est ou n'est pas satisfit des explications qu'il a reçues de celui qui l'a blessé.

L'étude et le plaisir, tel est le programme de la vie de 1 étudiant. Les séductions du plaisir l'emportent d'abord de beaucoup sur celles de l'étude; mais l'expérience et la raison ne tardent pas à rétablir la balance.

Le trait de ïnœurs le plus saillant chez l'étudiant, c'est la cordialité. Il s'empresse d'en donner des témoignages à ses amis daiis toutes les rencontres: l'un d'eux est-il malade, il est secouru par les autres avec le plus actif dévoûment. Ils le soignent, ils le veillent; aucune peine, aucun détail domestique ne

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leur coûte. Hors des cas de maladie, ils ne sont pas moins prompts à s'obliger ; ils se prêtent non- «tiilement de l'argent^ mais des parties de leurs vé^ tfmens* Les moins aisés sont naturellement ceux qui recourent à ce dernier expédient i et une pareille nécessité ne change rien aux rapports d'intî« mité qui existent entre celui qui prête et celui qui reçoit* Parmi les étudiâns^ comme chez tous les jeunes gens, l'ordre et la prévoyance ne sont «pas toujours rigoureusement observés, même par les plus sages. Aussi les embarras financiers sont-ils fréquens chez . quelques-uns. Ces embarras sont souvent très grands ; celui qui les éprouve n'est réduit à une telle extrémité que par son inconduite. Les femmes et le jeu sont les causes habituelles do ces dérangemens. L'étudiant use de toutes sortes de moyens pour suppléer k l'insufi&sance de ses ressources pécuniaires. Il engage ses habits et ses bijoux au Mont«*de«Piété. Il est des pères de fiimille qui ont été dans la nécessité de dégager jusqu'à quatre fois les vétemens de leurs fils« Ceux-ci, en cas de pénurie, commandent à leurs tailleurs un habit, dont ib n'ont pas besoin, tout exprès pour Je dépo* ser au Mont-de-Piété, et se procurer quelque argent. Il en est qui, ayant emprunté à un camarade son meilleur habit, dans un moment de détreue,

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iront rengagar pour payer une dette criarde, ou pour satisfaire leurs passions. Les juift foqt de fréquentes opérations usuraires avec cette classe d'étu» dians ; ils leur vendent des bijoux sur leurs billets^ à un très haut prix ; et dès que les acheteurs en sont nantis 9 ils s'empressent de prendre le chemin du Mont-de-Piété, afin d'y contracter un emprunt

Outre ces moyens de crédit , ils cherchent un palliatif momentané à leurs désordres dans le détournement de fonds destinés par leurs parens au paiement de leurs inscriptions* De là des suppositions de maladies et de dépenses extraordinaires, telles que achats de livres, etc., suppositions qui, étant répétées aussi souvent que les embarras euxrmémes se reproduisent, finissent par exciter les soupçons du père, et le décident quelquefois à se rendre au* près de son fils pour vérifier les £siits» Quand ces voyages foudroyans sont annoncés, celui qui en est la cause , rarement innocente i s'arrange pour obte^ nir de ses camarades, ou des gens de la maison qu'il habite, des témoignages de complaisance^ qui at« testent la réalité des maladies supposées* Il louen peu de jours avant l'arrivée de son père, une cer« taine quantité de livres qu'il met en évidence dana sa chambre, et qu'il dit avoir achetés » lorsqu'il est questioa de justifier les préténddas dépenses es*

traordinaires par lui alléguées. Enfin il parvient à colorer les choses, de manière que les soupçons du père se calment ^ et que ce dernier, fasciné d'ailleurs par la vue et les caresses de son fils, repart , sinon complètement édifié sur sa conduite, au moins satisfait jusqu'à un certain point des explications qu'il lui avait adressées originairement dans ses lettres et à la véracité desquelles il avait tout d'abord refusé de croire.

