SECTION II
D« la prottitQtioa elâDdettins.
Kous allons soulever ici le voile qui couvre les manoeuvres de la prostitution clandestine et ses horribles excès.
Les filles insoumises forment les élémens de cette prostitution ; nous en avons évalué le nombre à 4)OOOy nombre qui n'excè,de guère celui des filles inscrites. Cette évaluation embrasse principalement les femmes
( I } L*énainératioii complète et précise de ces causes n^esiste pas dans Toii- ▼rage de M. PareDl-Dgchàlelet.
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galantes, les femmes à parties, les habituées de spectacles et de théâtres, les oayrières/les domestiques et les mineures. Ce mot de mineure, doit s'entendre ici dans l'acception ^a plus restreinte , et comprend seulement les jeunes fiUes sans discernement qui , ravies à leurs parens , sont livrées par un coupable trafic à la brutalité de gens riches menant une vie dissolue, et dont les sens ne peuvent être satis&its que par le sacrifice de Tinnocence la plus tendre et la plus ingénue.
Jjes femmes galante&sont des femmes entretenues, sincm d'une manière complète, du moins en partie, et qui pour subvenir aux dépenses que nécessitent leur luxe et leurs prodigalités , cherchent à plaire à plusieurs sans causer d'ombrage à celui avec lequel elles ont des rapports habituels. Elles emploient avec beaucoup d'art, le ûianège de la coquetterie, et ce manège est d^autant plus séduisant, que les hommes qu'elles veulent captiver leur paraissent plus agréables et plus généreux ; le plus souvent elles donnent leurs rendez-vous chez des amis ou dans des maisons particulières.
Les femmes à partie se rapprochent des précédentes; mais elles se distinguent plus particulièrement par la culture et les grâces de l'esprit. Elles tiennent maison , et l'on ne peut être reçu chez elles
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que sur la présentation de Fun de leurs habitués; elles donnent des dîners et des soirées, et sont recherchées dans certaines réunions où lé jeu et raffranchîssement des convenances ordinaires du monde attirent nombre de jeunes gens qui Tiennent y hasarder leur argent et leur santé.
Les femmes qui fréquentent habituellement le spectacle forment une classe spéciale. Elles nouent leurs intrigues fugitives là où elles se trouvent : dans leis loges, les galeries, le foyer; et ces intrigues se dénouent, durant les entr'actes, dans des maisons voisines du théâtre où elles ont été ébauchées.
Les maisons à parties sont communes à Paris. Les femmes qui les tiennent, répai^dues dans le monde libertin , sont habiles à grouper et à fixer autour d'elles des personnes des deux sexes, attirées par le goût d une société facile et d'une licence élégante. Cette licence ne se soutient pas toujours dans les limites indécises qui lui sont propres; elle dégénère quelquefois en véritable orgie. Des femmes aban* données de leurs maris pour leur inconduite, des actrices, des figurantes, des femmes galantes de toute espèce, se rencontrent dans ces réunions fréquentées aussi par des messalines qui ne trouvent que là Toccasion de rassasier leurs sens affamés.
Ces maisons lie forment guère qu'une partie des
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noittbreuses retraites de la prostitution clandestine. Gelle-ci prend toutes les formes, et se retranche dans certaines professions qui , par leur objet, peuvent favoriser ses calculs. Ainsi le titre de lingère, de couturière, de blanchisseuse, de modiste, est un masque derrière lequel beaucoup de femmes se cachent pour prostituer lesouvrièresqu'elles emploient
La prostitution clandestine est la source d'un supplément de salaire pour un grand nombre d ouvrières répandues dans les divers ateliers de Paris, où travaillant à leurs pièces. Ce fait est également vrai, à Tégard des femmes de chambre et domestiques; les unes comme les autres se rendent dans des maisons particulières, où elles se font suivre, quand elles n'osent pas s'introduire dans des maisons de passe.
La contagion n'est pas rare parmi ces diverses classes de prostituées; elle présente même des caractères plus graves que parmi les filles assujetties aux réglemens sanitaires.
Il y a dans le sort des prostituées un tel opprobre, que la misère, que les causes les plus impérieuses et les plus indépendantes de la volonté de ces infortunées sont impuissantes à les relever de la dé* chéance dont leur honteux commerce les a frappées. Pourquti sont-elles honnies par l'opinion publique ?
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Cest qu'en général leur condition est l'effet de leur volonté ; c'est qu'elles étaient libres d'opter entre l'honneur et le déshonneur, et qu'elles ont préféré le dernier. Ceux qui ont étudié les diverses causes de la prostitution seraient sans doute fondés à taxer d'injustice une pareille rigueur étendue sans restriction à toutes les femmes qualifiées vulgairement de prostituées; mais il n'en est pas moins vrai que le sentiment public est inexorable à cet égard, et qu'il ne distingue pas malheureusement^ entre celle qui cède à l'aiguillon de la faim ou au besoin de secou« rir sa famille, et celle qui se laisse entraîner par les sollicitations de la vanité, de la paresse, ou par l'ar^ deur des sens»
D'après cette tendance rigoureuse et inflexible de l'opinion^ y a-t-il un crime plus lâche et plus digne d'exécration que celui de spéculer sur la pureté et les charmes d'un en&nt, ou de provoquer cette odieuse spéculation par une convoitise forcenée ? Si la police n'existait pas^ ne faudrait-il pas l'inventer ppur rechercher et poursuivre les infâmes qui, par un crnel raffinement de volupté, achètent à prix d'or le plaisir de souiller et de torturer une jeune fille innocente et sans défense. Les auteurs du code pénal ont montré une juste sévérité envers les personnes qui se seraient rendues coupables, par fraude
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OU par violence, de renlèvement ou du détournement d'une fille au-dessous de seize an$. Malgré les peines infamantes et terribles portées contre de tels attentats, il est douloureux de penser qu'ils se renouvellent fréquemment, et que l'autorité publique est presque impuissante pour les réprimer et même pour en constater l'existence. Ses efforts, à cet égard, sont déjoués avec un incroyable succès. Nous Ta* vous déjà dit, les garanties individuelles sont assu* rées par des précautions si jalouses et des formalités sijentes, que les garanties publiques doivent néces* satreraent en souffrir» Il n'y a que l'état flagrant du crime, ou des indices certains de celuL-ci, qui pourraient armer le bras de la justice ; et ces preuves sont pour ainsi dire insaisissables , tant le mystère qui protège les cou{xJ)le& est profond et dx£Gu:ile à pénétrer.
Les mineures sortant du premier âge sont l'objet â\ine espèce de traite de la part des femmes qui exploitent à leur profit la prostitution clandestine. Il est de ces ^ femmes qui louent un appartement pour leur usage personnel, et qui, sous un nom supposé , en louent un autre dans la n^me maison, au quatrième ou au cinquième étage, où restent en permanence des enfàns qui sont censés ne descen* dre chez elles que pour jouer, et par forme de passe-
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temps. Bon nombre de dames de maisons exercent ain&i la prostitution clandestine, et penvent se mettre à l'abri de toutes poursuites, en disant que ces enfans ne demeurent pas chez elles.
Les marchandes à la toilette sont les femmes qui déploient le plus d'activité et d'adresse pour favoriser cette espèce de prostitution ; elles sont un fléau pour les familles. Les vieilles maîtresses de maisons les imitent, et il n'est pas jusqu'aux actrices et aux ^ filles publiques isolées qui ne cachent et ne prostituent aussi des mineures.
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