‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre (volume 3)Chapitre 22 sur 58 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

^ ^ , Do .la topogvapbiq morale de Pkris. -^ Division administrative de cette ville.

\ .' ^ * ^ Arrondissemens muDicipanx Quartier j(. — Maisons recherchées par les

, .^ logears tenant des garnis infimes. «^ Quartiers habités de préférence par les malfaiteurs. — Description générale de ces quartiers. — Nombre derepairei '"^^ existant dans plusieurs d'entre eux.'— 'Distribution des prostituées. ^ Peifl.

tores de l'intérieur des repaires.

Paris est divisé en douze arrondissemens municipaux, administrés par autant de maires, et chaque arrondissement se compose de quatre quartiers , 4pht la police est cqpfiée à un pareil nombre de copmiîssaires de police; On conapte en conséquence k Paris qu^^rantQ-buit quartiers, dont la topographie morale mérite d'être étudiée. Une pareille f tUde pourrait être poussée fort loin ; mais, circonscrit y comme nous le gommes , par les limites de UQtre suJQty eUe ne saurait nous occuper que sous le seul rapport de la classe dangereuse.

En essayant de déterminer la forcé effective de cette classe, nous e|i ayonsi indiqué les principaux éléfneast Ces éléa^çns sont plus ou moins disséminés dans tous les quartiers de Paris. Les plus riches

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et les plus populeux nen sont pas exempts, car il est rare que le quartier le mieux bâti ne renferme pas quelque rue étroite , bordée de vieilles maisons mal tenues et de mauvaise apparence. Or c'est là que les logeurs de la classe dangereuse s'établissent, c'est là qu'a£Quent les filles publiques , les souteneurS} les filous et les voleurs. Autour d'eux vieil* / nent se grouper les joueurs, les vagabonds et gêné* ralement tous ceux qui n'ont pas de moyens d'existence.

Cependant , il y a des quartiers que ces individus ; recherchent et fi*équentent plus volontiers que d'au- . très, et parmi eux on en désigne qui, par leur posttien centrale, semblent être le domaine partictilier des prostituées , des vagabonds et surtout des malfaiteurs. De ce nombre sont les quartiers de la Cité,7 des Arcis et Saint-Honoré. Quiconque a visité les i rues dont ils se compostot, aura peu de peine à le croire* Ces rues étroites, sales, flanquées de maisons hautes de quatrç étages et dont les allées sont pres<que toutes dépourvues de portiers , ont été abandonnées à la population la plus infime et la plus corrompue de la capitale. Le quartier de la Ci té, notamment, a UQ aspect sinistre et qui contraste singulièrement avec les quais et les monumens qui l'entourent et qui Tavoisinent. Il est sillonné de rues

j36 topographie morale db paris.

larges au plus de 8 pieds et bordées de maisons noircies par le temps. Ces maisons très élevées, comme nous l'avons dit, rendent les rues tristes et humides, et elles sont elles-mêmes fort peu éclairéesy surtout dans le rez-de-chaussée. Les rogomistes, les gargotiers et les teneurs d'estaminet, y abondent. L'obscurité de leurs boutiques, jointe à la physionomie repoussante des rues et du quartier, inspire une secrète horreur au passant qui y est conduit pas l'esprit d'observation et qui sait que la plupart de ces boutiques, sont les rendez-vous habituels des prostituées les plus viles et des bandits logés dans les environs. Les garnis et les lieux dé débauche où est hébergée cette partie de la population, sont dignes par leur malpropreté des rues et des quartiers où ils sont situés.

Nous ajouterons à ces quartiers, ceux de Saint- Jacques, Saint-Avoie, du faubourg Saint-Antoine et du Jàrdin-des-Plantes qui, en 1 836, époque de nos recherches comptaient avec les précédens , chacun sur leur territoire, de vingt à douze mauvais garnis ou repaires, indépendamment des maisons de prostitution et des débits de vins et de liqueurs. Les quartiers du Palais-Royal , du faubourg Saint-Denis, Saint-Martin-des-Champs , Saint-Tbomas-d'Aquin , de la Banque-de-France, de la Porte Saint-Martin,

TOI»OCBAPHIB MORàtE DE PABIS. 187

de Bonne-No Livelle, de TObservatoire, des In valides.

de l'Arsenal, derHôtel-de-Ville, renfermaient chacun

de huit à cinq garnis delà même espèce; le quartier

du Temple qui était un des plus infestés, puisqu'en

i833y il était noté pour avoir seize mauvais garnis,

n'en avait plus que quatre , trois ans après. Il est

digne de remarque que le sixième arrondissement

dont ce quartier fait partie et qui était le plus mal

habité sous le rapport de la classe dangereuse, après

le douzième arrondissement, a vu le nombre de ses

garnis infimes descendre de cinquante à dix-huit

dans la même période de temps. Le chiffre de ce

dernier arrondissement a baissé aussi de cinquante*

trois à quarante-deux, ce qui justifie ce que nous

avons dit ci-devant, de la décroissance du nombre

des garnis infimes, (i)

Je pourrais faire de semblables rapprochemens

au sujet des autres quartiers, mais je pense que

Faperçu que je viens de donner et qui comprend

les localités les plus chargées d'élémens vicieux sera

suffisant pour éclairer le lecteur sur les rapports

(i) Ces différens nombres résullent du rapprochement que j'ai fait du tableau des maisons garnies, arrêté le 1'^ juillet 18 36, à la Préfecture de police , avec le tableau des mêmes maisons, au 3o septembre iS33, annexé au Rapport sur la marche et Us effets du choléra à Parts et dans le département de la Seine , publié en x834 , par les soins du préfet de ce département.

l38 TOPOGRAPHIE MORALE DE PARIS.

des principaux quartiers de Paris- avec la classe dangereuse.