Les écarts auxquels se livrent certains étudians ne se terminent pas tous d'une manière aussi heureuse. Il en est qui , après avoir lassé la patience de leurs parens et épuisé les sacrifices dont ils étaient capables, sont abandonnés à eux-mêmes sans secours d'aucun genre; sommés de rentrer dans la maison paternelle pour tenter une autre carrière, ceux qui sont ainsi destitués de toute ressource, et qui ne renoncent pas à l'espoir de reconquérir l'affection et l'assistance de leur famille , n'ont d'appui, pendant qu'ils travaillent à obtenir leur pardon, que dans l'amitié de leurs camarades, mais cette amitié ne leur manque presque jamais , et elle se manifeste par des services journaliers. Ils sont nour* ris et hébergés tour-à-tour par leurs amis qui les admettent même à partager leursplaisirs, afin de leur rendre plus supportable l'amertume de leur position.

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Les éludians de première année, étrangers à la ^ille de Paris, sont les plus enclins à la dépense et au désordre^ et cela se conçoit aisément. Passant de la vie de famille, dont les habitudes sont douces, mais graves, à une vie libre et indépendante, tout les convie au plaisir : Finexpérience , l'exemple et le défaut de toute surveillance. La pente du plaisir est en effet glissante. Il n'y a pas loin de l'usage à l'excès, pour les élèves commençans , surtout quand ils ne sont pas prémunis contre certaines séductions, contre certains pièges. Parmi les étudians, comme dans toutes les agglomérations de jeunes gens ayant les mêmes h^itudes et travaillant à atteindre le même but ou scientifique ou industriel , il est des individus qui affectent des allures et un train de vie à part. Soit jactance, soit vice de caractère, soit fougue immodérée des sens, ces individus se plai« sent à fronder tout ce qui est, depuis les lois de l'école ou de l'industrie à laquelle ils appartiennent, jusqu'aux lois les plus simples et les plus respectées de la société. Querelleurs, ennemis du travail, épris de la vie de café, ne goûtant de plaisir que dans le cynisme, ils se font un déplorable bonneur de propager leurs idées, leurs habitudes et leurs goûts. Ils attirent à eux les étudians novices pour les initier à leurs pernicieuses doctrines et à leurs honteux dés-

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ordres. Da momeiit qu'ils sont parvenus à se rendre maîtres de leur esprit ^ ils les eiECiteut à des dépenses folles qui les détournent de leurs études, en cor* rompant les penchans honnêtes qu'ils avaient ap« portés de la maison paternelle, et ils trouvent de la sorte le moyen de défrayer leurs propres vices avec une partie de ces dépenses. Ainsi , non contens de multiplier les disciples de leur dépravation, ils cè<* dent au besoin d'en faire des dupes , joignant à l'odieux métier de corrupteur le rôle méprisé de parasite.

Ce sont ces mêmes individus qui ont introduit l'ivresse et l'orgie parmi leurs camarades, qui insultent à la pudeur publique par des démonstrations et des actes obscènes, qu'on ne tolérerait pas dans de mauvais lieux; qui se plaisent, en un mot^ à troubler la paix de la cité, par des vociférations révoltantes et une licence sans bornes. Le petit nombr» d'étudians qui se lance dans cô tourbillon, met tout en oubli: travail, devoirs, avenir et jusqu'à sa propre dignité ; heureux, lorsqu'il s'arrête à temps dans cette voie d'immoralité et de ruine. La masse des étudians réprouve de tels excès, et il faut dire à sa louange^ que les jeunes éventés ou les hommes corrompus qui s'en rendent coupables^ n'auraient garde d'en tirer vanité en sa présence.

C'est à Cette &ible minorité qu'appartiennent les étudions amenés devant la justice, pour des larcins qu'ils ont commis dans des momens de détresse, au préjudice des restaurans ou des cafés , habituelle* ment fréquentés par cette classe de la jeunesse, et souvent même au préjudice de leurs camarades. ->-• Plusieurs ont été poursuivis et condamnés pour des faux. Il est triste d'avoir à révéler de tels égaremens; mais de quoi le désordre n'est-il pas capable? quelle affliction, quel deuil pour les familles frappées d'un coup si inattendu! quelle censure plus puissante du dérèglement des mœurs et de la violation des lois de la morale !

Dans tous les rangs de la jeunesse, l'effervescence de rage, les premiers essais de la force virile, pous* sent presque toujours l'homme au-delà des bornes de la sagesse. C'est un tribut que tous paient ou ont payé aux exigences des passions; mais ces faiblesses auxquelles on n'oserait pas ne pas compatir , alors même qu'elles méritent le blâme , sont exemptes de désordre extérieur; ceux à qui on peut les repro* cher recherchent l'obscurité et le mystère, et en tout cas , ils se cachent assez pour ne pas alarmer Vhonnéteté publique. Ces dernières réflexions, nous ont paru nécessaires, pour montrer que nous n'a» vous eu ni la prétention ni même la pensée de nous

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ériger en censeur des mœurs d'une classe que nous aimons et à laquelle nous tenons à honneur d'avoir appartenu. Les désordres que nous venons de signaler sont loin d'avoir été exagérés par nous; il faut qu'ils soient bien graves, puisqu'ils entraînent à des actes criminels, plusieurs de ceux qui les, commettent.

Les commis marchands sont unis entre eux comme les étudians, mais cette union est moins intime, parce que le sentiment de confraternité qui les lie, a moins occasion de s'exercer. £n effet , le commis marchand surtout le commis détaillant, ayant peu de loisir, n'a guère le temps de cultiver ces relations amicales qui chez l'étudiant sont, pour ainsi dire, cimentées par l'étude, autant que par le plaisir.

Quoi qu'il en soit, les commis marchands se prêtent un appui mutuel dans toutes les circonstances difficiles où ils se trouvent; ils aident les uns et les autres à leur placement. Ils subviennent à leurs besoins dans certains cas pifir des prêts d'argent, et ces secours deviennent des souscriptions, quand ils sont nécessaires à ces commis alertes, intelligens, d'un caractère facile et bienveillant, connus et aimés de tous , qu'une infirmité grave a obligé de renoncer au commerce ou qui ont éprouvé une perte d'argent, qui serait pour eux irréparable. La bienveil*

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lance universelle se porte même sur la famille de ces bons camarades, lorsqu'ils en étaient les seuls soutiens, et que la mort en les frappant, laisse leurs vieux parens sans support et dénués de toute res» source. Pourquoi faut-il qu'à côté de traijts si bono-» râbles, nous ayons à révéler des faits qui viennent en affaiblir l'intérêt ? hélas ! cette révélation si péni* ble qu'elle soit, ne saurait altérer Testime due aux bons sentimens de la classe que nous examiinôns; elle prouve seulement qu'il y a des vices et des souillures dans cette classe , comme dans tous les autres rangs de la société.

Les commis marchands appartiennent en généralà des familles peu aisées. Les premières années de Tapprenlissage sont rudes. Les commis les moins rétribués gagnent 3oo francs par an , ils sont en outre logés et nourris par le commerçant qui les emploie* Ces derniers avantages sont acquis également aux autres commis dont les appointemens s'élèvent par degrés jusqu'à 3,ooo francs. La mise propre et soignée de ces commis, l'habitude qu'ils ont de fréquenter les cafés, et leur goût, soit pour les spec-» tacles, soit pour les bals pubjics, éveillent de bonne heure les passions de ceux qui font partie de la dernière classe et dont le traitement suffit à peine à leur entretien. Ces excitations ne sont pas toujours répri-

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mée$i par le bon sen^ ou par ce sentiment calme d'impuissance qui amène d'ordinaire la résignation. Quand le jeune commis est livré à lui-même , que son courage n'est pas soutenu par les paroles affeotQeases et sages de sa famille, lorsque enfin la passion est la plus forte chez lui, il se laisse aller à dérober quelques faibles articles de marchandises pour se procurer de l'argent , enhardi qu'il ^t par l'espoir d'échâ^er au soupçon , espoir qui se réalise , du reste y plus souvent qu'il D'est trompé, surtout dans les grandes maisons de commerce. C'est ainsi que ces jeunes gens entraînés par la fougue et J'inexpérience dé leur âge, patviennent à se méqager quelques-uns des plaisirs goûtés par les autres commis. Mais leur indiscrétion et leurs vanteries à propos de ces plaisirs font jaser leurs camarades. Les caquets de ceux-ci arrivent aux oreilles du commerçant, qui cherchant à connaître la source de semblables dépenses, ne tarde pas à s'apercevoir qu'elles dérivent du vol , et congédie le malheureux commis.