Il existe des prostituées dans tous les quartiers

de la capitale , excepté dans 111^ SaiHt-Louis , qui par sa position topographique et la vie retirée de ses habitansy a éloigné jusqu'ici et les vagabonds et les filles publiques, de son territoire.

Le quartier où célles-ci sont les plus nombreuses est'celui du Palais-RoyaL II en contient au-delà de trois cents. Ceux de Saint-Honoré^ de la Cité, de FeydeaUy de la Banque-de-France et des Ârcis, comptent de deux cents à cent cinquante filles. Il y en a décent quarante à cent vingt dans les quartiers du faubourg Montmartre, Bonne-Nouvelle et Saint- Jacques. De cent à cinquante dans les quartiers Saint- Martin-des-Charaps, Montorgueilji du Temple, Montmartre , de la Porte Saint-Denis, du faubourg Saint- Denis» du Mail, de la Chaussée d'Antin et du Louvre. Les quartiers compris dans notre premier dénombre* ment qui ne figurent pas dans celui-ci , renferment chacun de cinquante à vingt prostituées, (i)

Cet aperçu complète la description que nous nous sommes proposé de faire des zones les plus vicieuses de Paris.

(x) D^ ia Prostitution dans la viile dt Paris ^ par J.- B.Parent-Duckitelel, a* édition, Paris^ 1837, tomel", page 34s.

TOPOGRAFHIB MOBALE DE PAaiS. I^Q

Il ne faudrait pas conclure décès renseignemens , que les quartiers que nous venons de signaler sont plus exposés que d'autres aux entreprises des malfaiteurs. Ce serait s'abuser, car la majeure partie de ces quartiers sont pauvres et dédaignés par cette espèce de gens. Ce n'est que &ute de meilleures occasions qu'ils y exploitent les réduits de quelques pauvres ouvriers, de ceux surtout qui passent pour économes, tels que les maçons logés en grand nom* bre dans le quartier de rHôtel-de-Yille. Ces honné* tes ouvriers, cités comme les cliens les plus fidèles de la caisse d'épafgnes , ont par cela même leurs malles toujours garnies de quelque argent et pendant qu'ils sont à l'ouvrage , des voleurs faméliques s'introduisent chez eux et leur dérobent lâchement le fruit de leur pénible travail , si faible qu'il soit.

£n parlant des retraites hideuses connues sous la dénomination dégarnis infimes, je ne puis m'empécher puisqu'il est question de topographie, d'es* quisser la peinture de quelques-unes de ces retraites. J'en ai visité plusieurs avant le balayage du matin et j'en suis sorti avec un invincible dégoût, mais je confesse que ce que j'ai vu et dont je ne perdrai jamais la mémoire , révolte moins les sens que les antres affreux, dont il est fait mention dans le rap port adressé par l'inspecteur général des hôtels gar*

j4o topocràphie morale de paris.

DIS ait préfet de police , à Toccasion du choléra ; ce rapport, dont plusieurs passages sont transcrits dans l'ouvrage important et consciencieux de M. Parenl- Duchatelet, sur la prostitution dans la ville de Paris, me fournira les principaux traits de mon esquisse.

Le caractère le plus frappant de toutes ces maisons est une excessive malpropreté qui en fait de vrais foyers d'infection. Celles qui contiennent des lits sont les plus relevées. Mais il en est qui, au lieu de lits, ne renferment que des grabats dégoûtans; les chambres donnent sur des corridors privés d'air et de lumière; les plombs et les latrines, à chaque étage, exhalent une odeur suffocante; les marches des escaliers sont chargées d'une boue permanente et constamment humide, laquelle les rend presque impraticables. On a remarqué, dit Fauteur du rapport, dans la cour d'une de ces maisons, des débris d'animaux , des intestins et tous les résidus d'une gargote, en pleine putréfaction.

Ailleurs, la cour du garni n'a que quatre pieds carrés et se trouve remplie d'ordures. C'est sur elle que s'ouvrent les chambres qui sont encombrées de monde; les latrines crevées au cinquième étage iais« sent tomber les matières fécales sur l'escalier , qui en est inondé jusqu'au rez-de-chaussée. Beaucoup de cabinets n'ont pas d'autre ouverture que la porte

TOPOGRAPHIE MORALE OE PARIS. î4l

qui donne sur cet escalier. Les habitans sont des filous, des voleurs I des souteneurs, les plus sales prostituées 9 et tout ce qu'il y a de plus abject en hommes et en femmes*

Ici c'est une maison* dont la population entière couche sur des chiffons ramassés dans les rues. Ces chiffons déposés au rez-de-chaussée, sont distribués aux survenans qui sont des mendians , des joueurs d'orgues, des filles publiques rôdeuses, des Italiens faisant voir des aniiiiaux et des souteneurs.

Enfin dans un autre lieu vous voyez le repaire de ce qu'il y a de plus dégradé. On n'y reçoit que des voleurs, des filles publiques, des forçats libérés, des vagabonds, des joueurs et des filous de toute espèce. La plus grande malpropreté règne partout; les fenêtres n'ont au lieu de vitres que du papier huilé. Les chambres sont infectes ; à chaque étage, les or«dures qu'on jette sur les lieux d'aisance, refluent sur l'escalier ; en un mot^ c'est le séjour le plus repoussant du vice et de la misère.

le me suis appesanti sur ces détails, parce qu'ils me paraissent de nature par leur crudité même à répandre une vive lumière sur les habitudes et le genre de vie de la dasse dangerense.

l4a OR6/imSA.TION DE LA. POUCE, A PABIS.

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