Non-seulement les jeunes gens qui débutent dans le commerce ne savent pas se borner à des dépen^ ses en rapport avec leur modeste traitement , mais les commis les mieux appointés , et qui auraient le moins de raison d'excéder leurs ressources sont enclins à les dépasser. Le goût de la toilette, Taraour

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des femmes et dn plaisir^ les jette dans des dépen^ ses auxquelles ils ne peuvent suffire, et les plus dé^ réglés recourent assez sontent au vol pour salisfairt leurs passions. Dana le commei^ce de nouveautés, fl n est pas rare que des femmes galantes ôu de^ 80U«* brettes agréables spéculent sur uilie intrigue amoureuse qu'elles nouent avec un commis qui leur platt et dont elles se promettent de tirer parti pour renouveler sans frais leurs ajustemens. Ces liaisons qui peuvent ne cacher aucune arrière-pensée cou** pable de la part des femmes qui les font nattre, ne laissent* pas de produire chez leurs amans une fet^ mentation de vanité ayant quelquefois pour efifet de les exciter au voir, impuissans qu'ils sont de sih tisfaire par eux-mêmes à la coquetterie de leurs maîtresses; ces liaisons et ces vols s'accomplissent dans les grandes maisons de commerce beaucoup plus souvent qu'ailleurs, parce que la surveillance, quelque sévère qu'elle âoit , n'y est jamais aussi * continue que dans les maisons d'une importance secondaire.

£n pareilles circonstances et dans d'autres où leur défiance est sérieusement excitée, les chefs de commerce qui sont sans cesse préoccupés de la crainte d'être victimes de quelques soustractions , n'attendent pas que le soupçon dont un de leurs commis

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est robjet, soit légitimé par des indices répétés, pour l'éloigner de leur établissement ; du moment que ce soupçon repose sur quelque vraisemblance | ils rompent immédiatement avec leur commis et le congédiant sans explication.

Les rénseignemens que nous avons recueillis sur les habitudes des commis marchands nous ont appris que parmi ceux d'entre eux qui vivent dans le désordre , on remarque les mêmes excès que nous avons signalés chez les étiidians. Le cynisme etlW gie se mêlent à leurs plaisirs. Dan$ les bals publics, ils sont les promoteurs ou les complices des actes les plus licencieux , surtout quant la foule peut les dérober à la surveillance jdcs préposés de la police.

TITRE m.

ras mmoMM m la olamb nàMQwmmuBu: ^ gavsu sa otemATAinoir vr oa ut mAtaits.

Avant de faire connaître les mœurs de la classe dangereuse, j'ai pensé qu'il serait à propos de rechercher et d'indiquer quels sont tes quartiers de Paris, que cette classe fréquente ou habite de préférence; de décrire Faspect des rues de ces quartiers et particulièrement celui des maisons garnies où les individus réputés suspects, ont Thabitude de passer la nuit. Je, ne me suis pas contenté d'une peinture extérieure, j'ai mis en lumière l'état intérieur de ces retraites hideuses et l'assemblage repoussant des

êtres qui viennent y chercher asile. Les documens que je me suis procurés à cet égard, sont résumés dans un chapitre que j'ai intitulé : de la Topographie morale de Paris.

J'ai considéré aussi comme un préliminaire obligé du tableau de mœurs, que j'avais à offrir^ l'exposition du mécanisme et de Inorganisation de la Police à Paris. Ces détails sont, je crois, tout-à-fait neufs , et conduisent le lecteur, par une transition na^urelie, à la connaissance des diverses catégories de la classe dangereuse qui est le principal objet de ce titre.

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